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EAN : 9782075134736
592 pages
Éditeur : Gallimard Jeunesse (05/03/2020)
4.48/5   130 notes
Résumé :
1957. Daniel Matheson passe l'été à Madrid avec ses parents. Passionné de photographie, il espère découvrir le pays de naissance de sa mère par le viseur de son appareil.
Dans l'hôtel Castellana où s'installe la famille Matheson travaille la belle et mystérieuse Ana. Daniel découvre peu à peu son histoire, lourde de secrets, et à travers elle le poids de la dictature espagnole. Mais leur amour est-il possible dans un pays dominé par la peur et le mensonge ?
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Critiques, Analyses et Avis (57) Voir plus Ajouter une critique
4,48

sur 130 notes
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Analire
  20 mars 2020
Ruta Sepetys m'émerveillera toujours. Je peux l'écrire noir sur blanc : elle devient officiellement l'une de mes auteures préférées. J'aime particulièrement son talent pour créer des univers différents, toujours ancrés historiquement, auxquels elle ajoute une bonne dose de fiction, pour nous envelopper et nous transporter dans des contrées lointaines. Elle m'avait déjà surprise dans Big easy, une histoire qui se passe dans les années 50 à la Nouvelle-Orléans, entre truands, voleurs, prostituées et racisme. Puis elle m'avait conquise avec le sel de nos larmes, une histoire très émouvante se déroulant pendant la Seconde guerre mondiale, où des réfugiés, des soldats et citoyens fuient la guerre en tentant vainement d'embarquer à bord du Wilhelm Gustloff.
Dans Hôtel Castellana, nous nous situons dans les années 1957 à Madrid, en Espagne, à l'heure du règle du général Franco. Daniel Matheson, un jeune Américain, passionné de photographies, suit ses parents à Madrid, de riches industriels venus faire affaire avec Franco et ses sbires. Ils logent à l'hôtel Castellana Hilton, où ils se font servir par Ana, une jeune femme pauvre, qui subit avec docilité la dictature cruelle de Franco.
Comme d'habitude, Ruta Sepetys ancre son récit dans le réel. Cette fois-ci, elle prend appuie dans l'Espagne franquiste, à l'heure de la dictature du général, qui gouverne son pays avec autorité et répression. Afin de christianiser le pays, l'enseignement est confié à l'église, les manifestations des langues et cultures régionales se veulent interdites, le peuple est privé de liberté, obligé d'obéir aveuglément aux directives de Franco.
L'auteure a pris plus de huit ans pour écrire ce roman. Elle s'est longuement documentée sur l'Espagne, ses pratiques, son histoire passée, présente et future, sur ses liens avec les États-Unis, n'hésitant pas à aller séjourner plusieurs fois à Madrid et à interroger patiemment des témoins de ce règne et de cette période de répression.
Elle y découvre de tragiques histoires, dont une qui sera au centre de son roman : le vol d'enfants. Durant les années franquises, près de 30 000 enfants – voire plus – sont portés disparus, retirés à leurs parents pour des raisons idéologiques. Certains sont déclarés comme mort-nés, mais placés dans des familles adoptives franquistes, dont l'idéologie est plus adéquate que celle de leur parent biologique. Retracé avec réalisme dans le livre, on se rend compte avec effroi que le personnel médical, ainsi que les religieuses, étaient de mèche avec ce trafic ignoble. Encore aujourd'hui, plusieurs plaintes ont été déposées et des procès sont en cours pour que les victimes soient indemnisées.
En outre, l'hôtel dans lequel se déroule l'histoire a véritablement existé. C'était un établissement fastueux, grandiose, qui accueillait l'ensemble des Américains venus en Espagne pour les affaires. Dans un pays qui s'isole volontairement, cette ouverture sur le monde et ce lien nouveau avec les États-Unis permettait de penser à une prochaine libération et à une ouverture des frontières.
