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EAN : 9782290395783
384 pages
J'ai lu (22/05/2024)
3.9/5   91 notes
Résumé :
« Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin. » Telles sont les dernières paroles de Franz Kafka qui implore une autre dose de morphine à Robert Klopstock, son ami étudiant en médecine. À son chevet, sa compagne Dora Diamant veille sur lui. Tandis qu’Ottla, la sœur chérie, attend à Prague des nouvelles.

Robert, Dora, Ottla : ce roman raconte l’histoire de ces trois personnages clés de la vie de Kafka et entrecroise leurs destins, marqués au-delà de l’imagi... >Voir plus
Que lire après Franz Kafka ne veut pas mourirVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Le 3 juin 1924, Franz Kafka s'éteint au sanatorium de Kierling, près de Vienne, veillé par sa compagne Dora Diamant et un étudiant en médecine Robert Klopstock. L'écrivain âgé de 40 ans est enterré à Prague le 11 juin dans le cimetière juif choisi par sa famille.

Laurent Seksik nous raconte les dernières années (1921-1924) de celui qui grandit dans l'orbite d'un père dominateur et d'une mère soumise qui n'ose même pas lui remettre sa « Lettre au père ». Sa plus jeune soeur Ottla (1892-1943) essaye sans succès de jouer les intermédiaires sans jamais réussir à créer une relation adulte-adulte entre le père et le fils. Max Brod, exécuteur testamentaire de Kafka, renonce à bruler ses écrits, après un plaidoirie De Robert tandis que Dora sauve quelques carnets. Cette première partie (170 pages) me semble un peu longue et m'a assommé avec les nombreux paragraphes médicaux sur la tuberculose.

La seconde partie (150 pages) accompagne Ottla Kafka, Dora Diamant et Robert Klopstock après 1924 dans une Europe asservie par les nazis et les communistes.

Robert chassé de Hongrie se réfugie à Berlin où l'élection de Hitler en 1933 l'exclut du corps médical ; avec d'autres proscrits il commémore en juin 1934 le dixième anniversaire de la disparition de Kafka en contribuant à un hommage publié dans la Judische Rundschau puis il fuit l'Allemagne, rejoint l'Angleterre où il rencontre Stefan Zweig et embarque le 17 septembre 1938 vers l'Amérique grâce à des recommandations d'Albert Einstein et Thomas Mann. Il devient à New-York chirurgien spécialiste de la tuberculose.

Dora interprète divers rôles dans les théâtres germaniques, adhère au parti communiste, épouse Ludwig Lask rédacteur en chef du journal du PC. Réfugiée avec son mari à Moscou en 1936, ils arrivent quand se déroule « Le procès » qui juge Zinoniev et Kamenev, désignés par les médias sous leurs patronymes d'origine Applebaum et Rosenfeld, que « Le jugement » condamne à mort le 25 aout. Dora s'échappe via Sébastopol, est refoulée par la Suisse, finit par rejoindre le Royaume Uni, et, à la déclaration de guerre, est internée sur l'ile de Man en tant qu'allemande. Des universitaires se mobilisent pour la veuve de Kafka et obtiennent sa libération en 1941. Elle visite Israel en 1949 et meurt à Londres en 1952.

Ottla Kafka, à Prague, subit l'invasion allemande le 15 mars 1939, est déportée ainsi que ses soeurs Elli et Valli et assassinée en octobre 1943. Cette partie me semble bien courte.

Deux scènes d'anthologie illustrent la pensée kafkaïenne, le comité de rédaction de la Judische Rundschau avec en scène des intellectuels juifs, au coeur du III Reich, qui dissertent sur les écrits de l'auteur avec curiosité, finesse, subtilité, et l'interrogatoire de Dora à la Loubianka par un enquéteur soviétique qui accuse son premier mari d'être un vulgaire écrivain bourgeois contre-révolutionnaire avant d'être ébranlé par son argumentaire et de lui conseiller de fuir l'URSS.

Franz Kafka ne veut pas mourir suit le cas Eduard Einstein et Les derniers jours de Stefan Zweig et complète la description de la première moitié d'un siècle dont la fureur antisémite préfigure la vague qui submerge le monde depuis le 7 octobre.

