Alors oui, Kay et Cyril vont entre autres finir leurs jours dans une maison de retraite digne d’un vrai film d’horreur. Mais ils vont aussi se défiler à tour de rôle, envisager la cryogénisation ou carrément changer ensemble d’avis, se suicider étant assez ingrat dans un contexte de pandémie.
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C'est ce qu'imagine la romancière Lionel Shriver dans les douze scénarios qui composent ce roman à la fois drôle et pertinent sur la question de la fin de vie, et toutes celles, très nombreuses, qui s'y rattachent.
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Lionel Shriver y raconte l’histoire d’un couple de Britanniques, Kay et Cyril, qui décident alors qu’ils sont encore dans la force de l’âge, de se suicider ensemble le jour de leurs 80 ans. Ils ne veulent pas, comme le père de Kay, subir la déchéance de la vieillesse ou devenir un poids pour leurs enfants.
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Avec "A prendre ou à laisser", étourdissant roman sur les affres de la vieillesse, la romancière américaine s’attaque sans retenue à bien des sujets sensibles. Décapant !
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La virtuosité règne sur ces chapitres. À la fin, les deux héros vident une bouteille de cabernet. Et l’un d’entre eux regrette de ne pas avoir dit «merde» plus souvent.
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J'ai peut-être quatre-vingts ans, et je ne mérite peut-être pas de vivre plus longtemps, mais je n'arrive toujours pas à cerner ce que signifie être vivant et encore moins être mort. Je ne sais pas ce qu'est cet endroit, ou même s’il est réel, et encore moins ce qu'on est censés y faire et, si j'ai perdu mon temps, je ne peux toujours pas te dire ce que j'aurais dû faire à la place. Je ne sais pas plus qu'à cinq ans ce qui est important. Je continue d'avoir le sentiment qu'il y avait un truc à saisir, or j'aurais du mal à m'y atteler maintenant qu'il me reste (elle vérifia l'heure à sa montre) quatorze minutes !
-Tout au long de ce monologue insensé, fruit, sans aucun doute, de l'hystérie, Cyril fit preuve de patience.
-Je doute qu'on comprenne ce qu'est la vie tant qu'on ne l'a pas perdue, dit-il d'une voix apaisante en lui caressant la main. Peut-être sommes-nous obligés de sacrifier notre vie pour la comprendre. Quelle que soit la nature de ce que tu penses être censée « saisir », cela risque de t'échapper jusqu'à l'ultime révélation.
Kay fronça les sourcils.
-Pour vivre, il faut mourir ?
Cette traduction était sommaire, alors qu’il pensait avoir formulé sa philosophie de façon plutôt poétique pour un médecin.
(p.91)
Le paradoxe de ce placement d'office ne manquait pas de piquant puisqu'il réussissait à vous inciter à en finir au plus vite alors qu'il était censé vous guérir de cette pulsion.
- Alors, qu'est-ce qu'on a là ?
La quinquagénaire replète assise derrière le bureau remettait soigneusement en place une pile de documents qui n'en avait pas besoin. Sa bouche souriait mais pas ses yeux. Elle portait un de ces colliers tendance qu'affectionnait Theresa May. Son tailleur à carreaux cintré était d'un goût exécrable que seuls les stylistes de luxe étaient capables d'inventer et il émanait d'elle une bonne humeur malveillante.
- Kate et Cyrus ! Je suis la directrice de La Tombée du Jour, le docteur Mimi Mewshaw - mais je n'aime pas les manières et vous pouvez m'appeler « docteur Mimi ».
- Kay et Cyril Wilkinson, je vous prie, la corrigea Cyril. Par ailleurs, êtes-vous docteur en médecine ?
- Je suis tout ce qu'il y a de plus agréée, si c'est ce qui vous inquiète.
- Vous ne l’êtes donc pas, poursuivit Cyril. En revanche, je le suis.
- Mais bien sûr, roucoula docteur Mimi. À La Tombée du Jour, on a toutes sortes de résidents super importants. Napoléon, Batman, Jésus, pour n'en citer que quelques-uns.
(p. 159)
- S’il te plaît, jure-moi que tu n’écoutes pas cette Shriver. Elle est hystérique. Elle m’horripile à être aussi contente d’elle, on dirait qu’elle souhaite l’effondrement de la civilisation uniquement pour prouver qu’elle avait raison. Je ne supporte pas le son de sa voix.
