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EAN : 9782843441066
500 pages
Éditeur : Le Bélial' (22/09/2011)
3.8/5   60 notes
Résumé :

En 1984 paraît «L'Homme qui peignit le Dragon Griaule», récit de Lucius Shepard qui introduit l'univers du Dragon Griaule, un monde préindustriel (disons, début de notre XIXe siècle) dans lequel une créature fantastique, Griaule, un dragon de plusieurs kilomètres de long, a été pétrifié par un puissant magicien voilà plusieurs millénaires. Depuis, la créature titanesque, reliquat d'un âge oublié, s'est totalement «intégrée» au paysage, devenant à elle se... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
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Tatooa
  04 septembre 2016
Souvent, je lis mes bouquins des lustres après les avoir achetés, énorme pal oblige...
Ce qui fait que je ne sais plus "pourquoi" je les ai achetés. Et comme je les lis, la plupart du temps, sans lire le quatrième de couverture, il m'arrive d'être fort surprise par le contenu.
Cela a été le cas ici. Je dois dire que j'ai été un peu déçue au départ, car je ne m'attendais pas à tomber sur un dragon qui roupille depuis des millénaires. Ce qui fait que je n'ai que très moyennement apprécié les trois premières "nouvelles", puisque, de fait, on n'a pas là un roman mais bien un recueil de nouvelles, toutes axées sur Griaule, et dans l'ordre chronologique des événements autour de "sa mort"...
Les premières nouvelles sont assez lentes, il n'y a pas vraiment d'action, et comme j'attendais autre chose, je me suis un peu ennuyée, surtout dans "Le père des pierres", qui ne devient intéressante que dans son dernier tiers... Mais c'est formidablement bien écrit et traduit, ce qui fait que je n'ai pas abandonné en cours.
J'ai bien fait, car les événements se précipitent quand on avance dans les nouvelles, et l'action se réveille, enfin, dans les trois dernières ! Par conséquent, j'ai fini sur une excellente impression, qui rattrape ma déception des débuts !
Il y a quelques questions existentielles abordées dans le bouquin, mais ça demeure superficiel, de mon point de vue trop pour en faire un argument suffisant pour son intérêt. L'intérêt de ce livre réside dans les histoires, encore faut-il apprécier les histoires plus contemplatives que réellement "actives", ce qui n'est guère mon cas. C'est donc quand même un tour de force de l'auteur que d'être arrivé à me faire apprécier son livre, et, pour finir, son dragon Griaule ! (Ma note : 3,5/5, 4 sur Babelio)
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boudicca
  07 janvier 2021
En 1984, Lucius Shepard publie sa première nouvelle mettant en scène le dragon Griaule. Et puis, suite au succès du texte et à sa propre envie d'étoffer un peu plus l'histoire de cette gigantesque créature, l'auteur s'est lancé dans l'écriture de plusieurs autres récits se déroulant dans le même univers, réunis ici dans un seul ouvrage considéré comme son chef-d'oeuvre. le fil directeur qui unit les six novellas présentes au sommaire est donc un énorme dragon, Griaule, vaincu il y a bien longtemps par un puissant sorcier qui est parvenu à le paralyser mais n'a pas réussi à lui ôter la vie. Sur son corps immobile se sont peu à peu développées une faune et une flore variées, bientôt suivies par une poignée d'humains qui n'ont pas tardé à fonder une ville toute entière. Bien qu'ayant toutes les apparences de la mort, le dragon n'en reste cependant pas moins vivant, et, si son corps ne répond plus à sa volonté, son esprit, lui, n'a rien perdu de sa puissance. Et ils le savent, ceux qui ont choisi de vivre dans l'ombre du dragon : son influence néfaste s'exerce insidieusement partout et sur tous, bien au-delà même des limites de la vallée dans laquelle son corps s'est effondré. Chacun des textes nous dévoile un aspect différent de l'histoire du dragon et du pouvoir qu'il exerce sur les mortels à proximité, et ce de manière chronologique. La première rencontre du lecteur avec Griaule se fait dans « L'Homme qui peignit le dragon Griaule », par l'intermédiaire d'un artiste qui ambitionne de venir définitivement à bout de la bête en le peignant dans son intégralité. « L'homme qui peignit le dragon Griaule » pose les bases d'un décor captivant qui s'inspire largement des paysages d'Amérique centrale et emprunte beaucoup à la période pré-industrielle. Si on pourrait dans un premier temps parfaitement se croire dans un univers de fantasy déconnecté de notre monde, l'auteur nous détrompe rapidement en insérant ici ou là quelques références historiques ou géographiques qui nous invitent à reconsidérer notre vision de cette cité bâtie sur le corps du dragon, finalement moins éloignée de nous qu'il n'y paraissait.
