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EAN : 9791030704464
384 pages
Au Diable Vauvert (16/09/2021)
3.96/5   14 notes
Résumé :
Voici la première édition non-clandestine du manuscrit de Timur Maximovitch Domachev, journaliste trouvé mort d’une balle dans la tête le 20 février 2028, à Mertvecgorod, alors qu’il enquêtait sur des féminicides en série.

Entre l’audace narrative de Bolaño, la noirceur cyberpunk de Dantec ou le post-exotisme de Volodine, les chroniques de Mertvecgorod explorent les bas-fonds d’une socié... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
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JustAWord
  26 juin 2021
En Mars 2020, Christophe Siébert créait la surprise avec le premier volume des Chroniques de Mertvecgorod. Nommé au Grand Prix de l'Imaginaire et acclamé par la critique, le français frappait fort et dur.
Un peu plus d'un an plus tard, il récidive avec Feminicid, deuxième ouvrage autour de Mertvecgorod et de ses atrocités.
Avec un titre aussi évocateur (et provocateur), Siébert offre aux lecteurs une habile expérimentation littéraire qui oublie le fix-up de nouvelles pour du journalisme d'investigation et de la théorie du complot à foison.
Sauf qu'à Mertvecgorod, lorsque les cadavres s'entassent, le complot et l'entreprise macabre ne font aucun doute…
Pour cette deuxième incursion dans la République Indépendante de Mertvecgorod (RIM), Christophe Siébert rassemble tout ce qu'il a déjà écrit sur ce pays imaginaire (et où tous les enfants sont perdus depuis toujours) pour développer l'un des textes contenus dans Images de la fin du monde.
Il porte son dévolu sur Feminicid, article d'un certain journaliste de Mertvecgorod du nom de Timur Domachev dans lequel celui-ci menait l'enquête sur des centaines de meurtres de jeunes femmes retrouvées (ou pas) dans l'un des secteurs de la mégalopole, rajon 14.
Souvent atrocement mutilées, les victimes avaient fini par attirer l'attention de la population mais aussi des autorités qui niaient purement et simplement le côté systémique de cette entreprise meurtrière pour accuser quelques dizaines de coupables trop évidents aux intentions plutôt floues…
C'était aussi l'occasion pour Christophe Siébert d'imaginer une sorte de virus empathique, le blagočestie, qui permettait à certains habitants de Mertvecgorod de communiquer avec les victimes de ce feminicid (entraînant la constitution d'une secte et la tenue de réunions quasi-mystiques après chaque découverte macabre au coeur du rajon 14).
En reprenant ces éléments, le français va imaginer une enquête entière de la part de Timur Domachev autour de ce feminicid et la faire coïncider avec toute la mythologie déjà connue par le lecteur à propos de la sinistre Mertvecgorod.
Nous revoici donc dans la capitale grisâtre où le trafic d'ordures, d'organes et de drogues se porte toujours aussi bien et où la pollution ambiante refile le cancer à une proportion ahurissante de miséreux et de laissés-pour-compte.
L'atmosphère post-soviétique à la Volodine reste la même, le goût pour le gore, la violence, la pauvreté, le sexe et les notes d'humour grinçant également.
Lecteurs d'Images de la fin du monde, vous ne risquez guère le dépaysement (et les autres, vous devriez déjà filer lire ce précédent coup de poing littéraire pour pouvoir profiter au plus vite de Feminicid…parce que Siébert n'a pas décidé de lever le pied).
Feminicid retrouve donc toute l'histoire et les personnalités politiques corrompues d'Images de la fin du monde pour élargir son univers d'une façon tout bonnement stupéfiante. Christophe Siébert prend le prétexte de son enquête pour relier tous les fils (ou presque) de son monde en niveaux de gris afin d'accoucher d'une oeuvre encore une fois puissante, subversive, glauque et cruelle.
Mertvecgorod, ancien goulag, décharge de l'ex-URSS puis repaire des oligarques les plus décadents et sanguinaires de toute l'Europe de l'Est.
Mertvecgorod, encore et toujours à la lisière entre un capitalisme mortifère qui détruit toute notion de moralité et cette étrange résilience slave post-soviétique qui fleure bon l'autoritarisme et la milicia.
Découpé en plusieurs parties, Feminicid suit l'enquête minutieuse de Timur Domachev qui va creuser encore plus loin que dans le précédent ouvrage à propos de certains personnages que l'on connaît désormais très bien. le Clan des 4, le Svatoj, l'amiral Doubinski, les membres de la Danse de la mort…. Christophe Siébert opère une vaste opération de relecture pour relier les différents récits et construire de toute pièce une théorie du complot autour du feminicid…une théorie du complot qui n'en est d'ailleurs pas une.