Effectivement, une Américaine expatriée insupportable – encore une de ces Yankees anglophiles qui refusaient de retourner chez elles – répétait à l’envi sur Radio 4 qu’elle avait prédit la débâcle en cours dans un de ses bouquins. Une poignée de groupies crédules considéraient cette foldingue comme un Nostradamus des temps modernes. Les Madrigal ou un titre approchant, que Kay n’avait aucune envie de lire, n’évoquait absolument pas de pandémie, l’autrice en autopromotion essayait seulement d’écouler davantage d’exemplaires de son pamphlet d’un alarmisme irresponsable. (p.220-221)
(Les premières pages du livre)
La boîte du porte-savon
— J’AURAIS DÛ pleurer ? demanda Kay en se débarrassant de son gros manteau noir, parfaitement approprié en cet avril interminable au froid maussade digne d’un mois de janvier.
Seul changement notoire de ce printemps, Kay, qui d’ordinaire acceptait sans rechigner les rigueurs de l’hiver, leur vouait désormais une haine tenace.
— Il n’y a pas de règle, répondit Cyril en remplissant la bouilloire.
— Si j’en crois certaines normes bien établies, il y en aurait. Et, je t’en prie, je sais qu’il est un peu tôt mais je ne veux pas de thé.
Sans plus tarder, Kay alla chercher la bouteille d’amontillado sec dans le frigo. Elle avait avalé une gorgée de vin à la cérémonie et ne se voyait pas revenir à l’English Breakfast. Boire un verre à la maison à dix-sept heures trente relevait d’une faiblesse coupable, mais le caractère exceptionnel de cette journée l’autorisait à enfreindre le principe qui prévalait sous leur toit – principe tacite et néanmoins gravé dans le marbre – interdisant formellement d’ouvrir une bouteille avant vingt heures. Imaginer qu’elle noyait son chagrin était pure présomption. À vrai dire, le sentiment que lui laissait l’événement marquant de l’après-midi ne s’apparentait en rien à du chagrin. Il s’agissait plutôt d’une valse-hésitation entre faim et indigestion.
À la surprise de Kay, Cyril renonça au thé pour partager un verre avec elle à la table de la cuisine, sans oublier de découper au préalable deux zestes de citron vert. Des deux époux, c’était sans doute Cyril qui portait la responsabilité initiale du diktat de vingt heures, même si la trame de leurs habitudes s’était tissée depuis trop longtemps pour que quiconque en remonte le fil.
— Je pensais au moins être soulagée, lâcha-t-elle en choquant un verre ordinaire contre celui déjà posé sur la table en un toast sans panache.
Très pratiques, ces verres hauts et étroits rapportés de Barcelone avaient des proportions idéales, ce qui n’était pas le cas de la plupart des jolis services en cristal. Le fait qu’elle soit capable de s’intéresser à la forme des verres en un moment pareil ne faisait qu’accroître son impression d’être en décalage.
— Tu n’es pas soulagée ?
— À vrai dire, j’attendais que cette page se tourne depuis plus de dix ans. Ce qui peut sembler abominable mais ne te surprendra pas. Puisque maintenant nous sommes face à ce qu’on appelait dans le temps « l’inéluctable »…
— On ferait peut-être mieux de parler aujourd’hui de « l’éventuel », la coupa Cyril. Ou de « l’indéfiniment reportable ». Ou encore de « Chérie, à la réflexion, et si on remettait ça à la semaine prochaine ? ».
— Je ne me sens pas plus légère ni plus libre, j’ai plutôt l’impression de peser une tonne et de n’avoir aucune énergie. Avec le temps qu’il a mis à mourir, mon père a pompé toute la vie autour de lui. Il nous a peut-être même privés du peu de vitalité dont nous aurions eu besoin pour enfin fêter son décès.
— Quel gâchis, dit Cyril.
— C’est vrai, et si seulement ce gâchis s’était limité à la seule vie de Godfrey Poskitt et à sa fin tragique, mais non, il a débordé. Sur ma pauvre mère, sur les soignants, et même sur nos enfants, jusqu’à ce qu’ils arrêtent de rendre visite à mon père. Je me félicite de les avoir autorisés à ne plus jouer les petits-enfants redoublant d’amour. À quoi ça aurait servi ? La plupart du temps, il ne les reconnaissait pas ou il les abreuvait d’injures en remerciement de leur sollicitude. Et puis, il était dégoûtant, Dieu sait si ma mère et moi avons essayé de le maintenir propre, mais changer ses couches était une épreuve, il se débattait, donnait des coups de pied et, beaucoup plus gênant, il lui arrivait même d’avoir une mini-érection – mon père, quand même ! Alors on retardait le moment de le changer et, souvent, il puait.