Dans « La fille du chasseur d'écailles », Lucius Shepard met cette fois en scène une jeune femme qui, pour échapper à des poursuivants, va s'aventurer dans le gosier du dragon, là où personne n'est jamais revenu. Et pour cause, puisque Griaule a su s'entourer de quantités de créatures, parasites ou protecteurs, qui veillent à préserver l'intégrité de son corps et éloignent les indésirables. Catherine comprend toutefois bien vite qu'elle n'a rien à craindre de cette étrange faune qui, au contraire, semblait attendre sa venue avec impatience, et refuse désormais de la laisser partir. le récit s'inscrit davantage dans de la fantasy « classique » et se révèle être une belle réussite. Lucius Shepard y fait la part belle à l'exploration scientifique et nous permet de nous familiariser encore davantage avec l'anatomie du dragon, mais aussi avec sa mentalité particulièrement retorse. Changement d'ambiance avec « Le Père des pierres » qui se déroule dans une ville éloignée de la vallée dans laquelle repose Griaule, mais où son influence s'exercerait pourtant bel et bien selon certains. C'est en tout cas le point de vue défendu par un lapidaire accusé du meurtre d'un de ses concitoyens, et qui se prétend innocent car manipulé par le dragon. L'histoire nous est relatée par le point de vue de l'avocat de l'assassin, qui va tenter de mener l'enquête pour estimer si son client est bel et bien la victime de Griaule, ou un manipulateur exceptionnel qui cherche à se dédouaner. le texte s'apparente cette fois davantage à un thriller, et le résultat est là encore remarquable. L'auteur s'amuse à faire osciller son lecteur entre l'une et l'autre des deux théories, et pousse un peu plus loin ses réflexions déjà amorcées dans les deux récits précédents sur le libre-arbitre et la notion de responsabilité. Car après tout, n'est-ce pas bien commode d'avoir ce gigantesque dragon immobile à blâmer pour tous les actes répréhensibles commis par les humains ? Les deux histoires suivantes nous entraînent à nouveau au coeur de la vallée de Carbonales où l'on fait d'abord la connaissance d'une brute n'attendant plus grand-chose de la vie et dont le quotidien va être bouleversé par sa rencontre avec une authentique dragonne (« La Maison du Menteur »). Car Griaule n'est pas le seul dragon à peupler la Terre, et il semblerait que ses congénères soient aussi sensibles à son influence et sa volonté que les simples mortels qui vivent à ses pieds. Plusieurs années plus tard, un petit bourgeois en voyage d'affaires et une prostituée se voient propulsées par magie dans une sorte de no man's land de toute évidence façonné par le dragon qui a ici un plan bien précis en tête (« L'écaille de Taborin »). Bien plus que le cadre étrange dans lequel les protagonistes se voient ici forcés d'évoluer, ce sont les relations ambiguës entretenues entre les personnages qui donnent tout son sel au récit.
