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Jean-Paul Cortada (Traducteur)Jean-Pierre Ressot (Traducteur)Anne Careil (Illustrateur)
EAN : 9782917084168
167 pages
Éditeur : Attila (22/04/2010)

Note moyenne : 4.22/5 (sur 29 notes)
Résumé :
1936. Un prêtre s'apprête à célébrer une messe de requiem pour un jeune homme du village qu'il a vu naître et grandir, et qui a été exécuté par les phalangistes... à cause de lui... et malgré lui. Tel est le début et l'argument du Requiem pour un paysan espagnol. Interdit sous Franco, ce bref chef-d’œuvre circula clandestinement jusqu'à devenir un symbole, débordant le cadre habituel de la littérature.

Le Requiem est ici suivi d'un texte, inédit en fr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
krzysvanco
  26 septembre 2016
Ce livre figure dès mon inscription dans mes livres pour une île déserte mais je n'en avais pas fait encore la critique. Qu'ajouter à un tel livre ?
Ramòn Sender l'a écrit 14 ans après la guerre civile espagnole alors qu'il était en exil. Il a d'ailleurs exigé, avant de rentrer en Espagne qu'il y soit publié.
Il est court (86 pages), la trame en est très simple : Mosén Millán, prêtre d'une paroisse aragonaise s'apprête à célébrer une messe de requiem pour Paco du Moulin, tué par les phalangistes un an auparavant. Il est dans sa sacristie avec un enfant de choeur et régulièrement il demande à celui-ci si les fidèles sont arrivés. Durant ce temps, il se remémore toute la vie de Paco, de sa naissance à sa mort. Il l'a bien connu, a participé à sa formation, Paco fut son enfant de choeur avant de prendre conscience des inégalités sociales et de s'engager en faveur des plus démunis. Adoré de tous, à l'exception notable des riches propriétaires terriens, il doit se cacher. Mosén Millàn, dans un moment de lâcheté révélera sa cachette et Paco sera fusillé.
Le prêtre se sent-il coupable, pas vraiment, il refuse de voir son véritable rôle, et voit dans la mort de Paco une tragédie.
La famille et les amis de Paco ne viendront pas à la messe, ne sont présents que les assassins qui se disputent pour payer cette messe et, revanche posthume, la mule de Paco qui fait irruption dans l'église.
Tout dans ce livre est fait de suggestion, de réserve.
Les souvenirs du prêtre alternent avec ses demandes à l'enfant de choeur; ce dernier chantonne une ballade sur Paco dont nous connaîtrons la fin au terme du récit.
Sous une forme elliptique, les thèmes de la culpabilité, la trahison, la lâcheté, de l'inféodation de l'Église espagnole avec les nantis.
Court récit mais récit dense et inoubliable.
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MarianneL
  25 novembre 2014
Requiem pour un paysan espagnol (1953) & le Gué (1948) (aux Editions Attila, 2010)
À l'intérieur d'une église qui reste obstinément vide, le curé, Mosén Millán, est sur le point, en cette année 1936, de célébrer la messe d'enterrement de Paco, fusillé par les phalangistes. Seul, appuyé contre le mur de l'église, il repasse le film de ses souvenirs, ceux du baptême, de l'enfance de Paco, de ses actes de compassion envers les pauvres, de son mariage, de ses espoirs et de sa lutte après 1931, et enfin de sa chute dont le prêtre a été l'artisan sans l'avoir vraiment voulu.
Par les yeux de ce prêtre passif, défenseur avec l'Église de l'ordre établi et des puissants, sont évoqués en filigrane la misère noire de l'Espagne d'alors, le système de domination des propriétaires terriens hérité de l'époque médiévale et les années troublées précédant la guerre d'Espagne.
