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EAN : 9782843449789
140 pages
Éditeur : Le Bélial' (10/06/2021)
3.65/5   20 notes
Résumé :
Thomas Cradle, écrivain qui a troqué ses rêves pour le succès financier, découvre un jour un roman écrit par un homonyme. Faisant mine d'effectuer un repérage pour un prochain ouvrage, il part au Laos sur les traces de ce double avec qui il accumule les ressemblances troublantes.
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  13 juillet 2021
Immense écrivain, l'américain Lucius Shepard est décédé en 2014.
Derrière lui, il laisse une oeuvre immense et à jamais incomplète.
Le Bélial' continue avec assiduité à traduire en langue française les écrits de Shepard avec, cette fois, une novella dans leur désormais incontournable collection Une Heure-Lumière.
L'occasion de retrouver la plume si particulière de l'américain dans une atmosphère poisseuse en plein coeur de l'Asie du Sud-Est.
Double de papier
Thomas Cradle est perplexe. Il a découvert qu'un autre Thomas Cradle existe sur Amazon. Un autre écrivain, comme lui, mais que personne ne semble connaître ni même avoir rencontré. Un écrivain dont la vie serait aussi semblable que dissemblable du vrai Thomas Cradle, notre narrateur. du moins, c'est ce que l'on en sait.
Perturbé, notre auteur passe commande de l'ouvrage écrit par son homonyme : La Forêt de thé. Une histoire lugubre le long du fleuve Mekong entre le Laos, le Viêt Nam et le Cambodge. Impressionné par l'écriture de cet inconnu qui semble pourtant si familier, Cradle s'embarque alors dans une épopée qu'il espère transcendante pour sa carrière.
Cradle. Un nom qui n'est pas un hasard pour Lucius Shepard puisqu'il signifie « berceau » en français et qu'ici, le nom de notre narrateur en dit déjà beaucoup sur les visées métaphysiques du texte.
En effet, le Livre écornée de ma vie allie science-fiction et fantastique dans une tentative de briser le mur du réel et de susciter chez le lecteur un violent vertige Dickien où la réalité devient flou, où les personnages se confondent.
Pour se faire, Lucius Shepard s'imagine un alter-ego littéraire, ce fameux Thomas Cradle qui sert de guide au lecteur le long du Mekong.
On le constate rapidement, Cradle n'a rien d'un héros, ni même d'un anti-héros, c'est un personnage écoeurant, souvent révoltant, qui utilise les gens (et notamment les femmes) pour son propre plaisir et ses propres objectifs personnels. Cradle n'est pas simplement un alter-ego pour Lucius Shepard, il est l'étude de la part noire qui habite l'auteur, son moi discutable voire détestable, à la fois égoïste et hédoniste.
La noirceur qui me guette
L'exercice a donc quelque chose de malaisant, d'autant plus malaisant d'ailleurs que l'action se déporte rapidement vers l'Asie du Sud-Est et que Shepard, qui affectionne tout particulièrement cette région du globe, en tire un portrait plus vrai que nature, un portrait moite, poisseux, glauque et même souvent sordide. On y rencontre des lady-boys et des taxi-girls, un goût pour la prostitution et l'exploitation de son prochain que ne renie jamais le narrateur du Livre écorné de ma vie. Grâce à des descriptions minutieuses et sublimes, l'auteur touche au plus près le lecteur, l'emmenant au coeur de l'Asie avec malice. Attention cependant, le voyage se pare rapidement d'oripeaux Sadiens à mesure que notre Thomas Cradle se vautre dans le sexe et la drogue, qu'il dépasse la bienséance et la morale pour mettre en exergue sa propre déchéance. Une déchéance dont il a parfaitement conscience et qu'il accepte. Shepard s'interroge sur les recoins sombres de l'homme, sur sa capacité à affronter ses vices et à y résister. Mais surtout Shepard s'amuse de sa condition littéraire, étrille les visées narcissiques de l'écrivain, tape sur un milieu imbus de lui-même et au talent plus que discutable. Cradle n'a pas de filtre, et l'on n'aura aucune once de complaisance dans ce texte.
Alors que l'aventure se prolonge le long du Mekong, Cradle se penche sur ce monde étrange qu'il n'avait jamais vu, celui des univers parallèles que l'on pénètre sans même s'en apercevoir, à la manière de Lavie Tidhar dans Aucune Terre n'est promise.