La novella chargée de clore l'ouvrage (« Le Crâne ») est aussi la plus longue et la plus impressionnante de toute. L'auteur y opte pour un changement d'ambiance et de décor puisque l'histoire se déroule au Guatemala, ravagé par la corruption, la violence et la drogue. C'est là que l'on fait la connaissance de deux personnages qui n'ont, à priori, pas grand-chose en commun : le premier est un Américain paumé et défoncé qui s'est installé au Guatemala pour y mener une petite vie insouciante, bien éloignée de toute considération politique ; la seconde est une autochtone dotée d'une aura particulière et désireuse de changer en profondeur son pays, quitte à aggraver encore un peu plus la situation déjà catastrophique. L'ambiance poisseuse et malsaine qui règne dans cette ville rongée par la violence exerce une fascination certaine sur le lecteur qui se prend rapidement d'intérêt pour ce nouveau décor dont on devine cependant bien le lien avec le précédent. La tension y est presque palpable, notamment dans la seconde moitié au cours de laquelle la situation se dégrade un peu plus pour tous les opposants, ou identifiés comme tels, par le régime, qu'il s'agisse des homosexuels, des journalistes ou des citoyens un peu trop curieux ou critiques. Lucius Shepard y aborde les mêmes thématiques que précédemment, mais de manière bien plus explicite. La dimension politique de son oeuvre saute alors très nettement aux yeux, Griaule devenant une métaphore particulièrement forte de tout régime dictatorial et de la manière dont réagissent les individus et les collectivités prisent dans son étau. Les sujets traités dans l'ensemble de l'oeuvre sont variés, et toujours en simple filigrane, ce qui permet à la réflexion du lecteur de se développer et de se complexifier au fil des récits. Tous se révèlent passionnants, et la plume de Lucius Shepard n'y est sans doute pas étrangère, à la fois prompte à enflammer l'imagination du lecteur et à l'inciter à la réflexion. le seul aspect qui m'a quelque peu dérangé concerne le traitement réservé aux personnages féminins qui, bien que loin d'assumer uniquement le rôle de potiches, n'en demeurent pas moins en permanence sexualisées.
« Le dragon Griaule » est sans conteste une oeuvre majeure de la fantasy dans laquelle Lucius Shepard déploie des trésors de talents pour nous narrer les différentes facettes de cette créature terrible et de ses pouvoirs, fantasmés ou non. L'auteur en profite pour aborder une multitude de thème, à commencer par celui de la dictature, et de la place qu'elle laisse au libre-arbitre chez les individus qui doivent se résoudre à vivre dans son ombre. Une très belle découverte !
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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TwiTwi
  29 mars 2012
C'est avec une certaine appréhension que j'ai commencé ma lecture du Dragon Griaule. En effet, outre le sujet des dragons qui est un thème qui m'intéresse au plus haut point comme vous pouvez vous en douter, la couverture m'avait littéralement tapé dans l'oeil. Hop, achat, triple dédicace, place de choix dans la PàL. Et du coup grosse pression. Je craignais que le bouquin ne soit pas à la hauteur de mes attentes, qu'il ne me plaise pas, que le style de l'auteur me donne envie de fuir en courant dans la direction opposée ou que sais-je d'autre qui aurait pu me faire regretter mon acquisition et devoir ranger ce superbe objet dans ma bibliothèque en sanglotant " t'es beau mais t'es nul".
Force est de constater que mes craintes étaient infondées : le Dragon Griaule est un sans faute. L'écriture / la traduction sont parfaites, la narration prenante et très construite, explorant différentes facettes du dragon et de la population qui vit alentour. Des six textes présentés, je serais bien en peine d'en choisir un préféré, tellement chacun est original.
Mais qui est donc ce fameux Griaule ? C'est un dragon gigantesque pétrifié il y a fort longtemps par un magicien qui tenta de le tuer. Mais Griaule n'est pas mort. Son corps ancré au milieu d'une vallée sud américaine fait partie du paysage à présent. Quant à son esprit, il distille son venin à la population établie alentours.
"En 1853, dans un lointain pays du Sud, en un monde séparé du nôtre par la plus infime marge de possibilité, la vallée de Carbonales, une région fertile entourant la cité de Teocinte et réputée pour sa production d'argent, d'acajou et d'indigo, était placée sous la domination d'un dragon nommé Griaule." [L'homme qui peignit le Dragon Griaule]
Au travers de six récits, rassemblés dans un même recueil pour la première fois, Shepard nous conte la terrible influence de ce dragon fabuleux et effrayant qui n'a d'égal que sa taille impressionnante.
L'homme qui peignit Griaule. Vaste entreprise de peindre les écailles du dragon millénaire qui inflige sa néfaste influence sur les habitants, dans le but de le faire mourir à petit feu, empoisonné par les toxines de la peinture.