Derrière le drame, des personnages puissants, des sadiques, des monstres, des fanatiques. L'horreur de Feminicid va crescendo, pioche dans toutes les formes, des plus graphiques aux plus psychologiques et délivre un message sur la considération du monde actuel envers les femmes qui meurent. C'est à dire quasiment aucune. Pas étonnant d'ailleurs de se rendre compte que l'auteur dédie son livre aux victimes d'un vrai féminicide, celui de Ciudad Juarez au Mexique. Si Mertvecgorod et son monde pourri jusqu'à l'os peut sembler fictif au premier abord, la réalité rode toujours derrière les inventions macabres de Christophe Siébert, comme un fauve prêt à bondir, comme une Chasse Sauvage prête à déferler.
Mais là où Feminicid impressionne, c'est par la constante réinvention qu'il nous offre. Christophe Siébert ne se contente pas d'une enquête policière lambda (et cela aurait été bien difficile quand on connaît un peu l'univers).
Ici, le récit du journaliste s'imbrique avec des morceaux de pages Wikipédia fictives, des patchworks de légendes païennes, des témoignages et des aveux, des articles de journaux, des chronologies et des notes, des analyses d'oeuvres d'arts et même un roman dans le roman.
L'expérimentation littéraire rappelle parfois certains passages de la Maison des Feuilles sauf que l'on frôle dangereusement le snuff-movie et l'indicible, englué dans l'horreur toujours plus profonde et pénétrante qui suinte de Mertvecgorod. Christophe Siébert n'a toujours aucune limite, et c'est tant mieux puisque l'expérience finale n'en est que plus radicale.
Pour parfaire le tout, l'auteur français plonge à plusieurs reprises dans un fantastique horrifique du plus bel effet qui convoque mythes cthulhiens, rituels sataniques et autres orgies sexuelles transgressant tous les tabous.
Feminicid constate le coeur noir des hommes et se lave dans le sang des coupables comme des innocents, faisant perdre pied à son lecteur au fur et à mesure de la descente, réinventant la figure de Dracula pour mieux lui rendre justice, invoquant des puissances obscures pour asseoir la sinistre histoire de la mégalopole. Tout semble même tourner à la folie à mesure que l'enquête avance, l'espoir n'en finissant pas de crever et l'horreur de submerger la page.
Le goût affirmé et revendiqué pour l'underground et les légendes urbaines donne une saveur très particulière à cette enquête, quelque chose de viscéral, de poisseux qui colle à la peau et à la langue jusqu'à la dernière page.
Si Feminicid veut rendre justice aux corps oubliés et martyrisés des femmes-objets, défigurés par la superstition, la misère et la connerie humaine, c'est aussi pour dénoncer le pouvoir de l'argent qui rend intouchable et permet les choses les plus terrifiantes à l'abri des regards et des lois. Derrière les murs de Mertvecgorod, l'horreur engendre l'horreur et l'injustice semble ne jamais finir, peu importe si les responsables meurent, d'autres prendront toujours leur place.
C'est un nouveau tour de force narratif que nous offre Christophe Siébert avec cette enquête expérimentale qui unifie un univers passionnant et terrifiant pour en faire un symbole de la corruption morale de notre monde moderne. Feminicid accumule les trouvailles narratives et les personnages marquants, voyage dans le temps et dans les bidonvilles de la Zona, terrorise et intrigue encore et encore. Définitivement l'une des oeuvres littéraires les plus marquantes de ces dernières années.
Lien : https://justaword.fr/feminic..
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Stelphique
  12 octobre 2021
Ce que j'ai ressenti:
« Comment en est-on arrivé là? »
Comment en est-on arrivé là, à cette indifférence du monde, devant tant de meurtres de femmes? Comment en est-on arrivé à cette vague de Feminicid? Comment expliquer un tel phénomène?
