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ISBN : 2917084057
Éditeur : Attila (01/12/2008)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Madrid, 1936. dans la piscine de son palais, la duchesse d'Arlanza se montre nue à son jardinier, Romulo, au prétexte que celui-ci n'est pas un homme... Le lendemain de cette scène, la guerre civile éclate. Les deux êtres vont passer toute la durée du conflit face à face à l'intérieur du château, dans un huis clos aussi burlesque qu'angoissant. Si les premiers jours de la guerre répandent une atmosphère festive, le tragique s'insinue peu à peu. Entre fantômes et fan... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Herve-Lionel
  09 mars 2014
N°517 – Avril 2011.
LE ROI ET LA REINERamón Sender – Éditions Attila.
Traduit de l'espagnol par Emmanue Roblès

Ce roman qui a l'origine avait été publié en 1955, fait l'objet d'une réédition, enrichie de dessins d'Anne Careil.
Cette histoire commence d'une manière assez inattendue. La jeune Duchesse d'Arlanza est complètement nue dans la piscine de son palais madrilène. Entre Romulo, son jardinier, mais elle néglige de se couvrir le corps au seul motif qu'il n'est qu'un simple domestique et surtout pas « un homme ». le lecteur mesure ainsi, dès les premières lignes le ton de ce roman, l'image d'une société espagnole d'un autre âge. le lendemain, le 13 juillet 1936, José Calvo Sotelo, chef du parti anarchiste est assassiné. C'est le point de départ du soulèvement franquiste et le début de la sanglante guerre civile qui va déchirer le pays.
Le mari de la duchesse, officier d'artillerie dans le rang des nationalistes rejoint son poste mais retrouve son épouse nuitamment dans leur demeure où la duchesse s'est cachée. Après la réquisition de son château par les républicains et la nomination de Romulo comme gardien des lieux, le duc est livré et tué. La duchesse, pétrie de convictions surannées, semble étrangère aux bouleversements du dehors, continue de regarder son jardinier comme un domestique, de se recommander à Dieu et d'attendre l'intervention du roi Alfonse XIII. Les visites nocturnes du duc qu'il prend pour un autre amant, rendent Romulo jaloux. Ainsi cet homme du peuple, devient-il, par hasard et compte tenu des circonstances, l'égal de ses anciens maîtres, du moins le pense-t-il ! Cependant, compte tenu de l'amour qu'il croit porter à la duchesse, il se met en devoir de la protéger, même contre les « rouges » dont il fait pourtant officiellement partie. Avec sa complicité, elle reste cloîtrée dans le donjon du château sans que les miliciens en sachent rien et lui bénéficie d'une grande liberté à l'intérieur de ces lieux dont il a la charge. Il joue pourtant un double jeu et choisit, par amour de cette femme, un camp auquel il n'appartiendra cependant jamais. Il accepte par avance de prendre sur lui l'assassinat du capitaine républicain dans lequel il n'est pour rien pour sa seule raison que la duchesse le lui demande. Il fait d'ailleurs disparaître le corps pour qu'elle ne soit pas inquiétée. Quand il sent qu'elle peut le dénoncer en échange d'un sauf-conduit qui la sauvera, il accepte ce sacrifice et attend patiemment la mort. C'est aussi cette même mort qu'il va chercher au front en s'engageant, un peu comme si elle devait le délivrer de cette emprise qu'a sur lui la duchesse tout aussi bien qu'elle allait l'élever au-dessus de sa condition.
Pourtant, c'est un peu comme si les événements extérieurs étaient presque secondaires au regard des relations quelque peu ambiguës qui s'établissent en lui (le roi) et elle (le reine). Elles sont faites de fantasmes et de mort, d'attente et de fuite, de fols espoirs et de projets surréalistes... C'est, dans ce microcosme, un huis clos, qui figure une sorte d'unité de lieu, que se déroule ce combat inégal. le personnage de la duchesse, qui est à ce point immatériel qu'elle ne porte même pas de prénom, est à la fois fantasque, détaché de la réalité, ambigu aussi. Quand son mari meurt, elle se donne à Estéban, un Donjuan cynique et égoïste qu'elle a pourtant toujours regardé comme « le Diable » alors qu'elle songe plutôt à se servir de Romulo comme d'un instrument. Elle est, pour ce dernier, un « rêve », une illusion inaccessible et, quand elle s'enfuie, Romulo se répète à l'envi « Elle m'attend quelque part ».