"Quoi que un peu là de s'émerveiller de tout, Méric ne put s'empêcher de tomber en arrêt devant l'oeil. Large de soixante-dix pieds et haut de cinquante, il était protégé pas une membrane opaque et luisante, étrangement vierge d'algue et de lichens; derrière laquelle on devinait des masses de couleur. Alors que le soleil rougeoyant achevait de sombrer entre deux lointaines collines, cette membrane frémit puis s'ouvrit en son centre. Avec la lenteur cérémonieuse d'un rideau de théâtre, les deux moitiés s'écartèrent pour révéler la lumière de l'humeur aqueuse." [L'homme qui peignit le dragon Griaule]
La fille du chasseur d'écailles. Catherine a grandi en dormant tout contre les écailles du dragon. Suites à certains concours de circonstances malheureuses, elle se retrouve littéralement à l'intérieur du dragon. L'atmosphère de cette nouvelle est aussi moite et brûlante que les organes internes de la bête.
Le père des pierres. Un homme tue l'amant de sa fille, une espèce d'illuminé qui a créé un secte dont le culte tourne autour du dragon. L'histoire est racontée du point de vue de l'avocat du meurtrier. La ligne de défense de l'accusé est de mettre en cause le dragon qui, par son influence pernicieuse, l'a poussé à commettre ce crime.
La Maison du Menteur est une auberge qui porte ce nom car son propriétaire dit l'avoir construite avec du bois prélevé sur le dos du dragon. Ce que personne ne croit. Hota, qui a fuit sa ville d'origine après en avoir tué un dignitaire, vit dans cette auberge. Un jour, il rencontre une étrange femme sur le dos du dragon ...
Si vous n'avez pas lu le recueil : possibles spoilers dans les deux paragraphes suivants.
L'écaille de Taborin. George Taborin fait l'acquisition d'un morceau d'écaille de dragon, lors d'une de ses visites à Teocinte, ville limitrophe du monstre. Il rencontre la prostituée Sylvia à qui il promet l'écaille si elle lui consacre quelques semaines de bon temps. Un jour il frotte l'écaille et se retrouve en compagnie de Sylvia projeté dans une sorte de savane, semblant venue d'un autre temps.
" Nous l'avons toujours sous-estimé. En le débitant en pièces et en transportant celles-ci aux quatre coins du monde, nous avons fait exactement ce qu'il souhaitait. Désormais, il règne que la terre tout entière". [L'écaille de Taborin]
Le crâne. Griaule est mort et ses restes ont été dispersés aux quatre coins du monde ... Son crâne défie le temps et les hommes au milieu d'une jungle. Une communauté d'illuminés vit à ses alentours, guidé par une jeune fille qui semble agir sous l'influence du dragon.
" de toutes les choses que j'avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d'ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l'homme et la nature l'avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d'onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d'arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches ... à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d'un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l'instant d'après je frémissais de terreur, persuadé qu'il allait s'animer et hurler. "[Le crâne]
Le thème récurrent des nouvelles est l'influence qu'exerce le dragon sur les hommes. Suggérée dans la première nouvelle, elle monte crescendo au fil des cinq suivantes. La question est : ce que fait cet homme ou cette femme est-il dicté par sa propre volonté ou par celle du dragon ? Voilà une bien étrange - et passionnante -façon de métaphoriser le concept du libre examen.
Dans sa postface, Shepard parle de métaphore politique, en pensant en particulier à administration Reagan pour la première nouvelle. Cela m'a un peu échappé à la lecture, sauf dans la dernière nouvelle où l'on n'est plus dans la métaphore mais dans la réalité. Cela dit, au final, on parle bien de la même chose.
Parlant de la postface, elle est tout à fait éclairante sur la genèse du dragon dans l'esprit de l'auteur et de chacune des nouvelles. Shepard nous propose un travail assez personnel sur ce qu'il a mis dans ces textes, au fil des années. Et d'en venir à la conclusion :
"Je pense à présent que je n'en aurai jamais fini avec Griaule."

Lien : http://ledragongalactique.bl..
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Le_chien_critique
  29 octobre 2018
Une colline reculée avec quelques villages de-ci, de-là, un dragon échoué là, allez savoir pourquoi. Terrassé pas un charme, mais toujours l'esprit vivant, le dragon Griaule hante les habitants.
Et moi, simple lecteur, je dois désormais chanter ses louanges.
