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EAN : 9782290339084
120 pages
Éditeur : J'ai Lu (01/11/2003)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 328 notes)
Résumé :
" Ma conscience a mille langues, et chaque langue raconte une histoire, et chaque histoire me condamne comme scélérat. Le parjure, le parjure, au plus haut degré, le meurtre, le meurtre cruel, au plus atroce degré, tous les crimes, poussés au suprême degré, se pressent à la barre criant tous Coupable ! coupable ! " O roi criminel, maître des cruautés et des traîtrises, la démesure de ton ambition t'a fait commettre les pires violences. Souviens-toi de tes victimes, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  13 février 2019
Finir oublié sous un parking avec un grand coup de poignard dans le derrière ! Quel destin, tout de même, quel destin ! C'était bien la peine de monter si haut pour finir si bas, tout compte fait. Étonnante, étonnante destinée que celle du houleux Richard III.
Je ne résiste pas à l'envie de vous entretenir de ce que vous ne trouverez pas, même dans les meilleures présentations, même dans la notice de la Pléiade, pour la bonne et simple raison que, pour la plupart, ces présentations de la pièce de William Shakespeare sont antérieures à la surprenante redécouverte du squelette de Richard III en 2012, comme je l'indiquais plus haut, sous un très ordinaire parking recouvrant l'ancien prieuré de Leicester.
À grand renfort d'ADN mitochondrial et d'analyses dernier cri ultra poussées, il fut donc démontré que le squelette scoliotique ainsi exhumé était bien celui du célèbre Richard III, mort d'un bon gros coup de hallebarde derrière la théière et mutilé par la suite (balafré, scalpé ?), enterré à la va-vite (sans doute assez peu présentable) dans le choeur d'une petite église locale, loin des fastes londoniens.
Il est intéressant, tout de même, ce personnage historique. Psychologiquement parlant, j'entends. Beaucoup de personnes ont une vie rocambolesque ou mouvementée, très sujette à être portée sur scène (ou à l'écran de nos jours). Mais parmi ceux-là, je remarque que ceux qui cristallisent le plus la fascination sont les êtres négatifs, au premier rang desquels on peut probablement citer Hitler.
Et là, je crois que William Shakespeare touche à de l'universel et, cela va peut-être vous faire sourire (ou au contraire vous allez trouver ça pathétique), mais j'ai l'impression que ma fille de huit ans m'a aidé à formuler cette réflexion. En effet, l'autre jour avec elle, j'ai re-re-regardé Kirikou et la Sorcière. Quel lien me direz-vous entre Kirikou et Richard III ? J'y viens.
Michel Ocelot dit s'être inspiré de multiples contes ou légendes africaines pour bâtir l'histoire de Kirikou. Mais ce qu'il y a mis de lui-même, c'est un questionnement d'enfant, c'est SON questionnement d'enfant, à savoir : « Pourquoi le méchant est-il méchant ? » Et ce questionnement d'enfant, même s'il est celui de Michel Ocelot est aussi et surtout un questionnement universel d'enfant : chacun de nous aime à comprendre pourquoi le méchant est méchant.
Karaba la sorcière avait une grosse épine plantée dans le dos et c'était à la fois la cause de sa haine et de sa puissance : l'énergie de la vengeance. le monde m'a fait mal ? Très bien, je ferai mal au monde et j'y mettrai toute ma haine, toute ma détestation à l'encontre de ceux qui ne souffrent pas comme moi. Car ma souffrance est injuste, le monde est injuste vis-à-vis de moi si je suis la seule à souffrir.
Revenons à Richard III. Lui aussi avait une grosse épine plantée dans le dos. L'analyse du squelette a révélé un grave cas de scoliose apparue probablement lors de la croissance entre 10 et 13 ans. Imaginez à présent ce qui peut se passer dans la tête d'un jeune homme qui voit son corps se déformer à vue d'oeil, devenir hideux, faible et contrefait.
