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Marie Dollé (Éditeur scientifique)Christian Doumet (Éditeur scientifique)
EAN : 9782253160571
316 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (14/03/2001)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 55 notes)
Résumé :

Les " Immémoriaux ", ce sont les derniers païens des îles de Polynésie, les Maoris oublieux de leurs coutumes, de leur savoir, de leurs dieux familiers, en un mot de leur propre passé.

C'est tout d'abord ce passé même que l'on retient de Tahiti, vers la fin du mir siècle, avec ses rites précis, ses fêtes plus libres. Mais bientôt débarquent les Européens et parmi eux des missionnaires méthodistes anglais, armés de bibles, de codes et d'une mor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Unhomosapiens
  22 novembre 2017
La colonisation vue de "l'intérieur". Ségalen s'est beaucoup documenté sur la société polynésienne pour écrire son roman. L'intrigue commence à la toute fin eu XVIIIème siècle, avec la venue des premiers explorateurs à Tahiti. Petit à petit, les Polynésiens vont perdre leur culture traditionnelle. Leurs rites et leur mythologie vont laisser la place au Christianisme, avec tous les changements induits dans la vie quotidienne et les relations sociales. Segalen fait de ces données anthropologiques, un roman très intéressant, à l'opposé des récits exotiques de Pierre Loti.
On apprend dans la préface que Ségalen a raté de peu la rencontre avec Paul Gauguin, mort quelques mois avant son arrivée. On retrouve parfois en écho, dans son roman, certaines situations décrites dans "Oviri".
Livre agréable à lire qui nous apprend beaucoup sur cette période et cette société, très loin des clichés touristiques et exotiques de notre époque.
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raton-liseur
  17 mars 2014
Je ne savais pas que les éditions Terres Humaines pouvaient publier des « romans ethnologiques », c'est pourtant ainsi qu'est défini le livre de Victor Segalen sur la quatrième de couverture. Ne sachant pas trop à quoi m'attendre, un peu décontenancée, j'ai commencé ma lecture avec un sentiment d'instabilité. Et ce sentiment ne s'est pas estompé au fil des pages, au contraire dirais-je.
Victor Segalen, médecin dans la Navale, est connu pour son goût de l'exotisme et son attrait pour les cultures qu'il a côtoyées au cours de ses longues escales. Ce livre, son premier roman est pourtant déroutant. Il innove, en contant les bouleversements de l'arrivée de l'homme blanc à Tahiti du point de vue des autochtones, ce qui, me semble-t-il, n'avait jamais été fait avant, au moins dans la littérature française. Mais le personnage qu'il met au centre de son récit, Terii, homme pleutre et opportuniste, a tout de l'anti-héros, ce qui me semble une bien étrange façon de célébrer la culture qui a tant ébloui Segalen.
La construction du roman, aussi, me paraît déroutante. Fidèle à l'époque à laquelle Segalen découvre Tahiti, c'est-à-dire en 1903-1904, il ne veut pas célébrer une culture disparue, mais plutôt décrire les changements subis par cette culture, dont il ne peut voir que les derniers vestiges. Pourtant, il use pour ce faire d'une pirouette qui m'a laissée sur ma faim. En effet, le livre est séparé en trois parties : d'abord la reconstitution des premiers contacts entre Polynésiens et Européens, alors que les Tahitiens se moquent bien de toutes les coutumes de ces étranges voyageurs, de leur dieu à leurs vêtements, puis un voyage de Terii et de son maître vers les îles qu'ils considèrent comme la source de la culture maori et enfin le retour de Terii, vingt ans plus tard, dans une société qu'il ne reconnaît plus et qui a adopté la religion du colonisateur et, à sa suite, bon nombre des usages européens. Avec la relation du voyage (une partie plus onirique que descriptive qui ne m'a pas convaincue, mais cela était prévisible du fait de mon côté terre-à-terre) qui sépare deux tableaux de la vie à Tahiti, Segalen montre dans une sorte de miroir inversé les changements subis par la société tahitienne en l'espace d'une génération. Mais, si le changement est frappant, le procédé littéraire m'a paru une solution de facilité pour éviter la question difficile de devoir montrer comment ce changement se fait, les ressorts de cette acculturation consentie.
Livre difficile à lire du fait des nombreuses références à la culture maori, que je connais peu, et que le contexte ne permet pas toujours de vraiment comprendre, ce texte marque cependant par sa poésie et par son respect pour une culture qui a ébloui le Brestois qu'était Segalen. Mais c'est avant tout une constatation de la mort d'une société qui avait été belle et libre, un requiem lucide et sans appel.
