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ISBN : 2221116011
Éditeur : Robert Laffont (18/08/2011)

Note moyenne : 4.08/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Publié en 2009 en Suède où il rencontra un grand succès après avoir créé l'événement à Francfort, lauréat du prix August-Strindberg (l’équivalent suédois du Goncourt), en cours de traduction dans 25 pays, Les Dépossédés, le roman exceptionnel de Steve Sem-Sandberg, paraît aujourd’hui en France.

De 1940 à 1944, le ghetto de Lódz est placé sous la direction de Mordechai Chaim Rumkowski, président du Conseil juif. Contrôlé strictement par l’administratio... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
carre
  03 juillet 2013
Ce qui frappe avec ce témoignage romancé c'est l'incroyable travail de documentation fait par Sem-Sandberg. Une plongée effarante dans le ghetto de Lodz ou son responsable juif Mordechaï Chaïm Rumkowski va croire qu'en collaborant avec les dignitaires nazis, il protégera ces habitants. L'auteur suédois raconte la survie au jour le jour avec une moult de détails aussi terribles que malheureusement vrai. Rumkowski qui s'imagine être l'homme providentiel est un pathétique pantin manipulé par les bourreaux. La noirceur de l'âme et l'héroïsme humain s'entrecroisent avec son lot terrifiant d'inacceptable et d ‘actes de bravoure. le quotidien de ces habitants est remarquablement décrit par l'écriture juste de Sem-Sandberg, sans souci de sensationnel (l'horreur suffit à lui-même). Une lecture éprouvante qui m'interroge (de quel côté de la ligne, je me positionnerai), facile de répondre à notre époque, mais en 1940 ? Salaud ou héros ? Un témoignage supplémentaire essentiel pour ne jamais oublier. JAMAIS.
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enjie77
  11 octobre 2017
Lire "Les dépossédés" de Steve Sem-Sandberg c'est basculer dans une autre dimension où l'horreur et la faim ont pris le pouvoir, où l'individu a perdu le sens de son humanité, où il n'est plus rien, c'est lire et vivre en direct l'histoire du ghetto de Lodz.
"Publié en 2009 en Suède où il rencontra un grand succès après avoir créé l'évènement à Francfort, lauréat du prix August-Strindberg (l'équivalent suédois du Goncourt), "Les Dépossédés" de Steve Sem-Sandberg est un roman exceptionnel" (Laffont)
Steve Sem-Sandberg s'est inspiré des archives officielles comme celles interdites et cachées du ghetto de Lodz (je sais qu'elles n'ont pas été détruites). La forme romanesque du livre permet au lecteur d'aller jusqu'au bout du tragique. Personnellement, je n'ai pas lâché ma lecture sauf à certains moments où le récit se faisant trop intense émotionnellement, je devais évacuer ma révolte en allant fumer une cigarette. Mais je reprenais ma lecture un peu comme un défi lancé à moi-même, je devais affronter L Histoire! Steve Sem-Sandberg l'avait écrit dans ce but!
Le ghetto de Lodz ne devait être qu' un ghetto de transition au départ mais il a duré jusqu'en 1944 ce qui en fait sa singularité et un sujet d'interrogations pour les historiens.
Le ghetto était dirigé, sous contrôle allemand, par un président, Mordechai Chaïm Rumkowski, ou le "Roi Haïm", personnage qui soulève beaucoup de débats aujourd'hui tant sa collaboration avec les autorités allemandes ne fait plus aucun doute.
Rumkowski était persuadé que si les juifs se rendaient indispensables à l'effort de guerre allemand, ils seraient épargnés.
C'était un homme assoiffé de pouvoir, caractériel, pédophile, pervers, doué d'un grand sens de l'organisation, sachant très bien exploité son entourage, et bénéficiant d'une certaine aura au sein du ghetto, j'imagine du fait de l'affaiblissement du raisonnement des juifs du ghetto affamés et épuisés comme de leur déshumanisation, ils avaient besoin d'un référent, de croire encore un peu en quelqu'un. Il avait le pouvoir absolu et tout membre qui refusait de se soumettre à ses ordres devait être dénoncé. Même parmi les surveillants et contremaîtres juifs, nombreux se sont montrés durs dans leurs relations avec les ouvriers.
Rumkowski ira jusqu'à l'opération du "Wielka Szpera" ( action menée par les allemands) du 5 au 9 septembre 1942 où il demandera aux parents (sauf aux personnes bien placées!!!!!!!) d'abandonner aux allemands les enfants de moins de dix ans, les personnes malades, les orphelins, les personnes âgées de plus de 60 ans, au prétexte de les déplacer afin d'organiser le ghetto en camp de travail. Un représentant de la Gestapo aidé des policiers juifs du ghetto rentrera dans chaque habitation et choisira les personnes jugées inaptes au travail!