Une multiplicité de versions de lui-même hante la remontée du fleuve, des hommes plus mauvais ou plus faibles, des versions de lui-même qui n'ont jamais été écrivain et d'autres qui ont été bien davantage. Lucius Shepard produit une auto-analyse en mille-feuille qui donne le vertige, qui fait naître des frissons d'horreur dans le coeur du lecteur et dans celui de Cradle à mesure que celui-ci se rapproche de son but et que le récit bascule dans le fantastique.
Que feriez-vous si vous contempliez toutes les versions de vous-mêmes en vous apercevant que vous êtes tous, plus ou moins, mauvais ? Tel John Smith dans l'ultime saison de The Man in the High Castle, la vision des autres Thomas Cradle provoque le malaise et la sensation de (re)découvrir sa propre noirceur oubliée. Au bout, il y a cette animal dans la forêt, mais quel animal ? Soi-même ou un autre ? Pire encore ?
Mené d'une main de maître, ce voyage au bout de l'enfer se délecte du cynisme de son personnage principal et incarne un Lucius Shepard de papier qui laisse perplexe.
C'est certainement là la marque des grands, que de produire des oeuvres capables de nous faire sortir de notre zone de confort et de nous secouer au profond de notre être en nous jetant en pâture à des personnages douteux et, pour tout dire, profondément humains dans leur inhumanité.
Novella dérangeante et d'une noirceur qui colle et déborde d'entre les pages, le Livre écorné de ma vie joue la carte du vertige métaphysique pour une virée sur le Mékong aussi sexuelle que glauque et moralement douteuse. Lucius Shepard visite les recoins sombres de son âme et joue avec la nôtre au passage. Déroutant et délicieusement risqué pour le lecteur comme pour son auteur.
Lien : https://justaword.fr/le-livr..
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gloubik
  19 juillet 2021
Chouette !! un nouveau Lucius Shepard ! Vite ! Achetons-le !
Hé bien ! À un tiers du livre, je commence à regretter cet empressement. Pourquoi ? Parce que, jusqu'à la page 50, cette histoire ressemble à un récit de voyage autobiographique... même si le lecteur est prévenu qu'il n'en est rien.
Les premières pages sont l'occasion de mettre en place le thème : le narrateur/héros découvre un livre écrit par un homonyme, publié par le même éditeur, etc. Bref. de quoi troubler le plus placide des êtres humains. Mais après... le héros par à l'aventure, en voyage sur le Mékong pour faire à son tour le voyage de cet inconnu. ET je me suis emm*** au point d'envisager d'abandonner. Mais tout à coup, page 50, ça bouge ! le narrateur découvre qu'il est à l'interface de deux réalités. Une dans laquelle il est le Thomas Cradle auteur à succès, et une autre dans laquelle il est un écrivain promis à un bel avenir mais ayant disparu lors d'un voyage dans la péninsule indochinoise. Alors je repends ma lecture avec l'espoir de lire quelque chose qui soit à la hauteur de Kalimantan.
En fait ce court roman bascule vraiment dans la littérature fantastique aux alentours de la page 100. Mais c'est en fait le récit d'un voyage initiatique et ce n'est pas le genre de récit fantastique que j'apprécie. Mais j'en dirais pas plus — pour ne pas dévoiler la mariée — si ce n'est que j'en ressors avec le sentiment d'avoir lu un récit plus proche d'un voyage de beatnik des années 70 qu'une aventure fantastique.
En bref : C'est du Lucius Shepard. C'est donc très bien écrit et les traducteurs ont fait du bon travail. de ce point de vue, le lecteur n'est pas déçu. Mais je vais être honnête : si ç'avait été un roman estampillé « littérature générale », je l'aurais abandonné. Là, j'ai voulu savoir ce qu'il y avait de fantastique dans le récit. Et ce n'est même pas pour avoir envie de connaître la fin. Non, juste comprendre quel genre de fantastique l'auteur a glissé dedans. J'ai jusque-là très apprécié les oeuvres de cet écrivain — en particulier Kalimantan et Les attracteurs de Rose Street, mais là, non, je resté hors de la communion.
Lien : http://livres.gloubik.info/s..