Un roman qui me semble peu accessible et difficile à décrypter, mais un témoignage intéressant, tant sur la société tahitienne que comme l'amorce d'un changement de point de vue de la part de certains colonisateurs.
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CeCedille
  10 avril 2013
Prétendre que la lecture des “Immémoriaux” de Segalen est aisée serait publicité mensongère. Avant de s'y aventurer, mieux vaut connaitre le projet de l'auteur, et accepter son parti pris. Celui d'un décalage, d'un changement de place et donc de point de vue. D'où l'on parle ? Eh bien, pas d'où l'on a l'habitude de parler ou d'entendre parler. On parle d'ailleurs, d'un autre côté, d'en face. Surprise ! Non seulement la voix change, mais aussi le propos. Et même le sens des mots. A vrai dire ce monde à l'envers est un autre monde. le risque de l'exotisme, cher à Segalen, ne l'effraie pas. Au contraire il le savoure.
Lorsqu'à l'aube du vingtième siècle Victor Segalen débarque à Tahiti, son éblouissement est total. Il découvre et aime ce monde qu'il voit disparaitre. Gauguin se révolte et meurt de désespoir autant que de maladie. Ségalen, qui le manque de peu, va faire l'histoire et le récit de ce déclin. Mais en romancier plus qu'en historien et surtout, du point de vue des insulaires et autant que possible, dans leur langue. Tout est dans ce changement d'appui. Il ne s'agit pas d'imagination. Segalen apprend tout des modes de vie, des coutumes, des croyances et du langage des populations maoris. Il se réfère à une abondante littérature ethnologique, avec force notes savantes. Il met en scène dans un récit/roman le choc des cultures au moment du débarquement des blancs. Il écrit à sa mère : “l'action se passe entre 1800 et 1820 à Tahiti. C'est le vieux passé maori que j'oppose à la «civilisation» représentée à ce moment-là par les missionnaires protestants.” Ce roman prend les récits d'explorateurs ou de voyageurs à contre pied et à contre temps. Dénonciation, certes, mais par démonstration, et non par pamphlet.
Le procédé est d'une grande efficacité. Il sera repris et transposé. Ainsi Amin Maalouf avec “Les Croisades vues par les Arabes” en 1983. Et bien d'autres, en littérature comme au cinéma. Mais là il est nouveau. “Les immémoriaux” paraissent en 1907. Un nouveau genre est fondé : le roman ethnographique.

Lien : http://diacritiques.blogspot..
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flolunaire
  15 août 2013
Les Immémoriaux sont un monument....à la civilisation maorie comme à la littérature. L'abord n'est pas forcément aisé mais lorsqu'on se laisse submerger par la vague des aventures, plus rien ne vous détachera du roman.
Terii veut devenir un prêtre-conteur, autant dire le must dans la hiérarchie maorie. Il est obligatoire de connaitre les lignées de dieux et les réciter toutes sans erreur afin de gagner prestige et reconnaissance. Hélas, le héros oublie et comble de malchance son erreur est accompagnée d'une nouvelle révolutionnaire : des étrangers arrivent.
Le héros fera tout pour regagner sa place et il part à la quête des récits premiers que seul un vieux sage sur une île lointaine connait....Un périple poétique se met en branle, faisant passer les années et s'installer les colons.
Au retour tardif du héros, l'ancienne Tahiti n'existera plus. Commencera alors le récit de l'agonie d'une civilisation.
Roman qui adopte le point de vue de l'Autre, du battu, du Tahitien, Les Immémoriaux n'est pas un roman du bon sauvage. Allez voir les premières pages et le périple de Térii à travers les charniers. Segalen tente de défendre la culture de cette île en montrant sa poésie et sa cruauté; bref, faire ressortir son mystère comme l'a magistralement réussi Gauguin.
Mais de manière plus générale, Segalen réfléchit au pouvoir de l'acculturation et à la chute de prestige de la littérature et de l'esprit....une leçon à méditer pour notre propre société en ce début de XXI° siècle!
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ChaK_
  23 octobre 2018
A nouveau partagé sur un classique, ça en devient agaçant. J'aimerais adorer ce roman et chanter ses louanges, mais pour être franc je pensais tout d'abord lui coller un 4 rageur en le gratifiant de multiples noms d'oiseaux.
