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ISBN : 291708443X
Éditeur : Attila (23/02/2012)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Un homme traqué trouve refuge dans le clocher d'une église.
Là, dans son clocher, seul, privé de nourriture, comme un rat pris au piège, le héros observe la vie du village... qu'il domine, mais qui ne le voit pas. Il amorce un dialogue avec trois pantins appartenant au système de cloches de l'église, et qu'il identifie aux trois femmes de sa vie : prétexte à des méditations et des digressions, volontiers philosophiques, sur l'amour, la liberté, l'engagement.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
MarianneL
  25 avril 2013
«Je me suis refugié dans l'église pour sauver ma peau, c'était le seul endroit où les fanatiques franquistes, les curritos, ne viendraient pas me chercher. Inutile de dire que je ne crois pas au dieu à la barbe camphrée et aux escarpins dorés qu'on voit sur les peintures, toute ma vie j'ai senti le bourbier dans lequel nous ont mis les forces du destin à la naissance, et les mystères sonores, tantôt lumineux, tantôt obscurs et muets, qui nous assiègent jour et nuit, toujours à l'affût.»
Avec "Le roi et la reine", "Le fugitif" est un autre huis clos onirique de Ramón Sender, ici donc en grande partie dans l'espace minuscule d'un clocher. Pendant la guerre d'Espagne, pour échapper aux fascistes qui lui reprochent sa trop grande liberté, le narrateur, Joaquín, grimpe dans le clocher de l'église de son village, en compagnie des cloches et surtout des trois poupées de bois du clocher, compagnes enfermées (comme lui) à l'intérieur de leur abri de bois du fait d'un mécanisme défaillant. le narrateur dialogue avec lui-même et avec les trois marottes de bois, qui sont ses Parques et lui rappellent les passions de sa vie; réflexions sur la mort inéluctable, seule issue à cette vie privée de liberté, pensées tirées des livres trouvés dans la sacristie, évocations souvent misogynes de ses maîtresses frivoles et chimériques, inspirées par les trois poupées carolingiennes.
« Euphemia, tu me rappelles la belle Marcela, que j'ai tant aimée. Peu de différences. Comme elle, tu ne tiens pas en place – tu es impatiente de sortir avec ta faux – et tu as des lèvres appétissantes. le plus grand contraste, c'est que certains jours une chauve-souris dort, suspendue à ton nez. »
Le narrateur sera découvert dans des circonstances étranges, et quittera son clocher, cachette dans le ciel symbolique de la mort. le roman avance comme le déplacement d'un grand balancier qui se rapproche puis s'éloigne de l'indifférence face à l'amour et à la mort.
« Thanatos et Éros, la mort et l'amour, marchent de conserve depuis les lointaines origines de l'humanité, au moins dans les témoignages écrits : dans la poésie. Et chez les poupées. »
A propos de ses écrits, dont ce roman publié en 1972, Ramon Sender disait : « Mon propos relève plus de l'illumination que de la logique. J'essaye de suggérer des plans mystiques à partir desquels le lecteur puisse rêver. » Rêverie essentielle.
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Madamedub
  06 mars 2012
Le carillon d'une église espagnole. Drôle d'endroit d'où se raconte le fugitif, personnage en cavale qui donne son titre à ce roman de Ramon Sender, publié en espagnol en 1971 et resté inédit jusqu'ici en France. Pour échapper aux franquistes, Joaquin s'est caché là, coincé entre quatre cloches et trois poupées de bois qui refusent depuis des lustres de sortir de leur abri pour marquer les heures. Coupé d'un monde hostile, el fugitivo, la quarantaine bien consommée, attend sa capture en dilettante, se nourrissant d'une maigre réserve de biscuits, de quelques hosties, de la lecture du Don Quichotte ou d'ouvrages religieux chapardés dans la sacristie…
Dans sa situation, Joaquin, en successeur de Meursault ou du condamné de V. Hugo, médite, on le comprend, un peu sur la mort ; mais toujours, contrairement à ses devanciers tragiques et passionnés, de manière désinvolte, comme à travers une bulle de poésie et une distance onirique qui rappelle Kafka . Il théorise parfois aussi sur la justice des hommes qui le pourchassent sans raison précise. le Procès n'est pas loin. Sauf que toute forme de culpabilité, factuelle ou ontologique, est étrangère à Sender et s'efface derrière l'inaliénable innocence de celui qui chérit la vie et la liberté. D'ailleurs, il n'y a pas d'autres raisons, justement, à sa condamnation que cette liberté constitutive et invétérée. Joaquin est leur ennemi parce que les franquistes « ont réalisé qu'il avait conquis la liberté, comme s'il leur avait volée »…
Cependant la conscience du fugitif est ouverte à toutes les rêveries. Encyclopédiques ou fondées sur l'anecdote (comment arrêter de fumer), cocasses ou érudites (la symbolique du chiffre 3 dans les Evangiles), elles embrassent de multiples sujets et fourmillent de réflexions libertaires et parfois misogynes comme peuvent l'être les dandys. Ramon Sender fait des confidences de son personnage en marge du monde et en sursis un véritable art de la fugue… Car, à l'inverse de son corps toujours privé de liberté ( qu'il soit caché dans le clocher, sous surveillance rapprochée au tribunal ou dans le château où il est assigné avant son exécution), son discours se dérobe toujours à la claustration et ne cesse de pousser dans des directions inattendues, au-delà des murs de l'ordre social. Les trois marottes du clocher, variations chrétiennes des Parques, sont un bon exemple de l'écriture libre, espiègle, protéiforme et baroque de Sender. Martina et son marteau, Pelagia et ses bras qui n'attrapent que de l'air, Euphemia munie de sa faux et affligée d'une chauve-souris qui pendouille à son nez, deviennent rapidement douées de parole et devisent avec le reclus du cocher. Puis, par le jeu de l'analogie, elles ravivent, jusqu'à se confondre avec elles, le souvenir de trois anciennes maîtresses du narrateur dont il nous brosse des portraits truculents. Dans la deuxième partie du roman, les trois poupées horlogères sortent du souvenir et apparaissent aux côtés du « fugitif » (assistant à son jugement et lui rendant visite avant son exécution) en amantes frivoles, hypocrites, jalouses et monomaniaques. En bon marionnettiste, Sender anime ses poupées en nous faisant voir les fils… Poupées gigognes, personnages-prétextes, elles n'ont pour vocation, comme bien d'autres situations ou personnages du roman (on pense aux passages à l'humour absurde où Joaquin croit reconnaître la fée Urgande sous les traits du juge, du chef de la garnison du château ou d'une mendiante à la jambe plâtrée…) que d'être au service de la plume du malicieux Sender et de son extraordinaire talent de conteur. Récit drôle, philosophique, irrévérencieux, parfois poétique comme du Giraudoux, étrange comme du Kafka, le Fugitif, est, comme il se doit, un roman qui ne cesse de prendre la tangente pour célébrer la liberté.