C'est dans cet hôtel que loge le jeune Daniel, qui va lentement s'émouracher d'Ana, une belle domestique de son âge, qui prend soin de lui et sa famille durant leur séjour. Malheureusement, tout les oppose, de leur statut social à leur style de vie, de leur pays d'origine à leurs traditions. Mais quand l'amour est là, il est difficile de lui résister.
J'ai vraiment été conquise par l'histoire fictionnelle relatée par l'auteure, par son style d'écriture addictif, prenant, passionnant et surtout par l'ambiance qu'elle arrive à créer, nous projetant directement dans cet Espagne des années 1960. de part les faits historiques, mais aussi les traditions, comme la corrida, souvent abordé dans ce récit – sans pour autant que l'auteure prenne partie entre le « pour » et le « contre » de cette pratique espagnole -, les couleurs chatoyantes, les paroles, exotiques, les lieux, tantôt emblématiques ou pittoresques, qui nous immergent dans la réalité espagnole de cette époque.
Pour celles et ceux qui, comme moi, auront été conquis par cette histoire et par les faits historiques qui y sont abordés, Ruta Sepetys a rédigé, à la fin de son livre, une grande bibliographie qui l'a aidée à le rédiger. de plus, vous pourrez y trouver des explications sur certaines recherches qu'elle a entreprise, ainsi qu'un glossaire recoupant les mots espagnols régulièrement utilisés dans le récit. de quoi prolonger un peu plus longtemps le plaisir de cette histoire.
Un roman historique, qui nous plonge dans l'Espagne franquiste des années 1960. Hypnotique, épatant, puissant et terriblement émouvant, je ne peux que vous recommander Hôtel Castellana les yeux fermés !
Lien : https://analire.wordpress.co..
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Under_the_Moon
  30 avril 2021
Années 1950. La guerre civile en Espagne est terminée, mais avec Franco au pouvoir, les répressions contre les Républicains et leurs descendants se poursuit. Comme toute dictature, l'Espagne devient un pays fermé sur lui-même, à quelques exceptions près. Notamment les Etats-Unis qui ont assuré des contrats de forages avec l'Espagne.
C'est dans ce contexte que Daniel Mattheson, un adolescent texan passionné de photo se rend avec son père , magnat du pétrole et sa mère, une Espagnole pur sang.
Ce voyage sera donc l'occasion pour Daniel d'aller à la rencontre de ses origines, de s'exercer à sa passion mais aussi de découvrir certains secrets bien gardés et l'amour !
J'étais tombée sous le charme de l'écriture de Ruta Sepetys avec Big Easy, et ce roman ne fait que confirmer mon appréciation pour cette auteure.
Outre le gros travail de recherches qu'a nécessité ce roman et la qualité "historique" qui en découle, c'est un roman qui m'a tout simplement captivée !
Le récit est dynamique , avec des chapitres courts et beaucoup de dialogues (littérature ado oblige, certes). Ruta Sepetys, en plus de bien écrire a une écriture très visuelle qui fait qu'on vit se roman et qu'on y est très rapidement happé par le récit. Et, ce qui ne gâche rien, certains de ces personnages sont très passionnés et attachants même.
Mais au-delà de la "simple" histoire, aventure ou romance, cette histoire invite le lecteur à une réelle réflexion sur les secrets du passé et leur impact sur les générations suivantes mais aussi, à travers la création d'ados espagnols et américains, Ruta Sepetys nous fait réfléchir aux différences que créent le fait de vivre dans un pays "riche" et un pays muselé par la dictature, dans une famille aisée ou dans une famille d' "ennemis de la nation".
En bref, tout cela m'a donné envie de lire davantage de romans sur cette période et d'en apprendre davantage. Un beau bilan pour un roman ado !
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Gaoulette
  23 juin 2020
Oh le retour de Ruta Sepetys tant attendu et qui explose tout sur son passage encore une fois.
Que dire à part que c'est un immense coup de coeur. Encore une fois, l'auteure nous ouvre les portes d'un pan de l'histoire, un fait divers qu'on veut garder secret. Ici, on découvre la période pendant Franco et après Franco à travers Daniel un riche américain.