Or, Chelmno existait et il est probable que Rumkowski ait été au courant du sort réservé à tous ces déportés.

Ce livre m'a assaillie de questions. Mais c'est un livre à lire absolument pour ne pas oublier, ce roman démontre bien comment fonctionne une micro société d'êtres humains liés les uns aux autres par le même destin : on y retrouve tous les travers de l'être humain., ceux qui veulent une reconnaissance coûte que coûte, ceux qui baissent la tête de peur des représailles. Je pensais qu'en période de détresse, de grande souffrance, il existerait un minimum de solidarité! Non, chacun jouait sa partition, sa survie, même si les informations sur les déportations ne parvenaient pas dans le ghetto, il y a eu des exactions dans le ghetto, il aurait pu y avoir une résistance comme à Varsovie, d'autant que le ghetto rassemblait un grand nombre de juifs de longue tradition de lutte ouvrière: je n'ai rien ressenti de tel, et les allemands ont bien su tirer profit de cette soumission.
Ah oui, et les rabbins continuaient de prier!!!!!
Je vous conseille pour les amis (es) intéressé (es) un article du Professeur Israel GUTMAN, historien, sur le site de Yad Vashem "La singularité du ghetto de Lodz" extrêmement détaillé et donnant beaucoup de précisions sur cette absence de résistance.
Bon, à présent, je vais lire un livre plus lumineux !
A signaler : beaucoup de mots allemands (j'avais mon dictionnaire près de moi) et pour les mots en yiddish, il y a un lexique en fin de livre.

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mariech
  25 novembre 2012
Témoignage sous forme de roman sur le ghetto de Lodz , surtout sur le responsable juif du ghetto Mordechaï Chaïm Rumkowski .
Est-il naïf , espérait-il se sauver lui même et sa famille , sans doute était-il dans l'impossibilité de croire à la réalité de ' La solution finale ' puis après quand il s'est rendu compte de l'horrible réalité , il a sans doute été dépassé par les évènements , pris dans un engrenage implacable .
A sa décharge , il faut dire qu'il ne s'en n'est pas sorti , lui et sa famille ont été partie des derniers juifs à être déportés et ils furent gazés dès leur arrivée , de toute façon , il aurait dû rendre des comptes pour ses actions .
A-t-il réellement cru qu'on pouvait discuter avec les allemands , a-t-il pensé que survivre quelque temps était préférable à mourir tout de suite , à un moment , on a l'impression qu'il croit que les allemands vont gagner la guerre et qu'ils devront bien trouver un accord pour vivre ensemble .
Ce livre pose pleins de questions pertinentes , il permet de réfléchir à ce que fait l'homme dans des situations extrêmes .
Chacun peut se faire sa propre opinion sur ce trouble personnage .
Livre très bien documenté , très complet , on partage le quotidien des habitants du Ghetto , on voit que certains se débrouillent mieux que d'autres , rusent , se compromettent , rares sont ceux qui parviennent à rester dignes .
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biblio47
  02 décembre 2011
Ce livre est l'histoire extrêmement bien documentée et romancée de la vie dans le plus grand ghetto juif de Pologne, Lodz, d'avril 1940 à janvier 1945. C'est le ghetto qui a vécu le plus longtemps avant la déportation et le gazage de presque la totalité de ses habitants : sur 230.000 hommes, femmes et enfants, seuls 870 survécurent.
On va retrouver dans ce roman, sous leur véritable nom, les représentants de la triple administration de Lodz, semblable à celle de tout ghetto :
une administration civile : l'Amtsleiter Han Biebow
une administration militaro-policière : le SS Oberstumbannführer Otto Bradfisch
une administration juive : le Judenrat ou Conseil juif, présidé par Mordechai Rumkowski, le personnage central du roman.