Car si les Immémoriaux est au final un livre important et intéressant, il se mérite. Ô combien même. Dur à lire, au vocabulaire parfois impitoyable, tribal, l'auteur se permet aussi la fantaisie d'écrire les phrases totalement en dépit des conventions, comme un simili-parler indigène de son cru. J'ai beau avoir relu certaines phrases cinq fois j'ai toujours eu l'impression que mon cerveau n'imprimais pas le sens et l'ordre des mots, qui refusaient obstinément de s'imbriquer de façon cohérente. Décrire le phénomène est difficile, mais j'ai eu à de multiple reprises la sensation de lire sans comprendre, ce qui est fortement pénible vous en conviendrez.
Habitude ou pas, le problème s'estompe vers la moitié, pour délivrer un texte plus cru, plus terre à terre et poignant, finissant par regagner l'attention qu'il perdait sur le début.
Car les Immémoriaux c'est, dans un premier temps, l'histoire d'une culture : ses rites, ses légendes et cette étrange course au jouir qui semble la caractériser. Etant totalement ignorant en la matière j'ai découvert pas mal de chose intéressantes, malgré le style qui se mettait toujours en travers du chemin de la connaissance. Puis après un étrange entracte, vient la corruption par le Christianisme (Protestant) de cette identité si singulière. La rupture est quasi totale, en 20 ans à peine, tant culturellement, socialement que religieusement parlant, et c'est avec une certaine amertume que l'on voit se métamorphoser cette société qui a été préservée si longtemps sur leurs iles coupées du monde.
Un roman qui demande concentration et volonté, mais qui aura forcément quelque chose à vous apprendre, quand bien même le côté anthropologique aurait pu être poussé un cran plus loin.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
CeCedilleCeCedille   10 avril 2013
"Une femme comparut la première, et fut accusée de « Fornication ». Elle ne parut point comprendre ce que les juges entendaient par là. Car le mot, comme tant d'autres, était piritané d'origine. Noté lui expliqua, non sans réticence et ennui, qu'on désignait ainsi, pour une femme, l'acte de dormir auprès d'un homme, et, pour un homme, l'acte de dormir auprès d'une femme. Elle rit alors, à pleines dents : si le mot lui avait paru neuf, la chose elle même était assez familière. Et toute la foule rit avec elle : Pourquoi donc inventer de tels mots extravagants, pour signifier une si ordinaire aventure ? Les noms maori ne manquaient point là-dessus, et renseignaient davantage !
Mais le Tribunal gardait sa majesté. Si la chose semblait banale quand on lui donnait ses appellations coutumières, elle n'en restait pas moins détestable aux yeux de Kétito, qui l'avait marquée de ce nom de mépris : Fornication. Dès lors, elle relevait de la Loi, partie dix-neuvième, où il est dit : « La Fornication sera punie de travail forcé pour un temps déterminé, fixé par le Tribunal. Les coupables seront, en plus, obligés à dire le nom de ceux qui ont commis le crime avec eux »
La femme riait plus; bien qu'à vrai dire, la menace de « travail forcé» lui parut plaisante plutôt que redoutable :- et qui peut se vanter d'avoir contraint une fille à remuer ses doigts ou ses jambes quand elle veut dormir ?—Mais elle serrait la bouche, obstinée à ne pas dénoncer ses fétii. Alors, on la conduisit rudement à l'écart. D’autres la remplacèrent, craintives un peu, rieuses quand même : elles ne semblaient pas davantage comprendre l’impiété des leurs actes; on les sentait, au contraire, toutes fières de pouvoir accomplir chaque jour, et si aisément, une action dont se préoccupait la Loi !... - Un cri jaillit, de l’entour, suivi de plusieurs noms d'hommes jetés au hasard, précipités : la première coupable avouait tous ses complices. Et l'on connut que la Loi, par le moyen de robustes disciples, forçait à parler même les plus récalcitrantes.
