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EAN : 9782092576755
408 pages
Éditeur : Nathan (30/08/2018)

Note moyenne : 4.06/5 (sur 55 notes)
Résumé :
A priori, Caden Bosch est un ado de quinze ans ordinaire qui partage sa vie entre le collège, les jeux vidéos et ses amis. Mais, dans son esprit, il est aussi le passager d'un vaisseau lugubre voguant sur les mers déchaînées, entre un capitaine tyrannique et les monstres qui grouillent sous la surface. Car Caden se perd petit à petit entre hallucinations et réalité.

Ce roman est son voyage au plus profond des abysses, où il risquerait bien de se noyer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
Harioutz
  26 mai 2019
Le goût amer de l'abîme est un très beau et très poignant témoignage d'un ado, Caden Bosch, confronté à la schizophrénie.
Il me touche d'autant plus qu'un jeune adulte de ma famille, que l'on savait tous, et depuis toujours, un peu "perché", - ado souriant, mais introverti et solitaire, nous renvoyant l'image de ce que nous pensions être "sa particularité" - , nous a tous laissé sidérés le jour où il s'est logé une balle dans la tête ...
Je n'ai cessé de penser à toi, Nicolas, en lisant ces lignes.

Je recopie, ci-dessous, presque intégralement la note de l'auteur qui est très éclairante sur ce qui a motivé ce roman si particulier :
"Le Goût amer de l'abîme (Challenger Deep) n'est en aucun cas une oeuvre de fiction.
Les endroits où se rend Caden sont tous bien trop réels.
Aux Etat-Unis, une famille sur trois st touchée par le spectre des maladies mentales. Je le sais, pace que c'est le cas de la mienne.
Nous avons été confrontés à beaucoup de choses que Caden et ses proches ont eux aussi dû affronter. J'ai regardé quelqu'un que j'aimais voyager vers les abysses et je me suis senti impuissant à arrêter cette plongée.
Avec l'aide de mon fils, j'ai essayé de décrire à quoi cette plongée ressemblait.
L'atmosphère de l'hôpital et les sentiments de peur et de paranoïa, de manie et de dépression sont réels, tout comme l'impression d'être dans de la gélatine et la façon dont les médicaments peuvent nous anesthésier .../...
Mais la guérison aussi est réelle.
La maladie mentale ne s'en va jamais tout à fait, mais elle peut, d'une certaine manière, entrer en rémission.
Comme le dit le docteur Poirot, ce n'est pas une science exacte, mais c'est tout ce dont nous disposons, et cela s'améliore chaque jour, à mesure qu'on en apprend davantage sur le cerveau et l'esprit et qu'on développe de meilleurs traitements, plus ciblés.
Il y a vingt ans, mon ami le plus proche, qui souffrait de schizophrénie, a mis fin à ses jours. Mon fils, lui, a trouvé son morceau de ciel et s'est glorieusement échappé des profondeurs, devenant plus progressivement un Carlyle [un ancien malade toujours sous traitement devenu bénévole à l'hôpital psychiatrique] qu'un Caden.
Les esquisses et dessins de ce livre sont de lui, tous exécutés dans les profondeurs.
Pour moi, il n'existe pas d'oeuvre d'art plus importante au monde.
.../...
Nous espérons que ce livre apportera réconfort à ceux qui sont passés par là, en leur rappelant qu'ils ne sont pas seuls.
Nous espérons également que ce livre aidera les autres à compatir et à comprendre ce que c'est que de naviguer sur les eaux sombres et imprévisibles des maladies mentales.
Et quand l'abîme vous regardera - ce qu'il ne manquera pas de faire -, puissiez-vous regarder en lui sans frémir" .
Neal Shusterman