Comme ce doit être humiliant, comme ce doit être injuste, comme ce doit être douloureux de voir les autres grandir normalement, devenir grands, forts et beaux quand vous, vous devenez tordu, faible et très peu désirable. Shakespeare écrit à l'acte III, scène IV : « Que vos yeux soient témoins du mal qu'ils m'ont fait. Voyez comme je suis ensorcelé : regardez, mon bras est desséché comme un rameau flétri ! » (Be your eyes the witness of their evil. Look how I am bewitch'd : behold, mine arm is like a blasted sapling, wither'd up.)
Comme l'injustice doit vous paraître criante. Si l'on se replace dans la pensée religieuse de l'époque, comme l'on doit croire à une malédiction divine (ou orchestrée par un tiers, la suite de la tirade accuse d'ailleurs ouvertement la femme d'Édouard d'être une espèce de sorcière jetant des maléfices).
De plus, vous êtes le quatrième fils de Richard Plantagenêt, 3ème duc d'York. Les honneurs seront pour les aînés et vous, vous ? Il ne vous restera rien, rien d'autre que cette grosse rancune et cette abominable scoliose qui vous fait marcher comme un crapaud. Si par hasard il arrivait malheur à votre frère aîné, Édouard, il resterait encore Georges (car, Dieu merci, le second fils, Edmond, a eu le bon goût de mourir précocement, enfin un peu de justice en ce monde bouffi d'iniquité).
Avez-vous encore une vraie bonne raison de croire en la bonté divine ? Certes non, alors vous apprenez la ruse et le vice, vous apprenez les sales coups, faits discrètement, l'air de rien. Vous apprenez l'art des faibles : la fourberie, l'hypocrisie, le double jeu. Et cela vous réussit. Peu à peu vos desseins s'accomplissent, mieux que vous n'eussiez osé l'espérer… Cela vous encourage, un acte vil entraîne un acte pendable, un acte pendable appelle une abomination… Et les forfaits s'accumulent, dans la douleur et dans le sang des autres.
Dieu n'existe pas, vous en êtes à présent absolument certain, car avec un tel chapelet d'horreurs au fond de votre poche, IL ne pourrait laisser faire pareilles ignominies s'IL était vraiment le Dieu de bonté et de justice qu'on prétend. Et s'IL n'existe pas, qu'est-ce qui pourrait bien vous arrêter, dites-le-moi ?
Bon, je m'éloigne et je divague, me semble-t-il. Qu'en est-il de la pièce de Shakespeare là-dedans ? Eh bien, ma foi, je la trouve à l'image de son sinistre héros : boiteuse, contrefaite mais non dénuée de certaines fulgurances, notamment dans les formules, qui la rendent tout de même intéressante.
Je ne peux pas dire que j'aie trouvé Shakespeare particulièrement subtil quant à la construction de son intrigue ou de son personnage. On est loin de Jules César, par exemple, où il avait su rendre tous les personnages complexes et finement ciselés. Ici, c'est du très gros, du très caricatural, les méchants sont bien méchants et les gentils gentils.
Certes, je n'oublie pas que le dramaturge n'avait pas l'avantage du recul comme avec les pièces antiques : il écrivait à peine un siècle après les faits, notamment pour des souverains qui détenaient leur pouvoir de la chute dudit Richard III. Donc il fallait bien qu'il soit un méchant absolu pour justifier des monarques actuels. Certes, certes, mais un peu de nuance tout de même, eût été appréciable, du moins l'eus-je grandement apprécié (je sens que je glisse de plus en plus sur ma " l'eus-je ").
Non, le canevas est grossier mais le fil à broder, lui, est parfois d'une finesse exquise. C'est particulièrement flagrant si on compare, à titre d'exemple Richard III et le Roi Lear. J'ai également éprouvé beaucoup de peine avec le canevas du Roi Lear et à très peu d'endroits j'ai été séduite par le verbe ou le sens de la formule. Ici, c'est tout différent. Beaucoup de répliques fusent et sont de purs joyaux d'orfèvrerie élisabéthaine.
