AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782070253692
154 pages
Éditeur : Gallimard (22/02/1983)

Note moyenne : 3.63/5 (sur 27 notes)
Résumé :
OEuvre née d’une mission archéologique. Contrepoint au labeur technique. Inachevé. Ce n’est pas un journal poétique de la mission mais c’est l’expérience de deux voyages en Chine.
Récit de voyage très particulier qui doit répondre à la question : « L’imaginaire déchoit-il ou se renforce quand il
se confronte au réel ? »
Voyage dans le réel puis dans la pensée. Justification morale de la littérature (les mots doivent d’abord passer
dans l... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Gwen21
  23 août 2015
"Équipée - Voyage au pays du réel" est un récit difficilement catégorisable. Récit d'un voyage en Chine en 1914, lors d'une mission archéologique, il est tout à la fois un journal de bord, un journal intime délesté de ses dates, un récit onirique, une digression littéraire et enfin, selon le propre mot de l'auteur qui ne m'en voudra pas de l'emprunt, une "expertise".
Victor Segalen fut un touche-à-tout. Éduqué dans les sciences (école de médecine, notamment), intéressé par les maladies nerveuses, linguiste (il apprendra le chinois en un an), curieux, voyageur, explorateur, expatrié, poète et écrivain, il s'est proposé ici de coucher sur le papier sa quête analytique sur le Voyage, avec pour but de distinguer le réel de l'irréel, la réalité du rêve ou encore le pragmatisme de la poésie. Ainsi, chaque période du voyage est minutieusement - presque voluptueusement - décrite, narrée, analysée : le choix de la destination (ici, la Chine), la préparation au voyage, la description du matériel approprié et des moyens humains à envisager, toutes les étapes dans leur dimension géographique (fleuve, col, plaine...) et poétique (traditions, cultes, mythes...), les émotions ressenties, les périls déjoués, les découvertes et les rencontres. Et à chaque pas, le questionnement existentiel revient sur ce discernement entre un réel exotique et un irréel littéraire, deux entités aussi délicates à dissocier que l'est un blanc d’œuf de son jaune.
Le texte est beau et plein d'une douce poésie très évocatrice même si la narration peut facilement paraître surannée à un lecteur actuel. Il faut, pour l'apprécier, se mettre dans la peau de ces hommes partis "vers de belles aventures" tout en acceptant leur part de mystère. Un mystère très concret, né de l'approximation des cartes, de l'absence de routes, du côtoiement d'autres cultures, de l'hostilité des contrées entreprises et de la pauvreté des transports indigènes.
Pour ma part, ce furent surtout quelques heures d'évasion vers un pays immense que je connais encore très mal mais dont j'apprécie l'évocation.

