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Bertille Hausberg (Traducteur)
ISBN : 2864247100
Éditeur : Métailié (14/01/2010)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 191 notes)
Résumé :
Dans un vieil entrepôt d'un quartier populaire de Santiago, trois sexagénaires attendent avec impatience l'arrivée d'un homme, le Spécialiste.
Il a convoqué ces trois anciens militants de gauche, de retour d'exil trente-cinq ans après le coup d'Etat de Pinochet, pour participer à une action révolutionnaire. Un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale va tout remettre en question, jusqu'au moment où ressurgit dans la mémoire des comp... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
carre
06 avril 2012
Voilà un auteur qu'on lit avec grand plaisir.
Trois vieux militants gauchistes se retrouvent à Santiago, 35 ans après avoir fui le régime de Pinochet. de retour, ils n'ont pas oubliés leurs idéaux et attendent avec joie et excitation la venue du "Spécialiste" qui doit leur proposer une dernière action, sorte de baroud d'honneur. Hélas, quand ce n'est pas la dictature, c'est le destin qui s'en mêle.
Sépulveda brosse le portraits de papys cabossés par leur exil, mais qui ont gardé au fond des yeux une lueur d'espoir et de revanche. Tour à tour touchant, cocasse, cynique, le grand auteur Chilien rend un bel hommage à son peuple qui aura payé de sa chair l'avènement de Pinochet. Un roman qui va droit au coeur, profondement humain, magnifié par la langue de Sépulveda. Excellent.
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ibon
31 janvier 2015
Sepulveda rend un hommage appuyé à ceux qui ont pris les armes contre la dictature de Pinochet. Mais derrière la sueur et les larmes, il y a le rire. Un rire un peu noir.
Trois papys, anarchistes toujours actifs, se retrouvent dans un hangar pour préparer un coup. Lequel? On le saura plus tard. Ils attendent un quatrième homme, le cerveau, avec qui ils ont rendez-vous.
Dans le même temps, dans un appartement, une femme se dispute avec son homme, lequel voit ses affaires valdinguer par la fenêtre dont un vieux mais précieux tourne-disque ( qui fait la couverture du roman). Mais ce tourne-disque voit sa chute prématurément stoppée sur la tête d'un passant.
Deux lignes narratives, un peu loufoques, qui se rejoindront à Santiago sous la pluie.
Mais pour Sepulveda, l'heure des comptes a sonné. 35 ans après, il réclame encore justice contre ceux qui ont fait tant de mal à son pays: le Chili.
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bilodoh
03 février 2017
Chili, nostalgie d'une époque et d'une jeunesse envolée.

C'est la vieillesse, celle d'hommes qui ont vécu les années soixante-dix, qui ont cru pouvoir changer les choses, qui ont applaudi l'élection de Salvatore Allende, qui ont souffert sous la dictature de Pinochet et se sont exilés dans des pays étrangers.

La nostalgie la jeunesse prend une autre forme que celle des soixante-huitards embourgeoisés. Les jeunes de ce pays ont connu une grande défaite, plusieurs sont disparus, ont été torturés et comme un des protagonistes du livre, ont l'esprit qui déraille à cause des coups reçus.

Malgré ces drames , le ton du roman n'est pas du tout lourd, c'est juste la réalité racontée sans fioritures pour ceux qui sont nés trop tard pour se rappeler, mais qui doivent pourtant vivre avec les conséquences de ces pages d'histoires occultées.
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moustafette
23 novembre 2011
Lucho Arancibia, Cacho Salinas et Lolo Garmendia sont trois anciens communistes chiliens sortis de prison ou de retour d'exil. Se retrouvant une nuit à Santiago dans l'atelier de l'un d'entre eux, ils attendent leur chef, le vétéran, le Spécialiste, Pedro Nolasco, petit-fils d'un célèbre anarchiste syndicaliste. Histoire de prolonger un peu la révolution de leur jeunesse, ils sont prêts à reprendre du service et récupérer ce qui leur est dû.