Daniel Matheson, premier voyage à Madrid, aspirant photojournaliste, va ouvrir les yeux pendant ce voyage qui va changer sa vie. Une rencontre amoureuse oui mais surtout la découverte d'un pays dirigé par un dictateur. Dés les premiers chapitres, l'auteure nous met mal à l'aise et pourtant il faut tout lire pour comprendre et surtout découvrir l'impensable. Oui, en cours d'histoire, on nous enseigne le règne des dictateurs mais plus Mussolini et Hitler. On oublie souvent le généralissime Franscisco Franco et pourtant il a fait régner la terreur lui aussi.
Ruta Sepetys, encore une fois nous offre un travail de tatillon, elle pousse le bouchon très loin, jusqu'à proposer des articles de presses ou des interviews. C'est encore une fois un excellent Ruta Sepetys. Franchement, je ne vais pas en faire des tonnes mais foncez le lire et tous les autres romans de l'auteure. Il n'y a pas mieux en roman historique adolescent. Une manière douce et agréable de faire apprendre l'histoire à nos chers ados.
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Lunartic
  05 juin 2021
Coucou les petits amis ! Aujourd'hui, je vous retrouve pour la chronique d'Hôtel Castellana signé Ruta Sepetys. Cette autrice faisant assurément partie de mes valeurs sûres, il me tardait de retrouver sa somptueuse plume avec ce roman paru une fois de plus aux éditions Gallimard Jeunesse. Et ces retrouvailles tant espérées furent des plus émouvantes, je puis vous le garantir...
Ce livre, c'est tout d'abord l'authentique chaleur de l'Espagne, qui se décline d'ores et déjà dans les séduisants tons jaunes et bruns de sa splendide couverture. C'est aussi l'indéniable beauté de sa langue, de sa culture, de son architecture. Bien que je ne sois jamais allée à l'Hôtel Castellana et que je ne pourrai malheureusement jamais m'y rendre "pour de vrai", Ruta Sepetys a rendu ce fastueux vestige du passé tout ce qu'il y a de plus vivant à mes yeux. En lisant cet ouvrage, je voyais en effet devant moi toute la magnificence de cet établissement de luxe des années cinquante mêlant habilement dans ses fondations folklore madrilène et volupté américaine. Je me sentais irrésistiblement attirée par cet endroit autant que j'en étais profondément dégoûtée. L'Hôtel Castellana, aussi beau et grandiose soit-il, était avant tout le symbole d'une politique américaine fermant les yeux face à la cruauté d'un régime totalitaire injuste et injustifié qu'elle a aidé à sa manière à perpétrer par le biais d'un soutien économique considérable qui se traduisait notamment en une mise en tourisme toute particulière de l'Espagne par les grands magnats de l'hôtellerie américaine - l'Hôtel Castellana ne se prénommait pas le Castellana Hilton pour rien. L'American Dream a donné naissance au Spanish Dream, à l'envie impérieuse de "s'acheter un château en Espagne" comme le dit l'expression bien connue. Un rêve qui s'est bâti sur les os enfouis et le sang d'un peuple oppressé et dont la souffrance a été passée pendant des décennies sous silence, jusqu'à la mort du bourreau, du plus redouté et ignoble de tous les matadors.