C'est une espèce de jeu de miroirs, une valse-hésitation entre eux, un drame où les dialogues sont réduits au minimum et où s'opposent deux êtres à la personnalité différente, un maître et un esclave. Et pourtant la duchesse ne cesse de descendre des étages à l'intérieur du donjon où elle s'est réfugiée, alors que son jardinier tente de prendre de l 'ascendant sur cette femme qui l'impressionne. Il ne ressent aucune peine pour la mort de son épouse tuée dans un bombardement fasciste et accepte même que la duchesse revête ses vêtements pour passer inaperçue dans sa fuite.
Il y a aussi des personnages secondaires, Elena, le nain qui bizarrement porte un nom de femme qui mène un combat contre les rats, comme Romulo le fait contre lui-même. Il peut représenter un danger pour le jardinier mais dès lors qu'il sent que la duchesse est morte, il cesse de le craindre. Esteban qui est seulement évoqué représente le côté bestial et érotique de l'amour, Romulo incarnant son aspect idéalisé. Cette idéalisation est fondée sur la vision fugitive de la nudité féminine, complète au départ puis limitée à un bout de sein à la fin. Les marionnettes ont un rôle révélateur dans ce récit, celui peut-être du choeur dans le théâtre grec, celui assurément de l'espèce humaine qu'elles représentent. Chaque marionnette est un homme qu'on peut aisément manipuler et c'est à l'une d'elle que l'auteur laisse le dernier mot : « acta est fabula » !
Ce texte est illustré de dessins dus à Anne Careil qui soulignent bien le thème traité : la danse d'Eros avec Thanatos !
Je continuerai à m'intéresser à cet auteur qui avait déjà retenu mon attention [la feuille volante n° 299 -Mai 2008]

©Hervé GAUTIER – Avril 2011. http://hervegautier.e-monsite.com



























































Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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MarianneL
  25 avril 2013
En 1936, alors que la duchesse d'Arlanza se baigne nue dans la piscine intérieure de son château, Romulo le jardinier vient s'entretenir avec sa camériste. La duchesse l'invite à entrer. Elle est nue mais qu'importe, puisqu'il n'est qu'un jardinier.
Avant d'entrer et de découvrir la nudité de cette femme, Romulo entend cette interrogation de la duchesse en réponse à sa femme de chambre choquée, que celle-ci le laisse entrer : « Romulo, un homme ? »
Le lendemain, la guerre d'Espagne éclate, les Républicains occupent le château et le récit devient un face à face entre le jardinier et la duchesse, dans ce château immense en plein chaos qui semble être une scène de théâtre ou bien le lieu imaginaire d'un rêve fantastique entre le sommet de la tour ou la duchesse est refugiée, et la cave abritant un nain fasciste qui se bat contre les rats.
Le Roi et la Reine est le livre d'un homme, Romulo le jardinier, en pleine confusion, un personnage extraordinaire pris entre son dévouement à la duchesse, son innocence, son ignorance de la chose politique, sa compréhension douloureuse du mépris dont il a été l'objet, son désir et son obsession grandissante pour le corps de la duchesse, sa sensibilité et sa violence enfouies qui ressurgissent, sa finesse et sa sensualité insoupçonnées sous ses airs de paysan.