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argali
  27 août 2018
Si le début est lent et déroutant, on comprend rapidement que l'auteur nous entraine au plus près de la réalité vécue par Caden qui voit son univers chavirer peu à peu. Deux récits se mêlent ici, celui d'un adolescent comme tant d'autres ayant une famille, des amis et une scolarité normale et un récit sombre et complexe où le narrateur semble vivre sur un navire où un étrange capitaine et son perroquet commande un équipage singulier.
Au fil de cette lecture croisée, on découvre les premiers symptômes de la maladie mentale qui affecte lentement Caden. Conscient que quelque chose ne va pas mais incapable de le comprendre ou de l'expliquer, il va lentement plonger dans un abîme noir désespérant. Déroutante pour lui, son affection l'est aussi pour ses proches qui mettent ces changements sur le compte de l'adolescence.
Confronté lui-même à la maladie de son fils, l'auteur a habilement décrit les altérations du comportement et de l'humeur du jeune Caden ainsi que les bouleversements familiaux qui en découlent. On assite impuissant à la dégradation de sa santé : insomnies, réactions incongrues, irritabilité alternant avec des coups de déprime et enfin troubles du raisonnement et angoisses irrationnelles qu'il tente de cacher à son entourage.
Le second récit, au coeur d'un bateau dans la tempête, est celui de son hospitalisation et des soins reçus. Si dans le premier, on le voit s'enfoncer peu à peu, dans le second on suit ses lents progrès vers la guérison. Car si la maladie ne s'en va jamais tout à fait, une rémission est pourtant possible.
Ce roman bouleversant et fort décrit avec tact et précision une maladie encore mal connue et dont les malades et leurs proches n'ont pas toujours conscience. Il témoigne aussi de l'importance cruciale de l'apport et du soutien de la famille qui, malgré les grandes difficultés et les bouleversements profonds vécus par tous joue un rôle capital dans la guérison du malade. Ce récit maîtrisé d'un bout à l'autre est réellement percutant.
Illustré par les dessins du fils de l'auteur réalisés à différentes étapes de sa maladie, ce roman troublant apporte un témoignage puissant et juste touchant au plus près la réalité. Je reste cependant dubitative sur l'âge de lecture conseillé aux ados ; 14 ans me semble jeune, étant donné leur méconnaissance de la schizophrénie et la dureté des faits.
Merci aux éditions Nathan pour cet envoi coup de coeur.
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hashtagceline
  17 août 2018
Caden a quinze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur. A la maison, tout se passe bien et il est plutôt bien intégré au lycée. RAS.
Sauf que depuis quelques temps, Caden a parfois l'impression de ne plus être lui-même, de ne plus être en lui-même… Il se sent observé, menacé et de plus en plus déconnecté de la réalité…
En parallèle de l'histoire de Caden qui perd peu à peu pied, on suit les aventures d'un capitaine et de son équipage. Caden en fait partie. Sur ce navire, tout n'est qu'absurdité et désordre. Il y a un perroquet qui parle, des rats qui n'en sont peut-être pas dans tous les recoins du bateau, et des monstres tapis dans les profondeurs dans la mer. Dans ce chaos général, le capitaine néanmoins vise un objectif précis et apparemment, il a besoin de Caden.
Je ne vais rien vous spoiler puisque vous le saurez en lisant la quatrième de couverture, ce texte parle de la maladie mentale.