Jusqu'à aujourd'hui, la personne de Rumkowski a suscité beaucoup de critiques. Primo Levi lui-même, dans son livre « Les naufragés et les rescapés » considère qu'il a « adopté le style oratoire de Mussolini et d'Hitler » et qu'il s'est comporté comme un autocrate. Et, en effet, l'auteur nous montre un Rumkowski qui choisit de collaborer avec les nazis pour, dit-il, assurer la survie du ghetto dont il a fait une cité ouvrière produisant très efficacement pour assurer la victoire allemande. Il vit avec toute sa famille dans une grande aisance, donne de grandes fêtes et des banquets auxquels il convie les autorités nazies quand tous autour de lui souffrent de la faim, du froid et manquent de tout (le titre original du livre est « Les pauvres de Lodz »). Nous suivons l'histoire de la famille Rumkowski mais aussi celle, très attachante, de quelques familles qui, elles, en sont réduites à tenter de survivre. Jamais le président Rumkowski ne met en doute la confiance qu'il a dans les autorités allemandes qui dirigent le ghetto et il croit même naïvement que Lodz survivra dans une Allemagne victorieuse, comme une enclave juive indépendante et économiquement très productrice ! Quand les nazis lui demandent d'établir une liste d'enfants et de vieillards à déporter, il s'exécute. Il n'hésite pas non plus à réprimer durement ses compatriotes récalcitrants. Pourtant, en 1945, Rumkowski et toute sa famille seront déportés à Birkenau où ils seront gazés le jour même de leur arrivée. Au moment de monter dans le train, il cherche le wagon confortable qui est certainement réservé à des personnes de leur importance avant de se retrouver dans un wagon à bestiaux surpeuplé…
C'est un très long roman dans lequel l'histoire des personnages choisis par l'auteur s'interrompt souvent pour donner place à des citations, des extraits de documents de la Chronique du ghetto ou à des informations historiques. Pourtant, on ne s'ennuie jamais et on poursuit la lecture, un peu halluciné, complètement immergé dans la vie quotidienne de Lodz dont on pense capter un peu de l'horreur qu'elle fut pendant quatre longues années. Quand on a fermé le livre, on reste quelque temps habité par ce qu'il nous dit et on n'arrive pas tout de suite à se plonger dans un autre roman… et on pense que, décidément, les victimes n'ont pas que des héros dans leurs rangs, et c'est très dérangeant.
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JeanPierreV
  24 novembre 2016
Encore un roman sur le nazisme direz-vous…! Oui, mais un roman qui éclaire cette période avec un point de vue différent: la vie d'un ghetto, de plus de 230 000 personnes, celui de Łódź devenu par la volonté d'un homme l'une des plus importante usine de production pour l'armée allemande. Un roman qui s'appuie sur un très important travail de documentation de l'auteur qui étudia les archives juives et nazies du ghetto, photocopies d'archives intégrées aux pages du roman.
Un ghetto préexistant, comme dans toute la Pologne, à l'arrivée des soldats allemands, qui connut des arrivées de juifs d'autres pays parlant d'autres langues, et ses départs….ses déportations
Trois hommes collaborèrent pour faire de ce ghetto une usine performante : « A partir de rien, le plus important fournisseur d'accessoires pour l'armée allemande vit soudain le jour. »
Les nazis Hans Biebow et Otto Brasdisch et le Président du Judenrath ou Conseil Juif Mordechai Chaim Rumkowski, sont les personnages clés du livre. Steve Sem-Sandberg nous permet de suivre la vie d'autres personnages, beaucoup plus anonymes et attachants, et de découvrir avec eux le quotidien du ghetto, la faim, les trafics pour tenter de survivre, les mouvements de résistance, les bons et les salauds, les profiteurs, les appartements mieux, le froid, la lutte pour pour un bout de bois, pour un morceau de charbon, les soupes claires…
Un regard sans complaisance sur cette société juive, peu différente des autres sociétés humaines
D'un coté, des allemands qui, au prix de restrictions alimentaires et d'une faim tenace, exigeaient des résultats et de l'autre coté un Président du Conseil juif, Rumkowski, qui se comportait en véritable petit dictateur, avec son culte de la personnalité, pour obtenir ces résultats. Il disposait d'une police, d'un tribunal, de la possibilité d'emprisonner, de réprimer les plus récalcitrants et notamment de lutter contre les grèves pour un peu plus de soupe et de pain.
Un Président qui pensait qu'en respectant les volontés nazies, qu'en négociant avec eux, il obtiendrait un mieux-être pour la population. Un homme qui organisait des fêtes, des repas auxquels étaient invités ses partenaires nazis. Et quand ceux-ci lui demandèrent des listes de personnes, malades ou âgées, voire d'enfants à déporter, il obéit, devenant ainsi aux yeux de l'histoire l'un des ces responsables juifs ayant participé à l'extermination de leur propre peuple.
Les nazis avaient consenti un prêt à l'administration juive du ghetto afin de construire cette « usine » et à dans le discours qu'il fit à Himmler, visitant Łódź il précisera: « Nous construisons une ville ouvrière, Herr Reichsführer. […] Et nous continuerons de travailler aussi longtemps que nous avons une dette envers vous. ».
