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Anne Barton (Préfacier, etc.)Jean-Michel Déprats (Éditeur scientifique)Gisèle Venet (Collaborateur)
EAN : 9782070113620
1526 pages
Gallimard (31/03/2002)
4.47/5   37 notes
Résumé :
Dans des traductions entièrement nouvelles principalement dues à Jean-Michel Déprats, ces deux premiers volumes de la nouvelle édition des Œuvres complètes de Shakespeare dans la Pléiade contiennent les grandes tragédies :

- tome I : Titus Andronicus, Roméo et Juliette, Jules César, Hamlet, Othello.

La vie du comédien, poète et dramaturge William Shakespeare (1564-1616), né et mort à Stratford upon Avon, Warwickshire, reste assez mal c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nastasia-B
  02 juin 2016
Ce premier des volumes pléiade du théâtre de Shakespeare contenant à la fois des nouvelles traductions vraiment très réussies et le texte original en vis-à-vis est un indispensable pour qui s'intéresse un minimum au plus grand des dramaturges anglais.
Bien qu'animé d'une volonté chronologique de présenter dans un premier temps uniquement les tragédies (viendront ensuite les histoires et les comédies), ce premier tome fait presque figure de Best Of tellement le niveau des pièces regroupées ici est élevé.
Les deux pièces les moins connues sont les deux tragédies antiques Titus Andronicus et Jules César, mais on y trouve également les deux pièces italiennes ultra célèbres que sont Roméo & Juliette et Othello, avant d'atteindre l'apothéose avec l'inénarrable Hamlet. Un tel programme, ça laisse rêveur. Si l'on ajoute à cela une très belle présentation générale de l'auteur d'Anne Barton qui ne se trouve que dans ce volume, il devient difficile d'y résister.
1) TITUS ANDRONICUS
Dans cette pièce, il est vrai que Shakespeare n'a pas eu peur de faire jaillir l'hémoglobine à chaque coin de scène ; c'est vrai qu'il a misé sur le fait de choquer son public pour faire naître de l'empathie vis-à-vis d'actes, eux-mêmes, horribles.
Qu'en est-il ? Titus Andronicus est un vieux général romain à la droiture et au patriotisme irréprochables, tout auréolé de gloire, qui s'en revient d'une campagne fructueuse en Germanie. Il a réussi à soumettre les Goths et ramène comme trophée de guerre, la reine Tamora et ses trois fils.
Pendant ce temps à Rome, les fils de l'empereur décédé, Saturnius et Bassianus, s'écharpent pour savoir lequel des deux sera le prochain souverain. Au sénat, beaucoup pensent que Titus Andronicus ferait un bien meilleur empereur que ces deux jouvenceaux.
Toutefois, le vieux général décline l'honneur qui lui est fait et préfère se montrer loyal envers la lignée impériale. Titus Andronicus prend donc le sage parti d'incliner en faveur de Saturnius, l'aîné des deux frères, en qualité d'Empereur et d'accorder sa fille Lavinia à Bassianus.
Saturnius reporte ses ardeurs amoureuses sur la reine des Goths, Tamora, dont on espère ainsi apaiser le peuple fraîchement soumis. Cependant, Titus Andronicus satisfait à la tradition religieuse romaine du vainqueur de sacrifier aux Dieux le fils aîné des vaincus. Tamora l'implore à genoux d'épargner son fils Alarbus mais rien n'y fait.
Tamora développe donc un vif ressentiment à l'égard de Titus et demande à ses deux fils de s'en prendre à la fille de Titus. Parallèlement, elle s'accoquine d'Aaron, un Maure machiavélique, qui imagine le moyen d'assouvir la vengeance de la reine.
Lors d'une partie de chasse, les deux fils de Tamora assassinent le frère de l'empereur sous les yeux de son épouse Lavinia. La pauvre, horrifiée et témoin embarrassant du crime n'a sans doute plus qu'à mourir. C'est là que les conseils abjects du Maure prennent toute leur dimension d'horreur. Les deux lurons violent Lavinia en bonne et due forme et, pour que l'abjection soit complète, lui tranchent les deux mains, pour qu'elle ne puisse plus écrire, et surtout, lui découpent la langue, afin qu'elle ne puisse plus parler.