Inspiré par l'histoire familiale de Ramón Sender, son frère et sa femme étant tombés sous les balles franquistes, ce court roman initialement publié au Mexique en 1953 est surtout une histoire humaine, celle du courage et de l'intégrité de Paco et celle de l'attitude du prêtre, homme gris qui a trop peu de force pour un grand dessein - qui rappelle ces mots de Primo Levi : « Les monstres existent, mais ils sont trop peu nombreux pour être vraiment dangereux ; ceux qui sont plus dangereux, ce sont les hommes ordinaires, les fonctionnaires prêts à croire et à obéir sans discuter »
« Un groupe de jeune gens arriva au village, des fils de bonne famille avec des bâtons et des pistolets.
Ils avaient l'air de pas grand-chose, et certains poussaient des cris hystériques. Jamais on n'avait vu de gens aussi effrontés. Normalement, ces garçons rasés de près et élégants comme des femmes, on les appelait, au carasol, petites bites, mais la première chose qu'ils firent fut de passer une formidable raclée au cordonnier, sans que sa neutralité lui serve à quoi que ce soit. Puis ils abattirent six paysans, dont quatre de ceux qui vivaient dans les grottes, et ils laissèrent leurs corps dans les fossés de la route qui menait au carasol. Comme les chiens venaient pour lécher le sang, ils postèrent un des gardes du duc pour les écarter. Personne ne demandait rien. Personne ne comprenait rien. Les gardes civils n'intervenaient pas contre les étrangers.
À l'église, Mosén Millán annonça que le très saint sacrement serait exposé jour et nuit, puis il protesta auprès de don Valeriano, que ces petits messieurs avaient choisi comme maire, parce que les six paysans avaient été tués sans avoir eu le temps de se confesser. le curé passait ses jours et une partie de ses nuits à prier.»
Requiem pour un paysan espagnol est suivi dans ce volume publié par Attila en 2010 par un deuxième court récit de 1948, également sobre et magnifique, «Le Gué», la culpabilité d'une moucharde après la folle dénonciation de son beau-frère, fusillé lui aussi par les franquistes.
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Pirouette0001
  09 juillet 2017
Voici tout d'abord un beau livre, à la typographie soignée, avec de belles gravures émaillant les pages de ces deux histoires, et c'est suffisamment rare pour être souligné.
Un bel objet. Mais pas seulement.
L'auteur a dû fuir le franquisme jusqu'au Mexique et c'est par la première de ces deux histoires, "Requiem pour un paysan espagnol" qu'il se fera connaître.
En quelques dizaines de pages au style dépouillé, Sender nous fait revivre toute l'horreur de cette guerre civile espagnole, vue de la province, des coins perdus d'Espagne.
C'est court, cinglant, efficace. De poignantes pages d'histoire à se remémorer.
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Blackbooks
  05 janvier 2020
Une rivière comme juge, l'attente et le silence comme témoins. L'homme face à sa solitude, à ses actes et sa conscience. le temps passe, la mémoire et les traces demeurent, douloureuses et indélébiles. L'homme a beau fermer les yeux ou prier rien n'y fait. Les souvenirs et les regards condamnent impitoyablement. Peu à peu, la folie s'empare de l'être, les fidèles se font rares désertant l'église plus que la foi. Aux côtés de Dieu, et de l'ordre établi, Mósen Millán attend de célébrer le requiem pour Paco, un homme du village. Entre présent et passé, entre légende et récit, la vie de Paco enivre les lieux comme le romance murmuré par l'enfant de choeur. "Et voilà le Paco du Moulin, il vient d'être condamné, et il pleure sur sa vie, en route pour le cimetière" (page11), "ils l'emmènent par la colline, sur la route du cimetière…" (page 59).Les paupières closes de Mósen, l'éloignement de Lucie ne suffisent plus à soulager, l'âme rédemptrice, la rivière vengeresse chantent le poids de leurs