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ISBN : 2843449375
Éditeur : Le Bélial' (30/08/2018)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 23 notes)
Résumé :
Londres,fin du19e siècle. La ville est polluée par l'industrialisation. Samuel Prothero, aliéniste reconnu et membre du club des inventeurs, est sollicité par l'ingénieur Jeffery Richmond. Celui-ci est le concepteur des attracteurs, des machines destinées à purifier l'air londonien. Mais son invention attire aussi les fantômes, en particulier celui de sa sœur décédée dans des conditions étranges...
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Dionysos89
  02 octobre 2018
La collection Une Heure-Lumière des éditions le Bélial' a une forte coloration science-fiction, toutefois, une fois de temps en temps, il est possible de trouver une novella fantastique ou fantasy, c'est le cas des Attracteurs de Rose Street.
Une intrigue fantastique sur un fond scientifique
Samuel Prothero est aliéniste – il étudie les problèmes mentaux et cherche à adoucir la peine des aliénés – et vit à Londres à la fin du XIXe siècle. Il recherche la bonne compagnie afin de se faire une place dans la société. Parmi les membres du Club des Inventeurs qu'il veut rejoindre, une personne semble quelque peu à l'écart des autres membres influents : ce Jeffrey Richmond l'attire chez lui pour lui demander d'utiliser ses qualifications professionnelles afin de résoudre un problème personnel. Il le mène à ce qu'il désigne comme des « Attracteurs » : astucieux, ceux-ci servent à capter l'humidité ambiante du quartier de Rose Street afin de désépaissir le fameux smog qui inhibe la vie londonienne. L'invention est bien trouvée et adaptée à l'esprit de l'époque. Toutefois, et c'est là le coeur du problème, l'invention de Richmond a son revers de la médaille : il a de fâcheuses conséquences en rapport avec le décès récent de la soeur de ce dernier. Pour résoudre cette affaire, l'aliéniste Prothero doit donc mêler science et goût pour le surnaturel.
Une ambiance victorienne à souhait
Comme convenu en lisant le titre et la quatrième de couverture, l'ambiance victorienne est au rendez-vous. On peut même dire que les premières pages débordent d'éléments caractéristiques pour bien se positionner sur cette époque spécifique. Tout d'abord, l'auteur décrit avec force détails la misère des rues londoniennes, et notamment ce quartier en marge qu'est Rose Street, plus privilégié que Whitechapel, mais pas au point de bien y vivre quand on est miséreux au XIXe siècle. de plus, ce qui nous met le pied à l'étrier dans cette histoire est la propension de cette société à être conservatrice : le milieu bourgeois est dans l'entre-soi, se recommande en son sein et adopte des théories au détriment des classes populaires (vive le XIXe siècle !). Enfin, l'ambiance se révèle volontairement gothique où des bâtiments bourgeois projettent leur ombre terrifiante sur des quartiers malsains. Pour le coup, Aurélien Police a encore diablement bien capté (c'est le cas de le dire) la substantifique moelle du récit avec une couverture qui joue d'abord sur l'aspect architectural.
Une novella à fond sur les problèmes psychiatriques
Pourtant, le coeur de cette novella n'est ni son contexte victorien, ni son intrigue « fantômesque », mais bien le fonctionnement psychologique des personnages. En effet, les secrets qui sont progressivement dévoilés sur certains d'entre autres en disent bien plus sur la misère humaine et sur la pauvreté de certains rapports sociaux. Pour aborder ces sujets, on sent que l'auteur convoque un peu de freudien et un peu de lacanien, tant on parcourt les méandres malsains des fantasmes parfois lubriques des personnes rencontrées. Dans cette optique, sont convoqués à la fois des aspects terrifiques dignes d'un récit d'horreur et des esprits fantomatiques, qui d'abord viennent bousculer la rationnalité des personnages, mais ensuite servent surtout à confronter le lecteur à des situations dérangeantes. du coup, la psychologie des personnages est particulièrement approfondie et cet aspect qui colle à l'esprit de l'époque est sûrement le plus réussi. Cela est d'autant plus le cas que la chute de cette novella résoud l'intrigue d'une façon tout à fait bien trouvée et qui confronte un des protagonistes à ce qui justement le hantait.
En conclusion, petite déception pour ces Attracteurs de Rose Street même si la fin est parfaitement maîtrisée ; pour autant, il faut que la collection Une Heure-Lumière poursuive dans cette voie de proposer de tout au sein des littératures de l'imaginaire (Science-Fiction comme Fantasy et Fantastique).
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Aelinel
  18 septembre 2018
J'ai profité de l'offre du Bélial (pour deux livres achetés dans la Collection Heure-lumière, un Hors série est offert du 6 septembre au 31 octobre 2018) pour découvrir de nouveaux auteurs. du coup, ce n'est pas deux mais quatre livres que j'ai achetés! Et Les attracteurs de Rose Street était en premier sur ma liste en raison de son contexte historique, l'une de mes époques préférées : le Londres victorien.
Samuel Prothero est un jeune aliénaliste d'origine galloise (un spécialiste des maladies mentales, soit l'ancêtre du psychiatre, si vous préférez) qui débute sa carrière. Fraîchement débarqué à Londres, il décide d'intégrer le très prestigieux et très sélect Club des Inventeurs pour se faire connaître et développer son réseau. C'est alors qu'il rencontre Jeffrey Richmond, un riche inventeur controversé au sein de la bonne société londonienne et qui ne jouit pas d'une luxuriante réputation. Mais, ce dernier a un projet pour le jeune Samuel et pour cela, il est prêt à le payer grassement. Ne serait-ce pas l'occasion pour le jeune aliéniste de trouver les subsides nécessaires à l'ouverture de sa propre institution?
Les Attracteurs de Rose Street de Lucius Shepard est une première pour moi car je ne connaissais pas du tout son auteur. Et je dois dire que son univers foisonnant et l'ambiance oppressante qui caractérisent cette novella m'ont beaucoup plu. La seconde de couverture évoque un univers austenien et steampunk, je ne suis pas d'accord avec cette affirmation :
– Certes, un éminent représentant du Club des inventeurs, du nom de Charles Mellor, souhaite marier sa fille à Samuel mais c'est tout. L'ironie mordante dont Jane Austen faisait preuve dans Orgueils et Préjugés pour dépeindre ses contemporains en est complètement absente.
– Quant au côté steampunk, il ne se résume qu'aux machines inventées par Jeffrey Richmond : les fameux attracteurs. Ces derniers ont pour dessein de purifier l'air de la ville de Londres en aspirant les fumées et les particules des industries. Mais, en fait de pollution, ce sont surtout les âmes des défunts que les attracteurs vont attirer. La novella passe très vite sur cet aspect et les machines ne sont pas au coeur de l'intrigue. de plus, qui dit « steampunk » (dont la société est développée grâce aux technologies basées sur la vapeur) suggère aussi « uchronie », ce qui n'est pas le cas dans l'ouvrage de Lucius Shepard.
– Pour finir, la seconde de couverture fait référence au roman Frankenstein de Mary Shelley. Je ne suis pas totalement contre cette affirmation car il y a un peu du Docteur Frankenstein dans le personnage de Jeffrey Richmond : l'inventeur dont la création/créature lui échappe.
Pour en revenir à l'ambiance, les références aux romans gothiques anglais de la fin du XVIIIème – début XIXème siècle sont manifestes. Mais, les codes en sont légèrement bousculés : exit la jeune fille ingénue qui se retrouve coincer dans une vieille bâtisse perdue au fin fond de la campagne et qui devra en découvrir les secrets pour se libérer. Samuel est invité par Jeffrey à Londres, dans sa maison et ancien lupanar de six étages pour enquêter sur les circonstances de la mort de sa soeur, ancienne tenancière des lieux. S'ensuit un huis-clos étouffant et auréolé de mystères. Samuel ne peut évidemment pas sortir de cette maison sans s'exposer à des risques. En effet, elle se situe dans un quartier malfamé de l'East-End, celui de Saint Nichol. Quant à l'intérieur de la demeure, ce n'est pas mieux. Elle est en effet envahie de spectres attirés par les machines inventées de Richmond. Comme l'a dit notre Lutin, si vous voulez vous mettre dans l'ambiance, lisez donc cette novella à la lueur d'une bougie (ce que je n'ai évidemment pas fait, froussarde comme je suis!). Enfin, les secrets que Samuel va être amené à découvrir ne le libéreront pas, bien au contraire mais, je ne vous en dirai pas plus!
En conclusion, j'ai beaucoup aimé Les attracteurs de Rose Street : la plume de Lucius Shepard est très agréable à lire. Les personnages sont finement travaillés, l'intrigue ne manque pas d'intérêt et l'ambiance est immersive à souhait. Il s'agit de ma troisième novella lue dans la collection Heure-lumière de l'édition Bélial et je n'ai jamais été déçue jusqu'à présent.
Lien : https://labibliothequedaelin..
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kuroineko
  20 septembre 2018
J'avais repéré ce titre de Lucius Shepard, ainsi qu'un autre de Laurent Kloetzer, parmi le catalogue de la formidable collection Une heure lumière des éditions Bélial. En arrivant à ma librairie préférée pour les acquérir, cerise sur le gâteau, un inédit de Ken Liu en cadeau pour l'achat de deux.
Revenons au sieur Lucius et à son livre. le plaisir débute dès la couverture, aussi magnifique qu'angoissante, d'Aurélien Police. Soit dit en passant, les superbes illustrations sont aussi une caractéristique de cette collection Une heure lumière. Celle-ci nous insuffle d'emblée l'ambiance brumeuse et gothique qui va accompagner notre lecture.
Lucius Shepard a placé son intrigue dans le Londres du XIXème siècle (c'est d'ailleurs ce qui m'a fortement attirée dans le résumé). le narrateur, Samuel Prothero, est un jeune homme de vingt-six ans, né au Pays de Galles, aliéniste - profession encore sujette à caution et méfiance à l'époque (cf. l'excellent L'Aliéniste de Caleb Carr pour une version américaine). Nouveau venu au Club des Inventeurs à Londres, il compte se servir des hautes relations qu'il pourra s'y faire pour ouvrir une clinique dans laquelle soigner les maladies mentales et non simplement parquer les fous dans des asiles sordides.
Parmi les privilégiés du Club, Richmond y est admis quoique meprisé. Ce dernier requiert l'aide de Samuel pour une affaire singulière concernant un être proche. Mû par la curiosité, le jeune idéaliste accepté et se retrouve chez Richmond, dans un quartier des bas-fonds londoniens. Héritée de sa soeur, il s'agissait d'une maison close du temps de sa propriétaire. Surprise de notre héros. Et pas la dernière. Suite à l'invention d'un procédé pour dépolluer le ciel de la capitale, les attracteurs du titre, Richmond n'a pas récupéré seulement de la suie et des particules. Mais également des fantômes, dont sa soeur. La "patiente" de Samuel.
Je vous laisse découvrir les péripéties du roman. Lucius Shepard y instaure une ambiance délicieusement en phase avec les canons du roman gothique XIXème siècle. La quatrième de couverture renvoie au Frankenstein de Mary Shelley. C'est vrai dans une certaine mesure avec le personnage de Richmond dépassé par son invention.
Au-delà de toutes références, il signe avec Les attracteurs de Rose Street une histoire exaltante. Mon libraire m'avait vanté son style. En effet, l'écriture est très soignée, et également en phase avec le contexte. Les descriptions de l'auteur, qu'il s'agisse des populations miséreuses ou des perruches ficelées dans des corsets pour trouver un époux auprès des membres du Club, possèdent une extraordinaire puissance évocatrice. C'est bien simple, on y est, on voit et on sent chaque endroit, chaque personne.
Jusque-là je ne connaissais Lucius Shepard que de nom. Cette première incursion dans son univers n'a fait que m'encourager à en découvrir plus. Je m'attends donc à de nouvelles lectures passionnantes, pleines de fantastique et d'une grande qualité littéraire.
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nebalfr
  13 octobre 2018
Quinzième titre de la collection « Une heure-lumière » des Éditions du Bélial', Les Attracteurs de Rose Street rappelle Lucius Shepard à notre bon souvenir, en passant forcément par la traduction impeccable et l'enthousiasme militant de son zélé propagandiste, Jean-Daniel Brèque. L'auteur est de longue date associé à l'éditeur, mais nous n'avions pas eu grand-chose à nous mettre sous les yeux depuis le décès de Shepard en 2014 – ceci alors même que les inédits ne manquent pas. Maintenant, il n'a jamais été le plus vendeur des écrivains, et son goût pour le format (chouettement) bâtard qu'est la novella peut éventuellement sécher quelques entreprises éditoriales qui s'en accommodent mal ; mais « Une heure-lumière » est une collection de novellas, pour le coup – dès lors l'écrin parfait pour continuer de traduire Lucius Shepard.

