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ISBN : 2922145735
Éditeur : Editions Alire (30/09/2003)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 389 notes)
Résumé :
Etienne Séguin n'a pas trente ans. Originaire de Drummondville, demeurant depuis quelques années à Montréal, il vient d'accepter un poste de professeur de littérature au cégep de sa ville natale.

Qu'à cela ne tienne, il fera l'aller-retour par l'autoroute 20 ; le trajet ne prend pas plus d'une heure, cela lui permettra d'écouter la radio et, surtout, d'oublier sa récente séparation !

Peu de temps après, Etienne remarque un auto-stoppe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
lyoko
  11 novembre 2018
Une première immersion pour moi dans l'univers de Sénécal . J'ai beaucoup aimé même si certaines tournures de phrases québécoises m'ont un peu dérangée dans la fluidité de ma lecture.
Néanmoins l'intrigue est maîtrisée et pourtant ce n'était pas gagné car dès le début je me suis demandée ou il voulait en venir avec un jeune professeur qui doit enseigner la littérature de l'horreur alors qu'il n'y connait que dalle.
Mais au final c'est une introduction très réfléchie et très bien menée.
C'est assez palpitant à lire , car on a vraiment envie de savoir le pourquoi du comment et on tombe étrangement de haut car on s'attend a beaucoup mais en tout cas pas à ça ( enfin pour moi)… et pourtant on reste malgré tout dans du classique
Une très belle découverte et je n'en resterais pas là, d'autres romans de cet auteur ont déjà rejoint ma pal
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palamede
  23 novembre 2017
Quand Étienne décroche un poste de professeur de littérature fantastique dans le cégep (collège) où il a été étudiant, à Drummondville sa ville natale, sur le moment il n'envisage pas de déménager. Trois cours par semaine ne le justifient pas, il préfère se coltiner des allers et retours entre Montréal et Drummondville, sauf le mercredi où dîner et dormir chez ses parents lui évitent un lever très matinal.
Mais l'autoroute 20 se révèle vraiment ennuyeuse. À vrai dire, tellement lassante que contre toute prudence un soir le jeune prof prend en stop Alex. L'inconnu est sympathique bien qu'un peu dérangeant avec ses questions et ses réflexions bizarres. Et d'abord est-ce bien un inconnu ? Étienne, qui a proposé de prendre Alex à chaque fois qu'il passe, n'en est plus très sûr, et ça aurait tendance à lui fiche vaguement la frousse, car depuis cette maudite amnésie qui l'a frappé à l'âge de huit ans, il sait qui lui manque des pans entiers de son enfance.
En repensant à ses premières années qui ne s'est interrogé sur la part d'imagination dans ses souvenirs altérés par le temps. Un moi en partie oublié qui est source d'inquiétude parce que justement il échappe à la mémoire. Patrick Senécal, avec la truculente langue québécoise qui est la sienne, joue habilement sur cette amnésie naturelle pour monter un scénario diabolique. Mine de rien, le passager qui embarque à nos côtés finit par vraiment nous effrayer. Mais heureusement, ce n'est que l'horrible cauchemar d'un excellent roman policier - addictif parce que l'horreur est fascinante, comme le dit très justement Etienne.
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DoVerdorie
  18 juin 2014
"- Dire à un enfant que quelque chose est mal, c'est le meilleur moyen pour éveiller sa curiosité.
- Tout le monde sait ça, fais-je remarquer.
- Oui, mais tout le monde le fait pareil. Pis si l'enfant décide d'essayer quelque chose d'interdit pour justement voir ce qu'il y a de mal là-d'dans...
[...]
- ...c'est là qu'il peut devenir cruel."
C'est autour de ce thème : la fascination pour l'interdit, que l'auteur a construit l'intrigue dans ce petit thriller (210 pages) écrit dans un style très fluide avec beaucoup de dialogues entre le protagoniste et son "anti-héros".