Le Maure s'arrange également pour que deux fils de Titus découvrent le cadavre de Bassanius et soient accusés du crime aux yeux de l'Empereur. Celui-ci fait conduire les deux fils de Titus à Rome pour y être décapités.
Le vieux Titus espère encore intercéder en leur faveur, eu égard aux nombreux services rendus, afin de prouver leur innocence. Et là encore, le Maure trouve un stratagème odieux que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même ainsi que la fin de la pièce.
2) ROMÉO ET JULIETTE
Dans cette pièce qu'il réécrit à partir de plusieurs modèles italiens existants, William Shakespeare nous dresse un tableau où deux familles rivales s'opposent, pour des raisons anciennes, obscures et probablement oubliées, dans une lutte à mort.
Le vieux Montague et le vieux Capulet sont deux respectables, aimables, riches citoyens de Véronne, estimés l'un et l'autre du seigneur de la ville, mais qui se détestent l'un l'autre. Chacun des membres du clan ne demande que le prétexte pour se lancer dans une échauffourée avec la bande rivale.
On comprend alors que l'amour entre un jeune homme d'un clan à l'endroit d'une jeune fille de l'autre clan est une impossibilité totale. La puissance de l'amour et sa capacité à franchir tous les obstacles sera ressort essentiel de la pièce.
Mais, outre l'appel à l'émancipation de la jeunesse et à la fin de la férule des parents, je vois dans cette pièce un message plus politique, celui que quand les puissants s'affrontent, les enfants innocents de chaque nation payent l'addition et que tout ce qu'ils récoltent, c'est, au mieux, un monument à leur nom. En somme, une dénonciation de la folie des dirigeants qui s'engagent dans des conflits sans fondement et qui sacrifient de jeunes vies pour cela.
3) JULES CÉSAR
Voilà une tragédie très subtile, tout en nuances, largement sous-estimée où j'ai adoré l'ambivalence qui caractérise presque tous les personnages principaux de la pièce.
Certes, on retrouve chez Cassius, notamment en début de pièce, quelque chose du machiavélisme du Iago d'Othello ou encore du Maure de Titus Andronicus, mais l'auteur s'attache à justement le réhabiliter en en faisant un personnage il est vrai envieux mais non dénué de qualités réelles et positives.
L'ambiguïté est encore plus affirmée et de façon croisée et symétrique entre Brutus — le traitre — d'une part et Octave — le sauveur — d'autre part. On a en effet de la peine à considérer Brutus comme un sale type et Octave comme un type bien.
Que dire enfin du somptueux personnage d'Antoine dont le discours funèbre auprès de la dépouille De César est un modèle sophisme, et d'une roublardise délicieuse.
En somme, le seul qui soit vraiment très discret et d'un intérêt moindre dans cette pièce c'est… Jules César lui même ! On le voit en effet très peu, mais, du peu que l'on voit de lui, Shakespeare s'attache là encore à en faire un personnage très humain, comme tous les autres, avec ses bons et ses mauvais penchants.
Comme Shakespeare s'est appuyé assez fidèlement sur les sources antiques cela imprime une rythme particulier à la pièce qui n'est pas comme à l'ordinaire dans les tragédies une apothéose baignée de sang au cinquième acte.
En somme, une trame historique aménagée pour en faire un support scénique admirable. Shakespeare ne cède à aucune facilité et l'ensemble de la pièce est remarquablement écrit. Certes on n'y trouve pas de ces tirades sensationnelles comme dans Hamlet, Macbeth, Richard III ou encore La Tempête, mais ce Jules César m'a beaucoup plu.
4) HAMLET
Hamlet, bien sûr, l'incontournable Hamlet. J'adore la légèreté, l'humour, la finesse, la profondeur, la qualité d'écriture de l'ensemble de la pièce (pas trop le final cependant). Je ne vais même pas m'attarder à vous faire le panégyrique de la pièce dont vous retrouvez des poussières disséminées un peu partout, de Dickens au Roi Lion en passant par Rudyard Kipling. (J'ai déjà évoqué cela ailleurs.)
Issu en droite filiation de la tragédie grecque antique (le personnage d'Oreste, notamment), Shakespeare revisite le thème de la trahison, du doublage par un frère (le vieil Hamlet est assassiné par son frère Claudius). Voilà un thème qui semble fort et important pour l'auteur, c'est d'ailleurs le corps de l'ultime drame de Shakespeare, La Tempête, où Prospero a échappé in extremis à la mort et s'est fait subtiliser le trône par son frère.