Quelques lieux, en France ou dans le monde, sont rattachés à une légende autour d'un dragon : le puits du dragon de Cordes-sur-ciel; la Fosse au Dragon, à Mézières; le lac de Sameura au Japon; ou encore le Rio Sao Francisco au Brésil, photographié vu du ciel par notre astronaute national. Ces contes locaux enjolivent la réalité historique, nous savons tous que les dragons n'existent pas, n'ont jamais existé. Tous sauf un, dont Lucius Shepard va nous narrer quelques épisodes. Ce dragon véritable est située dans une réalité parallèle à la notre, dans une Amérique du Sud. Il se nomme Griaule. Voici son histoire.
Sous forme de nouvelles et de novellas, l'influence maléfique du dragon Griaule nous est conté durant ces deux derniers siècles. La force de ce recueil de fantaisie est de ne pas offrir la sempiternelle histoire de dragon, mais d'emprunter le chemin des légendes anciennes. Y a toujours il réellement un dragon ou n'est ce que la forme de la montagne qui a nommé le lieu, une lointaine rumeur ridicule ? Pas de chevaliers, de trésors, de combats épiques. Juste la réalité. Jouant sur différents genres, du roman noir à l'enquête judiciaire, du conte à la réalité la plus sordide, chaque texte apporte un éclairage différent sur la banalité du mal. Car Griaule est mauvais, foncièrement. Et de son aura maléfique, il influence l'humanité, son jouet. Ou bien est-ce les hommes qui se cherchent une excuse face à leurs bassesses ?
Le style de l'auteur est tout en poésie, mais qui se permet des notes de familiarité, de crudité. L'écriture toute en finesse qui m'avait déjà plu dans Les attracteurs de Rose Street est ici toujours présente. Dans la novella, nous avions quelques éléments politiques, ce recueil enfonce le clou. L'auteur était un bourlingueur qui s'est un peu attardé en Amérique du Sud, ce qu'il y a vu, le totalitarisme, les juntes militaires, le pouvoir, les relations riches/pauvres, les relations Amérique du Nord / Sud, transparaissent dans les textes, dont le dernier, le crane, éminemment politique et sûrement biographique.
Ce recueil ce clôt sur une petite postface en forme de notes sur chaque texte, de quoi comparé son ressenti à celui de l'auteur. Une impressionnante bibliographie termine l'ensemble.
L'Homme qui peignit le Dragon Griaule
Une courte nouvelle dont le titre résume parfaitement le propos. Premier texte de cet univers, je pensais y trouver un texte bluffant, ce qui n'a pas été le cas. Juste un récit plaisant. Une mise en bouche pour connaitre un peu mieux la légende et le paysage où dort le dragon. C'est aussi l'un des textes politiques du recueil.
La Fille du chasseur d'écailles
Après avoir parcouru les environs géographiques du dragon, une petite incursion dans ses entrailles est nécessaire. Une expédition assez cauchemardesque qui m'a fait penser à certaines chimères du film Annihilation avec cette symbiose organique et végétale.
Prix Locus, novella / Court roman, 1989
Le Père des pierres
Un culte voué à la grandeur de Griaule, teinté d'occultisme, de magie noire et de luxure. le prêtre est tué par le père d'une de ses ouailles. A t-il agit par vengeance ou sur la volonté de Griaule ? Nous suivons les pas d'un avocat aux dents jadis longues et qui se fait une raison sur comment fonctionne la société. Les pauvres restent pauvres les riches restent riches. Une enquête judiciaire en forme de lutte des classes.
Prix Locus, novella / Court roman, 1990
La Maison du menteur
Petit cour de biologie ici : comment naissent les enfants dragons ? de bien belle manière en tout cas. L'occasion d'en découvrir un peu plus aussi sur l'Amour chez les dragons.
L'Ecaille de Taborin
Les dragons controlent-ils l'espace temps ? Un texte qui permet d'en apprendre beaucoup sur la mythologie de notre dragon.
Le Crâne
Alors que les autres textes nous contaient des temps anciens, le crâne nous transporte aujourd'hui au Temalagua (toute ressemblance avec des pays existants ou ayant existé....) le texte le plus politique du recueil, le plus dur, le plus cynique, mais aussi l'un des meilleurs pour moi. Une sorte de conclusion de tous les sujets que l'auteur voulait parlé à travers son dragon : origine du mal, junte militaire et libre arbitre. Bien que très ancré dans la réalité, le récit n'oublie pas cependant que cela reste une histoire.