Le suspense va habilement crescendo, rapidement accroché par l'histoire, le roman se lit vite.
Mais...d'emblée je n'ai ressenti aucune sympathie pour le personnage principal qui, en tant que adulte essaie de percer la chape de l'amnésie qui entoure son enfance.
Et... à moins de la moitié du récit, la clé du gammick (nous sommes dans la littérature québécoise, avec son florilège d'expressions d'outre-Atlantique) m'apparaissait clairement...deviner la fin en si peu de temps m'a enlevé une partie de plaisir de lecture...
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Ambages
  01 janvier 2017
"Ma tête heurte le sol... et je me réveille sur le plancher de ma chambre. Merde ! Je suis littéralement tombé en bas de mon lit !"
Mince, moi aussi ! Incroyable cette histoire !
Étienne, jeune prof, nouvellement affecté dans l'école où il a fait lui-même ses études doit reprendre au pied levé les cours de son ancien professeur, des cours de littérature, branche fantastique. Trois fois par semaine, il parcourt la distance Montréal (où il demeure) - Drummondville (où habite encore ses parents). Soixante-dix minutes d'autoroute, plate et monotone, surtout l'hiver. Proche de Drummondville, quelques sorties d'échangeurs et...un autostoppeur avec un blouson rouge. Hésitant, Étienne malgré tout le fait monter et engage alors un peu la conversation avec Alex, ce pouceux qui l'intrigue. "Comme je te disais l'autre jour, je conduis jamais, moi. Je guide." Après plusieurs trajets, ils semblent avoir un passé commun mais Étienne n'arrive pas à se remémorer sa vie avant ses huit ans. "C'est quand même plate que je ne garde aucun souvenir de mon enfance." Alors Alex, par bribe, tente de lui faire retrouver la mémoire. "Une sorte de jeu, quoi... "
Un bon thriller, bien mené par Patrick Senécal, qui distille et fait monter crescendo l'angoisse au fil des pages. Tout est réuni, la température devient glaciale et il commence à neiger, l'ambiance est parfaite pour suivre Étienne descendre un peu plus les marches glissantes de son passé. Est-ce que Louis, son ami policier, pourra l'aider ?
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Millencolin
  30 avril 2019
Et bien on ne pourra pas dire que Senécal fasse la promo de l'auto-stop, bien au contraire.
Il nous livre ici un bon divertissement, à caser entre deux lectures plus exigeantes pour se reposer un peu les méninges.
Le tout est servi à la première personne, dans un style très vif, incisif. Les actions, pensées, dialogues s'enchainent rapidement. Il n'y a pas de longueurs. L'auteur permet ainsi de nous plonger dans le raisonnement du héros, dans ses angoisses, ses peurs et son incompréhension. On découvre le cheminement de son raisonnement et ses réflexions.
Le bouquin est de bonne facture, tout comme l'histoire. Mais j'ai trop rapidement découvert le dénouement final, ce qui a un peu obscurci mon plaisir. du coup, je ne peux lui mettre meilleur note, comme je ne peux en dire davantage sur l'histoire en elle-même sinon cela serait gâché la découverte et la surprise des futurs lecteurs.
Voilà donc, mon second Senécal, mais sûrement pas mon dernier....
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
CielvariableCielvariable   17 avril 2013
Vendredi après-midi, autoroute vingt, direction Montréal. Pour ajouter à la gaieté du trajet, une pluie froide délave le morne paysage.
À la hauteur de Saint-Eugène, je vois mon auto-stoppeur, toujours aussi immobile, le pouce levé à la hauteur des hanches. Seule différence : il a rabattu son capuchon sur sa tête. Je consulte ma montre : treize heures vingt, comme la semaine dernière. C'est vrai qu'il est ponctuel. Moi aussi, d'ailleurs. Est-ce qu'inconsciemment je ne cherchais pas à le revoir ?
