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EAN : 9782330118181
835 pages
Actes Sud (06/02/2019)
4.14/5   7 notes
Résumé :
Né en 1926, à Béni Saf (Algérie), assassiné dans la nuit du 29 au 30 août 1973, à Alger, dans sa cave de la rue Elisée-Reclus, Jean Sénac a laissé une œuvre dont les conditions de publication n'ont pas permis jusqu'à présent d'apprécier toute l'importance. En rassemblant les textes poétiques de Jean Sénac à ce jour publiés, le présent ouvrage voudrait enfin proposer un véritable accès à une œuvre de première force dont il importe de saluer la nécessité et les ébloui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
coco4649
  04 mars 2014
Cette page 748 des OEUVRES POETIQUES de JEAN SENAC ne contient que cette invitation lancée au LECTEUR.
Je ne résiste pas à l'envie d'inscrire dans ce blanc, bleu ? ou noir ? le propre message de la page 745 :
UN POINT C'EST TOUT

Jean Sénac, tel qu'en lui-même.
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MichelZ
  19 juillet 2019
Des écrits d'une sensualité subversive et solaire, singuliers et libertaires.
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critiques presse (1)
LaCroix   29 mars 2019
Réédition essentielle de l’œuvre intégrale de Jean Sénac, poète éperdu de l’Algérie, qui s’est fait le porte-voix de son indépendance.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
coco4649coco4649   28 janvier 2014
L’HOMME OUVERT

Cet homme portait son enfance
sur son visage comme un bestiaire
il aimait ses amis
l’ortie et le lierre l’aimaient

Cet homme avait la vérité
enfoncée dans ses deux mains jointes
et il saignait

À la mère qui voulut enlever son couteau
à la fille qui voulut laver sa plaie
il dit « n’empêchez pas mon soleil de marcher »

Cet homme était juste comme une main ouverte
on se précipita sur lui
pour le guérir pour le fermer
alors il s’ouvrit davantage
il fit entrer la terre en lui

Comme on l’empêchait de vivre
il se fit poème et se tut

Comme on voulait le dessiner
il se fit arbre et se tut

Comme on arrachait ses branches
il se fit houille et se tut

Comme on creusait dans ses veines
il se fit flamme et se tut

Alors ses cendres dans la ville
portèrent son défi

Cet homme était grand comme une main ouverte.

Paris, 21 avril 1952
(p.116-117)
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   06 mars 2014
LA NUIT D'UN DOUTE
à Mireille et Jean de Maisonseul,
à Reski Zérarti

II
POUR CONJURER LE CHANT FUNÈBRE

1

Il vient un jour où de nouveau
Tu crois
A l'espace, la pierre,
Où le soleil sur tes paupières est une halte de chevreau.
Entre tes cils 12 564 couleurs effervescent, la joie passe
‒ C'est une électricité prodigieuse !
Alors, tu jettes ton vieux linge, ta barbe superflue, tu
chantes
Et les enfants t'écoutent. Ils écoutent le poète Jean Sénac.
Ils disent : "Dans notre livre, il y a une récitation du poète
algérien Jean Sénac."
D'un coup ils ont peuplé les grilles de jasmin. Tu chantes
Pour un peu de clarté commune, car la nation s'est mise
en marche
En toi ‒ comme une moelle ! Tu retrouves le regard
Qui voit,
Celui qui coule dans la terre
Et l'arbre pousse.
Pas forcément les larmes, le regard
De source,
Celui du chant d'oiseau sur le mont reboisé,
L'appelant, l'ouvrier de la force intérieure,
Le regard de dedans qui dehors a son poids
‒ Et sur la terre il tient tout entier !
Tout cela parce qu'un passant t'a mis dans la main
Une phrase,
Parce que sa pupille à la tienne s'ajuste
Comme ces cartes perforées
‒ Et nous savons,
Tu sais que la mort a ce goût de moisissure que tu hais
Dans les chambres humides. D'un cri
Tu laves les carreaux. Tu cries : "Soleil !" Et ton soleil
fidèle
Remonte.
Ensemble nous allons sur le Môle épeler
La ligne tout là-bas qui fait le monde : l'ho
(L'eau !) l'hor (l'or !), l'ho-ri-zon.
Tu recommences tellement le rire est frais dans tes
entrailles :
L'ho (l'aube !), l'hor (non l'horrible, l'oracle !), l'horizon.
Il y a pour ton pas maintenant une courbe.
Allons !