C'est un sujet qui a déjà pas mal été traité en littérature ado mais honnêtement, je ne sais pas si j'avais déjà lu quelque chose d'aussi percutant que le goût amer de l'abîme.
Il faut dire que Neal Shuterman sait de quoi il parle. Il connaît malheureusement bien le problème puisqu'il a perdu un ami atteint de schizophrénie. Et puis surtout, son fils souffre lui aussi de troubles mentaux... C'est d'ailleurs lui qui a réalisé les nombreux dessins qui accompagnent le texte.
Ce sont toutes ces expériences difficiles qui lui ont permis de s'approcher au plus près de la réalité vécue par tous ces malades et de nous décrire avec tant de justesse l'état dans lequel la maladie les plonge.
La grande force de ce texte réside dans le fait que le lecteur s'enfonce vraiment avec Caden dans les profondeurs de son esprit et touche de très près cette folie qui lentement gagne du terrain.
Il est difficile de mettre des mots pour expliquer et décrire clairement ce que peuvent ressentir des personnes qui souffrent de telles pathologies. Ici grâce à la construction parfaitement choisie et magistralement maîtrisée de son récit mais aussi grâce au point de vue adopté, Neal Shuterman réussit à nous faire entrevoir comment la maladie s'immisce petit à petit dans l'esprit. J'ai eu le sentiment de pouvoir comprendre les mécanismes, la façon dont l'esprit fonctionne alors quand la raison s'échappe. C'est très fort et tout à fait bluffant. Je me suis mise à la place, le temps ces 400 pages, dans la tête de Caden et de ses tourments.
J'avais l'esprit en vrac au gré des divagations du capitaine, du perroquet, de Caden et des autres. Mais j'ai aussi adoré ça.
C'est si bien écrit, c'est tellement pertinent. Et puis, derrière l'absurdité apparente, se cachent souvent des réfléxions loin de nous laisser indifférent. Enfin moi, ça m'a beaucoup parlé et fait réfléchir.
Le récit est très rythmé. Les chapitres sont courts débutant par des titres toujours pertinents et poétiques. On alterne et navigue entre moments de réalité et moment d'errance maritime.
On ne s'y perd pas. On avance, entre ces deux mondes qui cohabitent.
Caden est plus ou moins conscient de ce qui lui arrive même s'il ne le comprend pas complètement ou s'il n'en prend pas la pleine mesure. Il est le narrateur, perturbé. Ses troubles changent la vision de son monde, sur son entourage mais on saisit tout de même ce qui se passe. C'est terrible. Et c'est vraiment bien retranscrit. On sent la détresse de ses parents, impuissants. de sa soeur, qui est aussi celle qui le fait tenir.
Et puis surtout, il y a ce récit improbable et onirique où Caden évolue aux côtés de personnages fantasques menés par le capitaine mais aussi le perroquet, les deux figures qui s'opposent.
Ce récit, on ne saisit pas tout de suite quelle place il prend, ce qu'il signifie. Cela, on le découvre au fur et à mesure. On y croise un navigateur obsédé par les cartes, une figure de proue avec qui il se lie d'amitié, un mousse bienveillant mais aussi des cerveaux sauteurs et bien d'autres personnages tous plus apparemment fous les uns que les autres.
Mais rien n'est laissé au hasard.
Les deux récits se mêlent parfaitement l'un à l'autre. Tout est très cohérent dans l'incohérence des pensées de Caden. Tout s'imbrique à la perfection.
Vraiment, Neal Shuterman réussit un véritable coup de maître avec le goût amer de l'abîme.
Ce roman a été un choc et j'ai eu moi aussi du mal à refaire surface après l'avoir refermé.
A LIRE ABSOLUMENT.