Déjà content à l'idée de lui parler pendant les dix prochaines minutes, je m'arrête sur l'accotement. Lorsqu'il s'assoit à mes côtés, tout trempé, il me lance un regard surpris et amusé.
- Tiens, tiens... Il me semble que je t'ai déjà vu, toi ? qu'il me lance en enlevant son capuchon.
Je lui tends la main.
- C'est drôle, j'ai la même impression.
Il me serre la pince en souriant, de bonne humeur, comme s'il était vraiment heureux de tomber sur moi, et j'avoue que je me sens bêtement flatté.
Je retourne sur la route. Mon passager abaisse son capuchon en soupirant. Il se plaint quelques instants de la pluie froide automnale, mais je vois que cela ne le contrarie pas vraiment. En fait, il me donne l'impression de posséder un moral à toute épreuve.
- Merci de me donner un lift pour la deuxième fois, Étienne.
Il se souvient de mon nom. J'en profite pour lui demander le sien.
- C'est vrai, je te l'ai pas dit...
Un court silence, puis je l'entends prononcer :
- Alex. Alex Salvail.
J'ai alors l'impression qu'il me regarde et je tourne la tête. Effectivement, Alex m'observe attentivement, le visage calme mais le regard particulièrement pénétrant.
- Ça te dit quelque chose ? me demande-t-il.
- Non... Ça devrait ?
- Je pense que oui...
Je réfléchis en fixant la route. Alex Salvail... Ce nom ne provoque-t-il pas un vague écho dans ma mémoire ? Ou bien est-ce que je veux tout
simplement me convaincre qu'il ne m'est pas inconnu ?
- Non... Non, je ne vois pas...
- C'est le pouceux que t'as embarqué mardi passé...
Et il éclate de son rire assourdissant, déroutant mais sincère. Je reviens à la route, amusé.
On discute de choses banales pendant une ou deux minutes, puis il en vient à mon enseignement :
- Ton cours de littérature d'horreur, là...
- Littérature fantastique.
- Ouais, fantastique. Tes étudiants aiment ça ?
Je lui explique que de jeunes étudiants de dix-sept ans ne sont jamais réputés pour leur déferlement d'enthousiasme, mais qu'ils ont l'air d'apprécier, surtout mon groupe en lettres, le mercredi matin.
- Ça t'intéresse, Alex, la littérature fantastique ?
- Moi ?
Il renifle, essuie son nez avec un mouchoir.
- Je lis pas vraiment. Je suis pas très intellectuel... Mais j'imagine que ça doit être intéressant.
- Ça l'est beaucoup.
- L'autre jour, tu m'expliquais que tu t'attardais surtout sur, heu... les enfants, je pense ?
J'approuve et, de nouveau, lui explique à quel point je trouve cette thématique riche. Il me demande pourquoi. Je le sens attentif, intéressé. Vraiment, je n'ai jamais eu tant de facilité à parler avec quelqu'un que je connais si peu.
- Le contraste entre l'innocence et l'horreur, que je réponds. J'essaie de montrer à mes étudiants comment cette contradiction est fascinante.
- L'innocence ?
- Oui. L'enfant, c'est le symbole même de l'innocence.
- Vraiment ?
Il dit ça d'un ton dubitatif. Je le regarde rapidement. Il me considère avec son air ironique et, tout à coup, un nouvel écho plane dans mon crâne, non pas provoqué par son nom mais par son visage, par cette expression moqueuse.
- Tu penses vraiment que les enfants représentent l'innocence ?
Je lui réponds que oui. L'enfant n'est-il pas une forme d'idéal pur, avant la corruption de l'âge adulte ?
- Non, je suis pas d'accord.
Il dit cela doucement, mais avec une telle assurance que je ne trouve rien à répliquer.
- Les enfants sont cruels, Étienne. Ben cruels.
L'argument ne m'apparaît pas très convaincant. Évidemment, les jeunes sont égoïstes, belliqueux, compétitifs, mais tout ça est tout de même assez inoffensif, non ?
