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EAN : 9782070358403
112 pages
Éditeur : Gallimard (11/09/2008)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Pas facile de prendre ses fonctions ! Entre ses adjoints qui n'en font qu'à leur tête, le matériel qui fait défaut et les trafiquants de drogue, You Lao'er, le nouvel inspecteur, a bien du mal à s'imposer...

Avec un humour et une tendresse non dépourvus de cruauté, Lao She fait revivre une Chine aujourd'hui disparue.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Zebra
  06 mars 2015
« Le nouvel inspecteur » et « Le croissant de lune » sont deux nouvelles extraites du recueil « Gens de Pékin », recueil rédigé par Lao She dans les années 30, traduit du chinois et édité par Gallimard dans la collection Folio en août 2008. L'ouvrage est d'un format réduit (moins de 100 pages) et se lit d'une traite.
Né à Pékin en 1899 et mort en 1966 lors de la révolution culturelle, Shu Quingchun, dit Lao She, est connu pour avoir habilement mêlé lyrisme et réalisme, humour et cruauté. Ces deux nouvelles ne font pas exception à ce constat et nous révèle deux faits marquants : l'étendue du talent de celui qui fut un des plus grands écrivains chinois du 20ème siècle et l'inégalité de sa prose.
La première nouvelle « Le nouvel inspecteur » prête à rire : You Lao'er, promu inspecteur, cherche à se donner une contenance et une certaine respectabilité, ce qui n'est pas une mince affaire dans un contexte marqué à la fois -pour You Lao'er et son équipe- par l'absence de budget, de moyens humains, de formation et de pratique, et par la forte proportion de brigands harcelant et rançonnant régulièrement la police. Notre inspecteur se fera avoir : il y laissera sa paie et une partie du montant des frais payés d'avance par son supérieur hiérarchique. La deuxième nouvelle « Le croissant de lune » est sombre, voire lugubre, et fait vibrer la corde sensible du lecteur : une jeune fille pauvre tente de s'en sortir par tous les moyens, y compris par la prostitution, mais elle en mourra (si la vie des Chinois de cette époque pouvait être désespérante, celle des Chinoises était, elle, gâchée d'avance et sans aucun espoir de solution).
Dans ces deux nouvelles, Lao She met en scène des gens ordinaires, des hommes et des femmes à cheval sur deux époques, l'une qui tente de survivre, l'autre qui essaye d'imposer une vision et des idées nouvelles. Les humbles ressemblent à des laissés-pour- compte, des marginaux, de pâles figurants affamés, muets et stressés : l'auteur sait de quoi il parle car, étant d'origine mandchoue, il comptait parmi les miséreux de Pékin, de cette ville qui forçait autrefois l'admiration de tous les Chinois. Des morceaux de vie bien racontés. Des comportements éternels (nécessité, jalousie, volonté de sauver les apparences et de maintenir son statut). Des références aux vieilles coutumes chinoises, ce qui met un peu de piment dans ces deux histoires. Une portée documentaire évidente, la vie quotidienne à Pékin à la fin de l'Empire étant habilement décrite. Un brin d'humour mais aucun espoir dans un monde meilleur, quand bien même la révolution culturelle frapperait aux portes de l'Empire du Milieu : le ton peut être badin et comique mais le fond reste tragique. le style de la première nouvelle est assez quelconque (l'auteur fait dans la simplicité et le naturel) quand celui de la seconde est moins alerte. Sans grande recherche, l'écriture reste globalement plate et l'angle de vue plutôt banal.
Le décalage (historique et géographique) est fort mais ce recueil n'est pour autant pas très exotique : est-ce dû au fait que Lao She était abreuvé de littérature réaliste et sociale du 19ème siècle, au fait que certaines finesses linguistiques ont disparues à la traduction, ou au fait que le lecteur occidental pouvait s'attendre à des scènes moins ordinaires ? Allez savoir ! Au final, on a deux nouvelles à lire sans déplaisir mais sans passion non plus (on est loin du fameux « Pousse-pousse »). Un glossaire des termes empruntés au dialecte pékinois et situé à la fin du livre permet de comprendre la signification de certains termes « du coin » et d'entrer un peu plus dans le sujet (exemple : on y apprend que les mauvais pains de là-bas s'appellent des wowotou). A réserver aux passionnés de littérature Chinoise.
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nounours36
  26 juin 2014
La collection Folio 2€ nous permet de découvrir Lao She. Les deux nouvelles qui composent ce petit ouvrage qui font partie du recueil "Gens de Pékin".
La première de ces nouvelles : "le nouvel inspecteur" nous met en présence de You Lao'er qui vient d'être nouvellement promu au rang d'inspecteur de police par le commandant Li. Sa mission est d'arrêter tous les brigands et les rebelles. Mais entouré d'anciennes connaissances, il ne veut faire de tort à personnes, éviter les conflits, il souhaiterait tel un fonctionnaire modèle se cacher derrière son journal. En fait Il se retrouve rapidement assis entre deux chaises, d'un côté le commandant qui lui ordonne de capturer les rebelles, de l'autre il est secondé par un groupe de brigand (ex rebelles) qu'il doit commander et doit surtout tenter de se faire respecter. C'est plus avec humour que nous assistons aux péripéties de You Lao'er dans sa mission.