Qui le vaut bien. Maintenant, je ne cacherai pas que je n'ai jamais été un ultra-ultra-fan, hein : j'ai globalement toujours aimé ce que j'ai lu, mais je ne prétendrai pas que ça m'a systématiquement renversé. Je lui reconnais cependant une voix particulière, c'est indéniable – dans un registre de l'imaginaire, oscillant entre science-fiction et fantastique, qu'il a fait sien, et dans lequel il est relativement isolé. Les Attracteurs de Rose Street confirme sans peine tout cela.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle, à Londres, où le smog est plus épais que jamais. Dans cette Angleterre victorienne qui cultive l'hypocrisie, mais dont la dignité de façade ne trompe absolument personne, la pas si bonne société se réunit dans des clubs toujours plus select, où elle jase et dénigre – ce qu'elle a toujours fait et continuera toujours de faire. le jeune Samuel Prothero, un aliéniste en cette époque pionnière dans l'étude des pathologies mentales, et sans doute trop pionnière pour être pleinement respectable, le jeune Samuel Prothero donc n'échappe pas à la règle, et se réjouit, lui le provincial proverbialement monté à la capitale, d'avoir gagné l'accès au Club des Inventeurs, l'endroit idéal pour gagner appuis, contacts, et recommandations, à même de faire de lui un parfait gentleman.