- Je parle pas de ça. Je parle de vraie cruauté.
J'attends la suite. Toute trace de raillerie a disparu de la voix d'Alex, maintenant plus sérieux.
- Les enfants sont curieux de nature, pis certains sont prêts à aller ben loin pour satisfaire leur curiosité. Qu'est-ce que tu penses qui est le plus fascinant pour un enfant ?
Je fixe la route comme si une réponse allait surgir au milieu de la chaussée. Étrange situation. Alors que c'est moi le professeur, j'ai l'impression que c'est Alex qui me donne un cours. Cela me vexe un peu et je cherche une réponse intelligente.
- La mort ?
Il émet un gloussement quelque peu condescendant, et cela me déplaît. Pourtant, je veux poursuivre cette conversation, même si elle doit égratigner mon orgueil de prof.
- Pas la mort, que je l'entends me répondre. Ça, c'est l'obsession des adultes.
Courte pause, puis il poursuit :
- La plus grande source de curiosité des enfants, c'est le mal. Ils en entendent parler tout le temps.
Sa voix change, devient soudain nasillarde, caricaturée. Je comprends qu'il imite le prototype du parent contrôlant :
- « Touche pas ça, c'est mal ! Va pas là, tu vas te faire mal ! Dis pas ça, c'est pas bien, c'est mal ! Fais pas de mal à tes amis ! Lui, c'est un méchant monsieur, il fait toujours du mal ! »
Je ricane, amusé par l'imitation. Je l'entends poursuivre de sa voix normale :
- Dire à un enfant que quelque chose est mal, c'est le meilleur moyen pour éveiller sa curiosité.
- Tout le monde sait ça, fais-je remarquer.
- Oui, mais tout le monde le fait pareil. Pis si l'enfant décide d'essayer quelque chose d'interdit pour justement voir ce qu'il y a de mal là-d'dans...
Il renifle, sort son mouchoir.
- ... c'est là qu'il peut devenir cruel.
Il se mouche. Pas con, son idée. Alex n'est peut-être pas un intellectuel, mais il réfléchit, même si sa théorie est une généralité... disons... plus intuitive que scientifique.
- Mais la plupart des enfants ne se rendent pas très loin dans la cruauté, que je me sens obligé de préciser. Leurs petites expériences s'arrêtent au stade du démembrement d'une mouche, ce qui n'est vraiment pas alarmant.
- Oui, c'est vrai pour la plupart des enfants. Mais c'est pas eux qui décident d'arrêter. C'est le monde autour, les adultes, la société qui finit par prendre ces enfants-là en main, en leur disant qu'il faut arrêter ces petits jeux cruels et devenir responsable. Pis les enfants, en interrompant leur exploration du mal, deviennent peu à peu des adultes sages et conformistes.
Alors là, il y va fort ! J'ouvre même la bouche pour le lui dire, mais il continue sur sa lancée :
- C'est pour ça qu'on pense que les enfants sont purs. Parce qu'ils ont pas le temps de se rendre loin dans leurs jeux cruels. Pis ces histoires d'horreur que t'aimes tant, ça parle d'enfants qui, eux, se rendent plus loin que les autres.
Je lui demande s'il est sérieux, s'il pense vraiment tout ce qu'il vient de dire. Il m'assure que oui.
- Pis je vais même te dire quelque chose d'autre...
J'entends le cuir de la banquette craquer, comme si mon interlocuteur changeait de position, et lorsqu'il se remet à parler, sa voix me semble plus proche.
- Je pense que les psychopathes, les maniaques, les tueurs en série, ce sont des adultes qui retrouvent leur curiosité d'enfance. Maintenant qu'ils ont plus de parents pour les en empêcher, ils reprennent leurs petits jeux là où ils les avaient laissés... pis ils vont plus loin.
