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EAN : 9782070139095
240 pages
Gallimard (03/01/2017)
4.07/5   29 notes
Résumé :
«La plante t'envoie parfois le tigre. Il est comme toi, jeune et fougueux, maladroit, la patte large, percluse de griffes. Il saute sur ta poitrine et ton corps s'alourdit. Ton souffle s'éteint presque, tandis qu'il t'emporte, les yeux larges, les babines retroussées. Tu chasses avec lui. Tu t'embusques. À la nuit, ta prunelle s'élargit et la voix qui s'échappe rugissant de ta gorge résonne si loin que tu t'arrêtes parfois, te retournes... et ne trouves que toi. Cet... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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Cacha
  23 octobre 2017
Le titre est en raccord avec le contenu du livre, qui cependant offre bien plus que cela.
L'autrice, qui connaît bien cette région, recueille les souvenirs d'un vieillard attachant, un des derniers chamans d'une tribu amazonienne.
Dans une langue poétique, elle nous raconte non seulement une éducation chamanique, mais aussi l'évolution d'une société primitive vers la société capitaliste actuelle. Nous assistons à la destruction d'un peuple et d'une civilisation, d'abord brutalement à cause des maladies apportées inconsciemment par les blancs puis par les conversions forcées, la cupidité et la violence des colonisateurs.
Non que la violence soit absente du monde primitif, cependant, les forces du mal étant puissantes dans la forêt aussi.
Anne Sibran constate les faits avec une bienveillance lucide.
Elle nous montre une autre façon d'être, un monde dans lequel l'homme doit composer avec la nature, la respecter (en remerciant l'animal qu'il chasse par exemple) et où la magie est omniprésente.
Voilà une lecture qui peut changer notre regard sur la nature et sur les peuples dits non civilisés, qui sont parfois (mais pas toujours) bien plus sages que nous.
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Powoui
  22 mars 2017
Le chaman Lucero Tanguila avoue : il n'a pas les yeux pour lire, il est aveugle devant le livre.
« […] je te réponds que si tu n'as pas les yeux pour le livre, moi je n'ai pas les yeux pour la forêt. On n'apprend pas dans les écoles à regarder vraiment le monde, à l'écouter. J'écris pour noter ce que je vois, ce que je sens. Comme à surligner les instants. La page retient ce qui m'échappe, dans ce foisonnement de jungle, elle m'aide à ne pas oublier ce que je vis avec vous. » – p. 43
Merci à Anne Sibran d'avoir écrit, noté et de nous avoir livré cette belle histoire qu'est celle de l'enfance d'un chaman. Si elle dit ne pas avoir les yeux pour voir la forêt, elle a cependant le don de conter et de coucher sur le papier les sentiments, les émotions, les balades et ces histoires si cruelles et si tendres à la fois… Dès les premières pages -non, dès les premiers mots !- la langue d'Anne Sibran envoûte. Elle nous prend par la main pour la suivre petit pas par petit pas dans un voyage si singulier, si juste et si plein d'humanité et de sagesse. Un voyage à travers la forêt mais aussi dans le temps, derrière un jeune chaman de huit ans à peine laissé seul pour son initiation à l'herbe du tigre, au « remède », et derrière les traces de ce même chaman des années plus tard. Un voyage dans la peau du tigre ou de celui du serpent, dans la peau écailleuse du Boa à travers laquelle on découvre toute la nature environnante, les qualités et les travers de l'Homme, où l'on apprend à apprivoiser chaque être, à commencer par soi-même.
Quelle belle écriture, quelle poésie ! C'est si beau qu'il en devient difficile de trouver les mots justes pour décrire une lecture si singulière. Ceux d'Anne Sibran sont à la fois doux et puissants. J'aimerais tant rester dans le verbe à fleur de peau, et vous murmurer tendrement à l'oreille pourquoi lire Enfance d'un chaman, ou le scander et le crier au monde tel Baltazar Tanguila, l'oncle de l'enfant, qui crie à la forêt.
« Sentant la chaleur affluer dans ses veines, Baltazar Tanguila s'ébroua lentement. La faim revenait. Il attrapa une des bêtes blotties sous ses cuisses pour la croquer comme un fruit. le sang éclaboussé sur ses lèvres réveilla une joie. Il lança son cri vers le ciel. Un nuage de perroquets s'envola en hurlant. » – p. 57.