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Charybde2
  18 mars 2013
La fantasy à un sommet d'écriture, au service d'une puissante fable politique contemporaine.
Lucius Shepard crée cet assemblage romanesque à partir d'une nouvelle de 1984, "L'homme qui peignit le dragon Griaule", dans laquelle un dragon extrêmement puissant, long de plusieurs kilomètres, a été paralysé au cours d'une ancienne bataille, quasiment dans la nuit des temps, devenant ainsi peu à peu à la fois un très encombrant élément du paysage (sur lequel poussent arbres, fleurs ou mousses) et une source pernicieuse d'influence, psychologique ou magique, sur les habitants voisins.
La métaphore, si elle peut effrayer de prime abord (et particulièrement le lecteur non aficionado de "fantasy à dragons"), est superbement conduite et écrite par Shepard (et traduite avec finesse et justesse par Jean-Daniel Brèque). Un peu comme chez Yves et Ada Rémy, une fois la prémisse fantastique installée, elle devient toujours plus discrète, laissant le récit se concentrer sur situations et personnages. On explorera ainsi la faune qui vit dans le dragon, et les curieux adorateurs humains qui y évoluent, dans "La fille du chasseur d'écailles" (1988), au style encore plus abouti que dans la nouvelle initiale, puis la manière dont l'influence du dragon se développe dans les esprits des humains avoisinants et peut même "être utilisée", dans "Le Père des pierres" (1989) (qui constitue aussi une nouvelle policière au brio machiavélique), avant de revenir sur les desseins et les plans de ce dragon emprisonné, dans "La Maison du Menteur" (2003) et dans "L'Écaille de Taburin" (2010). "Le Crâne" (2011), conclusion - provisoire ? - de cette histoire au très long cours, renoue, dans un Guatemala contemporain cher à l'auteur et à peine dissimulé, avec la fable politique incisive du début du cycle, en forme d'apothéose cette fois.
"Une fois franchie la porte, qui donnait sur un couloir éclairé par une mosaïque de mousse lumineuse évoquant des veines d'un minerai bleu-vert courant dans les lambris de teck, sa peur monta d'un cran. Il était sûr de sentir l'influence de Griaule ; à chaque pas, la présence du dragon était de plus en plus prégnante. Comme une aura d'intemporalité, ou plutôt l'impression que le temps lui-même était moins majestueux, moins élémentaire que le dragon, que ce n'était qu'une donnée que celui-ci maîtrisait totalement, comme s'il avait sur les éons la plus absolue des perspectives. Et ces murs, ces veines de mousse... il avait l'impression que leur configuration reflétait celle des pensées de Griaule. On eût dit qu'il s'aventurait dans les entrailles du dragon, dans quelque boyau pétrifié, et il fut frappé par la justesse de cette observation : cet antique bâtiment, aligné de tout temps avec Griaule, était peut-être entré en résonance avec lui, jusqu'à devenir un analogue de son corps assujetti à son contrôle."
En tant que nouvelles isolées, "Le Père des pierres" et "Le Crâne" (et dans une légèrement moindre mesure, "L'homme qui peignit le dragon Griaule") seraient déjà des réussites majeures. La continuité subtile, les effets de contraste et de résonance à travers le temps et les personnages, permis par l'assemblage des six longues nouvelles, construisent un grand roman à facettes.
Il justifie a posteriori l'ambition de Shepard, dévoilée dans une postface fouillée : "L'idée d'un gigantesque dragon paralysé (...), dominant le monde qui l'entoure grâce à ses pouvoirs mentaux, un monstre vicieux irradiant ses pensées vengeresses et faisant de nous les jouets de sa volonté... voilà qui m'apparaissait comme une métaphore appropriée pour l'administration Reagan, qui s'affairait alors à proclamer qu'un jour nouveau se levait sur notre patrie, à dévaster l'Amérique centrale et à réduire en pièces notre constitution. Cela explique le contenu politique qu'on pourra lire en filigrane dans ces récits. Dans un sens, le cycle de Griaule tourne autour de deux bestioles, un dragon et un président mentalement handicapé dont l'avatar est un monstre immortel... ou vice versa."