Le Club n'en a pas moins son mouton noir, car il en faut toujours un : Jeffrey Richmond, un inventeur certes doué, et un homme fortuné par ailleurs, mais, voyez-vous ça, il vit à Saint Nichol, un quartier très mal famé de Londres – ce qui suffit à lui ôter toute crédibilité : dis-moi où tu habites, et je te dirai qui tu es… et pourquoi je te méprise. Prothero n'en pense pas moins. Pourtant, un soir, Richmond l'accoste : il aurait besoin de ses services… contre une belle rémunération ? Principes ou pas, Prothero ne crache certes pas sur la proposition, la curiosité voire le voyeurisme y ayant sans doute aussi leur part, et décide de donner sa chance (?) à l'inventeur paria... à moins qu'il ne s'agisse simplement de saisir une opportunité de s'initier, en compagnie d'un cicérone de circonstances, au bas-monde londonien, qui a la séduction un peu vulgaire d'une prostituée. Et c'est peu dire, car Prothero accompagne ainsi Richmond dans sa demeure de Saint Nichol, et découvre avec effroi et frissons d'excitation comme de dégoût… qu'il s'agit d'un ancien bordel ! Pire, un bordel qui était tenu par la propre soeur de Richmond ! Et deux des… « employées » sont toujours là ! Horreur, horreur glauque ! Protestations d'effroi ! Et frissons...