Bref, pas trop ma tasse de thé quant au fond, bien plus séduite en revanche par la forme. Lisez, si le coeur vous en dit « La Tragédie de Richard III, avec le débarquement du comte de Richmond et la bataille de Bosworth » (titre complet de la pièce) afin de connaître comment se termina la fameuse Guerre des deux Roses opposant les horribles Lancastre aux infâmes York (tous plus ou moins descendants de rois de France, ce n'est pas une référence !) racontée à la sauce Shakespeare.
Et encore, gardez à l'esprit que ceci n'est que mon avis, qu'il ne vaut pas grand-chose, en tout cas beaucoup moins qu'un cheval. Un cheval ! Un cheval ! Mon avis pour un cheval !
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Sarindar
  08 juin 2020
Est-ce bien ou mal de dire que la pièce Richard III de William Shakespeare, malgré l'importance littéraire et la renommée internationale de son auteur, se fait surtout l'écho de la version de l'Histoire que les Tudor ont voulu laisser après eux ? Il ne suffisait pas, en effet, à cette dynastie, que des historiens complaisants lui attribuent le beau rôle - ici celui donné à Henry VII, le vainqueur de la bataille de Bosworth, livrée en août 1485, qui permit au fils de Margareth Beaufort de ramasser sur le champ de bataille la couronne tombée à terre du roi Richard III, présenté comme le monstrueux faiseur d'homicide avec l'élimination à lui prêtée des deux fils de son frère défunt, Édouard IV (1442-1483), il leur fallait encore que la littérature s'en mêlât et fît prendre les apparences pour la réalité : qui n'est pas tenté, se référant au dramaturge anglais, d'attribuer à Richard III l'assassinat dans la White Tower d'Édouard V et de Richard de Shrewsbury, ses jeunes neveux ? Shakespeare a noirci à souhait le personnage, le montrant sous son jour le plus sombre, afin, par contraste, de faire passer Henry VII comme un pur héros et un innocent aux mains propres venu rétablir la justice dans son pays. Aussi Stanley, passant du camp de Richard à celui d'Henry VII, le jour de la grande explication, n'a-t-il pas, sous la plume de William Shakespeare les allures d'un traître mais plutôt le visage d'un homme qui, par son revirement, rend possible la revanche légitime des victimes par rapport au bourreau.
Vision simplificatrice de l'Histoire, bien évidemment, mais qui parvient si facilement à convaincre auditoire et lecteurs de cette pièce de théâtre, devenue un grand classique - c'est du grand art, forcément manichéen dans sa présentation factice de la lutte du bien contre le mal, que les historiens ont quelque difficulté, de nos jours, à nuancer tout cela.
Désormais, cependant, même si l'on aime cette pièce, on ne pourra plus dire qu'elle reflète totalement la réalité historique, même si Richard III n'est pas exempt de reproches, bien évidemment.
François Sarindar, auteur de Charles V, Dauphin, duc et régent (1338-1358)
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michfred
  03 février 2016
Richard III
Comme le beau est toujours bizarre, le mal est toujours scénique.
Le mal, le diable, la laideur.Tout Richard, duc de Gloucester, en somme !
A plus d'un titre, Richard est la quintessence du personnage théâtral.
Il révulse le regard. Contrefait, boiteux, difforme, bossu : les femmes s'en détournent avec dégoût, les enfants le fuient avec horreur, les hommes le haïssent ou le craignent.
Il exsude la méchanceté. Sur les griffes qui lui servent de mains : tout le sang de sa famille. Il faut dire que le contexte historique a tout pour lui convenir : la guerre des Deux- Roses, celle des Lancastre et celle des York, n'a de poétique que le nom, c'est en fait une interminable suite de forfaits, de meurtres, de trahisons, de guet-apens, de guerres civiles…
C'est un alambic d'abominations. Dans sa tête perverse, Richard ourdit les pires traîtrises, les crimes plus sanglants, les plus détestables : son frère, Edouard, est roi- mais il est malade. Il a des fils, mais ils sont bien jeunes. Il a une femme, mais c'est une roturière mal vue à la cour. Il rêve de les mettre au pas ou de les envoyer au trépas !