péchés. "Moucharde, tu parleras… tu parleras et tu ne diras jamais, jamais, jamais…". Les fantômes resurgissent, errements des êtres, d'un pays, moment de faiblesse ou de trahison." Il n'est pas nécessaire de vouloir du mal à quelqu'un pour le dénoncer et lui faire perdre la vie" (Le gué, page 104).Ramón Sender, nous confronte à l'histoire de son pays en usant simplement de l'ellipse et de la suggestion. Point besoin d'énoncer les maux, point besoin de dénonciations, les mots réveillent les plaies souterraines ou éclairent les faiblesses qui permirent certaines exactions. Tout en subtilité, l'auteur nous embarque dans la Guerre civile espagnole, période qui le priva tour à tour de sa femme et de son frère. Un lourd tribu et une ignominie qui seront souvent au coeur de son travail. En exhumant ses démons Sender nous livre une oeuvre poignante. Entre confession et travail de mémoire, entre souvenir intime et réflexion, une voix s'élève contre l'indifférence, l'ordre établi et l'oubli."Personne ne savait quand ils tuaient. C'est-à-dire qu'on le savait, mais que personne ne les voyait. Ils faisaient cela la nuit, et, le jour, le village paraissait calme.Quatre autres cadavres avaient été abandonnés entre le bourg et le carasol, quatre conseillers.Beaucoup d'habitants étaient à l'extérieur du village, occupés à la moisson. Les femmes allaient toujours au carasol, et elles répétaient les noms de ceux qui tombaient." (page 74)
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djathi
  27 mai 2016
Requiem pour un paysan espagnol
Une oeuvre , courte , dense , qui claque , sans échappatoire pour le lecteur .
Ecrite en 1953 au Mexique par Ramon Sender qui débutera sa carrière d'écrivain par cette première oeuvre majeure. Ce court récit est un écho lancinant des souffrances du peuple espagnol en cette période trouble de la montée du fascisme , qui marquera l'histoire de ce pays durant des décennies; Ramon Sender lui même étant touché directement par la perte de sa femme et de son frère dans cette guerre silencieuse , utilisera sa plume pour mener son propre combat et continuer à vivre.
Mosen Millan curé de campagne se prépare à dire une messe pour Paco ,jeune homme fusillé par les phalangistes ; dans l'attente des fidèles , sous le regard d'un enfant de coeur qui chante l'hymne qui circule depuis cette tragédie, sur ce héros de l'histoire , le prêtre se souvient .....
Du baptême du nourrisson associé à ses papilles régalées en ce jour de fête ...
De l'enfant "Paquito"qui servit à ses côtés dans l'église , enfant de choeur bien-aimé ,
Du jeune homme curieux , et trop souvent dérangeant par son regard trop plein de questionnements sur l'ordre établi ,
De cet ordre justement , si bien gardé jusqu'alors où chacun avait sa place , noblesse ou paysannerie , et tout allait bien ainsi ...Avec les plus pauvres parmi les plus pauvres loin du centre villageois , dans les grottes ....parce que ça fait désordre et qu'on n'y peut rien,
Chut ,
De l'audace de Paco devenu homme qui refuse de se taire et bouleverse tous les rouages de cette structure ancestrale pour avancer vers la libération du peuple soumis encore au servage ,
De"la Jéronima" sorcière représentante des temps ancestraux où les croyances paiennes régulaient les passions des hommes , de Don Valériano et de Don Gumersindo représentant la puissance nobiliaire inattaquable , du rôle de chaque membre de cette petite communauté , rôle inébranlable jusqu'alors , bien gardés par la conscience collective ,
Et puis ....de son rôle à lui ....qui le conduit , au nom de Dieu le père tout puissant à ne pas pêcher par le mensonge et à faire acte de délation lorsque les fascistes poursuivaient Paquito , Paco ....l'homme au grand coeur , libre et rebelle ....
Dans la sacristie , il attendra en vain l'arrivée des villageois : le peuple a parlé par son absence .