Or, au même moment, Nolasco gît sur un trottoir, malencontreusement tué par la chute d'un vieux tourne-disque Dual balancé par une fenêtre lors d'une banale scène de ménage chez Coco Aravena, lui aussi de retour d'exil. Coco trouve sur le macchabée un vieux Smith & Wesson ainsi qu'un numéro de téléphone qu'il subtilise avant l'arrivé de la police. Croyant d'abord avoir tué un flic, il se décide finalement à appeler ce numéro. Une voix, pensant avoir affaire à Nolasco, lui répond qu'on l'attend au garage d'Arancibia.
"Les quatre hommes se regardèrent. Plus gros, plus vieux, chauves et la barbe blanchie, ils projetaient encore l'ombre de ce qu'ils avaient été.
- Alors, on tente le coup ? demanda Garmendia et les quatre verres ont trinqué dans la nuit pluvieuse de Santiago."
Sous l'égide de Pedro Nolasco, ce dernier coup se fera donc sans lui. Mais cette nuit-là, un autre homme se souviendra du Spécialiste, le vieil inspecteur Crespo qui identifiera le corps de Nolasco à la morgue. Ses souvenirs de jeunesse afflueront eux aussi, les deux hommes s'étant déjà croisés en d'autres temps.
Au gré de va et vient entre passé et présent, ce roman est prétexte à revisiter brièvement les années précédant l'avènement de Salvador Allende au pouvoir jusqu'à sa chute. C'est surtout l'occasion de brosser le portrait d'une poignée d'hommes portés par un même rêve qui virera rapidement au cauchemar, une très belle histoire d'amitié et de retrouvailles, de loyauté et de lutte, le tout narré avec tendresse et humour.
"Au milieu de l'assemblée, Coco Aravena était en pleine euphorie car la commission chargée de l'agitation et de la propagande du parti communiste révolutionnaire marxiste léniniste maoïste, tendance Enver Hoxha, très différente de la coterie liquidationniste qui se faisait appeler parti communiste révolutionnaire marxiste léniniste pensée mao tendance drapeau rouge, l'avait chargé de la lecture d'une résolution du comité central appelée à changer l'histoire."
La révolution n'a jamais dit son dernier mot. Et, avec ou sans Pedro Nolasco, les quatre lascars retrouvent l'audace de leurs vingts ans.
Une belle revanche sur leurs cheveux blancs et leurs idéaux perdus.
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tilly
27 janvier 2010
L'ombre de ce que nous avons été de Luis Sepúlveda est un roman prenant et surprenant. Pour être honnête, je m'y suis prise à plusieurs fois avant d'arriver au bout. Pourtant je conseille la lecture d'un seul jet (ce que j'ai fini par pouvoir faire) pour mieux mesurer sa force, son rythme, sa virtuosité et sa violence, maquillés par le burlesque apparent de la situation dans laquelle Luis Sepúlveda plonge ses personnages.
Il m'a fallu aussi, comme quand je lisais les grands auteurs russes, un peu de temps pour ne pas confondre les personnages entre eux. La faute aux consonances latines de leurs prénoms : Pedro, Lolo, Cacho, Coco, Lucho... Un petit générique de début ou de fin n'aurait pas été superflu, pour moi. de même une chronologie des événements politiques et révolutionnaires chiliens, et plus généralement en Amérique Latine, depuis 1925 jusqu'à aujourd'hui, m'aurait bien aidée.
En attendant le Spécialiste...
Le lecteur connaît ce personnage central dès les premières pages du roman, où sont exposés ses origines, son identité, et une partie de sa motivation. Les autres, ceux qui l'attendent, ne connaissent de lui que son nom de code. Ils ne savent pas non plus pourquoi le Spécialiste les réunit, après trente cinq ans de silence pour certains, d'exil pour les autres. Ils ne savent qu'une chose : c'est lui qu'ils attendent.
Mais comme Godot, le spécialiste finalement, ne rejoindra jamais les trois anciens militants qu'il a convoqués pour une mystérieuse action révolutionnaire.
En deus ex machina impitoyable, Sepúlveda place sur la route du Spécialiste un obstacle fatal et inattendu qui transforme le scénario déjà mystérieux en énigme policière tragi-comique.