PS : le cas Eduard Einstein
Lien : https://www.babelio.com/livr..
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Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Disait Kafka.
Je ne serais pas aussi sévère concernant ce livre, mais j'avoue que la route fut longue et que je faillis plusieurs fois renoncer à poursuivre.

Pourtant après avoir raconté les derniers mois de Franz Kafka, oh combien douloureux — malgré le soutien indéfectible de sa bien-aimée Dora Diamant et de son ami étudiant en médecine Robert Klopstock — en raison de la tuberculose qui allait le tuer à seulement quarante ans, l'auteur utilise de nombreux écrits, citations et lettres de Kafka, de sa famille et de ses amis mais aussi des exégètes, pour livrer un portrait saisissant de l'immense écrivain, de son oeuvre et de l'époque d'antisémitisme exacerbé qui n'a fait que s'intensifier après sa mort.

Alors pourquoi cet ennui ? Peut-être parce que Laurent Seksik, en dépit de passages très inspirés qui signent une véritable maturité d'écriture, se laisse aller à des envolées lyriques et à des descriptions par trop romanesques de Kafka, Dora et Robert, de leurs échanges et de leurs pensées qu'il imagine. À vouloir les faire revivre à tout prix il finit malheureusement par leur retirer une vraie consistance.
Mais ce n'est que mon avis bien sûr.
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Franz Kafka ne veut pas mourir est un roman rempli d'humanité et l'on reconnaît la plume de Laurent Seksik empreinte de nostalgie, de fascination pour ces grands de la littérature ou du monde scientifique.
Après, son roman : Les derniers jours de Stefan Zweig, on continue à être séduit par le talent de conteur de L. Seksik qui retrace avec tant de brio, de pudeur la vie de ces hommes qu'il s'agisse de Zweig, de Romain Gary, d'Einstein et ici celle de Kafka.
J'ai eu la chance de le rencontrer pour la parution de son précédent roman, il y a deux ans, à la librairie le Divan à Paris. Quand il avait évoqué ce roman sur Kafka, ses yeux pétillants d'intelligence et de bienveillance m'avaient donné déjà l'envie de lire ce roman.
Et, je n'ai pas été déçue mais si à priori le monde de Kafka m'est plus lointain et obscur que l'univers de Romain Gary et Stefan Zweig.
Pour écrire son roman, Laurent Seksik a choisi de mettre en lumière Kafka par trois personnes très proches de l'entourage de celui-ci.
Sa petite soeur: Ottla, Dora Diamant avec qui il aura une liaison amoureuse de quelques mois à Berlin et un jeune étudiant en médecine : Robert Klopstock qui assistera les derniers jours et l'agonie de Kafka.
Ces trois voix s'alternent pour nous raconter leurs liens avec Kafka, de la rencontre avec ce dernier jusqu'à la mort de celui-ci.
Puis les années de la montée du nazisme jusqu'à la fin de la guerre et de l'après-guerre. Années très éprouvantes pour ces trois personnes puisque toutes trois juives.
Néanmoins, leur but est de faire connaître et apprécier Kafka aux yeux du monde entier.
Dora, sa "femme", communiste, est très touchante avec la brosse à cheveux de Kafka qu'elle conservera envers et contre tout.
Ottla, sa petite soeur qui comprenait si bien son frère et le mettait à l'abri des foudres du père de Kafka. A cette occasion, Laurent Seksik écrit de très belles pages sur l'amour filial entre un père et son fils, un thème qui lui est très cher.
Enfin, ce jeune étudiant en médecine : Robert pour qui la rencontre avec Kafka aura décidé d'une grande partie de sa vie.
Au final,Kafka ne veut pas mourir est un roman éblouissant qui nous mène de bout en bout.
Et, cela même si on n'est pas un lecteur kafkaïen averti.
Je vous le conseille.
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Choisi le 20 janvier 2023--Librairie Anagramme à Meudon

Immense premier coup de coeur de ce début d'année
2023 !

Jamais déçue de cet écrivain dont je suis attentivement les publications depuis un fort long moment...

Dans son dernier opus, il met à l'honneur l'homme et l'écrivain singulier qu'était Franz Kafka et ceci dans une construction originale ....