Hôtel Castellana, ce sont aussi des personnages inoubliables. Daniel, Ana. Rafa, Fuga. Ben, Nick. Carlitos, Miguel. Julia, Antonio, Puri. Leur petite histoire extrêmement sombre et éprouvante rejoint la grande, d'autant plus sanglante, violente et ténébreuse, avec un brio tel que j'ai senti ma présence de ces formidables protagonistes à mes côtés au fil des pages comme s'ils étaient littéralement extirpés de leurs chapitres d'encre et de papier pour prendre véritablement chaire. Pour ma part, j'ai été particulièrement émue par la relation qui se tisse petit à petit entre Daniel et Ana, deux êtres exceptionnels qui ne sont résolument pas à leur place et dont les âmes et les coeurs se répondent d'instinct. J'ai été immensément touchée par la sensibilité de Daniel, sa gentillesse, sa vision du monde indéniablement singulière et mature. En tant que photographe amateur et passionné de grand talent, il parvient à transcender les apparences, à percevoir la véritable nature des choses et des êtres, à laisser transparaître leur identité, leur essence intrinsèque sur papier glacé. Il m'a purement et simplement fascinée, je suis tombée folle amoureuse de son ouverture d'esprit, de son sincère respect envers la vie et les opinions des autres, de son sens de la justice, de sa générosité, de sa sagesse. Quant à Ana, cette toute jeune femme m'a tout bonnement éblouie. Elle fait preuve tout au long de l'intrigue d'un courage et d'une résilience à toute épreuve. Lumineuse, audacieuse, d'une intelligence éblouissante, sa fraîcheur et sa franchise m'ont indubitablement transportée. Ces deux-là sont sans conteste les deux soleils du récit, les astres autour desquels les personnages et les événements évoluent. Pour être tout à fait honnête, chaque personnage de ce livre aura su me subjuguer et me marquer de façon indélébile - mention spéciale à Rafael, mon petit rayon de soleil personnel (il est à moi, PAS TOUCHE, haha), ainsi qu'à Fuga dont le destin et les motivations m'ont ébranlée plus que mesure.
Enfin, Hôtel Castellana, c'est avant toute chose un arrière-plan historique soigneusement élaboré qui ne manquera pas de faire bouillir le sang dans vos veines. Personnellement, je ne connaissais de la guerre civile espagnole et de la dictature de Franco que ce que le déchirant tableau Guernica de Picasso a bien voulu nous en dévoiler, et ce que cette peinture nous apprend était déjà bien assez lourd à encaisser. Avec Hôtel Castellana, j'ai pu considérablement m'enrichir à ce sujet fort douloureux et toutes les informations que j'ai pu assimiler m'ont tout bonnement assommée. S'il y a bien un sentiment que vous ressentirez au cours de votre lecture de cet ouvrage, et qui ne cessera de croître au fur et à mesure que les pages se tournent, ce sera de l'indignation, une colère sourde qui prendra de plus en plus d'ampleur à la façon des exclamations tonitruantes que l'on peut entendre à la fin d'une corrida. Je ne vous cache pas que cela me démangeait parfois de balancer le bouquin à l'autre bout de la pièce tant ce que j'y apprenais m'horrifiait. La position de la femme dans l'Espagne de Franco, la façon dont l'on honore les morts au combat des deux camps au cours de la guerre civile, l'enlèvement et le trafic d'enfants de républicains, tout cela me donnait la nausée et me mettait hors de moi. Comment a-t-on l'idée de faire souffrir son peuple à ce point, d'ainsi le torturer physiquement et psychologiquement, par seul souci de détenir le pouvoir ? Et de cautionner cela pour ce qui est des pays collaborateurs... ? Franchement, cela dépasse tout simplement mon entendement. Vous l'aurez compris, si jamais vous prenez une chambre à l'Hôtel Castellana à l'instar de la famille Matheson, préparez vous à en repartir le coeur serré et l'estomac sur les talons.
