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EAN : 9782070139002
112 pages
Éditeur : Gallimard (02/11/2012)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 34 notes)
Résumé :
«J'étais dans la pénombre lambrissée, discrètement propice, du bar du Lutetia, quasiment désert. Mais ce n'était pas l'heure ; je veux dire, l'heure d'y être en foule, l'heure d'y être attendu ou d'y attendre quelqu'un. D'ailleurs, je n'attendais personne. J'y étais entré pour évoquer à l'aise quelques fantômes du passé. Dont le mien, probablement : jeune fantôme disponible du vieil écrivain que j'étais devenu.
J'avais tout juste le désir d'éprouver mon exis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
bilodoh
  01 août 2014
Survie… la mémoire inscrite sur le papier qui survit ainsi à son auteur.

Survie… échapper à la mort grâce au silence des autres face à la torture.

Survie… continuer à respirer malgré le corps broyé, garder la foi dans l'humanité.

Survie… dans les camps, rester vivant et demeurer humain malgré tout.

Un homme exceptionnel se raconte, une centaine de pages, un extrait de ses réflexions sur ce qu'il vit, sur ce qu'il a vécu.
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Maldoror
  27 novembre 2012
Si vous voulez apprendre à allumer un feu sans allumettes sous la pluie ou à nager dans un banc de piranhas affamés au milieu de rapides amazoniens ou à échapper aux complications gastriques liées au dernier Beaujolais nouveau, vous vous trompez de bouquin. Votre truc serait plutôt le Manuel des Castors Juniors. Ici, les exercices de survie dont il est question, ne sont pas explicites, mais on devine qu'il en a fallu à Jorge Semprun dans son passé d'homme d'action et de militant lors de la seconde guerre mondiale et en Espagne sous Franco, et qu'il a même fallu que sa vie d'alors ne soit qu'un unique exercice de survie continu, pour, au bout du compte, être là et témoigner.
Mais au-delà de la survie, les exercices du livre sont avant tout ceux de la mémoire. En effet, la narration n'est pas particulièrement chronologique ou structurée, mais fonctionne plutôt selon la logique de la pelote de laine, un souvenir en appelant un autre, avec des retours en arrière, des ressassements, des répétitions, qui illustrent la dynamique de cette mémoire, et en balisent la ligne directrice.
Qui dit survie, dit bien sûr confrontation avec un contexte de mort et de souffrance. Effectivement, la torture et les vécus de l'auteur face à celle-ci emplissent le texte. S'il paraît qu'il en avait très peu parlé jusque-là, on mesure ici combien elle a contribué à le construire et à le marquer de son impact jusqu'à la fin de sa vie. On peut d'autant mieux l'évaluer que, bien que le discours rende essentiellement compte de souvenirs de combattant et de militant, le propos revient fréquemment sur la question au fil des évocations, comme dans une boucle compréhensiblement entêtante. Mais à tous ceux qui s'attendent à des descriptions de tortures, à des scènes sauvages et insoutenables, là encore vous vous êtes trompés de bouquin. Votre truc serait plutôt le genre S.A.S. Ici, on ne lit pas de grandes considérations sur la torture, ses techniques de l'antiquité à nos jours etc., mais essentiellement le retour d'une expérience concrète et son impact existentiel pour l'auteur et ce qu'il pense valoir aussi pour tout homme.
Malgré la gravité du sujet, le style avant tout très simple n'en fait pas un sujet particulièrement lourd. En effet, la sobriété et l'honnêteté du texte rende la question a priori accessible à tout le monde, même si le seul supplice que vous avez enduré, est de vous être coupé avec une feuille de papier en lisant un livre, ou d'avoir lu l'intégrale de mes critiques. Toutefois, même s'il l'exprime sans gloriole, sans romantisme particulier, l'auteur n'est pas dénué d'une certaine fierté et est bien conscient que le club des torturés constitue une catégorie d'humains de facto à part. Nous comprenons ainsi que cette épreuve humaine radicale peut se vivre de manière paradoxale au cours du temps vis-à-vis des autres hommes. En effet, tout d'abord, la sublimation de la fraternité et de la solidarité humaines lui a permis de tenir dans la souffrance. Puis, avec le temps, l'épreuve le distingue des autres.
La valeur du livre est évidemment celle de ce témoignage simple et profond sur l'inhumain et sur l'incapacité de ce dernier à malgré tout borner l'action et la détermination humaines. C'est donc avec un grand respect et une réelle admiration pour l'auteur que l'on referme le livre.
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Hardiviller
  24 septembre 2019