Un ghetto envisageable dans la durée comme une norme de vie des Juifs : « Rien, absolument rien à l'heure qu'il est, ne s'oppose au ghetto comme mode d'existence de demain pour les juifs d'Europe. »
Mais avait-il réellement le choix ? Était-il égoïste et repoussait-il ainsi sa propre déportation en obéissant, en anticipant les demandes nazies, ou n'était-il pas une clé de la perversité et de l'hypocrisie nazie. Sa désobéissance aurait-elle changé quelque chose, aurait-elle évité ces déportations ? Aurait-elle évité la faim ? Après tout ces juifs n'étaient que des « matériaux humains affectés » !
Chaim Rumkowski n'était pas un saint non plus, il nous est présenté comme un pédophile abusant d'enfants, voire des siens, et un violeur jetant son dévolu sur des femmes .Abject !
Son obéissance n'a pas empêché sa propre élimination. le 28 août 1944, il cherchait dans le train, le compartiment réservé aux personnalités. Entré parmi les premiers dans le wagon au sol couvert de sciure, il fut repoussé loin de la porte. L'Histoire retiendra qu'il ne fit pas partie des 10 000 survivants du ghetto.
Tous supposaient et savaient ce que voulait dire »déportation » : ils voyaient revenir les vêtements ensanglantés, les bagages. Pourquoi n'y a t-il eu que peu de mouvements de résistance? C'est facile, depuis notre fauteuil, au chaud, le ventre plein, 70 ans après, de refaire l'Histoire, de dire : « ils auraient du… », « ils auraient pu ». A Varsovie ils l'ont fait. Pourquoi là et pas ailleurs ?
Ce livre bouscule notre tranquillité, nous donne une autre image de la Shoah, une image différente de celle des camps : la vie pendant plusieurs années de nombreux juifs avant de devenir martyrs des camps, la collaboration entre certains dirigeants juifs et les nazis, les « sales boulots effectués par des juifs eux-mêmes », l'obéissance à ces despotes collaborateurs.
Une lecture terrible et dérangeante, souvent pas facile. Un texte qui informe et interroge le lecteur, un ouvrage couronné en Suède par le Prix August-Strindberg , l'équivalent suédois semble-il du Goncourt.

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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critiques presse (3)
Bibliobs   14 septembre 2011
Le président du ghetto de Lodz avait cru pouvoir s'entendre avec les nazis. Le Suédois Steve Sem-Sandberg raconte ce désastre dans un grand roman.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LesEchos   06 septembre 2011
« Les Dépossédés » est plus qu'un témoignage sur la barbarie. Le livre du lauréat du prix August Strindberg est aussi une réflexion profonde sur la douloureuse ambiguïté de la nature humaine.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lexpress   05 septembre 2011
Les dépossédés sont le grand livre bouleversant de l'inéluctabilité de la tragédie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
enjie77enjie77   05 octobre 2017
Pendant la pause de midi, la jeune femme se trouvait dans la queue devant la cantine populaire rue Jakuba, munie de sa gamelle. Elle était tête nue et le soleil lui brûlait le sommet du crâne à travers les cheveux, comme si une large plaie ouverte se fût trouvée à cet endroit.
Dans la file d'attente, maintes personnes avaient eu des parents ou des amis dans les différents établissements hospitaliers du ghetto, et quasiment toutes racontaient les mêmes histoires : les enfants jetés par les fenêtres du service d'obstétrique, les personnes âgées et infirmes éventrées à la baïonnettes ou succombant sous les tirs des soldats. Seule une infime partie de ceux qui s'étaient rendus dans les hôpitaux avaient réussi à sauver leurs proches.
Selon certaines rumeurs, le Président avait obtenu des autorités, au terme de longues négociations, qu'elles épargnent une poignée de personnages particulièrement haut placés parmi les malades à conditions de déporter d'autres individus à leur place. Une nouvelle commission aurait été établie. Celle-ci était chargée d'examiner les listes des hôpitaux pour identifier tous les anciens patients y compris ceux qui avaient cherché à se faire admettre par le passé - mais dont la demande avait été rejetée, faute de contact. N'importe qui faisait l'affaire du moment qu'on pouvait le troquer contre l'un des rares irremplaçables du ghetto dont les dirigeants ne pouvaient absolument pas se passer.

