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Anne Cheng (Traducteur)François Cheng (Traducteur)
EAN : 9782877302111
220 pages
Éditeur : Editions Philippe Picquier (19/05/1998)

Note moyenne : 3.99/5 (sur 168 notes)
Résumé :
Le Pousse-pousse, le plus célèbre roman de Lao She, ce sont les aventures de Siang-tse le Chameau dans le Pékin des années vingt et trente. Sa grande ambition est de posséder son propre pousse-pousse.
Dans cette ville où tout est régi par la guerre, l’argent, le danger, il ira de désillusion en désillusion et ne connaîtra que la déchéance et le désenchantement. Mais c’est aussi le roman du petit peuple de Pékin, un Pékin aujourd’hui disparu, que Lao She fait ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
horline
  09 juillet 2019
Posséder un pousse-pousse ne paraît pas être un rêve utopique en soi. Mais dans la société chinoise des années vingt traversée par de multiples lignes de démarcation sociale puissamment ressenties, c'est presque inaccessible pour un jeune homme pauvre issu du milieu rural. Lao She s'acharne à le montrer dans le pousse-pousse, récit qui se lit comme un conte dans lequel la justice triomphante n'a pas l'intention de toquer à la porte du récit.
Tous les éléments introduisant la narration invitent en effet à emprunter le chemin de la fable : un héros au visage lisse et au tempérament presque unidimensionnel, des phrases à la densité rapide, un récit fulgurant où les faits sont définis par leur signification dans le déroulement de l'intrigue.
Mais nullement besoin de merveilleux pour raconter comment le déterminisme au sein de la société chinoise confisque les rêves adolescents, même les plus humbles. Sous la plume de Lao She, la société est cruelle, et la ville, Pékin, une broyeuse d'existence. «La robustesse et l'honnêteté foncière d'un campagnard» offrent peu de réconfort face aux instincts carnassiers de la ville, elles permettent de retarder tout au plus les déceptions d'adultes.
L'abnégation dont fait preuve Siang-Tse ne trouve pas plus de grâce aux yeux de l'auteur chinois qui avec des mots durs y voit l'autre cause de ses échecs récurrents. Bien que la préface défende le roman de toute vision politique, Lao She n'hésite pas à dénoncer frontalement l'individualisme du jeune homme qui, dans sa volonté de s'en sortir uniquement par ses propres moyens, précipite les catastrophes.
Et pourtant, c'est ce qui fait de Siang-Tse un véritable héros de littérature, son obstination à défier l'ordre social en essayant de maintenir sa petite vie debout est admirable. Si l'auteur dans sa volonté de témoigner et non de séduire propose une peinture réaliste saisissante_les descriptions même les plus prosaïques sont captivantes_, les immenses sacrifices consentis par notre jeune tireur pour parvenir à ses fins le rendent attachant. Et ce, malgré son caractère bougon et les désillusions qui s'abattent sur lui.
Très bon moment de lecture.
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ericlesapiens
  28 avril 2019
Un de ces livres qui fait réfléchir sur l'Humain. C'est l'aspect social du roman que je retiens le plus : la misère humaine. L'action se passe à Pékin au début du XXe siècle. Siang-tse est et veux être tireur de pousse-pousse. C'est son obsession ! Il vient d'arriver à la ville, il est jeune, il est vigoureux, il a tout l'avenir devant lui. Malgré sa basse extraction sociale, il pense pouvoir économiser assez pour s'en sortir et mener une vie honorable. L'avenir va, peu à peu, lui prouver le contraire, en dépit de tous ses efforts et de ses choix. Outre l'exotisme de la description de la vie du petit peuple de pékin, qu'affectionne Lao She, c'est un thème que l'on retrouve sous toutes les latitudes, à toutes les époques. Je pense notamment à Zola. On suit la déchéance d'un homme dans un déterminisme social qui fait froid dans le dos. Siang-tse ne peut pas s'en sortir. Pour nous, lecteur, c'est une évidence que l'on saisit dès les premières pages. L'auteur fait souvent référence, avec justesse, aux injustices sociales. La résilience n'est pas faite pour tout le monde. Et Siang-tse le comprend assez vite, mais redouble d'efforts et d'espoirs jusqu'au moment où, terrassé par les pires épreuves, il « abandonne ». A quoi bon ?