La femme revint, la poitrine secouée ; pleurant et pressant ses hanches : on les avait ceinturées d'une corde glissante, et meurtries. Elle déclara ce qu'on voulut, tous les noms de tané dont elle avait le souvenir; et, pour qu'on n'essayât point de lui en arracher d'autres encore, elle inventa quelques-uns de plus. Ses compagnes l'imitèrent, en hâte. L'un des juges écrivait, à mesure, tous les aveux. — Mais une fille surprit le Tribunal par un dire imprévu : - « La faute n'est pas sur moi ! » criait-elle, « il l'a réclamée toute, pour lui !» On la pressa de questions : elle avoua que l'étranger auprès duquel on l'avait surprise, était le chef de ce pahi farani si accueillant, si bienvenu. Elle n'avait consenti à suivre l'homme que sur la promesse d'en obtenir, après chaque nuit, un livre, un beau livre, avec des figures bleues et rouges, et l'histoire de Iésu.
- « Il t'en a donné ? » demanda l'un des juges.
- « Douze ». Le Farani en possédait d'autres encore, et les distribuait volontiers aux femmes avides de conserver la Bonne-Parole. Elle répéta :
- « Mais il m'avait promis de garder toute la faute, pour lui. Et puis, je n'ai pris aucun plaisir. Et nous avions une couverture. » (p. 234 et suiv.)
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UnhomosapiensUnhomosapiens   21 novembre 2017
Vite, on ménageait des places rondes où préparer la boisson rassurante, le àva de paix et de joie, - que les Nuù-Hiviens, dans leur rude langage, appellent le Kava. Autour du bassin à quatre pieds creusé dans un large tronc de tamanu, s'assemblaient par petits groupes les gras possesseurs-de-terres, leurs fétii, leurs manants, leurs femmes. Une fille, au milieu du cercle écorçait à pleines dents la racine au jus vénérable, puis, sans y mêler de salive, la mâchait longuement. Sur la pulpe broyée, crachée du bout des lèvres avec délicatesse dans la concavité du tronc, elle versait un peu d'eau. On brassait avec un faisceau de fibres souples qui se gonflait de liquide, et que la fille étreignait au-dessus des coupes de bois luisantes. A l'entour, les tané buvaient alors la trouble boisson brune, amère et fade, qui brise les membres, mais excite les nobles discours.
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raton-liseurraton-liseur   17 mars 2014
Un grondement de la foule étrangla sa parole, mais il reprit plus fortement:
- "Quand les hommes changent leurs dieux, c'est qu'ils sont plus bêtes que les boucs, plus stupides que les thons sans odorat! J'ai vu des oiseaux habillés d'écailles! J'ai vu des poissons vêtus de plumes: je les vois: les voici: les voilà qui s'agitent ceux que vous appelez "disciples de Iésu". Ha! ni poules! ni thons! ni bêtes d'aucune sorte! J'ai dit : Ahora-nui pour la terre Tahiti, à ma revenue sur elle. Mais où sont les hommes qui la peuplent? Ceux-ci... Ceux-là... Des hommes Maori ? Je ne les connais plus: ils ont changé de peau."
(p. 230, Chapitre 4, “La loi nouvelle”, Partie 3).
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UnhomosapiensUnhomosapiens   19 novembre 2017
Térii, paisiblement, avait repris ses allées et venues dans la nuit. Et son corps d'homme vivant n'avançait point d'une démarche moins sûre que les pensers de son esprit, qui le conduisaient désormais sans une défaillance, par les sentiers broussailleux du passé. Cependant il désira connaître les ennemis de sa race, et quel avait été contre eux le succès du maléfice.
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VACHARDTUAPIEDVACHARDTUAPIED   03 avril 2013
LES IMMÉMORIAUX
Les hommes qui pagaient durement sur les chemins de la mer-extérieure, et s'en vont si loin qu'ils changent de ciel, figurent pour ceux qui restent, des sortes de génies-errants. On les nomme avec un respect durant les longues nuits de veille, pendant que fume en éclairant un peu, l'huile de nono. Si bien qu'au retour — s'il leur échoit de revenir — les Voyageurs obtiennent sans conteste un double profit : l'hommage de nombreux fétii curieux, et tant d'épouses qu'on peut désirer. Le grand départ, l'en-allée surtout hasardeuse, la revenue après un long temps sans mesure, voilà qui hausse le manant à l'égal du haèré-po, le porte-idoles au rang de l'arioï septième, et l'arioï à toucher le dieu.
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Videos de Victor Segalen (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Victor Segalen
Victor SEGALEN – Une Vie, une Œuvre : Le voyage au pays du réel (France Culture, 1985) Émission de radio « Une Vie, une Œuvre » par Claude Mettra, sous-titrée "Le voyage au pays du réel", diffusée le 4 juillet 1985, sur France Culture. Invités : Gérard Massé et Henri Manceron.
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