Pour conclure, je ne peux que chaudement vous recommander Hôtel Castellana. Encore une fois, Ruta Sepetys a frappé fort avec un roman poignant, désarmant, qui nous dresse un portrait tout ce qu'il y a de plus complet et passionnant de l'Espagne sous la dictature de Franco par le biais de photographies, de déclarations diplomatiques et d'une intrigue rondement bien menée et tout bonnement captivante qui ne manquera pas de vous soulever le coeur et de vous transpercer l'âme. le seul petit bémol que j'ai pu relever, c'est la conclusion du roman, assez abrupte à mon goût. Après, cela équivaut carrément à du pinaillage dans le sens où j'aurais simplement voulu rester plus longtemps avec mes chouchous Daniel et Ana et recroiser sur ma route d'autres personnages bien aimés. En réalité, je comprends tout à fait pourquoi l'autrice a décidé de s'en arrêter là et surtout sur ces mots profondément marquants, d'une justesse infinie. Au fond, le roman ne pouvait pas finir autrement, je le reconnais. En clair, un livre intense qui témoigne bien de tout l'amour que l'autrice porte pour l'Espagne et l'importance que cette dernière accorde à la véracité historique, à ce colossal héritage du passé qui se transmet de génération en génération et qui ne doit certainement pas être ignoré et encore moins oublié. Moi en tout cas, je ne suis assurément pas prête d'oublier ce roman et je continuerai à suivre les parutions de Ruta Sepetys de très près, n'en doutez point.
Lien : https://lunartic.skyrock.com..
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leBoudoirdulivre
  22 avril 2020
J'attendais avec tellement d'impatience que « The Fountains of Silence » soit traduit en français que je l'ai lu en deux jours. Je ne connais que quelques bribes d'informations sur le franquisme grâce à des romans ou des reportages. Une sorte d'omerta a plané sur cette période de l'histoire et ce jusque dans nos cours d'histoire. J'ai commencé à m'y intéresser avec le scandale des enfants volés, c'est quelque chose de tellement inimaginable, de tellement horrible et qui a perduré bien au-delà de la fin de la dictature de Franco. Comment peut-on concevoir une telle horreur, comment l'Eglise a pu avoir ça sur la conscience ? Comment les puissants se sont tu en sachant ce qui se passait, comment les parents adoptifs n'ont pas vu ce qui se passait ? Comment les parents, les mères ont dû vivre avec ce poids, en sachant mais ne pouvant rien dire « Estamos mas guapas con la boca cerrada. » « Nous sommes plus belles avec la bouche fermée. » toutes ces années. Comment l'Espagne n'a reçu aucune aide pour se reconstruire comme ce fut le cas pour les autres pays ?
1957, Madrid, Espagne.
A la boucherie où il travaille, Rafael Torres Moreno se souvient, tels des cauchemars, les images défilent sous ses yeux alors qu'il doit vendre du sang aux clients. La Guardia Civil qui tue son père sous ses yeux.
Quant à sa soeur Ana, elle est prisonnière des secrets de sa famille et doit faire face à d'étranges mises en garde à l'hôtel Castellana où elle travaille.
Ana en a assez de l'Espagne, des questions sans réponses, des secrets enfouis, d'être une enfant de la honte et du silence pour les convictions de leurs parents considérés comme des Républicains.
Elle doit oublier le passé, oublier pourquoi ses parents ne sont plus avec eux, à cause de leur projet d'ouvrir une école Montessori contraires à l'Eglise catholique et allant à l'encontre de la dictature de Franco.
Alors elle sert les clients étrangers tout en se méfiant d'eux. Ce que veut Ana, c'est partir loin de l'Espagne, de son passé, aller dans ce monde extérieur et recommencer une nouvelle vie.
Daniel fait parti des clients de l'hôtel Castellana à ceci près qu'il est photographe. Un photographe qui cherche à capturer la tension, le pouls de Madrid, la méfiance des Madrilènes est palpable, Franco est partout avec sa Guardia Civil.
Puri, la cousine d'Ana se pose elle aussi beaucoup de questions. Travaillant à l'orphelinat de Madrid, l »Inclusa » où elle s'occupe des orphelins, elle se rend compte qu'il se passe des choses bizarres. Quand une femme lui demande où est son bébé qu'on lui a pris pour le baptiser, que certains bébés étaient remis à l'orphelinat par une autre entrée, que des orphelines étaient contraintes au mariage à 14 ans, que les enfants qui n'étaient pas adoptés allaient des pensionnats où les sévices et autres tortures étaient monnaie courante, qu'une pièce où se réunissent les docteurs et les religieuses lui strictement interdite… Bien sûr que Puri se pose des questions malgré sa foi et sa soumission au régime de Franco.