Je voudrais éclater de rire tant cette idée me paraît extravagante, mais aucun son ne sort de ma bouche. Alex ajoute :
- Les enfants dans les histoires d'horreur fascinent les gens parce qu'ils nous rappellent ce qu'on a déjà été... Ou, plutôt, ce qu'on aurait pu être...
Je n'ai plus envie de rire et je tourne la tête vers Alex, légèrement troublé. Mais quand je le vois avec son large sourire, les mains croisées sur les genoux, le regard joyeux, tout malaise me quitte instantanément.
- Qu'est-ce que t'en penses ? me demande-t-il fièrement.
- J'en pense que c'est toi qui devrais donner mon cours, tu rendrais les étudiants malades de peur.
Il se marre et son rire tonitruant fait plaisir à entendre. Il m'assure qu'il serait un très mauvais prof : trop brouillon, trop désorganisé, trop impatient.
- Et tu n'as jamais lu de livres fantastiques ? que je m'étonne. Après tout ce que tu viens de me dire, c'est dur à croire.
- J'ai vu quelques films d'horreur qui mettaient en vedette des enfants.
Puis, après une pause, il s'excuse d'avoir été si loquace. Peut-être a-t-il eu l'air prétentieux. Je l'assure que non et je suis sincère : je ne lui tiens plus du tout rigueur de son petit air supérieur de tout à l'heure.
- Je vais peut-être même me servir dans mon cours d'une ou deux choses que tu as dites.
Ces paroles m'étonnent. Est-ce que je le pense vraiment ? Ai-je vraiment l'intention d'utiliser les théories intéressantes, certes, mais quelque peu farfelues, de mon passager ? Lui-même, comme s'il était conscient de ma propre exagération, s'oppose en disant qu'il n'y a rien de très rigoureux dans tout ça, que ce ne sont que des opinions personnelles.
Deux minutes plus tard, je m'arrête près de la sortie de Saint-Valérien.
- Encore merci, Étienne ! On dirait presque que t'es mon chauffeur !
Cette remarque me donne une idée que je saisis au vol sans prendre le temps de l'examiner. Si Alex le désire, on peut poursuivre ce petit rituel deux fois par semaine, tous les mardis soir et tous les vendredis après-midi. Pour autant que nous soyons toujours aussi ponctuels. Mais pas question de nous attendre : si une voiture le prend avant que je passe, il monte. De mon côté, si je passe et qu'il n'est pas au rendez-vous, je continue. Alex se caresse le menton, manifestement intéressé.
- Je te préviens : je suis très ponctuel.
- Moi aussi.
Nous nous serrons la main, ravis tous les deux. Il y a de la chaleur dan
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CielvariableCielvariable   17 avril 2013
Excitation de savoir que je vais enfin enseigner
dans un cégep. Pas une charge complète de quatre
groupes, mais trois, ce qui est un départ tout à fait
respectable pour une première expérience au niveau
collégial. Bien sûr, être un ancien étudiant d’ici a
sûrement été un atout, mais je crois avoir passé
une bonne entrevue. Après avoir travaillé deux ans
au secondaire (deux années d’enfer ! D’ailleurs, je
n’ai même pas été capable de terminer la seconde…),
j’étais donc enthousiaste à l’idée d’enseigner enfin
la littérature, et non plus le subjonctif plus-queparfait.