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de_poudlard_a_anima
  20 juillet 2019
Le goût amer de l'abîme aborde le sujet des maladies mentales, et en particulier celui de la schizophrénie. J'ai tellement de choses à dire sur ce roman, mais j'ai si peur de vous gâcher le plaisir de sa découverte ! Neal Shusterman a su mettre son talent d'écriture au service de son roman, lui dont le fils est schizophrène et dont il s'est inspiré.
Caden est un adolescent à part. Comme dans sa tête, le livre est divisé en chapitres qui oscillent entre la réalité et le monde imaginaire qu'il s'est inventé, et dans lequel il est un matelot à bord d'un navire. Au début, comme s'il parvenait encore à faire la différence, les chapitres sont bien définis, les deux mondes bien distincts et, au fur et à mesure que l'on sent Caden se perdre en lui-même, les deux mondes se mélangent. le champ lexical de la mer, des bateaux, des pirates, commence à apparaître par touches dans le texte, en plein coeur du monde réel plus si réel que ça. On commence à remarquer des similitudes entre le monde réel du début et des éléments du monde imaginaire. Et on sent que l'on perd Caden, comme s'il nous échappait.
D'un point de vue du monde réel, Caden passe une grande majorité du roman interné dans un hôpital psychiatrique. Neal Shusterman développe alors la vie dans ces endroits ; à travers les yeux de la famille de Caden et de Caden lui-même.
En somme, c'est un roman très particulier, qui ne ressemble à rien d'autre. N'attendez pas de l'action à chaque page, une intrigue qui se développe. Non, le goût amer de l'abîme, c'est un roman qui tente de retracer ce que peut ressentir et vivre une personne atteinte de schizophrénie, et Neal Shusterman le fait d'une façon poétique, réaliste et immersive. J'avais trouvé le début du roman un peu long. En effet, lorsque l'on suit Caden dans sa vie de tous les jours encore un peu « normale, classique », il y a de quoi s'ennuyer. Cependant, au fur et à mesure de l'histoire et à mesure que Caden sombre dans sa propre tête, le récit devient très prenant et on a envie de savoir s'il va réussir à se sortir de tout cela.
Je ne peux pas recommander ce roman à tous car il a vraiment ses particularités et pourrait ne pas plaire, ne pas toucher tout le monde. Quoiqu'il en soit, c'est une histoire extrêmement poétique, loufoque, conduite par une plume irréprochable qui a su jouer avec les mondes, les mots, les émotions d'une main de maître. Je ne peux même pas exprimer à quel point je suis admirative de ce talent d'écriture qu'a Neal Shusterman. Il me tarde de découvrir les trois autres romans de cet auteur qui dorment toujours dans ma PAL.
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VibrationLitteraire
  23 octobre 2018
Enfin une description précise et juste de la schizophrénie dans la littérature Young Adult !
Dans ce roman, nous allons suivre Caden dans son combat contre cette maladie qui s'insinue insidieusement dans son esprit. On va alors découvrir sa famille, ses amis, mais aussi ses idées délirantes, son angoisse, et puis son vécu de l'hôpital et des traitements.
Beaucoup penseront de ce livre qu'il s'agit d'un roman étrange et malaisant… En effet, il est aussi décousu que les pensées du personnage principal sont désorganisées. On est en plein coeur du sujet dès les premières pages. Il n'y a pas de construction classique en chapitres comme dans la plupart des romans. Tout comme les pensées de Caden sont particulières, ce roman est singulier. On passe clairement du coq à l'âne c'est-à-dire de pensées délirantes incluant un navire pirate, belle métaphore de la maladie nous plongeant dans l'abîme, à des moments de réalité avec sa famille, ses amis, l'hôpital.
De plus, on va clairement voir Caden décompenser au début du roman. On n'est pas dans des clichés ou des préjugés, mais dans une description fine et exacte de cette maladie mentale. En effet, Neal Shusterman nous parle de son propre vécu en tant que père, mais aussi du ressenti de son fils tout au long de l'histoire. On retrouve absolument toutes les phases de la maladie chez certains patients, du délire aux tendances mégalomaniaques au vécu persécutif en passant par l'illusion des sosies de Capgras (quel bonheur de le voir décrit ici tout simplement par des masques sur les visages de ses proches !), mais aussi une bonne description de l'angoisse majeure ressentie par les patients… Tout est retranscrit avec simplicité et exactitude. On n'emploie pas de termes réservés aux psychiatres, pas de termes sémiologiques, juste une description simple et efficace d'un ressenti, d'idées délirantes, et de beaucoup d'angoisse.
Evidemment, le roman désorganisé en étonnera plus d'un et il pourrait ne pas plaire. Mais j'applaudis vraiment l'auteur et la maison d'édition d'avoir pris ce risque. C'est l'essence même de cette maladie : la désorganisation. Alors oui, au début, on a du mal à comprendre. Les chapitres de réalité s'intercalent entre des chapitres délirants de pirates en mer. Cependant, au fil du roman, le tout s'entrecroise pour mieux se distinguer par la suite. Ce roman nous offre vraiment une métaphore que j'ai énormément appréciée !
Enfin, via les autres patients de l'hôpital, on va pouvoir explorer d'autres formes de cette maladie, et même parler du risque suicidaire important chez ces patients. Vraiment, mon petit coeur de psychiatre a jubilé tout au long de cette lecture ! D'ailleurs, la famille n'est pas en reste. On va montrer à quel point cette famille est menée à mal devant la décompensation brutale, aidante, mais aussi démunie.
Le goût amer de l'abîme ne pouvait être qu'un coup de coeur pour moi au vu de l'exactitude dans la description de la maladie et cette singularité dans la construction du roman. C'est désorganisé, parfois métaphorique et d'autres fois tellement criant de vérité ! le délire et la réalité s'entrecroisent, le lecteur ne sachant plus vraiment à quoi s'en tenir non plus, tout comme Caden, qui cherche son chemin hors de l'abîme… On termine cette histoire avec un puissant message d'espoir qui m'a beaucoup plu !
Lien : http://vibrationlitteraire.c..
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Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
HarioutzHarioutz   25 mai 2019
Tes parents viennent te voir une fois par jour à l'heure des visites, comme un couple de robots mécaniques.
Tu te retrouves dans la salle de jeu et, tous les jours, tu supplies et négocies pour qu'ils te sortent de là.