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enjie77enjie77   05 octobre 2017
Le froid était tel, durant ces mois d'hiver, que Martin devait rompre la glace dans le puits avant de pouvoir tirer l'eau. A quatre pattes, Véra s'efforçait de nettoyer le sol, tout au moins sommairement, mais ses mains enflaient et s'engourdissaient au contact de l'eau glacée. On avait pendu un fil pour étendre le linge entre le tuyau de la cuisinière et la porte du cabinet de Maman mais les vêtements ne séchaient guère et on avait beau alimenter le feu, le froid s'engouffrait quand même et vous pénétrait jusqu'aux os.
Les douleurs dans ses articulations devenaient alors insupportables. Pourtant, bien plus que le froid et l'humidité, c'était la faim qui transformait la vie en un lent supplice. Couverts d'œdèmes, le ventre, les poignets et les chevilles se boursouflaient et les articulations étaient pesantes, sans force. C'était toujours la même soupe claire à l'odeur d'ammoniaque et, au bout de plusieurs jours à ce régime, la lassitude laissait place au vertige et le vertige à une sorte d'obsession. Chaque heure, chaque minute qui passait enfonçait un peu plus cette idée fixe dans le cerveau de Véra : manger.
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carrecarre   01 décembre 2012
Le mensonge commence toujours par le déni.
Il est arrivé quelque chose- pour autant, on se refuse à l'admettre.
Ainsi commence le mensonge.
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michelekastnermichelekastner   12 février 2014
Quand les déportés et les morts sont plus nombreux que les vivants, ils se mettent à parler à leur place. Les vivants ne sont plus en nombre suffisant pour avoir la force de porter la réalité ; c'est aussi simple que cela.
A présent, Adam comprend : c'est de là que viennent les voix.
Quand il fait froid et sombre et que l'humidité brouille toutes frontières, la balance penche de l'autre côté ; alors que le ciel là-haut n'est plus à lui, mais à eux. Ce sont eux qui marchent sous la voûte : en route pour Marysin depuis la prison de la rue Czarnieckiego, par rangs de trois ou cinq, escortés par les gardes ; ou bien debout derrière la clôture de la Maison verte, leurs petites mains oubliées pendues au grillage.
En d'autres temps, un silence absolu régnait dans les colonnes de marche. A présent, il entend les hommes chanter. Tous les dos chantent. C'est un chant sorti de la terre, sourd et puissant comme un grondement qui croît et grossit à l'intérieur de son corps. Car ce chant résonne aussi en lui. Le monde entier tremble et retentit de cette complainte. Il se bouche les oreilles de toutes ses forces pour la repousser ; en vain. Car quand les morts chantent, rien ni personne ne peut empêcher leurs voix de s'élever ; rien ni personne ne peut les faire taire.
Lorsqu'il se réveille enfin, il ne reste que l'écho de son propre cri. Mais cet écho se répercute au loin, bien au-delà de lui-même, comme s'il avait malgré lui dessiné les contours de tous ces morts et absents, dans un rayon de plusieurs milliers de kilomètres.
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carrecarre   24 février 2013
-Eh bien, non, vole donc ta pomme de terre, pauvre gueux !
En apaisant ta faim tu^prouves au moins que tu es un homme libre !
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Videos de Steve Sem-Sandberg (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Steve Sem-Sandberg
Les Élus Broché de Steve Sem-Sandberg aux éditions Robert Laffont
" Maintenant, Julius a les ciseaux. Pourtant la douleur est toujours là. Schwester Mutsch aussi est toujours là. Elle se penche vers lui et lui crache à la figure, puis elle étale la salive sur les lèvres et les paupières fermées du garçon. Espèce d'ordure. Tu n'as aucun droit de vivre. Soit on t'enferme chez les fous, soit le docteur te fait une piqûre. Et voilà que la paire de ciseaux ne se trouve plus dans sa main. Elle flotte dans la lumière bleutée, au milieu des lits et des tables de chevet. Alors il brandit haut l'instrument et l'enfonce dans sa poitrine. Enfin, le silence se fait. Même la lumière bleutée semble s'être éteinte. Puis elle revient. Et avec elle l'insoutenable douleur. " En 1941, à Vienne, l'hôpital du Spiegelgrund a été transformé par les nazis en un centre pour enfants handicapés et jeunes délinquants. Jour après jour, Adrian, Hannes et Julius, pensionnaires de la maison de redressement, tentent d'exorciser l'horreur. Dans un époustouflant ballet de voix tour à tour intérieures et extérieures, ils racontent l'enfer qu'ils vivent et la mort qui les guette au pavillon 15, où l'on extermine les " indésirables ".
" Un brillant travail d'écriture, dont l'intensité et la profondeur vous rentrent dans la peau et ne quittent plus vos pensées. " Frankfurter Allgemeine Zeitung
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