Il est la fausseté personnifiée. Son amitié est grimace, sa familiarité, dangereuse. Richard a un autre frère, Clarence, mais c'est un naïf, un ami, le duc de Buckingham, mais c'est un ambitieux à tenir à l'oeil.. – frère ou ami, tous ne sont que des pions sur son échiquier diabolique.
Le jour où ce crapaud difforme et venimeux se découvre capable de séduire, par le seul pouvoir de son verbe fielleux, la belle Lady Ann, veuve du prince de Lancastre -qu'il a pourtant proprement expédié- et qui est donc archi prévenue contre lui, ce jour-là est son épiphanie : plus rien ne l'arrête, la bête sort de sa tanière et dévore tout sur son passage.Le mal se déchaîne.
Le duc de Gloucester est couronné roi et devient Richard III au terme d'un chemin plein de sang et de fureur.
Mais la vieille reine Marguerite, la veuve du bon roi Henri V-, lui aussi dépêché par les York- éclate en imprécations et en sombres prophéties : le crapaud et tous ceux qui l'ont approché, aidé, servi, finiront dans la gorge de la Mort…
Les crimes de Richard ne resteront pas impunis…
Une grande tragédie de Shakespeare, la plus grande peut-être, la plus noire, sûrement. Je l'ai vue souvent au théâtre – et aussi au cinéma : en version classique chez Laurence Olivier, modernisé et nazifié chez Richard Longcraine et enfin quasiment ontologique chez Al Pacino dans Looking for Richard. Mais jamais je ne l'ai vu comme hier soir, à l'Odéon, dans la mise en scène électrique de Thomas Jolly !
Imaginez un Richard III sorti d'une caricature infernale de Hiéronymus Bosch, ou de Brueghel l'Ancien mais tatoué comme un rocker, inquiétant comme un vampire, narcissique comme une rock star, et dangereux comme un Alien…

Imaginez la fameuse scène du face à face entre Richard et la reine Elizabeth, mère des malheureux enfants d’Édouard assassinés à la Tour de Londres,se défiant sur un plateau animé seulement par un réseau fluctuant de rayons lasers qui cerne et capture peu à peu le personnage rétif et très fort de la reine, jusqu'à sa capitulation finale…
Imaginez la scène non moins fameuse où Richard s'écrie : « Mon royaume pour un cheval ! », avec un "vrai" cheval, immense et fantômatique.
Imaginez la scène de malédiction des victimes de Richard - "Désespère et meurs ! » - dans un tressautement hystérique de lampes stroboscopiques !
Toute cette démesure, ce baroque, cette frénésie, loin de tuer le tragique comme on pouvait le craindre, le galvanise au contraire, le cravache, en épouse les débordements, en explore les sombres abysses, en dévoile la folie exacerbée…
Au final, je n'ai jamais vu salle plus enthousiaste ..
Beaucoup de jeunes spectateurs ont compris ce soir-là ce qu'était l'absolu génie de Shakespeare, « notre contemporain » comme disait Jan Kott…
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Lutopie
  30 novembre 2019
Mille fois maudit, Richard III est un roi sanglant, violent, un psychopathe qui ourdit un complot contre-nature, pour assassiner sa famille et régner sur l'Angleterre. Pourquoi ? Par orgueil blessé du fait de sa difformité ?