Mais il y a plus : les attracteurs de Richmond – des machines qu'il a développées (à base de pseudo-science « ta gueule c'est pseudo-scientifique »), et qui sont conçues pour débarrasser Londres de son smog (mais la métropole le veut-elle seulement ? le smog a ses avantages…). le projet est prometteur, même si loin d'être abouti – il serait assurément à même de valoir à son inventeur les lauriers du scientifique philanthrope... ou pas, car cela impliquerait malgré tout de minimiser la souillure nauséabonde du logis à Saint Nichol.

Mais voilà : ces machines ont un effet secondaire imprévu… qui est qu'elles attirent des fantômes ! (« Ta gueule c'est fantastique. ») Et parmi les âmes en peine qui rôdent autour des attracteurs, il y a la défunte soeur Christine… Or Richmond veut en savoir plus – sur elle, sur ce qui l'a amenée, et comment, à tenir un bordel, et sur les circonstances de son meurtre, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. L'aliéniste Prothero est chargé de disséquer la psyché d'une morte, avec laquelle il n'apparaît pas possible de communiquer.

Ce qui implique de s'installer sur place. Mais, dans cet ancien bordel, qui en a conservé quelque chose – comme la souillure indélébile de Saint Nichol –, les occasions ne manquent pas, pour un jeune et talentueux aliéniste, d'appliquer son savoir à des créatures plus classiquement vivantes. Et jusqu'à lui-même, sans doute, et plus encore quand il tombe follement (…) amoureux de la belle Jane, la plus raffinée des anciennes employées de Christine…

Ce résumé un peu tordu en témoigne, je suppose : Les Attracteurs de Rose Street est une novella complexe et très dense, où il se passe pas mal de choses très diverses. À vrai dire, le liant est parfois un peu lâche, et le sentiment de lire un récit passablement décousu est sans doute dans l'ordre des choses.