Le croissant de Lune:
La seconde nouvelle est particulièrement triste et tragique, à la différence de la première qui pouvait porter à rire du caractère faible de You Lao'er. Elle conte l'histoire d'une jeune fille (sept ans au début) et de sa mère. le père vient de mourir. Cette famille n'ayant que très peu de moyen pour survivre va tomber peu à peu dans la déchéance. le déclin va se faire de plus en plus rapidement. La fille va essayer de combattre (avec ses armes) cette lente décrépitude qui semble inéluctable. Après avoir vendu tout leur biens, sa mère devra se prostituer pour essayer de survivre.
La nouvelle est sous le signe de la nuit et de l'obscurité, toujours avec un faible éclairage de la lune "Si mon chagrin pouvait se comparer à quelque chose, c'était à ce croissant de lune, qui était suspendu tout seul dans un ciel gris-bleu, et dont la faible lueur allait bientôt être engloutie par les ténèbres". Mais la lune n'est pas un signe d'optimisme, de réconfort ou de chaleur. Durant sa jeunesse elle sera partagée entre le dégout et la colère de ce que sa mère doit accomplir pour les faire survivre.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
ZebraZebra   04 mars 2015
page 32 [...] You Lao'er se sentit tout désemparé. S'il l'avait su plus tôt, il aurait pu appeler du renfort pour mettre les six types sous les verrous. Mais peut-être valait-il mieux que l'affaire ait été réglée à l'amiable : ils se reverraient surement un jour ; çà lui avait couté soixante yuans. Il craignait que le cas se renouvelant, son salaire lui-même n'y suffise plus. Pour un inspecteur en chef, quelle honte ! Se faire ainsi soutirer de l'argent par des "rebelles" ! La pilule était amère et il ne pouvait même pas s'en plaindre. Lao Liu était-il de bonne foi ou lui avait-il joué un tour ? Il fallait lui poser quelques questions. Car enfin, est-ce une façon d'exécuter un ordre que de faire venir les rebelles au bureau au lieu de les coffrer ? Avec Lao Liu, il ne pouvait pas non plus se montrer trop sévère, car le bonhomme était capable de monter lui aussi sur la montagne. Se passer de ses services ? C'était également impossible : ce n'était pas le moment de se mettre quelqu'un à dos. [...]
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ZebraZebra   05 mars 2015
page 70 [...] Ses lèvres souriantes étaient sur mon visage et, au-dessus de ses cheveux, je voyais le croissant de lune qui souriait aussi. La brise printanière était comme ivre et déchirait les nuages pour laisser voir la lune et un ou deux couples d'étoiles. Au bord de la rivière, les saules s'agitaient mollement, des grenouilles chantaient amoureusement, le parfum des jeunes roseaux flottait dans l'air tiède du soir. J'écoutais le murmure de l'eau, source de force et de vie pour les tendres roseaux dont j'imaginais l'allègre croissance. La sève des jeunes pousses montait du sol chaud et humide jusqu'aux feuilles et aux fleurs. Tout dans ce coin de terre fécondé et transfiguré par le printemps répandait un parfum de fleurs épanouies. J'avais perdu conscience d'être moi-même, livrée toute au printemps comme la végétation alentour ; je n'existais plus, fondue dans la brise et le pâle clair de lune. [...]
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nounours36nounours36   24 juin 2014
Je savais depuis ma première aventure ce que c’est de se vendre à un homme. Dès qu’une fille sort de sa réserve, l’homme le sent et accourt. Il se repaît de sa chair, la mord et la terrasse comme une bête, mais elle est nourrie et vêtue pour un moment. Puis un beau jour, il se peut qu’il la maltraite ou cesse de l’entretenir. Même quand on se vend ainsi, on peut se sentir heureuse par moments, et alors on n’a que des mots d’amour à la bouche ; après viennent la souffrance et le désenchantement.
(p77)
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kaliemlirkaliemlir   14 octobre 2012
Oui, je revois enfin le croissant de lune, froide faucille d'or pâle. Combien de fois, oh ! combien de fois ne l'ai-je déjà vu, fidèle et immuable ? il est lié pour moi à tant d'émotions, tant de scènes différentes : assise à le contempler, je le retrouve, accroché de biais aux nuages, au fil de mes souvenirs, qu'il réveille comme le vent du soir effeuille une fleur qui voudrait dormir.
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ericlesapiensericlesapiens   14 juillet 2017
Maman avait effroyablement vieilli. Elle avait hésité à me reconnaître et si je ne l'avais pas appelée, elle serait peut-être repartie. Sa fille enfin retrouvée, était une prostituée. Elle en était devenue une pour me nourrir, je continuais à en être une pour la nourrir à mon tour. J'exerçais une profession héréditaire, une vraie spécialité familiale !
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Le pousse-pousse au Japon.
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