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ISBN : 2848767162
Éditeur : Philippe Rey (07/02/2019)

Note moyenne : 4/5 (sur 4 notes)
Résumé :
C’est un voyage ni prévu ni voulu qui attend le narrateur lorsqu’il place ses parents dans une maison de retraite. Puisque sa mère ne sait plus où elle est et que son père commence à se perdre dans les méandres de son fleuve intérieur, il les éloigne pour toujours de leur demeure provençale, le rêve de leur vie. Visite après visite, il puise auprès d’eux ce qu’ils ont été, des parents vaillants et solides. Dans le village où plus rien ni personne ne l’attend, il rec... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
hcdahlem
  05 mars 2019
«On va revoir les étoiles» touche au coeur
L'instant si redouté est arrivé. Les parents du narrateur ne sont plus autonomes, ne sont plus capables de vivre sans assistance. Sa mère est à l'hôpital, l'Alzheimer de son père n'est plus une douce fantaisie, mais bien une vie parallèle. « Je le laisse partir dans ses fameux méandres. Je l'accompagne même autant que je peux et j'attends de pouvoir le récupérer quand il reviendra vers mes rivages. Là où nous pouvons parler de la vraie vie, de mes enfants, mon métier, sa maison de pierres et de tuiles marseillaises, des menues tâches que j'y accomplis, les formalités administratives du moment. Mais Vite, ne perdons pas de temps dans ces instants volés, il repart si facilement de l'autre côté du miroir. »
Il faut désormais prendre la direction d'un établissement spécialisé et laisser derrière lui la maison familiale, témoin de toutes les vies qui ont grandi là. « Le vrai problème, c'est l'absence. Pas la disparition, elle est réservée aux morts. Mais l'absence. Ces personnes âgées qui n'ont pu rester chez elles sont entrées en absence. Elles se sont absentées de leur maison. La nuance, de taille, c'est qu'il s'agit d'une absence à vie. Tout le monde le sait, sauf elles parfois. En quittant leur chez eux, conduites le plus souvent par leurs enfants vers leur nouvelle maison, elles se sont retirées. D'ailleurs, cette nouvelle maison s'appelle «maison de retraite». Mais on devrait dire «maison de retrait». Car ceux qui sont là ont été retirés de la vie normale. Ils n'y font pas une retraite, non, ils sont mis en retrait. »
Ligne après ligne, dans un style élégant et pudique, Emmanuel Sérot va nous raconter les jours, les semaines, les mois qui vont défiler jusqu'à une issue que l'on pressent, que l'on sait inéluctable, que l'on redoute. Il va aussi se souvenir de son enfance, des épisodes marquants de la vie familiale jusqu'à ce jour où le chauffe-eau des toilettes est brusquement tombé, provoquant une inondation importante, mais n'émouvant pas plus que ça son père, «étrangement absent». Et comme sa mère, totalement sourde, n'a rien entendu il a bien fallu conclure que le couple ne pouvait plus continuer à vivre dans ce domicile sans mettre leurs existences en danger.
L'auteur trouve de très jolies formules pour dire sa peine, n'occulte rien de cet étrange sentiment qui l'habite, entre culpabilité – n'y avait-il pas d'autre solution? – et auto-persuasion – ils seront bien traités dans cet établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD): «Placer ses parents en maison de retraite est une somme de déchirures qui mettent à vif les plaies familiales, une redistribution totale des rôles où les enfants deviennent les parents et où les lignes bougent dans la fratrie. C'est un abandon, de soi et des autres. On inscrit ses parents dans l'absence. On débute un deuil, on s'abandonne soi-même dans cette infinie tristesse, d'autant plus qu'on est un acteur de cette histoire. […] C'est une immense culpabilité. C'est un moment où l'on n'a souvent que les larmes pour dire les choses et aussi, parfois, que les mots pour canaliser la douleur. »
À l'image de ses sentiments qui font comme les montagnes russes, on passe d'instant drôles – l'humour est aussi présent dans les EHPAD – aux moments d'angoisse comme quand le personnel explique, par exemple, qu'il est quasi impossible de gérer les fugueurs. On passe des moments de doute – peut-on se permettre de réaménager la maison sans en référer à ses parents? – aux (re)découvertes lorsqu'on ouvre un carnet qui traîne ou un livre.
Et puis viennent ces initiatives un peu folles, l'idée de reconduire ses parents pour un après-midi dans leur maison, de prendre la voiture et d'imaginer «un road-movie du quatrième âge». Je n'oublierai pas de mentionner les fort belles pages sur le personnel de ces établissements qu'on ne remerciera jamais assez pour leur dévouement.
On le voit, ce récit sensible – dont l'épilogue vous surprendra – touche au coeur. Et ce d'autant qu'il pose une question qui, un jour ou l'autre, nous touchera de près.