« Romulo avait passé des heures et des heures à contempler un parterre d'arums. Dans leurs profonds entonnoirs blancs entraient souvent une abeille ou un bourdon. Certains de ces bourdons étaient parfois de grande taille, veloutés, vêtus avec un luxe asiatique et se mouvaient avec une sorte de gravite religieuse. Il avait vu un de ses insectes entrer lentement au sein d'une fleur, comme un roi dans sa chambre. […]
Lorsqu' il retourna dans le parc, il eut l'impression d'en être le propriétaire. Depuis plusieurs années il savait que par-dessus l'arbre le plus haut, du côté des lavoirs, chaque soir, à l'automne, naissait la première étoile et qu'elle disparaissait au matin, jusqu'à la mi-novembre, derrière sa maison (à présent derrière le drapeau républicain). le soleil, en revanche, se levait chaque jour par-dessus le mur, entre les deux lointaines rangées d'édifices qui se perdaient vers la place du Progrès. Si les miliciens ne revenaient jamais et si lui restait là, dans ce domaine et avec la duchesse, il se sentirait aussi comme ces bourdons qui lentement s'enfoncent au coeur d'un magnolia. »
C'est le livre bouleversant d'un homme qui devient roi et d'une duchesse qui devient femme, descendant les étages de la tour alors qu'elle gagne en humanité.
Joie de la découverte, Ramón Sender, disparu en 1982, écrivit – outre celui-ci dédié à son frère fusillé par les fascistes en 1936 - une soixantaine de livres qui, dans leur immense majorité, ne sont toujours pas traduits en français. A suivre donc, grâce aux éditions Attila, ces dénicheurs de beaux textes et d'auteurs merveilleux.
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djathi
  27 mai 2016
Alors que la guerre civile éclate en Espagne , un jardinier et sa reine vont vivre ces évènements dans une intimité conflictuelle liée à leur condition sociale respective .
Une phrase clé à l'origine de toute la tension qui régit les relations de ces deux êtres sera le fil directeur du récit .
En effet alors que la duchesse d'Arlanza se baigne nue dans sa piscine intérieure personnelle , l'arrivée du jardinier Romulo provoque désapprobation chez la femme de chambre de la reine .; celle-ci répond désinvolte , légère , méprisante , amusée ou ....plus encore (qui sait ce qui se cache derrière les mots ? ) : " Romulo , un homme ?" .
De là naitra une relation de domination et de jeux d'une grande perversité . Romulo bafoué dans sa virilité et sa condition humaine établira toute une série de stratagèmes pour avilir sa belle reine tout en laissant s'exprimer en lui son désir d'homme augmenté et dénaturé par le contexte socio-politique du moment .
Un huit -clos oppressant écrit par une plume "bien trempée" , qui nous entraine dans une sorte de délire autant absurde que profondément lucide ...Des symboliques fortes , des jeux de séductions et répulsions dans une ambiance baroque amplifiant la puissance , une histoire de jeu de rôles vengeresse de la grande histoire finalement mais finement mis en scène par une imagination qui ose le burlesque et une sensualité envoûtante .
Conte philosophique , roman historique ?
Une oeuvre assez inclassable , au sein duquel souffle un vent de révolte vivifiant ! Ramon Sender n'est pas de ceux qu'on étiquette et qu'on classe sur une étagère proprette dans une bibliothèque bien-pensante et c'est là sa force !
Merci aux Editions Attila de nous proposer cette traduction . le format, et la mise en page superbe agrémentée par des illustrations d'Anne Careil qui met en exergue avec grand talent toute la part de mystère ténébreuse du monde de Sender apporte une saveur supplémentaire à la lecture !
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Loubhi
  10 octobre 2015
Fantastiquement bien écrit, ce récit, à la fois original et totalement intégré à L Histoire, vous prend dès la première page pour vous emmener d'une seule traite à ses dernières pages.
Récit, conte philosophique, narration historique d'une des époques les plus troubles de l'Espagne du XX ème ; la prise du pouvoir de Franco, indiscutablement ce roman est une réussite.