Le thème de la mort (omniprésent dans les tragédies), ou plus particulièrement de l'inutilité de la vie, est également un sujet de prédilection du grand dramaturge anglais et qui figure au coeur d'Hamlet, d'où cette fameuse tirade du « être ou ne pas être ».
Cependant, si tout cela est vrai et fort, ce qui me semble plus fort et plus évident que tout dans Hamlet, c'est la réflexion sur le théâtre qui affleure partout. le personnage d'Hamlet, de façon symbolique, C'EST le théâtre, dans l'acception la plus noble du terme. C'est lui le révélateur, c'est lui qui voit clair dans le jeu orchestré par le roi et c'est lui qui est déchu par la vilenie du pouvoir.
Le roi symbolise évidemment le pouvoir, en tant qu'autorité qui muselle l'activité artistique de peur qu'elle ne montre trop explicitement ses propres exactions. Laërte, c'est l'autre théâtre, le théâtre d'état, le théâtre qui dit ce que le roi veut entendre, celui qui est aux bottes du pouvoir (et d'ailleurs, sur ce point, absolument rien n'a changé, voir, par exemple le livre de Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de Garde).
Les deux théâtres se livrent une lutte à mort, et qui est sacrifié au milieu d'eux ? le public, évidemment, et ici le public est symbolisé par Ophélie, qui devient folle. La reine représente la conscience, la morale à qui l'on a tordu le cou pour avaler des couleuvres (thème revisité dans Macbeth).
Polonius représente les seconds couteaux, le peuple nombreux des courtisans hypocrites qui lèchent les savates de tout pouvoir, quel qu'il soit, et qui se font étriller par le théâtre (pensez aux bourgeois, aux savants ou aux religieux chez Molière, par exemple) car si l'on ne peut taper sur le pouvoir, on peut tout de même se faire la main sur les courtisans. Mais on peut aussi (et surtout) voir dans Polonius, l'archétype du puritain (voir les conseils qu'il donne à son fils), très en vogue et toujours plus près du pouvoir à l'époque de Shakespeare.
Et la moralité de tout cela, c'est qu'un pouvoir qui n'est pas capable de se regarder en face sous le révélateur, sous le miroir de vérité qu'est le théâtre, tellement il a honte de lui-même est voué à disparaître. Tiens, tiens, on y voit déjà l'ombre de Macbeth…
Pour conclure, si l'on recontextualise la genèse de cette pièce avec les événements historiques dont l'auteur était le témoin, ce qu'il faut voir dans Hamlet, ce n'est ni une tragédie (ou tragi-comédie), ni un quelconque message métaphysique, mais bien plutôt une supplique politique pour maintenir les théâtres publics élisabéthains et leur liberté d'expression face aux attaques toujours plus virulentes des puritains qui essaient d'imposer leur théâtre moralisateur.
5) OTHELLO
Tragédie là encore sublime, au sens premier, au sens profond terme. Même si le protagoniste principal semble bien davantage Iago qu'Othello et, d'un simple point de vue statistique, il est manifeste que Iago monopolise la scène, c'est bien à la place d'Othello que l'auteur souhaite nous placer, et non à la place de Iago. C'est bien l'oeuvre de Iago sur Othello qui indigne et non les motifs intimes du fourbe qui présentent un intérêt.
Le message, du moins l'un des messages possibles de cette oeuvre, est le noircissement. Je ne blague pas, et le fait que Shakespeare ait choisi un personnage noir comme héros d'infortune n'a sans doute rien d'hasardeux. L'apparence. Celui qui semble noir l'est-il bien réellement ?
Tous. Tous semblent noirs à un moment ou à un autre : Cassio, Desdémone, Othello. Tous noirs et pourtant tous innocents. Et pourtant, on jurerait, selon l'angle où ils sont présentés les uns aux autres, on jurerait qu'ils sont coupables.
C'est probablement ça, le plus fort du message que souhaite nous délivrer l'auteur. Honni soit qui mal y pense ! Il est si facile de nuire, si facile de noircir, si facile de truquer, si facile de faire dire autre chose aux faits pris indépendamment ou hors contexte. C'est cela que semble nous dire Shakespeare.