- Il y a des fous, ici ! leur confies-tu à voix basse, pour que ceux dont tu parles ne t'entendent pas. Je ne suis pas comme eux ! Je ne devrais pas être ici !

Et même s'ils ne la formulent pas, tu lis la réponse de tes parents dans leurs yeux :
"Si, tu es comme eux, et si, tu dois être ici".
Tu les détestes pour ça.
- Tu ne vas pas rester longtemps, te dit ta mère. Juste le temps d'aller mieux.
- Si tu n'étais pas venu ici, insiste ton père, ton état n'aurait fait qu'empirer. Nous savons que c'est éprouvant, mais nous avons aussi que tu es courageux.
Tu ne te sens pas courageux et tu ne leur fais pas assez confiance pour les prendre au mot.
- On a une bonne nouvelle, t'annoncent-ils. Ton IRM est nickel. Ca veut dire que tu n'as pas de tumeur au cerveau ni rien de ce genre.

Jusqu'à ce qu'ils en parlent, que tu puisses avoir une tumeur ne t'étais même pas venu à l'esprit. Et maintenant qu'ils l'ont évoqué, tu doutes des résultats.
- Ca ne s'est pas trop mal passé, hein ? Le scanner ?
- Ca faisait beaucoup de bruit.
Rien que d'y penser, tes dents recommencent à s'entre-choquer.

Tes parents vont et viennent, vont et viennent. C'est ton seul repère pour compter les jours. Et ils parlent de toi quand ils pensent que tu n'écoutes pas - comme si, d'une certaine façon, c'était ton sens de l’ouïe qui avait été affecté, pas ton esprit. Mais tu les entends quand même à travers la pièce.
- Il y a quelque chose dans les yeux, maintenant, disent-ils. Je ne sais pas comment le décrire. Je ne peux pas les regarder.

Et ça te fait presque rire, parce qu'ils ne voient pas ce que tu voies quand tu regardes dans leurs yeux à eux. Dans les yeux de tout le monde. Tu vois des vérités que personne d'autre ne voit. Des conspirations et des connexions, aussi tordues et collantes que la toile d'une veuve noire.
Tu vois des démons dans les yeux du monde et le monde voit un puits sans fond dans les tiens.
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HarioutzHarioutz   26 mai 2019
Un peu comme la religion

Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas. Ce que je sais, en tout cas, c'est qu'il n'y a pas de "bon" diagnostic. Il n'y a que des symptômes et des formules pour décrire diverses séries de symptômes.
Schizophrénie, shizoaffectif, bipolaire I, bipolaire II, dépression majeure, dépression psychotique, obsessionnel-compulsif, etc., etc.
Les étiquettes ne veulent rien dire, parce qu'il n'y a jamais deux cases exactement pareilles.
Chaque patient est un cas particulier et chacun répond différemment aux traitements; on ne peut pas véritablement établir de pronostic.