Le jeu auquel vont se livrer la duchesse et son jardinier est celui mêlant amour et répulsion, il est aussi le reflet d'une image de l'esprit de caste entre la noblesse et les classes les plus populaires. En niant l'état d'homme à son jardinier, parce qu'il n'est qu'un serviteur, elle va plonger Romulo dans des affres qu'il ne connaissait pas. Méprisé aux tréfonds de son âme mais toujours attaché à la servir, il va s'adapter aux circonstances du moment pour lequel il n'éprouve ni ne comprend pas grand chose ; à savoir la cause républicaine pour retourner la situation et se faire le protecteur contre son gré de la belle duchesse prise au piège de son château assiégé par les républicains.
C'est ainsi qu'un personnage à la base inexistant parce que nié, va devenir un héros de la guerre, délier les relations les plus proches de la duchesse pour qu'elle se sente à son tour seule, à la portée des autres et dépendante...
Cet itinéraire, le lecteur le suit avec un intérêt constant, dans un récit superbement bien écrit avec une réflexion sur ce qui constitue l'état d'homme et les relations entre les êtres de classe sociale différente propulsés dans les affres de l'Histoire, un histoire qui bouscule tous les repères.

Lien : http://passiondelecteur.over..
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loudarsan
  25 avril 2016
Extrait de critique :
Poupées, poupées, petites marionnettes. La Reine descend à rebours du haut de la tour. Cinq, la terrasse donne sur le parc, le visage de la Reine se découpe devant une marine. Quatre, le projecteur est coupable et le Roi emplit de soleil une tapisserie de Goya. Trois, font les petites marionnettes devant l'étranglé de Zurbarán. Deux, Le Greco ressuscite. Un, console, berceau, miroir, la flamme de la morte. Dans l'escalier, le soulier du diable ; dans l'ascenseur, des roses blanches et un squelette élégant qui écoute un madrigal. A la cave, le nain nazi est fou et étrangle les rats ; dans les bois, Cartucho veille, soldat rouge. Poupées, poupées, petites marionnettes.
(Suite sur le blog : http://louetlesfeuillesvolantes.blogspot.com/2016/04/le-roi-et-la-reine-ramon-sender.html )
Lien : http://louetlesfeuillesvolan..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
loudarsanloudarsan   07 mai 2016
Seulement parce que vous êtes une femme. Une femme ! répéta-t-il en baissant la voix. Moi je la connais, cette femme. Je l'ai vue. L'homme l'a vue et emportée au fond de ses yeux pour toujours. Par les yeux cette femme est entrée en lui, l'a imprégné jusqu'à la moelle de ses os. Il la porte en lui, qu'il dorme ou qu'il veille. Avec tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle pense. Avec tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle tait. Telle qu'elle est. Moi je l'ai vue et je la vois en ce moment même. Moi, moi ! Un homme.
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loudarsanloudarsan   07 mai 2016
Le duc va revenir, avec ses yeux morts et ses mains vivantes. On dirait que le danger lui procure seulement une espèce d'indifférence, un éloignement de soi-même.
La mélancolie animale de Romulo me donne à réfléchir. Il paraît obsédé par la scène de la salle d'armes. S'il ne m'en tient pas rancune c'est parce qu'il m'admire. Il continue à ne pas comprendre que je l'aie traité comme une bête domestique. Il est dans la confusion la plus complète et me regarde comme un être irréel, comme une divinité. Il semble que le dédain, lorsqu'il atteint certaines proportions, soit un attribut réellement divin.
Hier j'ai été sur le point de rapporter au duc l'affaire de la piscine, mais je me suis retenue à temps, à l'idée que ni le duc ni aucun homme ne comprendrait jamais cela.
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loudarsanloudarsan   07 mai 2016
La bombe de la terrasse paraît avoir éclaté par la volonté de Romulo. Il me semble que c'est lui qui m'a chassée de l'appartement et cependant je viens ici pour fuir et pour attendre. Pour le fuir. Et pour l'attendre aussi.
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