Les apparences sont parfois contre nous et d'autres semblent blancs comme neige, et pourtant… et pourtant…, quand on sait tout le fin mot, vraiment tout, la réalité est souvent loin des belles apparences et ce que l'on croyait simple, net, tranché, évident, ne l'est plus tant que cela.
Othello d'emblée est noir, ce qui jette sur lui une indéfinissable suspicion aux yeux des Vénitiens. Tout prétexte sera bon s'il fait le moindre faux-pas. Cassio est un beau subordonné prometteur, donc il est douteux. Desdémone est une noble Vénitienne blanche entichée d'un noir, donc c'est nécessairement une putain.
Autant de raccourcis faciles que nous avons tous tendance, consciemment ou inconsciemment, à commettre ici ou là. L'histoire a donné plusieurs fois raison à Shakespeare. (Rien qu'en France, au XXème siècle, des Juifs, des Maghrébins en tant que groupe ou des individualités comme Guillaume Seznec ont tous fait l'objet d'accusations plus ou moins calomnieuses ou bâties de toute pièce, basées sur des a priori ou des apparences qui leur étaient adverses. Je ne parle évidemment pas de tous les endroits du monde et à toutes les périodes depuis Shakespeare, car il y aurait de quoi remplir tout Babelio avec.)
Si l'on cherche des fautes à quelqu'un, on en trouvera fatalement. Si l'on sait habilement les mettre en lumière, leur donner d'autres apparences, attiser le vent de la vengeance, mobiliser la justice à son avantage, n'importe qui peut être traîné dans la boue ou commettre l'irréparable.
Quels sont les mobiles de tout cela ? L'auteur reste très discret et très flou sur les motivations de Iago. Cela semble tourner autour de la jalousie, de l'orgueil bafoué, de l'envie inassouvie, du complexe d'infériorité.
Intéressons nous encore quelques instants à Iago. Ce qui est frappant dans le texte, dans les qualificatifs qu'on lui attribue, c'est le nombre de fois où reviennent, les adjectifs noble, honnête, fidèle, courageux, droit, fiable, vertueux, etc. Iago, dans cette optique, est donc le symbole du puritanisme, Othello, le noir à qui l'on fait commettre des abjections ne saurait être autre que Shakespeare lui-même.
Voilà le type de message que je vois dans Othello, la dénonciation de la calomnie à l'égard des dramaturges honnêtes qu'on accuse de toutes les perversions, exactement comme de nos jours les formateurs d'opinion dénoncent les trucages et les manipulations, eux qui sont les rois des truqueurs et des manipulateurs. Les années ont passé, les travers universels de l'humain sont restés.
Bref, cinq oeuvres essentielles dans une édition exceptionnelle. Bien entendu, ce n'est que mon avis truqué, c'est-à-dire, pas grand-chose. le mieux que vous ayez à faire, c'est encore d'ouvrir ce livre et de découvrir ou bien relire ces pièces admirables.
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lebelier
  29 août 2021
1.JULES CESAR Traduction de Jérôme Hankins
2. OTHELLO. Traduction de Jean-Michel Déprats.
3. TITUS ANDRONICUS. Traduction de Jean-Pierre Richard.

1. JULES CESAR.
Jules César appartient aux "pièces romaines "de Shakespeare dont Titus Andronicus fait aussi partie (voir plus bas)
C'est une des premières pièces du Barde, recensée en 1599. L'intrigue est assez simple : le pouvoir grandissant de César présente un danger pour la république, il est donc assassiné par une conspiration menée par Brutus son meilleur ami. A partir de la mort de César – qui ne vit en fait que dans l'acte – son fantôme pose un problème sérieux de partage du pouvoir entre ses deux plus proches amis : il y a le camp de Brutus avec Cassius et celui du triumvirat formé par Marc-Antoine, Octave et Lépide. Shakespeare s'est librement inspiré de la vie des hommes illustres de Plutarque.
Cependant, Shakespeare tisse une toile plus subtile lorsqu'il inclut les réflexions et méditations des protagonistes. Il s'agit surtout de celles de Brutus qui s'interroge sur la finalité de l'attentat partagé entre son amitié profonde pour César et le devoir envers Rome:
I would not, Cassius, yet I love him well (I,1, 80)
(Je ne le veux pas ,Cassius, et pourtant je l'aime.)