La première partie du récit se focalise sur les trois dernières années de Kafka, de 1921 à 1924, avec les trois personnes les plus proches, l'ayant accompagné, soigné et soutenu jusqu'aux derniers instants :

1. Ottla, sa soeur adorée

2.Robert Klopstock, un jeune ami médecin

3. Dora Diamant,sa dernière compagne

La seconde partie se poursuit après le décès de Kafka...
Nous suivons les parcours d'Ottla, Dora et Robert jusque vers les années 1970....... chacun, à sa manière, fidèle à l'attachement profond à Kafka, restera, par ses choix de vie et de profession, relié à leur écrivain d'ami...et figurent comme " trois Justes" parmi les Justes....

Robert, grâce aux lettres de recommandation d'Einstein et de Thomas Mann, pourra émigrer en Amérique et devenir à New York, un éminent chirurgien spécialiste de la tuberculose;

Ottla, elle, décidera d'accompagner dans les chambres à Gaza un groupe d'enfants juifs, après avoir célébré, au camp de Therensienstadt, le soixantième anniversaire de la naissance de son frère.
Dora, sa dernière compagne se battra toute sa vie, par des conférences et différentes actions,pour la défense et les traductions des écrits de Kafka...

Un texte aussi prenant que bouleversant nous donnant envie de lire et relire les textes de Kafka, avec un regard tout neuf !

Un roman très vivant et fort documenté, prolongé d'une bibliographie, qui nous fait parcourir la Grande Histoire et la petite histoire; pas si petite que cela, au regard de ces trois très belles personnes...aux personnalités brillantes, bien trempées....et humanistes !

Je me dois au moins d'achever cette chronique pour ce livre très original par un extrait concernant le grand personnage fédérateur de ce récit : Franz Kafka....

"Il (*Kafka) ne pouvait être qu'un homme seul, voué à rester un étranger de par le monde, le monde juif comme tous les autres mondes.Et puis, je ne crois pas que Kafka aurait pu s'adapter à un monde en guerre, il n'avait rien du guerrier.
- Vous voulez dire que c'était un faible ?
- Pas un faible, non ! Un être qui doute, ce qui est certainement la forme la plus puissante de l'intelligence humaine. "


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Laurent Seksik a commencé sa vie professionnelle comme médecin. Il s'est ensuite lancé en littérature, écrivant un roman à succès, l'adaptant au théâtre, puis animant une émission littéraire. Un jour, il a fallu choisir, médecine ou littérature. Ce fut médecine et littérature : la radiologie dans le Midi de la France et, en même temps, l'écriture d'une dizaine de livres. Parmi ceux-ci, plusieurs biographies romancées de grands artistes ou scientifiques du vingtième siècle, nés en Europe de l'Est et de confession juive : Stefan Zweig, Albert Einstein, Romain Gary, et désormais Franz Kafka.

Il ne faut pas prendre au pied de la lettre le titre, Franz Kafka ne veut pas mourir. Dans une première partie, le livre relate les dernières semaines de l'écrivain en 1924. Né à Prague quarante ans plus tôt, il est en phase finale d'une tuberculose généralisée. Il en est atteint depuis sept ans et elle le fait souffrir à un point tel, qu'il implore son médecin traitant : « tuez-moi sinon vous êtes un assassin ! » Morphine et débat sur la fin de vie, il y a quasiment cent ans !

Une fois Kafka mort, l'auteur s'attache aux destinées de trois proches : sa soeur Ottla, avec qui il avait entretenu une relation très affective ; une jeune comédienne polonaise, Dora Diamant, qui fut sa compagne des derniers mois ; un étudiant en médecine hongrois, Robert Klopstock, qui à défaut de pouvoir le guérir, s'efforça de soulager ses douleurs pendant son agonie. Tous trois avaient été très attachés à Franz Kafka, s'avouant fascinés par son brio intellectuel, séduits par sa sensibilité et éblouis par ce qu'ils avaient lu de lui.