Challenge PETITS PLAISIRS 2014 - 2015
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          360
batlamb
  12 septembre 2020
Victor Segalen écrit ce journal de voyage avec un objectif bien défini : confronter l'imaginaire au réel, dans le cadre de la Chine du début du XXème siècle. Quelle belle idée ! C'est pourquoi j'ai sauté sur l'occasion de découvrir cet auteur.
La partie imaginaire de cette oeuvre ne m'a pas franchement comblé. Dès les premiers chapitres, Segalen se disperse en expressions grandiloquentes : l'ascension de la montagne anticipée comme une « conquête » ou une « domination divine », la descente et la remontée du fleuve comme un « abandon femelle », puis une « domination mâle »… Quant au monde intérieur, il est assimilé à une « chambre aux porcelaines » qui doit « conquérir » (encore !) le monde extérieur. Les termes martiaux et sexualisés (auxquels on pourrait ajouter « prendre possession », « orgie », etc.) se bousculent à travers le livre, si bien qu'il devient difficile d'envisager que la porcelaine reste en un seul morceau à l'issue du périple. Nous avons là un occidental qui joue les barbares en Asie, mais dans un registre hélas plus premier degré qu'Henri Michaux.
Malgré ces nombreuses lourdeurs stylistiques, Segalen manifeste un esprit curieux, capable de poser un regard ironique sur la dépouille d'un prêtre missionnaire abattu par des brigands (confrontant la réalité sordide de son cadavre à l'image d'Épinal des martyrs chrétiens), ou de s'approprier une petite idole locale et d'en faire son « dieu du voyage ».
Il y a aussi de beaux passages, comme celui où l'on découvre une grande ville chinoise de l'époque, dans toute son agitation de senteurs et de couleurs. Pour ne rien gâcher, cette description du réel est précédée d'une anticipation imaginaire plus fouillée. le fantasme et le concret s'opposent en deux tableaux successifs, avec même des tableaux dans les tableaux :
« il traîne dans les rues des peintures sombres et farouches, où parmi des auréoles de bleu vif, sur un fond rouge, d'épouvantables et féconds dieux membrés, pénètrent des parèdres ravies et renversées, en agitant dix bras et cent doigts devinés dans la nuit d'un fond de fumée ; ce sont les peintures Tibétaines »
Dans les chapitres réussis, on peut aussi citer les pérégrinations dans les vallées reculées de la Chine, qui font affleurer la vision d'un village hors du temps, où le réel et l'imaginaire ne peuvent plus se démêler ; puis une intéressante critique du topos de la description des paysages dans les récits de voyage : « Souvent le rythme de la vision s'est par avance cliché dans des phrases et découpé dans des alinéas. » Fidèle à la mission qu'il s'est donnée, l'auteur tente donc de déconstruire le paysage préexistant dans ses fantasmes, et renverse les descriptions habituelles des montagnes, qui deviennent rassurantes en leurs hauteurs et violentes dans les formes minérales éclatées de leurs vallées.
Ces chapitres illustrent le potentiel de l'oeuvre. Mais dans l'ensemble, le style ampoulé de l'auteur peine à offrir une vision de la Chine qui me satisfasse. Et certainement pas lorsque Segalen, dans sa position de privilégié, se livre à une satire hautaine de la condition des porteurs montagnards (qualifiés de « bétail humain »). En somme, ce que l'on entraperçoit du réel est intéressant, mais cela est voilé par un imaginaire très inégal. Heureusement pour lui, Segalen est davantage satisfait de la musique de sa prose, comme le montre cette jolie citation finale :
« Dans ces centaines de rencontres quotidiennes entre l'Imaginaire et le Réel, j'ai été moins retentissant à l'un d'entre eux, qu'attentif à leur opposition. — J'avais à me prononcer entre le marteau et la cloche. J'avoue, maintenant, avoir surtout recueilli le son. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          122
InsulaDulcamara
  27 juillet 2008
Victor Segalen écrit Equipée, un ensemble de 28 fragments dont certains peuvent se lire comme de véritables poèmes en prose, en marge des relevés archéologiques qu'il effectue en Chine entre 1914 et 1915. L'incipit, à l'instar de celui du roman René Leys (« j'avais cru le tenir d'avance, plus fini, plus vendable que n'importe quel roman patenté… »), dévoile d'abord le projet en creux, en négatif : non, il ne s'agira pas d'un journal de voyage.
Pour lire la suite : http://ivressedupalimpseste.blogspot.com/2008/07/victor-segalen-equipee.html
Commenter  J’apprécie          30
Duluoz
  12 octobre 2013