Set honour in and death I'th' other
And I will on both indifferently ;
For let the gods so speed me, as I love
The name of honour more than I fear death.(I,1,84-87)
(Placez l'honneur dans un oeil, et la mort dans l'autre,
Je les fixerai tous les deux indifféremment ;
Et que les dieux me protègent tant que j'aime
Le nom de l'honneur plus que je ne crains la mort. )
La pièce est en fait composée en parallèle avec effets de miroir plus au moins déformant. Ainsi les réflexions intimes de Brutus se font-elles l'écho de ses agissements pour le bien commun, cette république au peuple si versatile à tel point que c'est le dernier qui leur parle qui a raison. On sent tout ce que cette pièce peut avoir d'universel et d'intemporel, notamment en politique où la disparition d'un seul tribun solide qui sait rassembler implique une lutte de pouvoir sur fond d'intérêts personnels.
La fameuse bataille de Philippe oppose certes Brutus à Antoine mais la mort de Cassius dérègle tout l'équilibre puisqu'à priori il n'y a pas de vainqueur. le meurtre de Brutus a probablement une légitimité aux yeux de la collectivité mais son remords d'homme de bien n'en est pas moins touchant. Cette prise de conscience qui se déchire entre deux choix annonce déjà les affres de Hamlet, fantôme inclus. Mais ici il semble que le seul personnage qu'est devenu Hamlet ait éclaté en plusieurs ici, dont certains ont choisi la mort plutôt qu'une défaite autant collective qu'individuelle. Mais laissons parler Cassius, un des conjurés victime de la Roue de la Fortune :
The fault, dear Brutus, is not in our stars
But in ourselves, that we are underlings. (I,2,137-138)
(La faute, cher Brutus, n'est pas dans nos étoiles
Mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous-fifres.)
2.OTHELLO
Iago, enseigne, du général Maure Othello, dépité de n'avoir pas été choisi comme officier, fomente sa vengeance contre Michael Cassio, meilleur ami d'Othello, qui lui ravit ce poste. de plus, Iago convoite aussi la belle Desdemona femme du Maure tant haï.
La fascination de cette pièce provient de la façon dont Iago met en place son stratagème, recrée en quelque sorte une intrigue dans l'intrigue. Il provoque d'abord la disgrâce de Cassio en le faisant boire lors de son tour de garde jusqu'à il se retrouve impliqué dans une rixe, sème des doutes dans l'esprit d'Othello sur la relation de Cassio avec Desdemona auprès de laquelle celui-ci essaie de plaider sa cause, puis appuie ses preuves avec un indice : un mouchoir brodé de Desdemona que son mari lui a offert et qu'on retrouve chez Cassio par l'entremise de la propre femme de Iago, Emilia, personnage tout aussi profond que les autres – force de Shakespeare – et prouve même être un révélateur. Iago agit toute en finesse, s'attirant les bonnes grâces des uns et des autres, jouant l'innocent, semant petit à petit un mal qui doit assouvir sa vengeance. Il se sert de l'absence momentanée d'Othello et de la fortune d'autre amoureux transi de Desdemona, Roderigo.
D'autre part, on s'étonne qu'Othello soit plus enclin à croire Iago plutôt que sa femme qu'il voue de suite aux gémonies. Mais Shakespeare aussi sème ses graines au long de la pièce puisque d'emblée, Othello est soupçonné par Brabantio, père de la belle, de l'avoir envoûtée ; ce qui est à demi vrai puisque Othello, racontant ses hauts faits militaires a provoqué la fascination de la belle :
OTHELLO :Elle m'aima pour les dangers que j'avais traversés,
Et je l'aimai d'en avoir pris pitié. (I ; iii ; 154-155)*
Un peu comme le roi Lear, Othello se laisse bercer par les flatteries. C'est un valeureux guerrier, un soldat fidèle et dévoué à son camp mais contrairement à Iago manque de jugement sur les autres.
IAGO : le Maure est une nature ouverte et franche,
Qui croient les hommes honnêtes pour peu qu'ils le paraissent,
Et il se laissera docilement conduire par le nez … (I ; iii ; 378-380)*
Iago analyse chaque personnage et voit comment il peut l'exploiter. C'est un politicien rongé d'ambition- et là il rejoint Macbeth – sauf que Iago fait tirer les ficelles par d'autres ou s'arrange pour être pris pour le contraire de qu'il a fait ; ainsi s'il commet un meurtre, il apparaît pour celui qui porte secours et non pour l'auteur du crime.