Leur identité juive les confrontera à la montée du nazisme, qui infectera peu à peu la Mitteleuropa et ses quatre métropoles, Berlin, Vienne, Prague et Budapest. Viendront ensuite la Seconde Guerre mondiale et les massacres génocidaires que l'on sait. Il fallait survivre ! Ottla Kafka n'y parviendra pas. Vingt ans après la mort de son frère, elle sera gazée à Auschwitz, s'étant sacrifiée auprès d'enfants déportés. Dora Diamant, restée fidèle au souvenir de Kafka, échappera par miracle aux traques nazies, puis, après s'être réfugiée à Moscou et s'y croyant en sécurité, aux purges staliniennes. Robert Klopstock parviendra à embarquer pour l'Amérique, où il deviendra un brillant chirurgien spécialiste de la tuberculose.

Au plus profond d'eux-mêmes, Ottla, Dora et Robert garderont l'impression d'une présence de l'écrivain décédé. Ils voudront faire vivre sa pensée, en diffusant, traduisant, commentant ses textes au fur et à mesure de leur disponibilité. Car Kafka, qui se voulait écrivain, n'avait presque rien publié de son vivant. C'est à un autre proche, Max Brod, qu'il devra sa notoriété posthume. Bien que Kafka lui eût demandé de brûler l'ensemble de ses manuscrits après sa mort, cet homme de lettres, ancien condisciple, considéra que son devoir était de faire connaître l'oeuvre et la vision prospective de son ami. Il publiera notamment le Procès, son roman le plus célèbre et le plus emblématique.

Dans le Procès, comme dans la plupart des romans et des nouvelles de Kafka, le personnage principal est un homme solitaire immergé dans un univers mystérieux et oppressant, où il se sent coupable, sans avoir la moindre idée de la faute qu'il aurait commise. Il se débat en vain, sachant qu'il ne peut rien espérer, car rien n'a de sens dans un monde absurde au point d'être par instant grotesque. Une vision prémonitoire des atmosphères hitlériennes et staliniennes !

La lecture de Franz Kafka ne veut pas mourir est très intéressante. Elle apprend et clarifie beaucoup de choses. Mais malgré sa tournure narrative romanesque, c'est du sérieux, on rigole pas ! Un livre pas vraiment distrayant !

Une exception, que j'ai trouvée jubilatoire : l'interrogatoire de Dora à Moscou par un enquêteur obtus et vicieux du NKVD, la redoutable police secrète soviétique. Prompt à reconnaître coupable et à condamner l'ancienne compagne d'un écrivain prétendu « petit-bourgeois », le médiocre inquisiteur découvre stupéfait que Kafka avait décrit avec douze ans d'avance le régime judiciaire pervers dans lequel il officie. Une façon de démontrer par l'humour le pouvoir d'un talent visionnaire !

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (4)
LePoint
12 juin 2023
Son dernier ouvrage, Franz Kafka ne veut pas mourir, est un roman vrai, poignant et sans pathos, où vous croiserez du beau monde, de Thomas Mann à Karl Kraus.
Lire la critique sur le site : LePoint
LeDevoir
17 avril 2023
Laurent Seksik suit le destin de proches du grand écrivain austro-hongrois.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeJournaldeQuebec
17 avril 2023
Avec ce livre, l’écrivain français Laurent Seksik fait revivre trois personnes qui ont aidé Franz Kafka à devenir éternel.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
OuestFrance
20 février 2023
Avec son dernier livre « Franz Kafka ne veut pas mourir », le dramaturge Laurent Seksik raconte un écrivain malade, en proie à l’angoisse. Quelques proches admiratifs feront vivre son génie en le sortant de l’anonymat après sa mort.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
De l'écrivain bourgeois et contre-révolutionnaire Kafka, louri n'avait rien lu. Par principe, il ne lisait aucun auteur étranger. Lire un auteur étranger, n'était-ce pas insulter la littérature russe, croire l’âme russe incapable de tout exprimer ? Lorsque l'on avait Dostoïevski et Gogol, était-il besoin de perdre son temps avec Dickens ? Jamais aucun étranger ne posséderait l'âme russe, telle était la juste vérité ! De là à dire que les étrangers n’avaient pas d'âme, louri franchissait allègrement le pas.