Et pourtant pas tant que cela ? C'est que le liant ne réside pas dans ces éléments d'intrigue disparates, mais dans l'ambiance et les thèmes – les vrais atouts de la novella, pour le coup autrement solides. Et si ce récit met tout d'abord en avant, via ces mystérieux « attracteurs », une quincaillerie connotée steampunk, c'est sans doute un leurre, un de plus, car le clinquant pulp n'est guère à sa place ici : il s'agit bien plutôt d'explorer l'âme humaine. Shepard s'amuse sans doute à respecter le cahier des charges, et il « cite », toutefois avec bien plus de finesse qu'il n'est d'usage dans ce registre très référentiel. Son Angleterre victorienne est imprégnée de références gothiques, on devine ici un Jekyll, là le souvenir d'un Frankenstein (malgré les années d'écart et le contexte tout autre), etc., mais l'essentiel est décidément ailleurs – en même temps que l'ambiance sous-tendue par ces clins d'oeil nécessaires, mais suffisamment discrets pour rester de bon goût, s'attache davantage à la description d'un Londres d'autant plus hypocrite qu'il est vicié, à l'instar de ce smog qui s'avère charrier le souvenir de défunts infréquentables. Finalement, machines et fantômes ou pas, on louche plutôt du côté des penny dreadfuls, surtout, et éventuellement du Portrait de Dorian Gray. La place centrale accordée au sexe dans cette affaire en témoigne tout particulièrement, avec la décadence fin-de-siècle qui va bien, tandis que les réflexions de Prothero, quand il fait l'aller-retour entre Saint Nichol et le Club des Inventeurs, ont quelque chose d'une prise de conscience – de ce que le vice suinte littéralement de la digne aristocratie des clubs, et qu'une prostituée, même formée professionnellement pour la mascarade, a plus d'âme et de personnalité dans ses comédies que tant de faux-nez et autres masques, qui jouent aux savants pour épater la galerie, mais sentent la charogne dès l'instant qu'on s'y arrête un peu.

En même temps, les éléments proprement imaginaires des Attracteurs de Rose Street ne sont pas pour autant totalement gratuits : si les machines de Richmond ont quelque chose d'un prétexte, elles sont cependant le moteur (...) d'une métaphore efficace et pertinente, qui distille insidieusement une sensation de vague malaise qui ne lâchera plus le lecteur jusqu'à la dernière page. Mais, bien sûr, les fantômes participent à leur tour de cette métaphore, et Lucius Shepard sait, au travers de ces êtres intangibles, susciter des tableaux puissants, dont on ne sait trop en même temps s'ils sont avant tout déprimants ou inquiétants.

Ou émouvants, ça n'est pas exclu non plus.

(Moi qui potasse Wraith en ce moment, j'y ai trouvé de beaux modèles, et mine de rien ça n'est pas toujours si commun dans le traitement littéraire ou cinématographique des fantômes.)

Finalement, cette novella n'est donc pas si décousue qu'elle en a tout d'abord l'air, car tout dans ce texte, du plus fantasque au plus prosaïque, dans l'éthéré comme dans le charnel, dans le céleste comme dans le matériel, unit les personnages dans une même ronde inquiète et finalement très humaine – les ambitions de Prothero comme la tendance au retrait de Richmond, les comédies de Jane comme les chansons d'ivrognes de la plus crue Dorothea, les fantasmes (eh) du bordel comme les impostures des clubs, et, toujours, derrière, les remords et les pensées inavouables, ce qui peut être dit et ce qui doit être caché, ce qui brille et ce qui souille, l'élévation et la sanie, et les paradoxes qu'implique nécessairement ce jeu des contraires qui sous-tend sempiternellement l'ensemble.

La plume de l'auteur, en évitant l'écueil de la virtuosité, sait se montrer juste et authentique avant tout ; elle sonne suffisamment victorien pour que l'illusion fonctionne, sans en faire trop. L'ambiance y gagne, et l'impact sur le lecteur n'en est que davantage renforcé.