Donc, semant ses graines de jalousie, soupçon après soupçon, il porte toute la tragédie à son apogée de folie meurtrière. Seul, le spectateur sait qu'il est le mal absolu puisque seule la haine le gouverne. Cette montée en puissance toute en nuance des doutes et fausses certitudes d'Othello subjugue autant qu'elle montre l'illusion d'un spectateur de théâtre emporté par les mots d'un auteur – ici Iago en intermédiaire machiavélique – et qui accepte pour un instant la « réalité » qui l'arrange ou qui le possède. En fait d'envoûtement, c'est bien Othello qui se retrouve piégé et non son épouse.
Une pièce hautement passionnante à tous les égards.
3. TITUS ANDRONICUS.
On connaissait la fin de Hamlet comme une série de meurtres à l'arme empoisonnée, résultat de folie ambitieuse, d'adultère frisant l'inceste, de dialogues avec des fantômes ; on connaissait les ignobles complots de Lady Macbeth qui poussent au meurtre de Duncan dans son sommeil innocent, et les visions de Macbeth lors du banquet final, renversé lui aussi par une armée réorganisée par un banni. Dans Titus Andronicus, il y a tout cela et bien plus encore.
Pour Titus, général romain vainqueur des Goths, ses faits d'armes ne sont guère récompensés par Saturninus, l'actuel empereur qui, parce qu'il n'obtient pas la femme qu'il désire en la personne de Lavinia, fille de Titus, épouse par dépit Tamora, la femme Goth capturée par le général et son armée, elle-même acoquinée avec un maure, son âme damnée, et des ses deux fils Démétrius et Chiron. Lavinia, bafouée, violée, mutilée (on lui arrache la langue et lui coupe les mains) fait le désespoir de son père de même que ses deux fils, accusés d'avoir tué Bassanius, mari de celle-ci et frère de Saturninus, ont la tête tranchée malgré une pseudo promesse de grâce présentée par le maure à la condition qu'un des Andronicus coupe l'une de ses mains en gage. Titus offre la sienne et obtient les têtes de ses deux fils. Pendant que Saturninus est cocufié par le Maure, le dernier fils de Titus banni, la machine vengeresse se met en place et finira dans le sang et le cannibalisme.
Shakespeare revisite de nombreux mythes tirés des Métamorphoses d'Ovide pour servir cette histoire romaine complètement fictive. Parmi eux nous retiendrons celui de Philomèle et Procné. C'est en quelque sorte un polar élisabéthain où les « méchants » sont punis et l'ordre rétabli par un nouvel empereur mais surtout où la vengeance est reine et légitime. Comme toujours le langage est roi chez Shakespeare, la métaphore parfois cliché mais très souvent étonnante, et pour la première fois –depuis que je le lis en tout cas- une mise en abyme de ses mêmes Métamorphoses, que Lavinia utilise pour désigner les coupables de son crime, à mon sens une des plus belles scènes de cette tragédie. Comme elle, Shakespeare les utilise pour récréer son propre langage. On note aussi de fines allusions sexuelles toutes en jeu de mots, sur le cocufiage entre autres.
On a souvent dit dans le peu qu'on sait de Shakespeare, que les deux ou trois livres qu'il avait constamment sous les yeux étaient justement les Métamorphoses, la Bible et l'Histoire de la Grande Bretagne d'Holinshed. Dans cet opus, le dramaturge plonge au plus noir de l'âme humaine avec notamment cette figure du Maure – avec certes une analogie facile avec la couleur de sa peau, miroir de son âme –qui à la fin, condamné à être affamé et enterré debout, ne regrette aucunement ses forfaits mais aurait même souhaité en faire « mille de plus » et regrette seulement « d'avoir commis une seule bonne action. »

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Bernardbre
  29 septembre 2012
"Hamlet".- Traduction nouvelle de Jean-Michel Déprats, ce n'est pas anodin : à comparer avec les autres traductions, notamment celle, également nouvelle, d'André Markowicz aux Éditions Actes Sud "Babel".