J'eus aimé parer de cinq étoiles cet ouvrage pour "ces pas sur la route";mais les chapitres de "l'homme de bât" et de " la femme, au lit du réel" avec la mauvaise suffisance de l'homme blanc conquérant et machiste gâche cet ouvrage posthume. Autres temps,autres moeurs me direz vous ? ...mais tout de même !
Commenter  J’apprécie          30
AbelKader
  22 juillet 2019
Les cours d'eau n'auront pas un seul régime, mais grossiront depuis le torrent ivre et bruyant, toujours ébouriffé de sa chute jusqu'au vaste fleuve qui prolonge sa course très au large dans la mer où il lave sa couleur et dépose ses troubles avec calme.
Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   14 octobre 2020
Paysage en Terre Jaune. Réellement tout entier fait de terre, et de jaune, mais enrichi de nuances, jaune-rose dans le matin, jaune-saumon dans la lumière occidentale, blême vers midi, pourpre violette dans le soir, et noir plus que noir dans la nuit, - car n'y pénètre plus la lumière diffuse. Les plans, les découpures, et l'architecture falote, fantastique, est plus surprenante que les couleurs. La terre jaune qui recouvre plaine ou montagne est taillée en brèches et failles, et ses constructions en équilibre croulant ne sont que lames, crêtes, pics, murs naturels, créneaux inattendus, romanesques imitations par le jeu des pluies des ruines romantiques...Et ce chaos, enclos au fond des vallées, plus souvent abordé d'en haut par une route toujours paradoxale, mangée sans cesse par les éboulis...Une route que le piétinement séculaire a fait souvent entrer profondément dans la terre, et qui étend son coup de sabre horizontal à travers un pan de montagne; étroite à l'empan de l'homme, recreusée de petites cavernes où les chars à reculons s'abritent pour laisser passer l'autre...Un imprévu irascible et pas sérieux dans les formes dramatiques d'une falaise que l'ongle entame. Ce serait puissamment beau et étouffant si ce n'était point là de la terre bruissant dans ses continuels décrépits...Comme l'architecte le roc, et le puisatier la nappe souterraine, on cherche sans cesse le soubassement véritable de ces formes folles et grêles, l'assiette de cet ébouriffant carton-pâte. Et, nerveux de tant de dépenses de formes peu solides, on ne trouve de répit et de calme qu'en montant le plus haut possible, en s'évadant des régions basses et chaotiques, vers les hauts plateaux paradoxaux où la plaine calmée règne et s'étire sous le ciel. L'orgie est en bas, ici au rebours de toutes les autres montagnes. Il n'y a point de pics convulsés dans les hauts, et l'image benoîte de la riante et paisible vallée abreuvée est un non-sens.. L'habitant de ceci doit tenir les crevasses basses pour des lieux hantés; et les hauteurs ne sont que quiétudes. Je n'imaginais rien de semblable à cela.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Gwen21Gwen21   24 août 2015
Une ville populeuse, peuplée, mais non populacière. Ni trop ordonnée, ni trop compliquée. Les rues, dallées de ce large grès velouté, gris-violet, doux au fer des sabots et aux semelles ; des rues que l'échange des pas remplit, et pourtant où l'on peut trotter à l'aise à grande allure ; où les riches maisons de vente dégorgent incessamment les soies et les couleurs et les odeurs... même inattendues, des chaussures, minutieusement cousues, relèvent leur poulaine courte. Des jambons arrondissent leur fesse luisante ; des cordes de tabac et leur note grave ; des œufs rouges, d'une garance effroyable, des œufs peints, sont moins riches que la lueur ambrée et le verdâtre des œufs conservés, épluchés, leurs voisins. Ces délicats bijoux de plumes bleu turquoise, niellés d'argent ; des cuirs tannés, et des cuirs vivant encore ; des ceintures anciennes et ces cartouchières neuves... Voici des calots de soie mauve, et des coupons empilés, colonnes denses de soie, de soie dure, vendue au poids de soie, sous les teintures gris de pigeon, les verts de Chine, les grenats. Puis, des écheveaux affadis du rouge au blanc, laissant glisser le son comme une corde de luth dont on dévisse la clef. Ces denrées, ces matières papillotantes à l'extrême, encastrées méticuleusement dans chaque échoppe ou magasin, dont le cadre est fait de ceci : un beau noir et or. Les poteaux laqués du beau vernis brun sombre à luisants noirs et reflets roux, la laque de Tch'eng-tou, et non d'ailleurs...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
AustralAustral   09 avril 2011
Un moment magique : l'obstacle a crevé. La pesanteur se traite
de haut. La montagne est surmontée, la muraille démurée. Le lieu
borné n'a plus tout d’un coup d'autres bornes que la feinte