Seul face à Dieu , seul face à sa conscience douloureusement tenue en éveil par la présence des trois notables impliqués dans l'assassinat de Paco et qui viennent payer la messe dans un souci de maintien de l'ordre immuable !
Les yeux fermés , tout au long de ses réminiscences qui remontent en surface , rythmé par le chant litanique racontant l'histoire de Paco mort pour le peuple .....
A travers une écriture elliptique , sêche , aride , des personnages symboliques aussi burlesques que dramatiques , Ramon Sender a su faire de cette oeuvre subversive , un pilier incontournable pour qui veut appréhender l'histoire de l'Espagne de l'intérieur .
Longtemps interdit en Espagne et circulant souvent sous le manteau , il fallut attendre la mort de Franco pour qu'il soit publié et dans son engagement sans réserve , Ramon Sender renoncera à ses droits d'auteur permettant ainsi une plus grande diffusion .
Une oeuvre magistrale .
J'ai regretté de ne pas l'avoir lu dans sa langue : les sons gutturaux de l'idiome espagnol accentuant sans aucun doute l'impact de ce récit rude , sobre et qui agit sur le lecteur avec un certain décalage dans la temporalité : l'impact ne se ressent pas dans l'immédiateté tel les contes et légendes .....
Au delà de son sens politique , Ramon Sender offre aussi une immense réflexion universelle : celle de la notion de culpabilité liée au sens du devoir démontrant la complexité du "dur métier de vivre" pour l'homme englué dans ses passions , sa moralité , ses appartenances religieuses et sociales .
On retrouvera d'ailleurs ce même thème dans la nouvelle "Le gué" , tout aussi poignante mais plus intimiste .
Le gué
A travers ce court récit , on retrouve les obsessions de Ramon Sender dans la culpabilité , la recherche de l'expiation , la délation dans une Espagne tourmentée , et la solitude de ces êtres à la dérive , aussi victimes que bourreaux , cherchant une issue pour échapper au poids du remords et du péché .
Lucie qui dénonça l'amour de sa vie aux franquistes parce qu'il s'était marié avec sa soeur ,
Lucie toute douleur qui traine désormais ce lourd péché de plus en plus insupportable ,
Lucie qui ne trouvera aucune réponse à sa quête de rédemption après sa confession ( l'accointance du pouvoir politique et religieux de l'époque ne voyant aucune forme de péché dans la délation d'un opposant au régime faciste !!!) ,
Lucie sombrant dans la folie ....ultime refuge pour supporter son fardeau ....par choix autant que par nécessité pour survivre !
Un texte d'une force poétique incroyable , et qui met en relief toute la complexité de l'homme , pétri de contradictions , soumis aux lois externes régis par les hommes , conditionné par un héritage culturel judéo-chrétien , chargé de tant de paradoxes qui l'ensevelissent dans la douleur première : celle de la culpabilité .
Un texte qui s'accroche au lecteur , ouvrant toutes les failles secrètes ou inconscientes et mettant à nu l'homme ..."l'homme de tous les temps , de tous les cieux , l'homme qui te ressemble ."
Un texte inoubliable .
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critiques presse (1)
Actualitte   03 septembre 2012
Cet ouvrage rassemble deux nouvelles de Ramón Sender qui sont illustrées de dessins d'Anne Careil. Deux petits textes de moins de cent pages chacun. Deux monuments qui vous prennent là, au creux de l'estomac, et qui ne vous lâchent plus. Deux merveilles. Deux chefs d'œuvres.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (1) Ajouter une citation
ivredelivresivredelivres   09 juin 2011
Ces garçons rasés de près et élégants comme des femmes, on les appelait, au carasol, petites bites, mais la première chose qu’ils firent fut de passer une formidable raclée au cordonnier, sans que sa neutralité lui serve à quoi que ce soit. Puis ils abattirent six paysans, dont quatre de ceux qui vivaient dans les grottes, et ils laissèrent leurs corps dans les fossés de la route qui menait au carasol.
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