C'est un roman que j'avais déjà lu il y a plusieurs années mais que j'avais un peu oublié après avoir lu la monumentale oeuvre des « Quatre générations sous un même toit ». De Lao She, on retrouve ici la même écriture, le même souci du détail pour nous amener à comprendre l'incapacité de ses personnages à se sortir de leur marasme, englués qu'ils sont, dans une société qui les manipule, les broie, pour finalement les absorber contre leur grè ou les rejeter violemment. Tout cela est encore très actuel et, si on transpose un peu, l'intrigue offre de nombreux parallèles avec notre époque.
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nadiouchka
  17 janvier 2018
Un jeune homme chinois, Siang-tse, surnommé « Le Chameau » (on en trouvera la signification dans le livre), arrive à Pékin dans les années trente. Sa plus grande ambition est de devenir un tireur de pousse-pousse, mais surtout de posséder le sien propre.
« Le pousse-pousse » (人力車, jinrikisha) est le titre du roman de Lao She, grand écrivain chinois bien connu pour ses histoires empreintes de profondeur.
Mais qu'en est-il de notre héros, Siang-tse, débarqué de sa campagne et qui va devoir économiser, plutôt mal que bien, yuan, mao et autres piécettes, cela en se faisant d'abord tireur de pousse-pousse à la location, mais en cherchant surtout à se faire embaucher par des particuliers (une place plutôt stable offrant le gîte et le couvert) ?
Ses calculs sont faits laborieusement car il estime qu'il va lui falloir au moins deux ans pour réaliser son rêve, ce qui lui donnerait plus d'autonomie. Mais pour cela il va traverser de longues périodes de dur labeur, de maladies, de souffrances, de déceptions, de mauvais sorts qui semblent s'acharner contre lui.
Difficile de gagner son bol de riz quotidien. Fonder un couple ? Comment arriverait-il à subvenir aux besoins du foyer ? Il va lui falloir énormément de courage – parfois la chance lui sourit - mais lorsqu'il croit avoir trouvé le « bon particulier », il est chassé au bout de peu de temps ou c'est lui qui démissionne.
Alors il retourne chez Quatrième Seigneur, propriétaire d'un garage qui lui loue un pousse-pousse et l'héberge. Mais il ne faut pas oublier qu'ici, règne aussi Tigresse qui a des vues sur lui mais qui a également un caractère infernal (d'où son nom).
On passe par des rues obscures, sales, des habitations insalubres, partout règne la pauvreté. Mais on a aussi droit à de jolies descriptions du ciel, du cycle des saisons – avec tantôt un été caniculaire et tantôt un hiver glacial ( dans l'attente du printemps, la meilleure et la plus belle saison avec ses fleurs).
L'auteur nous décrit aussi la vie populaire à la fin de l'Empire, des conflits internes secouant le pays. On côtoie des prostituées, des bandits ayant de bonnes relations avec des honnêtes gens et des petits commerçants. Ça ressemble presque à du Zola transposé à la mode chinoise.
Mais n'oublions notre Siang-tse avec ses tribulations d'un Chinois en Chine et elles sont bien nombreuses. Quand il finit par amasser la somme nécessaire pour s'acheter son pousse-pousse tant rêvé et qui occupe toutes ses pensées, patatras !
Quand il se croit enfin libre, encore un mauvais coup du sort. Mais pourquoi tant de malheurs ? le courage ne lui a jamais manqué et il est dur au labeur. Alors manque de chance ? Ou faut-il en déduire que la morale de cette histoire est qu'un pauvre restera toujours un pauvre ?
Autre coup du sort : quand Tigresse réussit enfin à l'attirer dans ses filets, cela ne va pas durer bien longtemps. Pourtant il faut mettre à son actif qu'elle a tout fait pour aider son mari. Reste Petite-Fou-tse, une jeune femme, une voisine qui l'aime elle aussi, mais notre tireur de pousse-pousse va-t-il savoir la garder ?
Ce n'est vraiment pas un roman d'espoir mais celui d'un échec. La faute incombe peut-être à l'entêtement de Siang-tse, ce « cinglé du pousse-pousse »…
On peut lire page 101 : « La vie du pauvre ressemble fort à un noyau de jujube, avec ses deux bouts pointus et son milieu bombé. Les deux bouts pointus, c'est son enfance et sa vieillesse. (…) Pourquoi ne pas chercher le plaisir immédiat en se foutant du reste ?.»