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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   05 mars 2019
Placer ses parents en maison de retraite est une somme de déchirures qui mettent à vif les plaies familiales, une redistribution totale des rôles où les enfants deviennent les parents et où les lignes bougent dans la fratrie. C’est un abandon, de soi et des autres. On inscrit ses parents dans l’absence. On débute un deuil, on s’abandonne soi-même dans cette infinie tristesse, d’autant plus qu’on est un acteur de cette histoire.
Contrairement à ceux qui perdent leurs parents de maladies ou d’accidents sans rien pouvoir faire pour les sauver, nous tuons un petit peu nos parents en les soustrayant à leur vie, à leur maison et à leur tasse de café du matin dans la chambre. C’est une immense culpabilité. C’est un moment où l’on n’a souvent que les larmes pour dire les choses et aussi, parfois, que les mots pour canaliser la douleur. p. 63
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hcdahlemhcdahlem   05 mars 2019
INCIPIT
Le fleuve de mon père 
Il y a d’abord une femme. Elle a la cinquantaine, l’âge où la vie nous fait une pirouette et casse les rêves que nous avions pour nos parents vieillissants. Des rêves de fin de vie chez eux dans leur maison, avec leurs enfants pas loin.
À ses côtés, il y a une dame âgée. Ce peut être sa mère. En tout cas, c’est elle qui reste ici. De celle-ci je n’ai pas de visage, juste une silhouette vue de dos. Une femme voûtée mais pas tant que ça, qui marche à petits pas certes, mais qui marche. Et ma question à l’esprit: Déjà? Ne pouvaient-elles pas attendre encore? Est-ce obligatoire maintenant? 
Elles sont dans le jardin, viennent de quitter de larges fauteuils sous le tilleul, l’après-midi de printemps touche à sa fin. De quoi parlaient-elles? Parlaient-elles seulement? La quinquagénaire regarde alentour, ses yeux voient les personnes âgées assises, là, elles aussi, à respirer le printemps. Mais elle, elle ne voit personne. Comme une libellule, son regard se pose sur l’un. Et repart sur l’autre, encore et encore, sans se fixer. La libellule s’est posée sur mes parents mais n’a rien fixé. 
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hcdahlemhcdahlem   05 mars 2019
Quand cela a été mon tour, le premier soir où j’ai laissé mes parents, j’ai enfoui mon visage dans l’épaule de ma mère qui m’arrive à peine à la poitrine. J’ai mélangé mes yeux mouillés au parfum de ses cheveux un peu en vrac. Puis deux aides-soignantes souriantes ont pris chacune mes parents bras dessus, bras dessous pour les emmener dîner, leur premier repas dans ce lieu que j’avais tant redouté pour eux. J’ai vu s’éloigner ces deux petites choses au pas mal assuré, qui avaient été mes rocs durant des décennies. L’une de ces jeunes femmes a tourné la tête vers moi, m’a lancé un regard vivant et un «Merci pour tout à l’heure!» car je l’avais aidée à relever une pensionnaire qui était tombée. Ce regard m’a fait du bien. 
Le jour suivant, je reverrai la dame quinquagénaire. Cette fois-ci, elle sera accompagnée de sa sœur. Au moment de partir, je l’entendrai la houspiller pour qu’elle marche plus vite. «Dépêche-toi, sinon elle va nous voir et se mettre à crier, il ne faut pas qu’elle nous voie partir», dira-t-elle en parlant de leur mère qu’elles auront laissée dans une pièce voisine en prétextant je ne sais quoi.
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hcdahlemhcdahlem   05 mars 2019
Le vrai problème, c'est l’absence. Pas la disparition, elle est réservée aux morts. Mais l’absence. Ces personnes âgées qui n’ont pu rester chez elles sont entrées en absence. Elles se sont absentées de leur maison. La nuance, de taille, c’est qu’il s’agit d’une absence à vie. Tout le monde le sait, sauf elles parfois. 
En quittant leur chez eux, conduites le plus souvent par leurs enfants vers leur nouvelle maison, elles se sont retirées. D’ailleurs, cette nouvelle maison s’appelle «maison de retraite». Mais on devrait dire «maison de retrait». Car ceux qui sont là ont été retirés de la vie normale. Ils n’y font pas une retraite, non, ils sont mis en retrait. Une retraite religieuse, par exemple, dure quelques jours ou quelques semaines et puis on revient à la vie normale. Elle est choisie aussi, tandis que désormais il s’agit d’autre chose, dont personne a priori ne veut. p. 36
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hcdahlemhcdahlem   05 mars 2019
Je le laisse partir dans ses fameux méandres. Je l’accompagne même autant que je peux et j’attends de pouvoir le récupérer quand il reviendra vers mes rivages. Là où nous pouvons parler de la vraie vie, de mes enfants, mon métier, sa maison de pierres et de tuiles marseillaises, des menues tâches que j’y accomplis, les formalités administratives du moment. Mais Vite, ne perdons pas de temps dans ces instants volés, il repart si facilement de l’autre côté du miroir. p. 19
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