Ana et Daniel Matheson se rapprochent, chacun cherchant dans l'autre des réponses à ses questions. Un pays au goût de liberté pour l'une, un pays où règne la peur et l'oppression pour l'autre.
L'espoir de faire la photographie capable de le faire gagner à un célèbre concours, peut-être celle de la religieuse au regard fuyant tenant un bébé mort dans ses bras.
Les trajectoires entremêlées de la famille Torres Moreno et celle des Matheson au coeur du régime franquiste.
Quels liens peuvent avoir les enfants de Républicains et une riche et puissante famille pétrolière ?
De 1957 à 1976, de Madrid au Texas, le destin d'Ana et de Daniel dans la tourmente de l'Espagne et de ses lourds secrets !
Le secret des enfants volés à leurs familles pour les faire adopter par des couples étrangers moyennant un prix élevé a scandalisé le monde entier et est encore d'actualité. Sous couvert de la dictature et de la religion, les religieuses, les médecins savaient le crime qu'elles commettaient en toute impunité sur des milliers de bébés et ce bien après la fin de la guerre.
Le portrait saisissant et remarquable du franquisme sous la plume poignante de Ruta Sepetys dans des lieux qui ont réellement existé comme l'hôtel Castellana Hilton. L'auteur a agrémenté son récit avec des photos d'archives, une bibliographie conséquente et un lexique pour comprendre les termes espagnols.
Ruta Septys nous offre l'extraordinaire travail de documentation qu'elle a rassemblé au cours de ses huit années de recherches afin que l'on puisse essayer de mieux comprendre les lourds secrets dont la dictature de Franco est responsable. Elle a le don de mettre en lumière les horreurs inacceptables des guerres dont les civils en ont payé le dur tribut.
Le contexte géopolitique, le quotidien et la survie des Madrilènes est parfaitement maîtrisé tout comme la différence sociale entre les étrangers qui dépensent et mangent sans compter et les Espagnols luttant pour survivre et pour nourrir leurs familles.
A travers ce roman bouleversant, Ruta Sepetys met en lumière le scandale des enfants volés et le silence contraints des parents dans une Espagne où celui-ci était le maître mot pour survivre.
Ce qui en fait un roman exceptionnel c'est le fait que l'auteur parle également des enfants dans les pensionnats, ceux qui ne pouvaient pas être adoptés car trop grands, ceux qui devaient être rééduqués car leurs parents étaient des enfants de la honte qu'il fallait remettre dans le droit chemin, des tortures, des humiliations subies…
Dans chacun de ses romans, Ruta Sepetys met l'accent sur les enfants, sur comment ils ont vécu, survécu pendant les guerres.
Le silence est enfin rompu et le combat ne fait que commencer pour plus de 300 000 bébés arrachés à leurs familles et sous couvert de l'Eglise.
Aujourd'hui les voix s'élèvent, aujourd'hui les puits de silence font en sorte que le monde sache ce qui s'est passé dans un pays gouverné par la peur et l'oppression.
Ce roman a une âme, celle des milliers d'enfants volés à leurs parents et vendus à des étrangers. La guerre d'Espagne et l'après-guerre ont eu de lourdes conséquences brièvement enseignées dans les cours d'histoire en France comme si le passé devait rester où il est, caché comme une honte. Il a fallu que la vérité éclate pour qu'on ose enfin briser la loi du silence. Après tant d'années de peur, d'oppression, on commence à médiatiser les événements inimaginables qui ont été commis au nom du franquisme et avec le concours des fervents catholiques.
A travers ces différentes tragédies Ruta Sepetys apporte de la lumière car malgré le sort des enfants en Espagne, malgré des années de séparation se cache le bonheur quel qu'ils soit, où qu'il soit, quelles que soient les choix, les décisions que l'on prend.
Hommage à toutes ces femmes qui ont vu le pire et ont dû garder la bouche fermée pour ne pas connaître un sort plus définitif.