Ou comme le cri du petit Lucero à ses huit ans, bien seul…
« Comme c'est le premier cri d'homme dans cette forêt intacte, il déchire la nuit naissante pour revenir aussitôt vers toi. L'écho est si pur de cette rage ricochant sur les troncs que tu prends peur que l'on t'entende. Que les esprits accourent, qu'ils t'envoient des visages grimaçants, des bêtes énormes, qu'ils fassent germer ces terreurs qui t'habiteraient à chaque instant. » – p. 17
Enfance d'un chaman est un livre à dévorer comme on boirait les paroles d'un conteur, un récit captivant mêlant passé, présent et futur comme le temps que savent apprivoiser les chamans.
« le temps vous vient de partout, comme les rayons du soleil, il vous chauffe, il vous perce, semble s'éteindre parfois. Il ondule, tourne en rond. Vous ne connaissez pas ce futur qui recule devant nous à mesure que l'on avance. Qu'un temps intense et un temps mou. Vous ne connaissez pas non plus ce passé révolu, tombé derrière comme une mue. Vos seuls repères sont les contes. Ils traversent vos vies avec des pieds de métronomes pour y mettre un peu d'ordre et de poésie à la fois. » – p. 199
Une lecture pleine de poésie, de sagesse, une belle leçon de respect de la nature et de l'autre. Soyons heureux de ne pas être aveugles devant les mots, tant ceux d'Anne Sibran sont beaux !
Je ne remercierai jamais assez les éditions Gallimard et Babelio de m'avoir fait découvrir ce beau roman et la plume d'Anne Sibran. Mille excuses encore pour le temps qu'il m'a fallu pour trouver les mots...
Lien : https://horspistes.wordpress..
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duthyrobert
  06 janvier 2017
Un livre dans lequel je suis entré sans attente tant j'ai l'impression d'être éloigné de l'univers chaman.
Et puis il y a les mots d'Anne Sibran. Je sortais juste de l'ouvrage d'une autre auteure dont je me disais qu'elle "se la racontait".
Anne Sibran, elle ... nous la raconte. Elle nous raconte une histoire à la fois singulière (celles de l'enfance et de la vie d'adulte d'un chaman) et universelle (son récit a quelque chose de quasi biblique... d'une bible qui parlerait des plantes, des arbres, des pierres et des animaux et non des dieux). Une Histoire avec un grand H qui est aussi un récit effrayant de notre monde et de ce qu'il fait subir aux tribus qui vivent dans les forêts, près du fleuve. Anne Sibran a un merveilleux talent de conteuse.
Un livre dont je n'attendais rien disais-je... et qui m'a pourtant beaucoup donné. Un livre dont on a envie de remercier l'auteure, de la rencontrer.
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Cyelle
  13 février 2018
Recueil d'une éducation chamanique en tribu amazonienne, laissez-vous vous imprégnez d'une nature, une forêt, une culture amérindienne.
Une ode à la forêt et à son esprit, et pourtant abîmée par une colonisation capitaliste. Un peuple dévitalisé par une colonisation et ses maladies. L'auteur nous conduit à s'unifier à nouveau avec la nature, composer avec son environnement et sa magie.
Le récit est poétique et descriptif. Je suis peu enclin à la description et pourtant nécessaire pour réveiller un monde sensoriel.
Il m'a manqué quelque chose ... je cherche encore ... Néanmoins, une lecture qui m'invite à conduire ma prochaine lecture vers la vie secrète des arbres.
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isanne
  04 mars 2017
J'ai lu ce livre dans le cadre de la Masse Critique et je remercie Babélio et les éditions Gallimard de "me l'avoir déposé entre les mains"! Peut-être ne l'aurais -je jamais découvert sans cela....Et cela aurait été dommage !
Si vous cherchez un livre "différent" de ce que l'on peut lire en général, avec un sujet aussi original que source de connaissances, et surtout un style à la fois poétique et envoûtant, ce livre est le vôtre.
Dès les premières pages, le tutoiement de l'écrivain comme style narratif et les peurs du petit garçon qu'on "offre " à la nature vous empêcheront de reposer ce récit avant de l'avoir terminé...
Belle découverte à vous !
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Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
InesRicordelInesRicordel   31 mars 2017
Combien existe-t-il de peuples qui osent aujourd'hui s'adresser à une plante à voix haute ? Tu réveilles une mémoire ancienne, ranimes dans la parole ce mélange de prière et de magie, caché dans les ourlets de la langue, à ses zones de lisière. Cette force d'incantation, ce souffle d'inattendus. Ce désir immodéré d'être entendu par les arbres et les pierres. De revenir au monde. De l'honorer.