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Wazlib
  06 juillet 2021
"Le Livre écorné de ma vie" est le dernier-né de la sublime collection Une Heure Lumière du Bélial', fruit du travail du défunt Lucius Shepard. Comme bien souvent avec l'auteur, difficile ici d'apposer un "genre de l'imaginaire", même si l'on a envie de chuchoter SF, mais ça n'est franchement pas si important que ça...
Une chose primordiale, en revanche, est mon rapport à Lucius Shepard. Cet auteur me sèche. Complètement. J'ai pas lu grand-chose, de lui: "Aztechs", "Louisianna Breakdown" et celui-ci. Mais chacun de ses récits me dévaste. C'est un sentiment étrange que de le lire: on y trouve chez moi un profond respect, un peu de crainte et beaucoup de dépaysement.
Le respect tient dans la richesse des intrigues et de l'écriture. Traduit par Jean-Daniel Brèque, ça n'est pas cette histoire qui viendra y déroger: c'est un plaisir exigeant de lire Lucius Shepard. Concernant le récit en lui-même, c'est encore un tour de maître. J'y retrouve un exotisme de l'imaginaire que j'ai parfois ressenti chez Dick, lorsqu'il poussait à l'extrême ses obsessions.
La crainte, elle, est bien réelle. C'est un écrivain qui m'impressionne. Et je sais, intimement, qu'il est capable d'écrire des histoires pouvant me briser ou me bousculer de façon durable ou définitive.
Enfin, le dépaysement n'est pas ici l'effort picaresque et naïf de certains récits d'aventure. Shepard a beaucoup voyagé au cours de sa vie et ne fait pas partie de ces mystificateurs pour lesquels la nostalgie teinte les souvenirs en doré. Oh non, c'est souvent sale et sans espoir, mais exotique.
"Le Livre écorné de ma vie" est donc l'histoire de Thomas Cradle, écrivain de fantasy, ayant une estime de lui-même assez faible (ce qui n'empêche pas l'ego de se manifester), découvrant un jour un bouquin écrit par un homonyme. En poussant la comparaison avec ce Thomas Cradle bis, la ressemblance semble dépasser la simple coïncidence: les auteurs viennent de la même ville, ont le même âge, le même éditeur et de surcroît, des intérêts très similaires... A la recherche de ce doppelganger, Cradle va refaire le trajet initiatique du roman, jusqu'à cette mystérieuse "forêt de thé" et au delta du Mékong, où la réalité semble se tordre...
Bon, vous mentionner Conrad, Coppola et autres serait une entreprise vaine. On y est, bien sûr: notre personnage va affronter son enfer personnel, va se confronter à ses apocalypses dans ce territoire asiatique désolé où les réalités s'effondrent les unes sur les autres pour ne laisser que des images fades et brouillées.
Cradle, à la recherche de la vérité, du sens derrière ce monde, va se plonger dans les vices de son homonyme et se laisser dériver le long du Mékong, tantôt en fumant l'opium, en baisant, en achetant des armes et en rationnalisant tout ça sans pression. Et vous comprendrez rapidement, dans le livre, le mystère derrière ces Cradle apparaissant ici ou là. Cela ne changera pas pour autant l'issue du livre: ça n'est effectivement pas la destination qui compte, mais bien le voyage.
C'est sombre et brillant. Shepard est au sommet de son art et livre ici un bouquin sale et intellectuel, qu'il sera bien difficile de haïr tant il est mené avec brio. C'est sans espoir et ne vous y trompez pas, ces quelques 130 pages vont vous paraître parfois bien longue.
Sorte d'autoréflexion à-travers un alter-ego amoral.
C'est donc absolument à conseiller.
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celindanae
  22 juin 2021
Écrivain phare des éditions le Bélial', Lucius Shepard se voit accorder les honneurs d'une troisième publication dans la collection Une heure Lumière après Les Attracteurs de Rose Street en 2018 et Abimagique en 2019. le livre écorné de ma vie, écrit en 2009 est tiré du recueil Five Autobiographies and a Fiction. A la traduction, on retrouve Jean-Daniel Brèque qui a officié sur les précédents romans de l'auteur.