Mais légère déception aussi en apprenant que je
donnerais le cours de littérature fantastique. Non
seulement je n’ai jamais rien lu de ce genre, mais
je n’ai vu que trois ou quatre films d’horreur dans
ma vie, plutôt mauvais en plus. Cela m’a rappelé
mon enfance, durant laquelle mes parents me tenaient
éloigné de toute lecture noire ou sanglante… Enfin,
une partie de mon enfance, puisque mes souvenirs
commencent à l’âge de neuf ans. Curieusement, je
ne me souviens à peu près de rien de ce qui s’est
passé avant cet âge pourtant avancé… Mon père et
ma mère sélectionnaient donc, avec une rigueur
extrême, les livres qui me tombaient sous la main
pour éliminer systématiquement tout ce qui traitait,
ne fût-ce que superficiellement, de violence et de
mort. Ce sévère contrôle s’est poursuivi jusqu’à
mes quatorze ou quinze ans, ce qui est tout à fait
excessif. Mais leur cure de pureté avait parfaitement
fonctionné : depuis, je ne me suis jamais
intéressé à ce genre de bouquins. Ce qui fait qu’aujourd’hui,
alors que je rêve d’enseigner Musset et
Zola, je suis sur le point de faire découvrir à des
jeunes des livres que je ne connais pas moi-même.
J’avais quatre jours pour réparer cette ignorance.
Mais je n’allais pas faire la fine bouche. Comme
Nicole (un autre professeur) me l’a dit ce matin :
«Étienne, tu as un pied dans la place, maintenant…»
Phrase pleine de belles promesses. Les romantiques
et les naturalistes pouvaient donc at tendre un peu…
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YggdrasilaYggdrasila   24 juin 2011
Non... Non, j'ai froid parce qu'il y a quelque chose d'immonde en moi, quelque chose d'insupportable, et cette chose me glace le corps, me glace le cœur, et elle me gèlera ainsi tant que je ne l'aurai pas expulsée de moi...
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CielvariableCielvariable   17 avril 2013
Je me relève et titube jusqu’au garage. La porte est maintenant fermée et je tente de l’ouvrir. Rien à faire ! Alex a dû la verrouiller de l’intérieur. Je frappe comme un sourd en criant le nom de mon passager, puis fouille dans mes poches d’une main tremblante. Je trouve enfin la clé, veux l’enfoncer dans la serrure, l’échappe, criss de cave ! la ramasse et, enfin, déverrouille la porte. Sans penser une seconde au risque que je cours moi-même, je bondis à l’intérieur. Alex est debout près du bureau. Il est calme, mais respire un peu plus vite qu’à l’ordinaire et je crois discerner de la sueur sur son visage. À ses pieds, la femme est étendue. Je marche rapidement vers le corps, animé par le fol espoir qu’il n’est peut-être pas trop tard. Mais en voyant son visage noir, ses yeux exorbités et sa langue pendante, je m’immobilise. Et lorsque je distingue enfin la chaîne graisseuse autour de son cou, c’est mon cœur qui s’arrête, se vide, se déchire.
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CielvariableCielvariable   17 avril 2013
L’homme avait quitté depuis un moment le petit
sentier de terre battue et s’enfonçait entre les
arbres, son regard à la fois furieux et inquiet. À
plusieurs reprises, il s’arrêta pour crier le nom de
son fils, mais, à l’exception de quelques gazouillements
d’oiseaux moqueurs, le silence était la seule
réponse à ses appels. Malgré la dense végétation,
on voyait des herbes aplaties, des branches écar -
tées, comme si on était souvent passé par là. C’est
cette ébauche de chemin que suivait l’homme d’un
pas de plus en plus fébrile.
Enfin, il entendit une voix, qu’il reconnut aussitôt
comme celle de son fils. Elle venait de derrière
un immense buisson, juste devant lui. L’homme
s’arrêta et écouta un moment son fils qui parlait à
quelqu’un :
— T’as raison. Au moins, ça valait la peine !
L’homme serra les poings. L’inquiétude s’envola
de ses traits, cédant toute la place à la colère. Il
s’élança vers le buisson, le contourna d’un mou -
vement rapide et s’écria :
— Te voilà, toi ! Tu vas me…
Il s’immobilisa aussitôt et ses yeux s’écar quil -
lèrent de stupeur. Pendant quelques secondes, il
contempla la scène en silence, bouche bée.
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Vidéo de Patrick Senécal
Interview de Patrick Senécal aux Imaginales 2018
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