Le feu éteint, la nuit s'avance, tu chantes encore. La lune à mi-ciel déjà, un vent de nuit s'approche de l'autre côté du fleuve. Je l'entends qui empoigne les arbres, les froisse l'un après l'autre, marche sur les cimiers. Ton chant s'y cogne, s'y éparpille, quand le souffle dégringole jusqu'à nous, chargé du sucrin des fruits de palmes, que les chauves-souris grignotent avec des bruits métalliques, une faim d'ailes battues. Plus loin, une chouette soupire. Puis un buisson clignote sous la raucité du crapaud.
Ainsi tu chantes jusqu'au lever du jour, mélangeant ta parole avec les voix de la forêt … 
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duthyrobertduthyrobert   06 janvier 2017
La qualité du silence d'un homme présage souvent de la profondeur de sa parole. Et je sais que pour toi le mot est précieux. Tu parles avec parcimonie et seulement à certaines heures. Toujours en dehors de la lumière, de la routine de tes journées.
La certitude qu'à chaque instant tout écoute et donne à tes mots une autre portée. Ce qui explique sûrement ce suspend, chaque fois que tu vas te mettre à parler, cette façon de dresser l'oreille vers les arbres, de veiller à ne jamais couper la parole à la forêt.
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collectifpolarcollectifpolar   13 février 2020
Je suis l’enfant du fleuve,
d’un peuple cent fois mort
mais qui toujours renaît.
Le fils de l’homme à la sarbacane
le grand souffleur d’oiseaux,
le fils de la femme-fleur,
mordue par le serpent.
Je suis l’enfant des ruisseaux
sauvé par la loutre,
Lucero Tanguila,
né le jour du volcan,
le neveu de l’homme-tigre,
qui mord le cou des panthères
et plante les enfants
dans le ventre des femmes
qui lui portent une soupe.
Je suis celui qui s’est dressé
devant le fauve aux yeux luisants.
Celui dont la mort n’a pas voulu,
ce soir,
celui dont la mort ne voudra pas !
+ Lire la suite
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collectifpolarcollectifpolar   13 février 2020
Tes yeux remontent le tronc du palmier jusqu’aux grappes de fruits rouges, en même temps que tu ravales à chaque gorgée cette terreur qui t’envahit à mesure que tu comprends.
— Tu ne feras pas de feu et ne mangeras rien d’autre que les fruits de la palme... Et surtout tu prendras cela.
Il te tend un petit sac de toile.
— Deux pincées dans la bouche, le matin quand tu t’éveilles et avant de t’endormir. C’est une plante forte, une « herbe à tigre », elle brûle au début, griffe l’intérieur du ventre, il te faudra apprendre à la maîtriser... Mais tu sauras.

« T’endormir ? » répètes-tu doucement. Tu regardes autour de toi ce sol hérissé d’épines, de racines, de lianes et de buissons. Ton père parle encore. Le découragement est si profond que tu l’écoutes à peine tandis qu’il pose devant toi un couteau, un bracelet de plumes, une pierre blanche et ronde, une flûte taillée dans un os fin.
— La lune est neuve. Je reviendrai te chercher dans un mois.
Il a dit ces derniers mots très vite, et comme le timbre de sa voix a changé tout à coup, avec une hésitation, un élan refréné, tu lèves la tête vers lui. Puis tu te dresses affolé, tu l’appelles, car il n’est plus là, ton père. Tu le cherches. Il est parti déjà.

« Alors, m’as-tu raconté, je me suis rassis sur ma pierre et j’ai pleuré. J’avais huit ans, tout juste. Pleuré jusqu’à la nuit. »
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PowouiPowoui   23 mars 2017
Je ramasse tes mots sous les arbres, Lucero Tanguila : gouttelant ou parcourus par les insectes, traversés de souffles et de cris. Cette forêt infusée dans le verbe, jungle de pleins et de déliés. Paroles de lianes à l’assaut des grands troncs, avec le timbre ombreux du chant enraciné dans la moiteur, germé partout en métaphores jusqu’en ses moindres pourrissements. 
Le bonheur de ces mots vivants plantés en phrases drues, implacables et sonores comme des rideaux de pluie.
J’écris derrière tes traces, Lucero Tanguila, pour promener le livre dans la boue, rendre la page au monde.
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Videos de Anne Sibran (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anne Sibran
Anne Sibran - Dans la montagne d'argent .Anne Sibran vous présente son ouvrage "Dans la montagne d'argent" aux éditions Grasset. Rentrée littéraire 2013. http://www.mollat.com/livres/anne-sibran-dans-montagne-argent-9782246803119.html Notes de Musique : Andes Les flu?tes du soleil - 12 - San Benito
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