Nous sommes, cependant, des créatures de confinement. Nous vouons que toutes les choses de la vie soient emballées dans des boites qu'on peut étiqueter.
Mais pouvoir coller des étiquettes ne signifie pas qu'on sache vraiment ce qu'il y a dans la boite.

C'est un peu comme la religion. Ca nous rassure de croire qu'on a défini quelque chose qui est, par sa nature même, indéfinissable.
Pour ce qui est de savoir si, oui ou non, on a vu juste, eh bien, tout est une question de foi.
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HarioutzHarioutz   26 mai 2019
L'es-tu ou l'as-tu jamais été ?

Mes parents se demandent si je suis, ou si j'ai jamais été, suicidaire. Mes médecins se le demandent. Les questionnaires d'assurance se le demandent.
Ce n'est pas comme si je n'y avais pas déjà songé, comme ça - surtout quand la dépression m'enfonce ses sales griffes -, mais est-ce que j'ai déjà franchi la ligne en me montrant suicidaire ? Je ne crois pas.

Dès que ces pensées jaillissent, ma sœur devient mon mécanisme de sécurité.
Mackensie serait bousillée pour le reste de sa vie avec un frère suicidé. Certes, le fait que je continue à vivre pourrait la rendre malheureuse, mais le malheur est le moindre des deux maux. Un frère qui pose problème est pus facile à supporter qu'un frère qui posait problème.

Je n'arrive toujours pas à déterminer si le suicide est un acte de bravoure ou de lâcheté. Ni à savoir si c'est se montrer égoïste ou altruiste.
Est-ce c'est qu'un acte ultime de renoncement à soi ou une pauvre preuve de maîtrise de soi ?
On dit qu'une tentative ratée est un appel au secours.
C'est sans doute vrai si la personne voulait effectivement se rater.
En même temps, je pense que la plupart des tentatives ratées ne sont forcément pas toutes sincères, parce que, soyons honnêtes, si on a envie de se supprimer, il y a des tas de manières de s'assurer que ça marche.

N'empêche que si on a besoin d'approcher la mort de si près juste pour crier au secours, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas quelque part.
Soit on n'a pas crié assez fort au départ soit les gens autour de soi sont sourds, bêtes et aveugles.
Ce qui me laisse penser que ce n'est pas un cri pour appeler au secours, mais plutôt un cri à prendre au sérieux.
Un cri pour dire : "Je souffre tellement que, pour une fois, le monde doit s'arrêter de tourner pour moi".

La question c'est : et après, qu'est-ce qu'on fait ?
Le monde s'arrête et vous regarde, étendu là avec vos blessures pansées ou votre estomac vidé, et vous dit :
- Allez-y, je vous écoute.
La plupart des gens ne savent pas quoi faire de ce moment s'ils y ont droit.
Autant dire que ça ne vaut vraiment pas le coup d'aller jusque-là.
Surtout si cette tentative ratée réussit sans faire exprès.
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HarioutzHarioutz   25 mai 2019
Cendrier mystère

Personne ne me veut de mal au lycée.
C'est ce que je me dis chaque matin après avoir vérifié aux infos qu'il n'y a pas eu de tremblement de terre en Chine.
Je me le redis quand je me dépêche de changer de salle de classe.
Je me le répète les fois où je croise celui qui veut me tuer, même s'il n'a pas l'air de savoir que j'existe.

- Tu réagis de manière excessive, m'a dit mon père.