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critiques presse (2)
Elbakin.net   16 décembre 2011
Chacune des nouvelles nous permet ainsi d’en apprendre un peu plus sur le Dragon et le microcosme environnant. Au point dans certains cas d’occulter tout le reste, malgré (ou à cause de ?) son pouvoir évocateur. Cependant, la plume de Lucius Shepard nous entraîne dans un monde cohérent en suivant une ligne directrice définie dès le début, sans hésiter à aborder frontalement une noirceur souvent diffuse.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
SciFiUniverse   22 septembre 2011
Au final, ces textes réunis forment une histoire cohérente, une chronologie sur deux siècles d'un monde alternatif très intéressant. Si l'on ajoute à cela la qualité stylistique de Lucius Shepard et sa capacité à évoquer des images frappantes, on ne peut qu'en recommander sa lecture. C'est un grand auteur.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
TatooaTatooa   02 septembre 2016
- Elle s'appelle Yara. Elle est folle.
- En quoi ça la distingue de tous les autres ?
Snow songea qu'il allait devoir expliquer sa conception du genre humain, à savoir que nous ne sommes tous qu'une collection de pulsions aléatoires contenues par le maillage des contraintes sociétales, mais le gamin semblait savoir cela d'une façon innée, car, sans qu'une clarification fût nécessaire, il précisa : "Yara n'est pas folle comme un singe. Elle est folle comme un serpent."
+ Lire la suite
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Le_chien_critiqueLe_chien_critique   29 octobre 2018
Pendant la première année de son séjour au Temalagua, il travaillait comme correspondant d'une ONG bidon du nom d'Aurora House : on lui demandait de rédiger d'une écriture enfantine des lettres écrites dans un anglais approximatif et censées témoigner de la reconnaissance des enfants à demi illettrés dont Aurora House finançait l'éducation. Ces lettres étaient envoyées à des Américains crédules qui versaient vingt dollars par mois pour venir en aide à une Pilar, un Esteban ou une Marisol méritants. Il y ajoutait des formulaires de versement et des photos volées montrant des enfants en uniforme scolaire, heureux et épanouis, preuves irréfutables des effets de la charité sur les bambins victimes de malnutrition dont les images étaient jointes aux précédents envois. Au risque d'insister, précisons qu'aucun enfant du Temalagua, qu'il ait figuré ou non sur ces photos, ne reçut un seul centime d'Aurora House.
Le Crâne
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TatooaTatooa   30 août 2016
Jamais elle n'avait considéré le dragon comme un objet de compassion ; mais en le percevant emprisonné dans les rets d'une antique magie, sans compter le puzzle intriqué de charmes secondaires dérivant de cet événement fondateur, elle se sentit ridicule d'avoir versé des larmes (ndr : sur son propre sort). N'importe quelle occurrence, y compris la plus heureuse, pouvait être source de tristesse si on échouait à la voir dans le contexte du monde que l'on habitait.
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TwiTwiTwiTwi   25 mars 2012
De toutes les choses que j'avais vues, le crâne était la première qui parût en mesure d'ébranler ma vision du monde. Sa taille et son apparence incroyable, les décorations barbares dont l'homme et la nature l'avaient orné au fil des siècles, ces graffiti de mousse et de lichen, ces enluminures de jade laiteux et d'onyx noir, ces crocs gainés de vert-de-gris, cette gueule recouverte d'arabesques fanées, appliquées par quelque tribu disparue depuis des lustres, tout cela éclairé par la lueur mouvante des torches ... à un instant donné, je croyais découvrir le visage grotesque d'un clown, un gigantesque masque de mardi gras en papier mâché, l'instant d'après je frémissais de terreur, persuadé qu'il allait s'animer et hurler. [Le crâne]
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TatooaTatooa   29 août 2016
Griaule était l'une des Bêtes géantes qui avaient régné sur un âge antique. Au fil des siècles, il avait grandi jusqu'à mesurer sept cent cinquante pieds au garrot et plus de six mille pieds de la queue au museau. (Il convient de préciser ici que la croissance des dragons n'était pas due à l'apport de calories, mais à l'absorption d'une énergie engendrée par le passage du temps.)
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Videos de Lucius Shepard (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lucius Shepard

Entretien avec Lucius Shepard aux Imaginales
Entretien avec Lucius Shepard enregistrée aux Imaginales (Epinal, mai 2013) L'audio de la rencontre : http://www.actusf.com/spip/Imaginales-2013-Conference,1...
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