Une promenade dans la mémoire de l'auteur depuis son action dans la résistance , sa clandestinité en Espagne , son séjour à Buchenwald , son retour à la vie libre , avec un chapitre spécial sur son expérience face à la torture .
Passage plein de sens sur l'arrivée au camp de Buchenwald de deux juifs américains en jeep qui croisent des rescapés du camp , armés pour participer à leur libération .
J'en retiens que les souffrances et épreuves passées , un devenir heureux nous appartient si nous nous y consacrons .
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IreneAdler
  07 novembre 2012
Court récit autobiographique, centré sur la torture. Cette thématique n'avait que peu été abordée par Semprun, pourtant arrêté par la Gestapo en 1943. Il la décrit à peine, mais parle de se effets sur le corps, la conscience de son corps. de ce qu'elle signifie aussi, selon que l'on y résiste ou non : la vie ou la mort des camarades.
Semprun fait de nombreux sauts dans le temps, dans sa vie, passant sans transition de Buchenwald au présent ou à sa période de clandestinité madrilène, de la fin des années 40 à 1963. Ce qui est parfois un peu déstabilisant ; la narration, mais aussi la vie hors norme de l'auteur.
Peut-être aurais-je du commencer par L'Écriture ou la vie. Toujours est-il j'ai eu beaucoup de mal à lire, voire parfois à comprendre ce court texte. Peut-être y reviendrais-je plus tard.
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michelekastner
  29 avril 2013
L'auteur reprend des réflexions déjà abordées dans ses autres ouvrages en se concentrant plus particulièrement sur son expérience de la torture : celle dont on lui a fourni tous les détails avant qu'il ne la vive physiquement ,la conscience et la résistance du corps qui devient un être autonome, le souvenir de la torture qui sera le point commun des rescapés, leur singularité, mais qui sera aussi expérience de la fraternité. Il rend hommage à ses amis, Stéphane Hessel, Paul Frager, à ses amis de résistance, à la dignité de Jean Moulin. Et se fait humble au soir de sa vie mouvementée, risquée, mais riche de rencontres. Ce sont les multiples et inlassables réflexions d'un esprit toujours en questionnement qui a su créer une oeuvre de témoignage lumineuse en transcendant l'abominable.
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critiques presse (3)
Bibliobs   13 novembre 2012
Texte magnifique et inachevé où Jorge Semprun, sans jamais hausser le ton ni se lamenter, réveilla, une dernière fois, ses pires souvenirs.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox   12 novembre 2012
Bouleversant propos de Semprun, capable d'élever à ce niveau la conscience humaine, de donner définitivement tort aux tortionnaires, en plaçant l'homme du côté de la solidarité et de l'humanité.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Telerama   31 octobre 2012
Exercices de survie contient des pages bouleversantes, tenues par une extrême pudeur, le seul système selon Semprun pour que passé et présent, souffrances et espoirs, histoire personnelle et politique soient toujours questionnés, jamais ressassés et aussi vivants que le furent les silhouettes qui les composent
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
PecosaPecosa   20 mars 2019
(Derniers jours de Buchenwald)

