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Critique de Woland


Woland
  28 mars 2010
Si Shi Tong Tang
Traduction : Jing-Ji-Xiao (T. 1), Chantal Chen-Andro (T. 2 & 3)

A eux trois, ces volumes de longueur inégale totalisent mille-sept-cent-soixante-quinze pages en édition de poche. C'est dire qu'il faut se sentir en mal de fresque pour se lancer dans leur lecture. Mais Lao She est un si grand romancier que, très vite, le lecteur n'a plus qu'une idée en tête : connaître jusqu'au bout l'histoire des familles vivant au Petit-Bercail.

Le Petit-Bercail, c'est une ruelle du Vieux Pékin, située au nord-ouest de la ville et dont la forme évoque celle d'une gourde. Y habitent toutes sortes de familles, des plus aisées au plus pauvres. Lao She va s'attacher à quelques unes d'entre elles et faire de ses membres les héros, bons ou mauvais, de cette douloureuse période que fut, pour les Pékinois, l'occupation de leur ville et de leur pays par les Japonais, de 1937 jusqu'à Hiroshima.

Entre la Chine, le Japon et la Corée, a toujours régné une sorte de fraternité contrariée. La première a beaucoup donné, au point de vue culture et civilisation, aux deux autres et, tout particulièrement, au Japon. Elle a été admirée en conséquence par ceux qu'elle considérait pourtant, non sans mépris, comme des "nains." Mais elle a soulevé en parallèle beaucoup de rancoeur chez les Japonais nationalistes qui cherchèrent non seulement à s'émanciper de cette tutelle culturelle mais aussi à inverser le processus et à rendre le Japon "supérieur" à la Chine - et, de manière générale, à tous les autres pays d'Asie.

La confrontation devait culminer dans l'horreur lors de ce qu'il est convenu d'appeler la seconde guerre sino-japonaise, laquelle éclata six ans après l'invasion de la Mandchourie par les troupes impériales et dura huit autres longues années, en tous cas dans la partie orientale de la Chine. Symbole de cette époque plus que troublée : le "Viol de Nankin", que Lao She n'évoque pratiquement pas puisqu'il concentre son récit sur Pékin et ses alentours immédiats, mais que nous aurons l'occasion d'évoquer dans une autre rubrique avec une fiche sur le remarquable ouvrage consacré par Iris Chang à ce crime contre l'humanité.

Pékin, c'est en effet la ville natale de Lao She, une ville où il grandit en enfant pauvre, où il fit ses études, où il commença à enseigner et aussi à écrire - la ville enfin où il mourut, énième victime de la Révolution culturelle. Dans "Quatre Générations Sous Un Même Toit", Pékin est d'ailleurs un personnage à part entière en même temps qu'elle sert de décor à l'existence comme à la mort des autres protagonistes. On la sent vivre, on respire ses parfums, on voit ses avenues et ses ruelles, ses cerisiers en fleurs et ses sophoras, ses nouveaux riches et ses mendiants - on entend battre son coeur, qui survivra à l'Occupant.
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