A l'heure actuelle et malgré le procès, des parents recherchent encore leurs enfants, médiatisent leurs actions, créent des associations parce que l'espoir continue, parce que ceux qui ont commandité ces actes ne peuvent pas s'en sortir en toute impunité, parce qu'une mère garde toujours l'espoir, la force de continuer malgré les épreuves, les souffrances accumulées, parce que l'espoir subsistera toujours…
Lien : https://leboudoirdulivre.wor..
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critiques presse (1)
Ricochet   19 juin 2020
Ruta Sepetys signe un roman choral engagé, étayant son propos par de nombreuses références historiques de l'époque. L'auteure lituano-américaine mixe habilement fiction et réalité, pointant du doigt les nombreux abus (dénonciations, misère, torture, meurtres, enlèvements...) commis par le régime dictatorial en vigueur de 1939 à 1975 en Espagne.
Lire la critique sur le site : Ricochet
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
SioSio   19 juillet 2020
Les médecins ont expliqué que s'ils n'étaient pas suffisamment exposés au soleil, les orphelins risquaient de souffrir de rachitisme, une déformation du squelette qui rend les os mous et tordus. Heureusement, l'attention médicale est rigoureuse à l'Inclusa. Mais Puri a entendu des médecins se lamenter sur le fait que le taux de mortalité des nouveau-nés était particulièrement élevé en Espagne. Les cas de polio augmentent chaque année.
- Certains pays ont un nouveau vaccin contre la polio, a signalé l'une des jeunes mères. Pourquoi ne l'utilise-t-on pas en Espagne ?
- Peut-être que les autres pays ont besoin d'un vaccin parce qu'ils n'ont pas la foi pour écarter la maladie par la prière, a répondu Soeur Hortensia. Le Saint-Esprit éloignera la polio.
Vraiment ? se demande Puri. Elle se demande beaucoup de choses, mais quand elle pose des questions, on la gronde.
Quand on dit à la radio que "l'Espagne est le pays élu de Dieu", cela signifie-t-il que Dieu a abandonné les autres pays ? Et si les étrangers sont indécents, pour quelle raison l'Espagne ouvre-t-elle ses portes aux touristes ?
- Pourquoi faut-il donc toujours que tu questionnes tout ? la chapitre sa mère. N'as-tu donc aucune foi ?
Puri a une foi solide, mais elle a aussi des questions. Ne peut-on avoir les deux ?
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MariineJMariineJ   28 avril 2021
𝑰𝒍 𝒚 𝒂 𝒅𝒆𝒔 𝒄𝒉𝒐𝒔𝒆𝒔 𝒅𝒐𝒏𝒕 𝒐𝒏 𝒏𝒆 𝒑𝒆𝒖𝒕 𝒑𝒂𝒔 𝒑𝒂𝒓𝒍𝒆𝒓, 𝒖𝒏 𝒕𝒊𝒓𝒐𝒊𝒓 𝒔𝒐𝒎𝒃𝒓𝒆 𝒐𝒖̀ 𝒔𝒐𝒏𝒕 𝒆𝒙𝒊𝒍𝒆́𝒔 𝒍𝒆𝒔 𝒗𝒆́𝒓𝒊𝒕𝒆́𝒔 𝒊𝒏𝒆𝒙𝒑𝒍𝒊𝒄𝒂𝒃𝒍𝒆𝒔. 𝑱𝒖𝒍𝒊𝒂 𝒍𝒂 𝒄𝒐𝒏𝒏𝒂𝒊̂𝒕 𝒃𝒊𝒆𝒏. 𝑻𝒂𝒊𝒔-𝒕𝒐𝒊, 𝒏𝒆 𝒅𝒊𝒔 𝒓𝒊𝒆𝒏. 𝑬𝒔𝒕𝒂𝒎𝒐𝒔 𝒎𝒂𝒔 𝒈𝒖𝒂𝒑𝒂𝒔 𝒄𝒐𝒏 𝒍𝒂 𝒃𝒐𝒄𝒂 𝒄𝒆𝒓𝒓𝒂𝒅𝒂. 𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒔𝒐𝒎𝒎𝒆𝒔 𝒑𝒍𝒖𝒔 𝒃𝒆𝒍𝒍𝒆𝒔 𝒍𝒂 𝒃𝒐𝒖𝒄𝒉𝒆 𝒇𝒆𝒓𝒎𝒆́𝒆.
