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Critique de MademoiselleBouquine


MademoiselleBouquine
  04 juillet 2018
Un grand merci aux éditions de l'Ecole des Loisirs pour cet envoi !



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Aspirine a dix-sept ans.

Mais Aspirine n'a pas dix-sept ans comme toutes les autres personnes âgées de dix-sept ans.

Aspirine a dix-sept ans pour toujours.



Depuis trois siècles, elle sait qu'elle sera à jamais immortelle, coincée avec des questions existentielles auxquelles elle ne trouvera jamais de réponses. Alors elle s'occupe. En ce moment, elle est inscrite en fac de philo, même si elle n'y apprend pas grand-chose - Sartre, Marx et compagnie, elle les a connus de près, elle.



Parmi les étudiants, il y en a un, loin d'être séduisant ou même adapté à la vie en société, qui s'intéresse à elle, derrière sa frange et ses lunettes à double foyer. Qu'à cela ne tienne, s'il veut vraiment être témoin de la vie d'une vampire, il deviendra le serviteur d'Aspirine, et la suivra dans ses vagabondages nocturnes, entre triples meurtres, épisodes dépressifs et artefacts ensorcelés...



Aspirine n'en est pas à sa première apparition dans l'oeuvre de Sfar, mais cet ouvrage est tout à fait accessible aux néophytes absolus comme moi. le tout est extrêmement fluide, et prenant, et on n'a d'autre choix que d'engloutir les quelques 150 planches d'une seule traite, plongé tout entier dans l'atmosphère oppressante et morbide d'un Paris perpétuellement plongé dans l'obscurité.



Le style de Sfar est très particulier, d'une part dans sa narration mais surtout dans son trait. Ses dessins sont diffus, avec une impression d'irrégularité, quelque chose de sauvage, de mouvementé, de troublé. Ce chaos pictural organisé est savamment étudié pour refléter les conflits internes d'Aspirine, ses pics de malheur et d'extase qui se succèdent les uns aux autres, ses péripéties nocturnes. On est vaguement confus, irrésistiblement attiré, un peu perdu face aux bizarreries de la personnalité de la jeune vampire.

Et c'est ainsi que le charme d'Aspirine opère, avec une efficacité d'autant plus redoutable que l'on se sentait de prime abord complètement étranger à son univers mi-gothique mi-fantastique. On se laisse porter avec elle, au gré de ses dérives sur l'absurdité de l'existence et la médiocrité du genre humain, alors qu'elle dévore des coeurs à tout va et surplombe Paris, littéralement en s'envolant, et plus symboliquement en décortiquant les comportements ridicules des anonymes qu'elle observe.



Le tout n'est semblable à rien de connu, entre conte de fées déglingué, méditation adolescente et odyssée cynique, truffé de références et de traits d'esprit. Autant prévenir : pas de fil narratif classique, pas de trame à proprement parler : avec Aspirine, ça part dans tous les sens. C'est particulier, mais si vous adhérez, Aspirine vaut le détour !








Lien : https://mademoisellebouquine..
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