Thomas Cradle, écrivain à succès dans le domaine de la fantasy fait un jour une recherche sur son patronyme sur Amazon et se découvre un homonyme, aussi écrivain, né dans la même ville que lui et ayant fait ses études au même endroit. Cet homonyme a publié un roman intitulé La forêt de thé. Par curiosité, il se procure le livre qui lui semble vite familier. En effet, le style ressemble à celui du début de sa carrière, et il s'aperçoit que physiquement l'auteur lui ressemble beaucoup. Après avoir cru à une blague de mauvais goût, le roman devient une obsession pour Thomas. La forêt de thé raconte une expédition sur le Mékong mais parle aussi d'univers parallèles qui parfois s'entremêlent. Thomas décide à son tour d'entreprendre le même voyage que celui décrit dans le livre et s'envole pour le Cambodge, pour un voyage au gré du hasard, de la violence, de la drogue.
Ce livre illustre bien le fameux adage selon lequel l'important est le voyage et non la destination. En effet, Thomas va faire un voyage au sein des ténèbres, les siennes et celles de son homonyme. Un voyage que l'on pourrait qualifier de poisseux, brutal, qui montre une facette du Sud-Est asiatique plutôt sombre. Pour essayer de comprendre qui est son double, Thomas va aller jusqu'au bout de ses propres ténèbres, alliant sexe, drogue et parfois rock'n'roll à son pèlerinage vers lui-même, vers la compréhension de cet autre Thomas Cradle.
Il y a pas mal de parallèles entre la vie de Lucius Shepard, qui a beaucoup voyagé en Asie, et le roman. Pourtant, ce n'est pas une vraie autobiographie, même si l'aspect écriture est au coeur du récit. le style de Shepard et la traduction de Jean-Daniel Brèque font mouche dès les premières lignes ,et nous emportent dans ce voyage au bout de nulle part, dans cette plongée dans un monde trouble, acide pour ne plus nous lâcher. Surtout que le personnage principal ne fait pas partie de ceux auxquels on s'attache ni apprécie, disons le franchement : c'est un sale type qui n'a rien pour lui, hormis sa capacité à savoir ce qu'il est vraiment.
Le livre écorné de ma vie n'est pas le livre le plus facile d'accès des UHL, ni celui qu'on proposera en premier pour faire découvrir la collection. Pourtant, j'ai été happée dès les premières pages par ce récit hors du commun et par la plume tout en nuances de Lucius Shepard. C'est un récit âpre, poisseux, aux thématiques dures qui parle de la création littéraire et du voyage au plus profond de soi-même, ce qui n'apporte pas toujours ce que l'on pense.
Lien : https://aupaysdescavetrolls...
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Tans78
  17 août 2021
Un auteur de fantasy à succès découvre un livre écrit par un homonyme. Intrigué, ses recherches lui font découvrir plein de points communs avec cet autre: date et lieu de naissance, éditeur etc. Pour éclaircir ce mystère, il décide de faire le voyage décrit dans ce livre et part pour le Cambodge dans les traces de cet autre lui-même. Et de nombreux autres lorsqu'il comprend que des univers parallèles se rejoignent et se confondent au fil de son voyage.
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critiques presse (3)
Liberation   10 septembre 2021
Tout cela mieux écrit que ce que ne l’a jamais fait le narrateur.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeMonde   09 août 2021
Un récit initiatique aux frontières de la dystopie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   05 août 2021
Le Livre écorné de ma vie ouvre une nouvelle piste, fascinante, dans cet immense labyrinthe narratif onirique et politique qu’est l’œuvre de Lucius Shepard, un des plus fascinants qui soient.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
JustAWordJustAWord   12 juillet 2021
Il y a toujours quelqu'un pour t'exploiter, de sorte que liberté et esclavage ne sont que des couleurs dont nous parons la condition humaine fondamentale.
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JustAWordJustAWord   09 juillet 2021
Ôtez-leur leurs oripeaux et vous constaterez que chaque tribu est mue par les mêmes passions, et ce n'est pas seulement vrai pour le temps présent mais aussi, soupçonnais-je, pour les âges passés.
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JustAWordJustAWord   13 juillet 2021
La beauté ne suffit pas à compenser une nature de parasite.
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Videos de Lucius Shepard (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Lucius Shepard

Entretien avec Lucius Shepard aux Imaginales
Entretien avec Lucius Shepard enregistrée aux Imaginales (Epinal, mai 2013) L'audio de la rencontre : http://www.actusf.com/spip/Imaginales-2013-Conference,1...
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