— Malgré tout, deux de ses petits-enfants ont fait acte de présence aujourd’hui, c’est bien.
— Simon est venu, bien sûr. Il a le sens du devoir et des responsabilités chevillé au corps, à tel point qu’à vingt-six ans on croirait qu’il en a quarante. Je suis contente qu’il soit venu, ne serait-ce que pour ma mère, mais Hayley est arrivée en retard évidemment – histoire de faire une entrée remarquée et d’attirer tous les regards. Je parie qu’elle l’a fait exprès, elle a dû allumer la télé avant de partir pour être sûre de ne pas être à l’heure comme tout le monde. Quant à la dérobade de Roy, elle était prévisible. Être un petit-fils, voilà encore un engagement qu’il est incapable de tenir sur la durée.
— Pour en revenir au gâchis, dit Cyril en reprenant le fil de leur conversation, tu as oublié que tu en as été toi aussi une des principales victimes.
Mieux valait l’entendre de la bouche de son mari.
— J’hésite à calculer le nombre d’années de ma vie que la sénilité de cet homme m’a coûté.
— Au moins, tu as réussi, par miracle, à continuer à travailler. C’est ton temps libre que ton père a aspiré. Les soirées, les week-ends, les matins à l’aube, les déplacements en urgence à Maida Vale en pleine nuit. Des moments que tu aurais pu passer avec moi.
— Ce qui fait aussi de toi une victime ?
— Une de plus, effectivement.
Ne pouvant pas tenir en place, Kay se leva pour aller ramasser près de l’évier les miettes qui traînaient sur le plan de travail, avec un regard las pour la véranda en construction censée prolonger la cuisine : un chantier qui durait depuis deux ans et un énième dégât collatéral lié aux besoins infernaux de son père. Aujourd’hui, les enfants leur enviaient cette maison alors qu’au moment où Cyril et elle l’avaient achetée en 1972 – ils venaient de découvrir que Kay était enceinte de Hayley –, le pays était à genoux et le quartier de Lambeth aussi. Ce qui explique qu’une aussi grande bâtisse, même située au sud de la Tamise, ait été dans les moyens d’une infirmière et d’un généraliste du secteur public.
Construite sur trois niveaux auxquels s’ajoutait un grenier aménageable, la maison n’était bluffante que de l’extérieur ; on n’aurait même pas pu la qualifier de « pépite à retaper ». Dix-neuf ans de dépassements budgétaires et de désagréments plus tard, ils étaient enfin propriétaires d’un bien habitable. Les enfants avaient tendance à oublier que, petits, ils devaient enjamber des piles instables de planches pour aller aux toilettes ou secouer la tête pour se débarrasser des morceaux de placoplatre avant de partir à l’école. Ils ne se souvenaient pas non plus que leurs parents les exhortaient à se dépêcher de rentrer à la maison en sortant du métro car le quartier, à l’époque, était infréquentable. Et ils avaient encore moins eu conscience de la charge financière pesant sur les salaires d’un jeune couple payé par l’État et du risque, considérable, que l’intérieur délabré ne s’effondre comme un château de cartes. Tout ce que les enfants voyaient aujourd’hui, c’était l’imposante et respectable demeure de papa et maman, incarnation bourgeoise d’un certain statut social – maison qu’ils ne pourraient jamais s’offrir, pas avec des taux d’intérêt à quinze pour cent ; concernant Roy, si sa mère devinait juste, il s’imaginait déjà hériter du nid. Roy cherchait toujours des raccourcis.
Maintenant que son père était mort, elle aurait le temps de finir la véranda, mais son enthousiasme pour le projet avait largement décliné. Elle avait cinquante et un ans. Combien de temps vivraient-ils encore dans cette maison ? Ou plutôt, combien de temps leur restait-il à vivre ? Kay s’était figuré franchir l’étape cruciale de la cinquantaine avec panache – Regardez-moi ! Je me ris du temps qui passe et cette nouvelle décennie ne me fait ni chaud ni froid –, or ce genre de réflexions morbides ne lui avait jamais traversé l’esprit au passage des quarante ans.