Des tonton flingueurs ? Des casseurs aux bras cassés ? Des anarchistes sur le retour ? Des révolutionnaires rassis ? Un peu tout ça, mais surtout des coeurs gros comme ça... : "Plus gros, plus vieux, plus chauves et la barbe blanche, ils projetaient encore l'ombre de ce qu'ils avaient été."
En contrepoint, un couple d'enquêteurs : un vieux flic, contemporain des anciens militants calamiteux, et une jeune inspectrice, trop jeune pour avoir le souvenir des événements tragiques des années 70. Pourtant c'est Ardelita qui comprendra le mieux toute l'affaire et poussera, par sa compassion, son supérieur dans la voie de la résistance, la voie de la dignité.
Le récit est tout sauf linéaire. La narration est tourbillonnante entre les époques, les souvenirs, les acteurs, imprimant au déroulement de l'histoire un rythme virtuose. Les présentations de personnage sont chacune l'occasion d'allers-retours entre le présent et les événements passés, entre les actions auxquelles les anciens ont participé jadis et l'aventure délirante dans laquelle ils se trouvent maintenant entraînés ensemble, à nouveau. Peu à peu ils découvriront enfin ce qui les réunit, si longtemps après, et ils accepteront la mission qui leur "tombe" dessus. Ils décideront de "tenter le coup". L'écriture est vive, drôle, sans pathos. Pourtant c'est une impression de grande nostalgie qui subsiste quand on referme le livre et que l'on quitte ces émouvants sexagénaires cambrioleurs.
La trame historique est très importante pour cette histoire de bandits au grand coeur, toujours en deuil de leur jeunesse sacrifiée. Luis Sepulveda a très certainement puisé dans ses propres souvenirs et utilisé la mémoire de son engagement politique personnel pour bâtir l'histoire de Pedro Nolasco dit le Spécialiste.
Un moment je me suis demandé si Sepúlveda se s'était pas placé lui-même dans son roman, à la page 105, en tant que silhouette participant à une manifestation activiste non-violente des années 70. le détail de la fonction minuscule est trop précis pour être fictif... : "un de nos illustres écrivains les a aidés de l'extérieur : il faisait le guet en collant des affiches pour le dentifrice Odontine." On voit également passer furtivement, Pablo Neruda, le Che, et... Butch Cassidy. Et évidemment Pinochet et son fils.
Il y a aussi l'évocation d'une femme écrivain, ancienne prisonnière à la Villa Grimaldi de Santiago. Je connais trop mal la littérature sud-américaine pour l'identifier, mais vous, peut-être ?
Voici comment Ardelita la décrit, vers la fin du roman :
“C'était une femme belle et fragile, j'ai appris plus tard qu'elle était écrivain, et elle racontait l'horreur qu'elle avait connu avec beaucoup d'autres prisonnières. Bizarrement, il n'y avait aucune rancoeur dans sa voix, mais de la douleur, une douleur dépourvue de haine, pleine de dignité, une douleur que j'ai trouvée belle, moi qui ai grandi pendant la dictature en entendant tous les jours des propos haineux. Je me suis approchée d'elle et je lui ai dit : je suis inspecteur de police et, en mon nom et au nom de l'Institution que je représente, je veux vous demander pardon pour toutes vos souffrances. Jamais cela ne se reproduira, je vous le jure. Elle m'a regardé gentiment, m'a demandé mon âge, et quand je lui ai dit que j'étais née en 1973, elle m'a prise dans ses bras : “Ce n'est pas de ta faute, tu as les mains propres.”
[chronique pour leschroniquesdelarentréelitteraire.com, deuxième édition, janvier 2010, en partenariat avec ulike.net]

Lien : http://tillybayardrichard.ty..