prolongée de l'horizon. Deux versants se sont écartés avec
noblesse pour laisser voir, dans un triangle étendu aux confins,
l'arrière-plan d'un arrière-monde.
C'est tout à fait un autre monde. L'on grimpait jusque-là dans
les étroits fourrés humides où des sources pétillent partout, avec l'angoisse, inverse de la soif — le supplice de l'eau — d'avoir plus à
boire que l'on a soif. L'on heurtait souvent un versant vertical trop
proche, et collé sur les yeux, mais voici que derrière le col, la large
vallée descendante recule, ses flancs creux et roses, ses flancs
désertiques, desséchés par un autre régime des vents et du soleil.
C'est, de nouveau, la promesse haletante de désirs altérés, l'espoir
de tendre vers la source — que l'abondance des sources avait tari.
C'est aussi la transmutation dans l'effort. Ayant, jusqu'ici, tout fait
pour élever son corps, l'ayant porté à chaque pas, c'est
maintenant le corps qui se déverse, chute et entraîne. L'effort
change bout pour bout comme un sablier. Les genoux qui
soulevaient vont recevoir. Les jarrets actifs se font amortisseurs.
Les bras nagent dans un équilibre entrecoupé de cascade, et le
regard, précurseur aux bonds de dix lieues, plane et se pose à
volonté sur cet espace. Ceci est peut-être le symbole physique de
la joie ? La descente aurait-elle plus de joie que l'effort à la
hauteur, et cette vertu paradoxale de prolonger ce moment
essentiellement bref : le regard par-dessus le col.
Non. La descente est une chute déguisée, entrecoupée, et sans
même la beauté du vertige. La dévalée n'est qu'un emprunt au
saut de chèvre, une glissade raccrochée aux pierres et aux ronces.
Descendre est voisin de déchoir. Et rien ne vaut ce que j'imaginais.
Vite, les mouvements nouveaux, répétés et identiques, deviennent
insupportables. Les genoux se font douloureux, les chevilles
tournent et vacillent si je ne crispe la jambe pour éviter, à chaque
pas, le faux pas. Alors, le moindre bout de sentier plat est
reposant, et agréable, et, s'il remonte, fait regretter tous les
mérites de l'effort ascensionnel. Même, si la route n'était point la
route, c'est-à-dire impérieusement tendue vers ce point
imaginaire, — hors des monts et des ravins, — l'autre but,
volontiers je me retournerais vers la hauteur d'où je dévale pour
escalader à rebours et regagner le col. Le dévers a compensé et
mis en valeur balancée la puissance montante de l'avers, et
démontré surtout l'incomparable harmonie, la plénitude, l'inouï de
ce moment fait de contraires, le premier regard par-dessus le col.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Gwen21Gwen21   22 août 2015
Ce n'est point au hasard que doit se dessiner le voyage. À toute expérience humaine il faut un bon tremplin terrestre. Un logique itinéraire est exigé, afin de partir, non pas à l'aventure, mais vers de belles aventures.
Commenter  J’apprécie          230
stekasteka   02 juillet 2018
L'en-allée topographique qui est une conquête sans cesse victorieuse du pays, une emprise intellectuelle, une compréhension aussitôt ordonnée, une mise en valeur, en cote et en fiches, du pays, de la région ainsi abordée, ainsi dominée ... au moyen de quelques lignes de niveau, de chiffres et de traits de convention.
Est-ce domination ou connaissance absurde ? Est-ce un gain ou une défaite ? Le pays blanc sur la carte est plein de reculé et fourmille de monstres. L'arrière-monde ici n'est plus qu'un peu de papier noirci. L'avant-monde, au contraire, à mesure qu'il recule et s'étrécit, se concrétise, se resserre, augmente la densité des possibles qu'il étreint, et permet tous les aiguillages, tous les écarts bifurcants.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50

Videos de Victor Segalen (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Victor Segalen
Victor SEGALEN – Une Vie, une Œuvre : Le voyage au pays du réel (France Culture, 1985) Émission de radio « Une Vie, une Œuvre » par Claude Mettra, sous-titrée "Le voyage au pays du réel", diffusée le 4 juillet 1985, sur France Culture. Invités : Gérard Massé et Henri Manceron.
autres livres classés : chineVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

Classiques en Chine

Hymne aux femmes de toute condition dans une société féodale, ce chef d'oeuvre de la littérature classique chinoise fait évoluer plus de 400 personnages. De quel roman s'agit-il ?

L'histoire des trois Royaumes
La Cité des femmes
Epouses et Concubines
Le rêve dans le pavillon rouge

10 questions
73 lecteurs ont répondu
Thèmes : chine , littérature chinoise , culture chinoiseCréer un quiz sur ce livre