Quand j'ai écrit que cette histoire est pessimiste, autant lire le dernier paragraphe : «  Siang-tse, le grand Siang-tse, le courageux, le fort, celui qui avait tant rêvé, tant cherché la réussite, combien de morts avait-il accompagnés jusqu'à leur tombe ? Lui, le malheureux, le déchu, l'»individualiste » qui croyait pouvoir réussir tout seul, quand donc serait-il enterré avec cette société cruelle et pourrie qui l'avait enfanté ? ».
Plus pessimiste que ça – je vous laisse finir la phrase. Ce n'est pas spoiler le livre car c'est pour ainsi dire résumé sur la quatrième de couverture et cet ouvrage a déjà été longuement et souvent chroniqué.
Petite réflexion sur la couverture du livre : elle avait attiré mon oeil par sa simplicité et pourtant si jolie : un fond jaune et un pousse-pousse avec une couverture rouge...
Par contre pour rajouter quelque chose de plus personnel c'est que je suis de plus en plus attirée par la littérature chinoise et la littérature japonaise et j'ai été ravie de lire ce roman, le plus célèbre de Lao She pour lequel est écrit en Préface : « Il est des romanciers qui connaissent un destin semblable à celui des personnages qu'ils ont eux-mêmes inventés : Lao She est un de ceux-là. (…)
Les oeuvres de Lao She font désormais figure de « classiques » dans le patrimoine chinois culturel, mais il reste une « énigme  Lao She ».
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gonewiththegreen
  20 février 2020
Siang Tse arrive de la campagne à Pékin pour exercer le métier de tireur de pousse pousse. Il est grand, costaud et a un plan. Économiser tous les jours pour pouvoir s'acheter son propre pousse pousse et ne dépendre de personne.
Formidable photographie du Pékin des années 20/30 Lao She nous décrit la vie qu'il a connu, lui qui est revenu en Chine au début des années 30 après un séjour à Londres. L'histoire de Siang Tse est sans doute universelle . Celle du petit peuple qui trime pour gagner sa vie et qui ne peut compter sur personne pour s'en sortir. le Pékin disparu narré ici , avec ses familles entassées dans des cours carrés et cette course quotidienne au bol de riz pour survivre, avec ses petits métiers et ses combines pour subsister est saisissant de réalité.
Au delà du contexte, on ne peut que s'attacher à l'histoire de ce tireur de pousse pousse , à l'humanisme débordant et à la chance plus qu'incertaine qui le caractérisent. Ce roman, critique acerbe de la société chinoise de l'époque et véritable testament d'une catégorie sacrifiée est remarquablement écrit, avec cette précision propre à Lao She.
La traduction de François et Anne Cheng ne gâche rien , même si l'on a du mal à s'y retrouver avec les noms de lieux employés, loin de ceux que l'on connait, même si la majorité de l'action semble se passer dans la ville tartare , encore ceinte de ses murs que les communistes abattraient 20 à 30 ans plus tard.
L'écriture est très belle, sans fioriture, et les chinois fidèles à eux mêmes s'invectivant à qui mieux mieux dans le chaos des rues.
Une formidable immersion dans un monde révolu mais où l'histoire du personnage principal est universelle et intemporelle.

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diablotin0
  20 août 2016
Lire un roman traduit du chinois garantit toujours une évasion, un dépaysement, une immersion dans un "autre monde". Ici, "le Pousse-Pousse" ne fait pas exception, on plonge dans le Pékin des années 30.
On suit alors les aventures de Sing-Tse avec beaucoup d'émotion. On espère avec lui des jours meilleurs et on tombe avec lui devant tant de désillusions, on courbe l'échine face à ce monde cruel et sans pitié.
L'histoire, bien que romancée, apporte beaucoup sur ce Pékin des années 30 et le métier de tireur de Pousse. Si j'étais metteur en scène, j'aurais beaucoup de plaisir à faire un film de ce roman. Bravo à Lao She et aux traducteurs François et Anne Cheng !