"— moi que la nature décevante a frustré de ses attraits, — moi qu'elle a envoyé avant le temps — dans le monde des vivants, difforme, inachevé, — tout au plus à moitié fini, — tellement estropié et contrefait — que les chiens aboient quand je m'arrête près d'eux ! — eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix, — je n'ai d'autre plaisir pour passer les heures — que d'épier mon ombre au soleil — et de décrire ma propre difformité. "
-moi -moi -moi
Richard III parle de lui-même à lui-même comme au public dans la mise en scène de Thomas Ostermeier par l'intermédiaire d'un microphone suspendu et il se balance comme un pendu au bout de sa corde, mourant avant l'heure, prenant plaisir aux souffrances à venir. Il s'étrangle de rire à l'idée de ses crimes tout en asphyxiant les spectateurs avec ses discours de monstre sanguinaire. En plus, je dois dire qu'il est jouissif d'entendre Richard III en allemand car cette langue donne encore plus de puissance au personnage du roi fou. N'oublions pas qu'Hitler était comme Richard III un orateur redoutable, dangereux. le décor participe de la modernité avec les échafaudages, et la musique sonore, techno violente, la présence de la batterie sur scène nous assourdit, nous assomme. On en reste scotché dans son fauteuil : du grand spectacle. On apprend à connaître Richard III dans un costume grotesque qui n'a rien à envier aux corsets féminins (mais le matériel orthopédique ne fait pas qu'il se tienne plus droit, au contraire) ; on apprend à le connaître sans ses atours, nu comme lorsqu'il s'assoit sur la tête d'un autre. On le découvre même en gros plan grâce à la mini-caméra et l'écran installés sur scène. le théâtre se réinvente.
Les malédictions qu'ils se lancent tous à la face les rejetons de la famille royale rendent bien en allemand (et Marguerite, je la proclame la reine des malédictions) ; malédictions, maléfices, qu'ils se lancent à eux-mêmes dès lors qu'ils prêtent serment pour mieux tromper, ce qui les pousse tous au meurtre. Richard III n'est pas le seul responsable de cette tuerie, chacun ayant comploté à un moment de l'histoire contre les autres, chacun ayant tué à un moment un membre de la famille d'en face. Richard III n'a plus qu'à diriger les inimitiés des uns et des autres et plus encore la sienne. Il s'attaque aux survivants, à tous ceux qui lui font de l'ombre, comme ces enfants de la Tour, ces pantins représentés par des marionnettes dénuées de vie dans le spectacle d'Ostermeier. Pourquoi est-ce si horrifiant d'assister à la manipulation de ces pantins, pourtant tant de violence envers ces êtres de bois, de cire, de plastique ?
Pourquoi ces massacres ? La guerre ne meurt-elle jamais ? La pièce commence après la guerre, se termine par la guerre. Richard III profite d'une accalmie, d'un temps de paix pour changer les règles du jeu, pour entrer en guerre contre les autres et contre lui-même, il lance une guerre intestine, la guerre naît dans ses tripes, là où réside la source du mal. Il en veut à la terre entière, il tue, il tue, il tue. Maintenant qu'il est mort, je peux dire : God save the King Richard III !
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Darkcook
  26 octobre 2017
Presque deux ans sans Shakespeare...! Il me fallait remédier à cela, avec pas des moindres parmi les pièces qu'il me restait à découvrir : Richard III!
J'avais lu Richard II, je n'en garde qu'un souvenir très lointain, et j'espérais mieux, même si j'avais fait une critique élogieuse à l'époque... Richard III est d'un autre genre, et ne joue pas dans la même catégorie. Comme je l'avais déjà dit à ce moment-là, le Shakespeare historique est difficile à aborder : Vous vous trouvez en pleine guerre intestine avec une foultitude de personnages, d'homonymies... Là, il y avait des rappels (d'Henry VI, apparemment), mais au début, la confusion est facile de par la multitude, par exemple, de personnages distincts appelés Edouard.
