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ISBN : 1091300186
Éditeur : Editions Tasnîm (09/09/2016)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
En une époque où l'islam est fréquemment perçu comme une religion intolérante à cause de porte-parole bruyants et autoproclamés, il importe plus que jamais d'avoir accès à une étude sereinement menée, richement documentée et, avant tout, objective. L'auteur, Reza Shah Kazemi, s'est attelé à cette tâche et nous livre un ouvrage appelé à devenir une référence en la matière. Faisant appel à une grande érudition historique ainsi qu'à des exposés théologiques rigoureux, ... >Voir plus
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
enkidu_enkidu_   22 octobre 2016
Le respect accordé par les Ottomans au Patriarche orthodoxe Gennadios et à son Église était tel que les Grecs préférèrent l’autorité musulmane à celle des Francs latins ou des Vénitiens. Le clergé enseignait que l’autorité du Sultan avait l’approbation divine, et qu’il avait reçu le mandat de faire respecter cette autorité : il est à la fois chef des Musulmans et protecteur de l’Église orthodoxe. Le degré de tolérance religieuse accordée à toutes les confessions chrétiennes était tel que les Calvinistes et les Unitariens de Hongrie et de Transylvanie « préféraient de loin se soumettre aux Turcs plutôt que tomber dans les mains fanatiques de la Maison de Habsbourg(1). » Il n’est pas difficile de voir pourquoi. Après s’être amèrement plaint du massacre de milliers de Russes orthodoxes par les Catholiques polonais au XVII siècle, Makarios, Patriarche d’Antioche, s’exclamait : « Que Dieu perpétue à jamais l’Empire des Turcs ! Car ils prélèvent leur impôt (gizya) sans tenir aucun compte de la religion, que leurs sujets soient Chrétiens, Nazaréens, Juifs ou Samaritains(2). » De même, quand les Ottomans ont pris Constantinople, on sait que les Grecs orientaux (Orthodoxes) ont déclaré qu’ils préféraient le turban du Sultan à la tiare du pape. Le souvenir amer de ce qui était arrivé à leur ville en 1204, deux siècles plus tôt, durant ce qu’on appelle la quatrième Croisade, était encore présent à leur mémoire : les Vénitiens catholiques avaient mis à sac la capitale de l’Empire byzantin de la manière la plus abject, commettant ‘’l’une des plus abominables atrocités de l’histoire(3)’’.
(...)
On peut voir jusqu’où cela été apprécié dans l’hommage rendu avec le tribut payé avec enthousiasme par le Patriarche grec de Jérusalem, revenant sur la situation passée – quatre cents ans – de son Église sous autorité ottomane, il s’exprime ainsi :

« Voyez à quel point il est évident que Notre Seigneur, d’une miséricorde infinie et toute sagesse, avait entrepris de garder encore une fois sans tache la Sainte Église orthodoxe. (…) A partir de rien, Il a élevé le puissant Empire des Ottomans à la place de notre Empire romain [byzantin] qui avait commencé, d’une certaine façon, à dévier des croyances de l’Église orthodoxe, et Il a élevé l’Empire des Ottomans plus haut qu’aucun autre royaume, de façon à montrer sans l’ombre d’un doute qu’il avait surgi de la Volonté divine, et non du pouvoir de l’homme. (…) Le Seigneur Tout-Puissant nous a alors mis sous l’autorité de ce grand royaume, ‘’car il n’y a aucun pouvoir que de Dieu’’, de sorte qu’il soit pour le peuple de l’Occident un guide, et pour nous, peuple de l’Orient, un moyen de salut. C’est pour cette raison qu’Il a mis dans le cœur des sultans ottomans une inclination à garantir la liberté des croyances de notre Église orthodoxe, et, comme œuvre de surérogation, à les protéger, jusqu’à châtier à l’occasion les Chrétiens qui déviaient de leur foi, afin qu’ils aient toujours devant les yeux la crainte de Dieu(4). »

(1) Arnold, The Preaching of Islam, p. 155.

(2) Arnold, op. cit., p. 156-157

(3) A.L. Maycock, The Papacy, Londres, 1927, p. 48. Quand le pape apprit ces atrocités, il excommunia toute l’armée.