Un homme, Timur Maximovitch Domachev décide de mener une grande investigation, en vue certainement, d'un futur roman pour comprendre les tenants et les aboutissants de cette série de meurtres atroces à l'encontre des femmes. Parce qu'à un moment, (on l'espère) certains devront répondre de leurs actes, devront rendre des comptes, pour qu'il y est réparation(s). En tout cas, c'est cette noble cause que ce journaliste défendra jusqu'à son dernier souffle. Reste donc, entre nos mains en plus de la question étrange de son « suicide », les pages de son manuscrit incomplet mais déjà fortement subversif, fait de multiples documents, annexes, témoignages, bilans chiffrés qui retrace la complexité d'un phénomène de tueries sans précédents…
Déjà, il faut comprendre que ces horreurs sont commises dans une ville rongée par le Mal. En parcourant Mertvecgorod, on est saisi par tout un engrenage de jeux politiques, de fièvre bestiale, de pauvreté chronique, d'hommes imbus de pouvoirs, de mélange de légendes urbaines et d'actes atroces commis en toute impunité, de corruptions et de misères. C'est aussi tout un réseau d'économies souterraines, de trafics en tout genre, de violences et d'horreurs. Mertvecgorod, c'est une ville pourrie de l'intérieur qui se nourrit, avec férocité, de folklore et d'obscurantisme, de sang et de chair fraîche. Autant vous dire que se promener dans ses rues, c'est se confronter à ce qu'il y a de pire en l'Homme…Et à chaque fois, presque inévitablement, c'est les femmes qui en pâtissent…
Malgré la noirceur et la décadence qui se dégage de ces pages, j'ai aimé l'audace et l'originalité de cette lecture. En effet, c'est une enquête journalistique truffée de textes de différentes natures, mais qui relève d'une véritable envie de justice pour ces femmes. Et puis, l'auteur laisse au lecteur, le choix de faire ses propres conclusions sur la portée de ce manuscrit inachevé. Je regrette de n'avoir pas lu le premier tome, Images de la fin du monde, pour saisir encore mieux de l'ambiance de cette ville soviétique imaginaire et corrompue, mais déjà cette chronique, particulière, accès sur les ravages du Feminicid à Mertvecgorod est fort intéressante. Parce qu'il joue entre passé et anticipation, l'auteur nous entraîne dans une dynamique de réflexions sur les dérives du pouvoir de l'État, sur les dangers du capitalisme, sur les théories du complotisme, sur les courants dévastateurs de la violence, tout en agrémentant des profondeurs de la terre, toutes les croyances surnaturelles qui font revenir la bête en chaque homme…
Et comme on le sait, la réalité dépasse toujours la fiction, j'ai été touchée de voir que ce livre est dédié aux victimes du féminicide de Ciudad Juarez. Comme un hommage et une dénonciation de ce phénomène de société inadmissible, l'auteur sensibilise, avec panache et une imagination débordante, sur un sujet d'actualité brûlant…
Et pour contrer cela, on espère que ce fameux virus imaginé de Christophe Siébert, ce « virus » de la bonté, de l'empathie, de la piété contamine le monde entier. Que la « blagocestie » soit contagieuse et partagée par le plus grand nombre!
« En vérité je vous le dis, contaminez-vous les uns les autres. »
Remerciements:
Je tiens à remercier Babelio ainsi que les éditions Au diable Vauvert pour leur confiance et l'envoi de ce livre.
Lien : https://fairystelphique.word..
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Lenocherdeslivres
  18 septembre 2021
Le journaliste Timur Maximovitch Domachev a enquêté sur les féminicides qui sont fait des centaines de victimes à Mertvecgorod depuis le début du XXIe siècle. Pour cela, il a plongé dans les bas-fond de cette ville déjà elle-même bas-fond irrespirable et hautement dangereuse. Rencontré dans Images de la fin du monde, ce journaliste est mort, assassiné d'une balle dans la tête, avant de finaliser son enquête. Feminicid est la traduction du récit de ses recherches et de ses notes. Avec, à la clef, un nombre incroyable de révélations...
Timur Domachev, vous vous rappelez, c'est ce journaliste minable qui travaillait dans « un hebdomadaire spécialisé dans les faits divers crapoteux et sordides » découvert dans « La danse de mort », une des histoires du formidable et déstabilisant Images de la fin du monde. Toujours sous le choc de ce qu'il a vécu avec ces jeunes gens, spectateur semi-consentant de l'horreur, il a changé de vie et veut comprendre pourquoi tant de cadavres de femmes ont été répartis à travers la ville, plus ou moins mutilés, depuis le 8 septembre 2001. Et ce, au moins jusqu'en 2028, année du meurtre de Timur Domachev. Et le décompte macabre est affolant : 2388 disparitions. Au minimum ! le journaliste enquête donc, malgré le danger. Car, il s'en aperçoit vite, les témoins ne font pas de vieux os. Et les personnes impliquées semblent très, très haut placées.