Kafka n'était pas seulement un auteur étranger, c'était aussi, c'était surtout un auteur bourgeois. Voilà du moins ce qu'expliquaient les archives. Pourtant, même si louri avait voulu aller à l'encontre de ses principes, et s'abaisser à lire un auteur étranger, il n’aurait pas pu s'exécuter : Kafka n'était pas traduit en russe. Les auteurs des articles qui traitaient Kafka d'écrivain bourgeois avaient-ils lu Kafka ? Rien n'était moins sûr. Est-il besoin de lire un écrivain pour saisir sa pensée ? La pensée d'un écrivain bourgeois n'est pas dans ses livres, elle est dans ses origines.
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— Du calme s'il vous plaît ! » tonne une voie de femme. Une dame d'allure un peu forte, vêtue d'un tablier blanc et coiffée d'un chignon, vient dans leur direction. Après avoir imposé le silence à l'assistance que les exclamations de Dora ont agitée d'un murmure d'indignation, elle poursuit :

« Cette auberge est vieille de plus de cinq siècles. Pierre le Grand est venu s'y restaurer. L'empereur François-Joseph a assis ses vénérables fesses à l'endroit même où vous posez les vôtres. Il a goûté de cette soupe que vous dédaignez, une soupe dont la recette s'est transmise de génération en génération. Pensez-vous que nous allons laisser plus longtemps insulter nos traditions, outrager nos pères et les pères de nos pères ?

Sachez-le, ici, nous n'aimons pas les étrangers, nous préférons les gens d'ici. Les étrangers ne savent pas ce qui est bien, ce qui est beau et comment l'auraient-ils appris puisque ce qui est bon et beau vient d'ici. Ne se bat-on pas depuis la nuit des temps pour le seul honneur de vivre ici ? N'avons-nous pas envoyé mourir à la guerre tout au long des siècles nos enfants pour la seule fierté de continuer à nous sentir meilleurs, plus forts, plus humains que nos ennemis ? Les étrangers qui sont nos ennemis ne peuvent comprendre cela. Nos ennemis nous sont étrangers, c'est à cela que nous les reconnaissons. Comment un étranger pourrait-il comprendre la fierté d'être ici alors qu'il semble si fier de venir d’ailleurs ?

Regardez tous ces gens qui vous dévisagent d'un air hostile. Nous vous avons accueillis parce que l'hospitalité est une tradition séculaire comme cette soupe au chou et notre détestation des étrangers. Mais notre patience a des limites l Alors déguerpissez, ou il pourrait vous en coûter ! »
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Très cher père,

Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m'inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j'essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplete, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension.
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C'était ainsi qu'il écrivait, en traquant l'inutile.
« Toutes les redondances, toutes les mollesses, tout ce qui est superflu et retarde le mouvement m'irrite. Seul un livre qui se maintient à chaque page et vous entraîne tout d'un trait jusqu'à la dernière sans vous laisser le temps de respirer me donne un plaisir sans mélange...
Au cours de la première rédaction d'un livre je laisse courir librement ma plume et je mets en récit tout ce que j'ai sur le cœur. Le travail véritable débute alors, celui de la condensation et de la composition, un travail que je poursuivrais indéfiniment, de version en ver-sion. Tandis que la plupart des auteurs ne peuvent se résoudre à taire quelque chose de ce qu'ils savent, mon ambition à moi est d'en savoir toujours plus long qu'il ne paraît au-dehors. Ce processus de condensation et en même temps de dramatisation devient une sorte de chasse joyeuse, qui consiste à trouver encore une phrase ou encore un mot dont l'absence accélérerait le mouvement. De tous mes travaux, celui de supprimer m'est en somme le plus agréable. Si quelque chose explique dans une certaine mesure le succès de mes livres, c'est cette discipline qui m'impose de me borner toujours à l'absolument essentiel. »

Stefan Sweig
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Mon très cher Max, ma dernière volonté : tout ce qui se trouve dans ce que je laisse derrière moi (donc dans la bibliothèque, l'armoire à linge, la table de travail, chez moi et au bureau ou bien dans quelque lieu où cela aurait été transporté et tomberait sous tes yeux, tout, qu'il s'agisse de journaux intimes, de manuscrits, de lettres, écrites par moi ou par d'autres, de dessins, etc.) doit être totalement brûlé sans être lu, de même tous les textes et tous les dessins que toi ou toute autre personne, à qui tu devras les demander en mon nom, pouvez détenir. S'il est des lettres qu'on refuse de te remettre, il faudra au moins qu'on s'engage à les brûler.
Ton Franz Kafka
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Vidéo de Laurent Seksik
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