Lien : http://madamedub.com/WordPre..
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Readingintherain
  07 juin 2012
Nous continuons cette série « Guerre d'Espagne » avec un autre court roman, de Ramon Sender celui-ci. J'avais parlé il y a peu de l'Empire d'un homme, roman splendide du même auteur, et je me suis coulée de nouveau dans son écriture avec un plaisir exquis. Dans un mélange de réalisme et de naturalisme (si, si, vous verrez, c'est possible), le lecteur suit un héros enfermé, que ce soit dans un clocher, un tribunal ou un château. Ce quasi huis-clos n'est pourtant jamais étouffant grâce à l'imagination débordante du personnage principal qui convoque ses souvenirs afin d'éloigner, peut-être, la folie, mais surtout afin de se persuader que sa vie a été bien remplie et qu'il peut désormais mourir.

En effet, l'homme est sous le coup d'une condamnation à mort. Mais le juge estime que « la peine de mort n'a aucun effet si l'accusé ne redoute pas l'exécution », ce qui complique singulièrement les choses, on en conviendra. Il va donc falloir redonner à l'accusé le goût de vivre afin de l'occire convenablement. Mon seul regret est la solution envisagée et mise en place, qui me semble un peu trop simple voire simpliste. Mais il n'en reste pas moins que le Fugitif est un très beau roman servi par une langue extraordinaire.

On ne peut que saluer la volonté d'Attila de republier les romans « oubliés ». Après Jacques Abeille, voici Sender. Et vous pouvez imaginer mon impatience à l'idée qu'ils publient tous les inédites de Goliarda Sapienza ! Je pense continuer à lire les romans de Ramon Sender. Mais pas trop rapprochés, on n'en sort tout de même pas indemne.
Lien : http://www.readingintherain...
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critiques presse (1)
Lhumanite   04 août 2012
Une métaphore acide de l’Espagne de la guerre civile sous la plume de Ramon Sender, injustement ignoré.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
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