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Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
joedijoedi   28 février 2015
A l’horizon grisâtre, perçait une lueur rouge. Les arbres, au loin, paraissaient plus noirs. Peu après, le rouge et le gris se mêlèrent ; le ciel devint couleur de raisins mûrs, avec par-ci par-là, des taches gris-violet et d’autres franchement rouge. Un point d’un jaune brillant se forma bientôt à l’horizon, donnant naissance à toute une gamme de couleurs chatoyantes. L’orient tourna au carmin, tandis que le reste du ciel virait au bleu. Soudain, les nuages s’ouvrirent, laissant le soleil darder mille rayons d’or. Une vraie toile d’araignée, tissée de lumière. Les champs, les arbres, les herbes passèrent du vert sombre à l’émeraude scintillant. Les branches de sapin se teintèrent de rouge et les ailes des oiseaux étincelèrent. Tout souriait. Devant le spectacle de cette aurore grandiose, Siang-tse eut envie de pousser des cris.
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OlivOliv   05 février 2017
Siang-Tse, pendant tout ce temps, n'avait pas dit un mot. Mais il écoutait attentivement les autres parler. Leurs propos avaient beau varier quant au ton, à l'accent et au contenu, ils finissaient tous par maudire l'injustice du sort. Ces paroles, il les buvait littéralement, tel un sol assoiffé qui résorbe en un clin d'œil les gouttes d'une pluie longtemps attendue. Taciturne et solitaire qu'il était, il eût été bien en peine de dire clairement ce qu'il avait sur le cœur ; il ne pouvait ruminer l'amertume de l'existence qu'à travers les mots des autres. Tout le monde menait la vie dure, et lui n'y faisait pas exception ; à la pensée de ses propres misères, il se sentait en communion avec les autres. Quand ils racontaient quelque chose de triste, il plissait lui aussi le front ; quand ils plaisantaient, il esquissait un sourire, respirant ainsi du même souffle qu'eux. N'étaient-ils pas tous dans le même pétrin ? D'ordinaire, il fuyait ces conversations, considérant que ce n'étaient là que parlotes, commérages et perte de temps. Mais voilà que ce soir-là, pour la première fois, il trouvait en chacun un porte-parole !
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OlivOliv   01 février 2017
Vraiment, il ressemblait à un arbre : robuste, silencieux et vivant. Il avait conçu un plan, qu'il ne pouvait révéler aux autres. Parmi les tireurs, les ennuis de chacun servaient de sujet de conversation à tous. Au coin des rues, dans les maisons de thé, dans les cours, chacun racontait, en l'arrangeant, sa petite histoire, qui devenait un bien public et se propageait comme une chanson populaire. Siang-tse était un campagnard ; il n'avait pas la parole aussi rapide que les citadins. Il n'avait d'ailleurs aucune envie d'imiter ces mauvaises langues. Son histoire, il la gardait pour lui-même. Ne gaspillant pas son temps en bavardages, il pouvait réfléchir tout à loisir.
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litolfflitolff   21 décembre 2010
Les femmes avaient un sort moins enviable encore. Elles devaient faire face à tout : aux plaintes des vieillards, aux maladies des enfants, à la violence de leur mari. Quand elles étaient enceintes, elles ne cessaient pas de travailler et ne se nourrissaient que de bouillons de riz avec des patates. Elles mendiaient aussi. Parfois, elles rapportaient du linge à laver ou à rapiécer la nuit, sous une lampe à pétrole, lorsque tout le monde était enfin endormi. Le vent qui entrait par les fentes des murs de ces pièces exiguës enlevait toute chaleur. Fatiguées, mal nourries - elles donnaient à manger aux vieux et aux petits - elles étaient la plupart du temps malades. A trente ans, elles perdaient leurs cheveux. Elles ne tardaient pas à mourir.
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nadiouchkanadiouchka   03 février 2018
1937 marque donc le début de l’engagement et, de ce fait, d’une écriture plus idéologique pour Lao She qui s’en était jusque-là bien gardé, et Le Pousse-Pousse apparaît rétrospectivement comme la dernière œuvre de la période où Lao She se contentait d’être un humaniste. L’histoire de Siang-tse le Chameau (sobriquet qui a donné au roman son titre original) est celle d’un homme qui nous devient vite attachant et dont nous suivons avec une sympathie grandissante les démêlés, parfois humoristiques mais le plus souvent tragiques, avec la vie et la société.
P.7
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Le pousse-pousse au Japon.
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