C'est peut-être vrai, mais ça implique qu'il y a de quoi réagir.
Quand je vais mieux, j'ai envie de me foutre des baffes tellement c'est stupide de penser que ce type m'en veut à mort.
Qu'est-ce que ça dit de moi, hein, si quand j'ai envie de me mettre des claques, c'est signe que ça va mieux ?

- Tu dois te recentrer, me répète ma mère.

Elle est à fond dans la méditation et la nourriture vegan crue.
J'imagine que c'est sa manière de réagir face au dégoût qu'elle ressent à déloger les morceaux de viande coincés entre les dents des gens pour gagner sa vie.

Mais recentrer, c'est plus facile à dire qu'à faire.
J'ai appris ça dans un cours de céramique.

La prof donnait l'impression qu'il n'y a rien de plus simple que de réaliser un vase, sauf qu'en réalité, ça demande beaucoup de précision et de savoir-faire.
On balance la boule de terre exactement au centre du tour de potier, puis on enfonce fermement ses pouces au milieu pour l'élargir, millimètre par millimètre.
Mais à chaque fois que j'essayais, j'avais à peine commencé que mon vase se déformait et se déséquilibrait.
Chaque tentative pour le remettre d'aplomb, ne faisait qu'empirer les choses, jusqu’à ce que la lèvre parte en lambeaux, que les flancs s'affaissent et que je me retrouve avec ce que la prof appelait un "cendrier mystère", rejeté sans façon dans le grand seau de terre.

Alors que se passe-t-il quand ton univers commence à se déséquilibrer et que tu n'as pas la moindre expérience pour le recentrer ?
Tout ce que tu peux faire, c'est te lancer dans une bataille perdue d'avance en attendant que ses murs s'effondrent et que ta vie devienne un immense cendrier mystère.
+ Lire la suite
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HarioutzHarioutz   25 mai 2019
Fièvre

Quand j'étais plus jeune et qu'on s'ennuyait comme des rats morts avec mes amis au centre commercial, on jouait à un jeu spécial.
On l'avait baptisé :"La fièvre acheteuse des psychopathes".
On choisissait quelqu'un dans la foule, ou un couple, des fois toute une famille - même si, dans l'intérêt du jeu, c'était toujours mieux de sélectionner une personne faisant ses courses seule.
Ensuite, on inventait une histoire sur ses motivations secrètes.
En général, ce projet inavoué impliquait une hache et/ou une tronçonneuse et une cave et/ou un grenier.

Une fois, on s'est mis d'accord sur une petite vieille dame qui clopinait, affichant une telle détermination sur son visage que nous avons décidé qu'elle ferait la parfaite serial killeuse du jour.
Nous avons imaginé qu'elle achetait des tonnes de choses au centre commercial - bien plus qu'elle ne pouvait porter - et qu'elle se ferait tout livrer.
Puis elle capturerait le livreur et le tuerait justement avec ce qu'il lui apportait.
Elle avait toute une collection d'armes du crime flambant neuves et de livreurs UPS morts dans sa cave et/ou son grenier.

On l'a suivie pendant une vingtaine de minutes. On trouvait ça hilarant ... jusqu'à ce qu'elle entre dans une coutellerie pour y acheter un beau couteau de boucher tout neuf.
On a trouvé ça encore plus hilarant.

Mais quand elle est sortie du magasin, j'ai croisé son regard - défi que je m'étais lancé.
Je sais que ce n'était que dans mon imagination, mais j'ai saisi dans ce regard une lueur de cruauté et de malveillance que je n'oublierai jamais.

Ce regard, je le retrouve partout ces temps-ci.
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Vidéo de Neal Shusterman
MidMerica, milieu du 3e millénaire. Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel (une « Serpe »). Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité. Mais seul l’un des deux adolescents sera choisi comme apprenti à part entière, et lorsqu’il devient clair que la première tâche du vainqueur sera de glaner la vie du perdant, Citra et Rowan se retrouvent dressés l’un contre l’autre bien malgré eux…
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