— Je me demande si je n’aurais pas dû raccompagner ma mère après la cérémonie, lâcha Kay, en proie au doute. Percy a dit qu’il rentrerait avec elle pour lui tenir compagnie mais je connais mon frère, il ne s’attardera pas.
— Tu n’en as pas assez de te sacrifier ? maugréa Cyril. C’est bien les femmes ! Vous êtes toujours en train de vous plaindre de ce que vous vous occupez de tout le monde, et dès que vous avez un moment libre, vous proposez aussitôt votre aide à quelqu’un d’autre.
— On « propose » notre aide, comme tu dis, uniquement parce qu’on sait que personne d’autre ne le fera !
Sa colère les surprit tous les deux. Kay se reprit.
— Excuse-moi. On ne peut pas dire que je n’aie pas sollicité Percy, tu le sais. Mais Tunbridge Wells, c’est loin, et, bien sûr, il était trop affairé à trahir sa femme et ses enfants.
— Ce n’est pas très juste de ta part.
— Je ne dis pas qu’il a eu l’idée de devenir gay uniquement pour échapper à son devoir filial. Mais le fait est qu’il s’est servi de son homosexualité pour se défiler. « Je ne peux pas m’occuper de papa ce week-end parce qu’il vit mal mon coming out. » Bien sûr qu’il le vivait mal, il était né en 1897 !
— Ce n’est pas tant que les femmes soient toujours cantonnées au rôle de porte-bassin, c’est surtout un problème politique, déclara Cyril en se redressant avec l’autorité qu’elle lui connaissait. Le gouvernement doit s’engager davantage dans l’aide sociale. Ça ne devrait pas échoir à ta mère, à toi ou au reste de ta famille…
— Et pourtant c’est bien ce qui s’est passé, se passe et se passera quand toi et moi serons à notre tour des croulants. Même une aide minime de la commune, pour faire le lit (et on ne parle même pas d’aller te récupérer dans la rue quand tu divagueras), c’est inenvisageable. Les prestations sont accordées en fonction des revenus, or mon père était avocat.
— C’est vrai, les critères de revenus sont assez stricts…
— La commune n’enverra jamais personne te torcher le derrière si tu gagnes plus de vingt mille livres – et maman n’atteignait même pas ce seuil une fois payée la ribambelle d’aides à domicile. Pourtant elle ne pouvait prétendre à aucune aide sous prétexte qu’elle était propriétaire de la maison. Si tu n’as rien
(Dans cette version de l'histoire, un traitement médical permet d'atteindre à l'immortalité)
À en croire la rumeur, confirmée par la longévité étonnante de la cheffe de l’État, cette dernière fut une des premières bénéficiaires du traitement. Il se disait qu’elle avait commencé à prendre ses comprimés avec son gin-tonic du soir alors même que les essais cliniques, prometteurs dès le départ, étaient toujours en cours. Par conséquent, le pauvre Charles, prince de Galles, patient au-delà du possible, avait très peu de chances d’accéder un jour au trône. Lorsque le secret finit par fuiter, la duchesse de Cornouailles, Camilla Parker-Bowles, ne décoléra pas. Néanmoins, le pays dans son ensemble se réjouit. La reine Elizabeth II régnant à perpétuité, la monarchie était en sécurité et le tourisme marcherait à plein régime.
Après trois ans d'absence, près de 80 000 visiteurs, un record ! Revivez les moments clés de cette 52e édition de la Foire du livre de Bruxelles à Tour&Taxis
On se retrouve l'année prochaine, du 04 au 07 avril 2024 à Tour&Taxis !
Un immense merci à tous·tes les participant·es !
Merci à nos invités d'honneur Lionel Shriver et Pierre Bordage pour ces beaux moments et merci à Gabrielle Rosner-Bloch - Élue à la Culture déléguée au Patrimoine de la Région Grand Est, François Decoster - Vice-Président à la Culture, au patrimoine, aux langues régionales et aux relations Internationales de la Région Hauts-de-France, Pierre-Yves Jeholet - Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour leur soutien et leur prise de parole lors de notre cérémonie d'inauguration, Gregory Laurent - Commissaire général de la Foire du livre de Bruxelles
©Julien Kartheuser - Réalisation
Avec le soutien de la RTBF, La Libre Belgique, La Loterie Nationale, GSP2, La Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région de Bruxelles-Capitale, la Ville de Bruxelles, Wallonie-Bruxelles International et la Commission Européenne.
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