Je n'irais pas jusqu'à faire des Attracteurs de Rose Street un des meilleurs titres de cette collection – globalement de bonne à très bonne tenue. Mais elle lui fait honneur, indéniablement. Et si je ne peux toujours pas prétendre avoir été retourné par ce texte, je l'ai suffisamment apprécié pour espérer d'autres traductions encore de Lucius Shepard, un auteur qui gagne décidément à être connu.
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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Le_chien_critique
  11 octobre 2018
L'aspirateur de Jeffrey tombe en panne, mais comme il n'a pas souscrit au contrat de confiance de Darty, il doit se rabattre sur un psy comme réparateur !
Résultat : un cluedo gothique et sulfureux doublé d'une revisite du spiritisme via un attirail scientifique.
Jadis, naguère, un vieux manoir dans un quartier malfamé de Londres. La création d'un inventeur réprouvé tourne mal et il fait appel à un aliéniste. Pourquoi faire appel à un psy plutôt qu'à un réparateur ?
Un manoir, un meurtre, un mystère, des fantômes, des secrets enfouis. Qui cache quoi ? Dans le brouillard londonien, nos repères vacillent et l'enquête paranormale va mettre à mal les conventions sociales.
Qui dit texte court dit souvent, à mon sens, personnages stéréotypés et/ou univers vite dessinée et/ou intrigue prétexte. Sur ce dernier point, je l'ai trouvé assez fade, l'auteur donnant rapidement aux lecteurs les clés de sa résolution. Par contre, côté ambiance et caractérisation des personnages, c'est du grand art. Je suis de suite entré dans l'histoire, les images venant d'elle même. J'ai même cette impression que dans quelques années, ce sont les images qui me resteront et je penserais avoir vu un film ! Avec même une apothéose finale. le style emporte le tout pour que l'on ressente au mieux le malaise des protagonistes.
Shepard retranscrit bien les rapports (dans tous les sens du terme) entre élite bourgeoise et bas peuple. Et au final, les frontières ne sont pas si étanches entre ces deux groupes que tout semble séparer, même en cette fin de 19ème siècle.
Un texte bourré de secret, de non-dit qui emprunte beaucoup à la psychanalyse. C'est ce côté qui m'a le plus chagriné, n'étant pas un adepte du bon docteur Freud. Je n'ai pas non plus apprécié l'inventeur Jeffrey Richmond, dont une partie du rôle consiste à faire le mystérieux personnage énigmatique et bourru.
Alors, reste la question finale : pourquoi faire un texte fantastique aux saveurs d'antan de nos jours ? L'hommage est réussi mais assez convenu à mon sens.
Première incursion dans l'univers de l'auteur, sa plume m'a cependant conquis, à moins que ce ne soit Griaule qui tire les ficelles, je vais aller voir cela de plus près.
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critiques presse (1)
Elbakin.net   20 septembre 2018
"Les attracteurs de Rose Street" parvient aisément à prendre le lecteur dans ses rets et laisse une image durable dans l’esprit de celui qui s’y aventure. En refermant pareil ouvrage, on ne peut que souhaiter que l’éditeur ait en réserve d’autres inédits d’une telle qualité.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   19 septembre 2018
Je vis un vieillard sur un perron, sa bouche édentée ouverte sur un sourire d'anticipation, occupé à étriper la carcasse écorchée d'un animal aussi gros qu'un shetland. Je vis deux prostituées prodigieusement grasses se rouler dans la boue, s'arracher les vêtements, leur chair pâle souillée d'immondices. Je vis ce qui ressemblait à un cadavre d'homme gisant à l'entrée d'une ruelle, un rat reniflant ses pieds nus, et, tout près de la maison de Richmond, je vis un enfant en haillons, les membres frêles comme des allumettes, que fouettait une créature au crâne rasé, vêtue d'un tablier impuissant à dissimuler ses mamelles et dépourvue d'un pantalon qui aurait pu cacher des jambes poilues et couvertes de croûtes. Toute cette misère grotesque, au sein de bâtiments en brique effrités et noircis par la suie, dont les étages se perdaient dans le brouillard, faisait de ces rues le fond d'un ravin comme il en court dans doute dans l'un des districts périphériques de l'enfer.
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kuroinekokuroineko   19 septembre 2018
Un fantôme n'est qu'une relique d'humanité, un lambeau de l'âme déchirée, pris au piège et s'agitant sur un clou métaphysique.
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JustAWordJustAWord   05 septembre 2018
Étrange, n’est-ce pas ? […] Penser que lorsque nous errons dans le brouillard londonien, l’étoffe évanescente d’autres vies se drape autour de nos capes et de nos manteaux, va même jusqu’à s’introduire en nous par la bouche ou les yeux ? Qu’autour de nous dérivent des ombres et des spectres, des êtres qui s’accrochent aux liens de la chair, de vieux amis et de vieux ennemis qui nous veulent encore du bien ou du mal ?
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kuroinekokuroineko   19 septembre 2018
(...) j'étais snob par association et non par nature (...).
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Videos de Lucius Shepard (3) Voir plusAjouter une vidéo
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