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Citations & extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
bilodohbilodoh31 janvier 2017
Ils n’étaient plus la jeune garde. La jeunesse s’était éparpillée en cent lieux différents, partie en lambeaux sous les coups de gégène des interrogatoires, ensevelie dans les fosses secrètes qu’on découvrait peut à peu, partie en années de prison, dans des chambres étranges de pays plus étranges encore, en retours homériques vers nulle part, et il n’en restait que des chants révolutionnaires mais plus personne ne les chantait car les maîtres du présent avaient décidé qu’il n’y avait jamais eu au Chili des jeunes comme eux, qu’on avait jamais chanté « La Jeune Garde » et que les lèvres des jeunes filles communistes n’avaient jamais eu la saveur de l’avenir.

(Points, p.33)
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wellibus2wellibus219 octobre 2014
.....jusqu'à l'arrivée de ce matin pluvieux de septembre où, à partir de midi, les horloges commencèrent à indiquer des heures inconnues, des heures de méfiance, des heures où les amitiés s'évanouissaient, disparaissaient, ne laissant que les pleurs épouvantés des veuves et des mères.
La vie s'étaient remplie de trous noirs et il y en avait partout : on entrait dans une station de métro et on n'en ressortait jamais plus, on montait dans un taxi et on n'arrivait pas chez soi, on disait lumière et les ombres vous engloutissaient.
(p60)
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janemarjanemar08 novembre 2011
page 60 extrait :
« …. Ces deux hommes qui se tapent sur l’épaule étaient amis. Ils faisaient partie de la même bande .d’accros au foot, à la politique et aux grillades du week-end. Ils avaient fait des plans pour prolonger l’amitié et la protéger du cours du temps, avaient été des camarades, des complices dans leurs efforts pour faire du pays un endroit, pas meilleur peut être, mais moins ennuyeux, jusqu’à l’arrivée de ce matin pluvieux de septembre où, à partir de midi, les horloges commencèrent à indiquer des heures inconnues, des heures de méfiance, des heures où les amitiés s’évanouissaient, disparaissaient, ne laissant que les pleurs épouvantés des veuves et des mères. La vie s’était remplie de trous noirs et il y en avait partout ; on entrait dans une station de métro et on n’en ressortait jamais plus, on montait dans un taxi et on n’arrivait pas chez soi, on disait lumière et les ombres vous engloutissaient.
Beaucoup d’hommes et de femmes qui se connaissaient renoncèrent à eux-mêmes, pris dans une épidémie d’amnésie nécessaire et salvatrice. Non, je ne connais pas ces types jetés dans un camion. Non, je n’ai jamais vu cette femme qui attend au coin de la rue.
L’oubli devint une nécessité urgente. Il faut changer de trottoir et éviter les rencontres, il faut tourner rapidement, effacer ses pas. Et le poison du passé vint soudain prendre la place de ce qui était chargé d’avenir…… »
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yv1yv113 mai 2011
[...] il voulut savoir ce qui l'avait intimidé et empêcher d'arriver jusqu'à Brigitte Bardot. Salinas prétexta d'abord une question de temps et ajouta que l'actrice était maintenant une grosse vieille réactionnaire et de mauvaise humeur qui se consacrait à l'élevage des chiens.
- C'est pas vrai. Elle est jolie, blonde, prend le solei à poil sur une terrasse et, pour arriver jusqu'à elle, il suffit d'écarter les draps accrochés à un étendoir, répondit Arancibia.
Immuable pays de la mémoire. Intact comme un nichon de sainte Thérèse ou comme un film de Roger Vadim.
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michelekastnermichelekastner12 juin 2012
Tu es si jeune,Adelita, et on t'a appris l'histoire dans une brochure de deux pages, tu ne sais donc pas que pendant le gouvernement militaire, ou le régime autoritaire comme disent ceux qui ont banni le mot dictature du dictionnaire, Pinochet a offert le pays à un de ses gendres, un délinquant portant un nom de sirop pour la toux, Ponce Leroux, pour le récompenser d'avoir épousé la plus bête de ses filles. Ce n'est pas nouveau : dans tous les pays on dédommage ceux qui se tapent la progéniture stupide des puissants. Pourquoi les Chiliens auraient-ils été différents ? Ce fameux gendre est aujourd'hui un des hommes les plus riches du monde, il a fait fortune en achetant pour une bouchée de pain les industries nationales et les a revendues ensuite avec des bénéfices impossibles à évaluer.
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