Ce livre est présenté du début à la fin comme l'oeuvre originale de Timur Domachev, traduite du russe par Ernest Thomas. le nom de Christophe Siébert n'apparaît que sur la couverture, la tranche et la page de garde. On est à nouveau dans une immersion totale. Mertvecgorod vit, dans l'esprit et dans les notes de son auteur (on peut en voir des éléments sur le site internet qu'il lui a dédié : https://mertvecgorod.home.blog/). Et c'est donc avec un parfait naturel qu'il se met dans la peau du journaliste au parcours minable pour nous proposer un récit aussi envoûtant qu'Images de la fin du monde, bien que différent, car plus suivi, moins « décousu ». Dans la première chronique de Mertvecgorod, on faisait connaissance avec la ville, son climat, son ambiance, ses principaux protagonistes et son histoire. Il fallait bien toutes ces pages pour s'imprégner de cet univers. Il fallait bien toutes ces histoires, racontées comme des perles, enfin des perles enduites de produits chimiques hautement toxiques et qu'on vous enfourne dans le bide après vous l'avoir ouvert à grands coups de dents.
Feminicid, donc, est plus suivi dans sa narration : on est dans la tête de Domachev au fur et à mesure que son enquête progresse, qu'il recueille des faits (Christophe Siébert, comme dans son premier opus, aligne des chiffres, des dates, en forme de listes, ce qui est totalement justifié, puisque l'on est dans un carnet de notes). Les déductions et les réflexions s'enchaînent progressivement, avec quelques retours en arrière et beaucoup de questions. D'ailleurs, à la fin, nous n'aurons pas toutes les réponses. Mais à quoi bon ? le tableau dressé est suffisamment démoralisant et, en même temps, fascinant.
Car Christophe Siébert, plus encore que dans Images de la fin du monde, sait surprendre son lecteur. le récit commence donc comme un récit d'enquête, un témoignage de première main sur quelqu'un qui a essayé d'élucider le mystère de la mort de milliers de femmes, sur leurs derniers instants sans doute douloureux et violents, vu l'état des cadavres : corps mutilés de diverses façons, traces de coups et de viols. Et tout le monde qui semble s'en moquer. Mais quoi d'étonnant à Mertvecgorod !
Cette enquête amène l'auteur à se pencher sur des personnages importants de cette ex-république soviétique. Eux aussi, nous les avons croisés dans Images de la fin du monde. Déjà, ils m'avaient impressionné. En mal, tant ils semblaient uniquement guidés par leurs propres désirs, sans aucune pensée pour ceux qui leur permettaient de les assouvir, considérant les autres habitants comme du bétail, de la chair à canon, de la chair à désir, des objets façonnables à merci, jetables ensuite, après usage. Et ce n'est pas la lecture de Feminicid qui a amélioré leur image. Des saloperies sans nom, voilà ce qu'ils sont. Mais avec une épaisseur que leur donne Christophe Siébert. Malgré leurs crimes abjects, ils ne sont pas des caricatures d'ordures rencontrées ici ou là. Ils prennent corps et esprit, avec leurs fantasmes et leurs craintes, leurs pulsions et leurs rêves.
Et ils sont le lien avec la dernière partie du livre. En particulier l'artiste Yvan Bura, dont on ignore s'il est toujours en vie après avoir simulé sa mort ou si cette dernière est réelle. Yvan Bura et son parcours chaotique mais impressionnant. Yvan Bura, artiste total, qui ne se contente pas d'un seul support : films, livres, objets créés avec les mêmes centres d'intérêts, mystérieux, mystiques, compréhensibles de ses seuls affidés. Et encore. Yvan Bura, qui est peut-être en lien avec quelque chose de plus grand.
Car, comme je le disais au-dessus, l'auteur mélange les genres. On passe peu à peu du roman noir bien crade au mystique assumé. Entrevu dans la première chronique de Mertvecgorod, entre autres avec la cérémonie présidée par le fantasque Nikolaï le Svatoj. La faille créée par l'attentat réussi (l'explosion a bien eu lieu), mais raté (les répercussions ont été bien plus grandes que prévu et toute une partie de la ville a disparu sous la surface, mettant à jour d'étranges lieux et provoquant d'étranges phénomènes) a-t-elle permis une connexion avec d'autres créatures ? D'ailleurs, un certain monstre à tentacules pointe son museau immonde. Et ce glissement d'un genre à l'autre passe comme une lettre à la poste. Je me suis laissé embarquer du début à la fin.