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   22 avril 2021
Note de l'auteur :

" On me considère comme une actrice dont les livres peuvent être lus à la fois par des adolescents et par des adultes. Ce sont les jeunes lecteurs qui porteront vers l'avenir nos histoires peu à peu effacées, leurs défis et le dialogue nécessaire. J'ai pleinement confiance en la jeune génération, une génération d'empathie, pour nettoyer doucement les plaies anciennes et travailler ensemble à la guérison et à l'apaisement.
Chaque nation a ses cicatrices et son histoire cachée. Les anciens conflits présentés dans des histoires lues et discutées nous donnent l'occasion d'être unis dans l'étude et le souvenir. En ce sens, les livres nous relient les uns aux autres en une communauté de lecteurs internationale, mais aussi en une communauté d'êtres humains qui s'efforcent de tirer les leçons du passé.
(...) Mon espoir est que ce roman pousse d'autres personnes à mener leurs propres recherches afin d'apprendre, de grandir et de bâtir des ponts qui résisteront aux épreuves du temps et de la mémoire. Quand viendra ce jour, l'Histoire ne se dressera plus entre nous : elle coulera à travers nous.
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AnalireAnalire   22 mars 2020
La guerre est finie, mais les tortures continuent. Alors qu'il faut avoir un permis de chasse pour tuer un lapin, je vois tous les jours des femmes suppliciées et tuées sans raison. Aujourd'hui, la fille encore toute jeune d'un journaliste a reçu des coups tellement atroces qu'elle est morte en s'étouffant dans son propre sang.
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AnalireAnalire   23 mars 2020
Et les épreuves que j'ait traversées m'ont appris que le savoir est quelque chose qui évolue. Ce que nous croyons savoir peut être assez éloigné de la vérité. Si nous continuons à faire des recherches et à se poser des questions, nous pourrons éventuellement trouver des réponses un jour. Mais parfois, les réponses ne mènent qu'à d'autres questions.
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Vidéo de Ruta Sepetys
Dans cette dernière vidéo consacrée aux sélections de fin d'année 2020, les libraires de Point Virgule partagent leurs coups de cœur concernant la littérature à destination des adolescents. Rassurez-vous, il n'y pas d'âge limite après lequel il serait interdit de piocher dans ces recommandations...
Adèle - #Bleue, Florence Hinckel, Pocket Jeunesse, 7,60€ - L'Année de Grâce, Kim Liggett, Casterman, 19,90€ - Collectif Black bone, Tome 1 - Coltan Song, Maylis Jean-Préau, Manu Causse, Marie Mazas, Emmanuelle Urien, Nathan, 14,95€ - Akata witch, Nnedi Okorafor, L'école des loisirs, 18€ - Les Chroniques de l'érable et du cerisier, Camille Monceaux, Gallimard Jeunesse, 20,50€
Alexia - Ma Story, Julien Dufresne-Lamy, Magnard Jeunesse, collection Presto, 5,90€ - Espérance résistance, Juliette Keating, Magnard Jeunesse, collection Presto, 5,90€ - Hôtel Castellana, Ruta Sepetys, Gallimard Jeunesse, 19€ - Des œillets pour Antigone, Charlotte Bousquet, Scrineo, 17,90€ - Des yeux de loup, Alice Parriat, L'école des loisirs, 14€ - À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton, Gallimard Jeunesse, 17€ - #Murder, Gretchen McNeil, Milan, 16,90€
Musique du générique d'intro par Timo Vollbrecht.
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