«Dites cette tirade, je vous prie, comme je l'ai prononcée, lestement sur la langue; car si vous devez la beugler, comme font tant de comédiens, j'aimerais autant faire dire mes vers par le crieur public. Et puis ne sciez pas trop l'air avec la main, comme ça, de la mesure en tout : car dans le torrent, la tempête et, pour ainsi dire, le tourbillon de la passion, vous devez acquérir et engendrer en vous une retenue qui lui donne du coulé. Oh ! cela me blesse l'âme d'entendre un furieux gaillard emperruqué déchirer une passion en lambeaux, oui, en charpie»…
Déprats choisi donc le verbe "beugler" quand Markowicz préfère celui de "surjouer". À chaque lecteur, chaque spectateur de se prononcer...
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mercutio
  26 avril 2013
Toutes les grandes tragédies de Shakespeare en édition billingue, textes anglais et français en vis à vis, quasiment ligne à ligne
Notice critique et notes pour chaque oeuvre.
Fabuleux, à conserver en permanence à proximité des neurones (si on en est capable), de la main (si on n'a pas peur de déformer ses poches)
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elieallouche
  24 février 2016
La préface d'Anne Barton est une pure merveille.
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   09 mai 2016
BRUTUS : Destinées, nous connaîtrons votre bon plaisir.
Que nous devons mourir, nous le savons : ce n'est qu'à l'heure
Et au souci d'en retarder le jour que les hommes s'attachent.

(BRUTUS : Fates, we will know your pleasures.
That we shall die, we know : 'tis but the time
And drawing days out, that men stand upon.)

JULES CÉSAR : Acte III, Scène 1.
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Nastasia-BNastasia-B   16 avril 2016
TITUS : Quoi, mon pauvre Lucius, ne perçois-tu pas
Que Rome n'est qu'une jungle peuplée de tigres ?
Aux tigres il faut des proies, et Rome n'offre d'autre proie
Que moi et les miens.

(TITUS : Why, foolish Lucius, dost thou not perceive
That Rome is but a wilderness of tigers ?
Tigers must prey, and Rome affords no prey
But me and mine.)

TITUS ANDRONICUS, Acte III, Scène 1.
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Nastasia-BNastasia-B   31 mai 2015
IAGO : Tout un chacun ne peut se donner du maître,
Soit, mais faut-il que tout maître puisse
compter sur de loyaux services ?

(IAGO : We cannot be all masters, nor all masters
Cannot be truly follow'd.)

OTHELLO : Acte I, Scène première.
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lebelierlebelier   29 août 2021
JULES CESAR.

Set honour in and death I’th’ other
And I will on both indifferently ;
For let the gods so speed me, as I love
The name of honour more than I fear death.(I,1,84-87)
(Placez l’honneur dans un œil, et la mort dans l’autre,
Je les fixerai tous les deux indifféremment ;
Et que les dieux me protègent tant que j’aime
Le nom de l’honneur plus que je ne crains la mort.
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lebelierlebelier   29 août 2021
JULES CESAR.

CASSIUS : The fault, dear Brutus, is not in our stars
But in ourselves, that we are underlings. (I,2,137-138)
(La faute, cher Brutus, n’est pas dans nos étoiles
Mais en nous-mêmes, si nous sommes des sous-fifres.)
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Videos de William Shakespeare (362) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de William Shakespeare
Les Sonnets de Shakespeare ont toujours paru à l'auteur contenir un fond romanesque. Il a choisi de délocaliser complètement « l'histoire » et la situe en France, à la fin du XXe siècle, mais en conservant les trois personnages d'origine : le poète est devenu libraire, amateur d'art et de musique classique, la dame sombre est une Américaine métisse, une femme libre, et le jeune homme un adolescent d'aujourd'hui qui concentre sur lui tous les talents. Leurs amours triangulaires vont du sublime au plus sombre et explosent en une multitude de passions contradictoires. Les désirs rivaux s'exacerbent dans une quête éperdue de l'amour vrai. Parfaitement maîtrisé, autonome, ce récit peut se lire sans référence à sa source shakespearienne. Il suffit de se laisser prendre par les sentiments et les émotions des trois protagonistes qui ressemblent à nos contemporains.
Voir le livre : https://cutt.ly/vLJzlzZ
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Joël Hillion, né en 1945, est l'auteur d'une traduction remarquée des Sonnets de Shakespeare, ainsi que de plusieurs essais et romans publiés chez L'Harmattan.
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