Richard III est un personnage machiavélique, au sens propre du terme, autre Macbeth, mais qui opère toujours de façon indirecte, sous des dehors flatteurs, bien que doté d'un physique ingrat. À ce sujet, sa tirade d'ouverture, déjà plébiscitée par nombre de mes collègues ici, est extraordinaire, je m'ajoute au cheptel de laudateurs! Richard va donc passer la pièce à faire assassiner frères, neveux, amis... Afin de gravir les échelons du pouvoir, et évidemment, rien ne l'arrête, et comme Macbeth, ce seront les instruments de sa chute. Parmi les autres passages d'anthologie, il y a pour moi la malédiction de Margaret, ses divers face-à-face avec ceux qu'il condamnera plus tard (les double-entendre sont légion, et la pièce n'est pas dénuée d'humour!), les imprécations lancées par sa mère, puis tout l'acte V avec les spectres (aaaah, eux aussi, m'avaient manqué) et la bataille finale! Il y a quelques longueurs, personnages inutiles, joutes verbales un peu étranges, et dans l'anarchie du théâtre shakespearien, certains dont le destin reste en suspens, mais on passe un excellent moment.
J'étais tellement à fond que j'ai failli poursuivre par ses pièces antiques... Que je finirai par dévorer, je l'espère, très bientôt. Une très bonne pièce, en somme, du Dieu de la littérature, avec un protagoniste inoubliable, même si loin de Macbeth, Othello, de La Tempête et même de Roméo et Juliette, à mes yeux.
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Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   10 février 2019
LE SECOND MEURTRIER : J'espère que cet accès de pitié va me passer. D'ordinaire, ça ne me tient que le temps de compter jusqu'à vingt.
LE PREMIER MEURTRIER : Comment te sens-tu maintenant ?
LE SECOND MEURTRIER : Il y a encore en moi un petit fond de conscience.
LE PREMIER MEURTRIER : Rappelle-toi notre récompense quand ce sera fait.
LE SECOND MEURTRIER : Allez, il meurt ! J'avais oublié la récompense.
LE PREMIER MEURTRIER : Où est ta conscience maintenant ?
LE SECOND MEURTRIER : Oh ! dans la bourse du duc de Gloucester.
LE PREMIER MEURTRIER : Quand il ouvrira sa bourse pour nous donner notre récompense, ta conscience s'envolera ?
LE SECOND MEURTRIER : Peu importe qu'elle s'en aille. Il y a aura peu de gens ou même personne pour l'accueillir.
LE PREMIER MEURTRIER : Mais… et si elle te revient ?
LE SECOND MEURTRIER : Je ne veux pas avoir affaire à elle. Elle fait d'un homme un couard. Un homme ne peut voler qu'elle ne l'accuse. Un homme ne peut jurer qu'elle ne l'arrête. Un homme ne peut coucher avec la femme d'un voisin qu'elle ne le dénonce. C'est un esprit honteux et rougissant qui se mutine dans le cœur de l'homme. Elle le remplit d'obstacles. Elle m'a fait une fois rendre une bourse d'or que j'avais trouvée par hasard. Elle engueuse tout homme qui la garde. Elle est chassée des villes et des cités comme une chose dangereuse, aussi tout homme qui veut vivre bien tâche de ne se fier qu'à lui-même, et de vivre sans elle.

Acte I, Scène IV.
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Nastasia-BNastasia-B   11 février 2019
LE DEUXIÈME CITOYEN : En vérité, le cœur des hommes est plein de crainte :
Vous ne pouvez parler pratiquement à personne
Qui n'ait l'air accablé et plein d'effroi.
LE TROISIÈME CITOYEN : À la veille d'un changement, il en est toujours ainsi.
Par un instinct divin, l'esprit des hommes pressent
Le danger imminent, comme par expérience on voit
Grossir les eaux avant une violente tempête.

(SECOND CITIZEN : Truly, the hearts of men are full of fear :
You cannot reason almost with a man
That looks not heavily and full of dread.
THIRD CITIZEN : Before the days of change, still is it so.
By a divine instinct, men's minds mistrust
Ensuing danger : as by proof we see
The water swell before a boist'rous storm.)

Acte II, Scène III.
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Nastasia-BNastasia-B   08 février 2019
TYRREL : L'acte tyrannique et sanglant est accompli,
Le plus grand forfait, le plus pitoyable massacre
Dont jamais ce pays se soit rendu coupable.