Certes, nous n'étions pas des milliers. Nous n'étions que quelques centaines de déportés en armes. (...)
Mais nous, Français, Russes, Allemands, Espagnols, tous les survivants européens- sauf les Polonais, je viens de dire pourquoi-, tous ceux qui avaient obéi aux directives du Comité militaire clandestin, en haillons, en armes, "hungry looking", comme l'ont écrit Fleck et Tenenbaum, faméliques, nous étions là, en rangs serrés, en marche vers Weimar, ville toute proche dont le nom évoquait tant de choses pour beaucoup d'entre nous.
(...)
Dans la première vague, armée de fusils et de mitraillettes, il n'y avait que des combattants chevronnés, à l'expérience militaire indiscutable. La plupart d'entre eux étaient des anciens des Brigades internationales de la guerre d'Espagne. Des Français de la XIVe, parmi lesquels mon copain Fernand Barizon. Des Allemands de la Thaelmann. Des Italiens de la Garibaldi. Et ainsi de suite. Quant aux Polonais de la Dombrowski, ils encadraient les jeunes maquisards partis volontairement sur les routes de l'évacuation.
Autour de ce noyau de brigadistes, il y avait des combattants de toute l'Europe: rescapés des Glières ou du Vercors, survivants de la guérilla dans les montagnes de la Slovaquie, les forêts des Carpates, l'immensité russe.
La deuxième vague c'étaient nous, les porteurs de bazookas.
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coco4649coco4649   29 janvier 2013
barbie ... il lui tendit triomphalement un feuillet où il avait inscrit son vrai nom, mais incorrectement orthographié : Moulins.
Alors, Jean Moulin, physiquement brisé, détruit, mais moralement indemne, se borna à tendre la main et à biffer ce "s" inutile.
Voilà : Moulin !
Je ne connais pas de geste plus sublime, plus significatif de la capacité de l'homme à affirmer son humanité en se surpassant. En surpassant sa propre finitude, sa misérable condition humaine.
Après ce récit, il y eut du silence entre Frager et moi. Silence peuplé pourtant d'ombres fraternelles. Nous en tombâmes d'accord, en effet, ce jour là : l'expérience de la torture n'est pas seulement, peut être même pas principalement, celle de la souffrance, de la solitude abominable de la souffrance. C'est aussi, surtout sans doute, celle de la fraternité.
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bilodohbilodoh   31 juillet 2014
La vieillesse […] Aucune surprise d’y être parvenu, aucun mérite non plus. Un peu de lassitude, parfois, c’est vrai. De l’étonnement aussi, allègre à l’occasion, excitant ou bien, selon le cas, tout au contraire, agacé, mélancolique, d’avoir manqué tant d’occasions de mourir jeune. (p.21)
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SisypheHeureuxSisypheHeureux   25 juillet 2020
C'est à Auxerre, dans la villa de la Gestapo, sous la torture, que j'ai vraiment pris conscience de la réalité de mon corps. Avant, mon corps et moi ne faisions qu'un être indistinct : j'étais mon corps, sans le savoir. Et il était moi-même. À force d'être moi-même, d'ailleurs, mon corps n'existait pas pour soi. Il n'y avait aucune distance, avant ces longues journées d'interrogatoire, entre mon âme - ma volonté, mes désirs, mes caprices même - et ce corps disponible, toujours apte à l'effort ou au relâchement.
À Auxerre, j'avais eu l'impression, rétrospectivement, de n'avoir jamais eu de corps. Comme si je m'incarnais dans la douleur, comme si celle-ci me faisait découvrir, en même temps que mon corps, sa fragilité, ses misères, sa finitude. J'ai tellement ressenti mon corps qu'il est devenu, en quelque sorte, une entité séparée, peut-être autonome - dangereusement autonome - , comme un être-autre. À certains moments, davantage même : un pour-soi hostile, ennemi de l'idée du Moi que je m'étais choisie, en tant qu'héritage et que projet.
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michelekastnermichelekastner   29 avril 2013
Car tout a une fin, même l'orgueil compréhensible, sans doute démesuré, d'une double vie pleine de risques assumés, de découvertes et de rencontres. Tout a une fin dans la vie, même les raisons de vivre. Mais pourquoi ne vivrait-on pas sans raisons ? Je veux dire, sans autre raison que celle de vivre, précisément, avec toutes ses conséquences. Une vie nouvelle, voici ce qui m'attendait sans autres raisons de vivre que celles de la vie même ; sans risque particulier, autre que celui de la mort même, risque si banal, si universel dans la vacuité de son évidence ontologique, qu'il ne pouvait fonder nulle expérience de vie singulière, hors norme.
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Vidéo de Jorge Semprun
Le 3 juillet 1966, Jorge Semprún était l'invité de l'émission “Au cours de ces instants”, animée par José Pivin. Des extraits de son livre “Le Grand Voyage” étaient lus par Michel Bouquet ainsi que par l'auteur lui-même. Photographie : Jorge Semprún à Paris en 1970. Source : Archive familiale. Crédit photo : D.R.
Source : France Culture
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