(4) Cité dans Braude and Lewis, Christians and Jews, p. 16-17 (pp. 58-59 & 64)
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enkidu_enkidu_   22 octobre 2016
La tolérance ottomane envers les Juifs fournit également un contraste frappant à l’antijudaïsme de la Chrétienté médiévale, avec ses pogroms réguliers qui seraient étiquetés aujourd’hui ‘’nettoyage ethnique’’. Beaucoup de Juifs qui fuyaient la persécution en Europe centrale ont pu recevoir des lettres comme la suivante, écrite par Rabbi Isaac Tzarfati, qui rejoignit les Ottomans juste avant la prise de Constantinople ; il répond à ces Juifs qui appelaient au secours :

« Écoutez, mes frères, le conseil que je vais vous donner. Moi aussi, je suis né en Allemagne et j’ai étudié la Torah avec les rabbis allemands. J’ai été chassé de mon pays natal, et je suis revenu dans le pays des Turcs, qui est béni de Dieu et plein de toutes les bonnes choses. J’ai trouvé ici le repos et le bonheur. (…) Ici, nous n’avons à nous plaindre de rien. Nous ne sommes pas opprimés par de lourds impôts, et notre commerce est indépendant et sans entraves. (…) Chacun de nous vit libre et en paix. Ici le Juif n’est pas contraint de porter un chapeau jaune et une plaque en signe de honte, comme c’est le cas en Allemagne, où même la richesse et les grandes fortunes sont une malédiction pour les Juifs parce que cela provoque la jalousie des Chrétiens (…) Levez-vous, mes frères, ceignez vos reins, rassemblez vos forces, et venez ici. Vous y serez libérés de vos ennemis, vous y trouverez le repos. (…)(1) »

Nous pourrions conclure avec profit ce bref survol la situation de tolérance sous les Ottomans en nous référant à l’influence salutaire des ordres soufis, extrêmement répandus. Ces ordres (en turc : tarikats, en arabe : turuq, sing. Tariqa) aéraient l’ambiance religieuse de tout l’Empire grâce à un parfum de spiritualité qui facilitait l’accès aux valeurs d’amour, de respect, de tolérance qui sont au cœur du message coranique et de l’attitude du Prophète. Tim Winter donne une vue d’ensemble très utile de la variété des ordres soufis dans toutes les régions de l’Empire, montrant qu’ils remplissaient des fonctions particulières dans les secteurs aussi bien économiques, politiques, militaires, que religieux(2). Ils étaient coordonnés de façon à fournir ce que Marshall Hodgson appelle avec raison un ‘’subtil levain’’ sans lequel, affirme-t-il, la charia n’aurait pas fonctionné de manière si efficace.

(1) Cité par S. A. Schleifer, ‘’Jews and Muslims : A Hidden History’’, in Karen Armstrong et al, The Spirit of Palestine, Barcelone, 1994, p. 8.

(2) Tim Winter, ‘’Spiritual Life in Ottoman Turkey’’, in R. Shah-Kazemi, Turkey : The Pendulum Swings Back, op. cit., p. 32-41 (pp. 67-68)
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enkidu_enkidu_   23 octobre 2016
Si la rahma [miséricorde] engendre la tolérance, on peut considérer la connaissance de Dieu comme une clef pour entrer dans la rahma et pour s’en pénétrer. Une conscience concrète de la véritable nature de la Réalité génère effectivement la rahma dans l’âme, puisque la Réalité est essentiellement rahma. Nous l’avons vu, Dieu s’est ‘’prescrit’’ la rahma à Lui-même. Contrairement aux Attributs divins que les théologiens appellent ‘’Attributs de l’essence’’ (sifât al-dât), comme la Vie, la Connaissance, la Puissance, la Volonté, le Verbe, la Vue et l’Ouïe, l’Attribut de rahma est celui qui révèle le mieux la qualité de la Nature divine elle-même ; c’est ce qu’atteste cette parole inscrite sur le Trône de Dieu : « Ma rahma précède ma colère(1). » L’Imâm ‘Alî éclaire la relation entre connaissance et rahma dans cet important adage : « Le vrai faqîh est celui qui ne pousse jamais personne à désespérer de l’amour miséricordieux de Dieu(2) » où il définit le vrai faqîh comme ‘’celui qui comprend’’ et non seulement ‘’le juriste’’, le sens premier de fiqh étant ‘’compréhension’’ et n’ayant été suivi que plus tard par le sens de ‘’jurisprudence’’.

(1) Sahîh al-Buhârî, vol. 4, p. 279. Certaines versions de cette formule comportent le mot sabaqat, ‘’précède’’, au lieu de galabat, ‘’l’emporter sur’’.

(2) Âmidî, Gurar, vol. 2, p. 1156. (pp. 217-218)
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