2

Jette à la mer tes sandales de mort !
Un poisson pétille,
Un oursin violet
Sur le sable pille
Toute la clarté.
Regarde, au fond brille
L'algue, le fer et
La vie – e !
Tu jettes dans la mer tes sandales de mort.
Tu sautes, âme folle,
Tu es heureuse,
Tu n'as pas de contrôle,
Tu…
Oui, tu es belle
Comme la Longue Marche !
Comme la victoire du Viêt-nam !
Comme une peinture de Khadda,
Un relief de Martinez,
"L'Arabie Heureuse" de Baya,
Toutes les couleurs de Zérarti.
Comme une aquarelle d'Aksouh,
Un paysage de Maisonseul,
Le Noûn de Benanteur et l'Alif d'un hibou.

p.422-423-424

+ Lire la suite
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coco4649coco4649   24 janvier 2014
ESQUISSE D'UN CORPS TOTAL

1

Le jour commence entre tes dents, à peine balbutié, fenêtre
Sur la mer. Soleil sur tes lèvres : la plage
Où le poème s'étend.
Voici notre été. Je ne fais
Que transcrire le bourdon gracile de ton corps.
(Je pense à ces fêtes sur les collines arides de Bou Saâda,
À ces processions dans les presqu'îles espagnoles.)

Mais le jour commence et je sais
Que là tu es vivante
Dans le galbe de mes syllabes,
Le colin-maillard de mes rythmes.
Prendre ta main c'est presque tracer le poème.

Prendre ta main c'est mettre sur leur fusée porteuse
Les outils de notre conscience, les bijoux
Du zodiaque, les couleurs fantastiques que libère
Notre passion – santé de l'hallucinogène !
(Je ne veux pas de LSD, je veux
Ton rire sur le bleu d'Alger !)

Prendre ton rire c'est déplier les phrases,
Les donner au vent, d'un baiser
Les ramener au nord où dans son maillot bleu
Le poème s'apprête à sauter sur le digue.
(Dans l'euphorie des fritures nous touchons presque des
lèvres le bonheur
— Presque…)

Avons-nous jamais su que l'imagination
Est l'insecte qui troue le poème, notre chair, l'horizon,
Un froid destructeur sans élytre ?
Avons-nous jamais su combien de décombres et d'horreurs
Entrent dans le bleu des dieux, dans le nuage de la mer ?
Que le gâchis s'éternise au détour d'une image,
Bouche le cœur, et la rue tremble comme une eau trouble,
La voix s'envase, le diamant n'est plus qu'un stylet.

Mais tu reprends le mot à sa plaie et tu chantes,
Tu ouvres sur nos incendies la forêt
Ignifuge (lentisques au bord de la mer).
Plus rien n'est redoutable, j'écris.

2

Intervention frémissante, Eros,
Lorsque d'une enjambée tu biffes la plage,
Les baigneurs se retournent, émerveillés,
Jusqu'à ce qu'à nouveau tu jaillisses de l'écume,

Poésie, Corps Total !

27-29 novembre 1966
p.500-501
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   04 mars 2014
FATRASIES

Pas plus pesant qu'un seau d'ordures
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau à vermouth
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un saut de cabri
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau d'eau de mer
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de citrons
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un saut dans le vide
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de béton
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau d'écrevisses
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un sceau de Sion
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de poivre
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de fripes
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un sot-l'y-laisse
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de lilas
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de guêpes
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un saut de gouape
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de lune
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un seau de hanches
Je t'invente
Pas plus pesant qu'un sottisier
Que le sceau d'un baiser sur ta gorge éblouie
Je t'invente et me noie dans le seau de ta vie.

9 novembre 1966
p.480-481
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coco4649coco4649   26 janvier 2014
CETTE VILLE
à Farahnaz
pour son premier anniversaire

A ce qu'ils apportent la joie
la confiance
l'élan
vous les reconnaissez.
"Ces militants", 1962.


Dans cette ville
On ne sors plus,
Les rats crèvent
Sous le cœur.

*

Les oranges sont petites
Les pommes de terre rares.
Baisers interdits,
Mosquées grasses.

*


*

Les mots eux-mêmes ont froid.

*


*

Les mots font mal.
Rire de crin.

*


*

Dans cette ville
La jeunesse est un crime,
L'intelligence est un crime,
La beauté est un crime.

La médiocrité est la seule loi.

Poésie battue jusqu'au sang.

*


*

Couples, je vous salue
Sur les plages futures !

*

Dans cette ville
On ne se parle plus,
On se ment.

On ne se regarde plus,
On s'épie.

On a peur.

*

On avance avec
Dans les cicatrices
Des étoiles de délation.

Dans cette ville
On ne t'invite pas.

*

Le soleil,
La mer,
Redents intacts.

Le saccage.


Poitrine adolescente,
Rempart,
Ne vieillis pas.
Fête pure,
Ne cède pas.
Dure
Pour tous.
Augure.

*

Dans cette ville,
Farahnaz lève le doigt – pas plus gros qu'une datte –
Ignore les rats, découvre
Les bivouacs du ciel
Et s'émerveille.

Alger 18 octobre 1971
p.709---713

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Jean Sénac. Un poète essentiel.
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