[…] ils s'enlaçaient l'un l'autre
Dans leurs innocents bras d'albâtre.
Leurs lèvres étaient quatre roses rouges sur une même tige
Et dans le bel été s'embrassaient l'une l'autre.
[…] Nous avons étouffé
L'œuvre la plus parfaite et la plus exquise
Que la Nature ait forgée depuis la création première.

(TYRREL : The tyrannous and bloody act is done,
The most arch deep of piteous massacre
That ever yet this land was guilty of.
[…] girdling one another
Within their alabaster innocent arms.
Their lips were four red roses on a stalk,
And in their summer beauty kiss'd each other.
[…] We smothered
The most replenished sweet work of Nature,
That from the prime creation e'er she framed.)

Acte IV, Scène III.
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Nastasia-BNastasia-B   17 février 2019
RICHARD : Tendre prince, la vertu sans tache de vos années
N'a pas encore plongé dans la duplicité du monde,
Vous ne savez distinguer d'un homme
Que sa figure externe, qui, Dieu le sait,
S'accorde rarement ou jamais à son cœur.

(RICHARD : Sweet prince, the untainted virtue of your years
Hath not yet div'd into the world's deceit,
No more can you distinguish of a man
Then of his outward show, which, God He knows,
Seldom or never jumpeth with the heart.)

Acte III, Scène I.
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LutopieLutopie   30 novembre 2019
RICHARD

— Qu’on me donne un autre cheval ! … Qu’on bande mes blessures ! — Aie pitié, Jésus ! … Doucement … ce n’était qu’un rêve. — Ô lâche conscience, comme tu me tourmentes ! — Ces lumières brûlent bleu … C’est maintenant le moment funèbre de la nuit : — des gouttes de sueur froide se figent sur ma chair tremblante. — Comment ! est-ce que j’ai peur de moi-même ? Il n’y a que moi ici ! — Richard aime Richard, et je suis bien moi. — Est-ce qu’il y a un assassin ici ? Non … Si, moi ! — Alors fuyons … Quoi ! me fuir moi-même ? … Bonne raison : Pourquoi ? — De peur que je ne châtie moi-même … qui ? moi-même ! — Bah ! je m’aime, moi ! … Pourquoi ? pour un peu de bien — que je me suis fait à moi-même ? — Oh non ! hélas ! je m’exécrerais bien plutôt moi-même — pour les exécrables actions commises par moi-même. — Je suis un scélérat … Mais non, je mens, je n’en suis pas un. — Imbécile, parle donc bien de toi-même… Imbécile, ne te flatte pas. — Ma conscience a mille langues, — et chaque langue raconte une histoire, — et chaque histoire me condamne comme scélérat. — Le parjure, le parjure, au plus haut degré, — le meurtre, le meurtre cruel, au plus atroce degré, — tous les crimes, poussés au suprême degré, — se pressent à la barre criant tous : Coupable ! coupable ! — Ah ! je désespérerai. Pas une créature ne m’aime ! — et, si je meurs, pas une âme n’aura de pitié pour moi !… — Et pourquoi en aurait-on, puisque moi-même — je ne trouve pas en moi-même de pitié pour moi-même ? — Il m’a semblé que les âmes de tous ceux que j’ai assassinés — venaient à ma tente, et que chacune provoquait — la vengeance de demain sur la tête de Richard ! —
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Vidéo de William Shakespeare
Par Julie Neveux, angliciste. « Nul homme n'est une île, un tout en soi ; chaque homme est part du continent, part du large ». Ces mots de John Donne, écrits en 1623, nous rappellent que nous participons d'une humanité commune. Julie Neveux se saisit d'un ouvrage de John Donne, moins connu que ses Poésies et Sonnets, les Méditations en temps de crise, pour montrer comment l'expérience de cet homme, contemporain de Shakespeare, peut être résonner dans notre temps.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature anglaise et anglo-saxonne>Littérature dramatique anglaise (128)
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