Malgré ma légère appréhension après le choc ressenti à la lecture d'Images de la fin du monde (la seconde chronique serait-elle à la hauteur ?), Feminicid ne m'a pas déçu, au contraire. Ce récit, au titre bien actuel hélas, prolonge le plaisir et le malaise ressentis à la lecture du premier ouvrage. Il m'a même semblé plus abouti par certains côtés. Et cela laisse présager encore du bon avec les suites annoncées (Écrits de prison, rédigés par le jeune Camille, qui a gravité autour de Nikolaï le Svatoj sont annoncés dans une note du livre, comme sur le site de Mertvecgorod) qui arriveront vite, j'espère, car Mertvecgorod est comme une drogue dont il est difficile de se passer très longtemps.
Lien : https://lenocherdeslivres.wo..
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Lsky
  11 septembre 2021
D'abord, et c'est rare que j'en parle : c'est un plaisir de contempler le beau bleu de la couverture, presque de l'art brut. Mais il faut bien ouvrir le livre.
Je pense qu'il est compliqué de se jeter dans le roman sans avoir lu le premier tome tant il y a des termes auquel l'auteur nous a habitué et de clins d'oeil.
Christophe Siebert propose ici une uchronie plutôt qu'une dystopie, puisque certains éléments déclencheurs de tous ces drames ont débuté hier, et il y a même dix ans, il créé donc - et c'est ce qui m'avait particulièrement séduit dans le premier tome - tout un univers très solide.
Il exploite le mélange des croyances, anciennes ou nouvelles, existantes, propres à des civilisations enfouies ou slaves, mais aussi des élucubrations fantastiques et meurtrières. J'aime beaucoup que ce monde ait des légendes propres, un passé, une histoire solide, on y croirait, ainsi qu'au détail de ses vestiges et de l'histoire de son archéologie.
Autre mélange qui marche beaucoup sur moi quand c'est bien fait : le mélange entre science-fiction et magie. Loin de robots tueurs, d'extraterrestres et de baguette magique, Christophe Siebert exploite nos technologies comme les drones, l'informatique, le numérique, le hacking... Sans oublier une certaine nostalgie pour le vieux cinéma, qui par exemple se prête si bien aux snuff movies qu'on retrouve dans ce tome-là également. La magie est plutôt de l'énergie, Siebert s'est renseigné et utilise intelligemment les concepts de magnétisme, de rêves éveillés, de sorties de corps... Bref, encore une fois, le foisonnement, la science du détail de l'univers de Mertvecgorod fonctionne sur moi.
Peu habituel de l'auteur, le livre s'ouvre sur un appel à l'humanité, il enjoint à se soucier de son prochain. Ce mystère prend forme entre les pages, mais il tarde de voir s'il déborde su la suite des chroniques.
Aussi, le ton est différent du premier tome qui regroupait le point de vue de nombreux personnages, ici nous avons à faire au manuscrit d'un journaliste. Mort dans d'étranges circonstances, critiquant ouvertement le système, s'étant pris d'affection, faisant preuve d'humanité, touché par le sort de ces filles qu'on retrouvait terriblement assassinées. le roman a son titre : Feminicid.
Ainsi, on est jeté dans un récit en poupées russes, on est plongé dans l'enquête comme si ce n'était pas un roman. L'immersion est folle, vraiment super réussie, prenante, un numéro d'équilibriste littéraire et stylistique qui met le lecteur à la place de l'enquêteur, le livre se compose de (liste non-exhaustive) : comptes rendus, entretiens réalistes et très vivants, billets d'humeurs écrits à l'arrache, extraits d'articles, chronologies, roman dans le roman... Autant de format qui embarquent le lecteur sur la piste de ces mystérieux féminicids.
L'immersion persiste même dans les interstices du livre, jusqu'en "note du traducteur."
Ainsi, le premier tome nous avait laissé avec plein d'interrogations où des destins tragiques s'allongent sur les pages glacées, retraçant la vie des basfonds. le second s'attaque à la création du monde, le big bang terrible, entre thriller et fantastique.
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Roadreader
  17 mai 2022
Bienvenue à Mertvecgorod
Une dictature d'Europe de l'est, une population qui vit dans une grande précarité, un journaliste qui met sa vie en péril pour faire la lumière sur une série de féminicide qui sévit depuis des années. Ce résumé vous évoque notre triste réalité ? C'est encore bien pire que ça.
Feminicid est un livre univers. L'auteur tient également un blog, https://mertvecgorod.home.blog/, dont cet ouvrage n'est que l'une des nombreuses émanations. le livre est un condensé protéiforme d'une enquête journalistique qui va prendre progressivement une ampleur démesurée. En plus du récit du journaliste en lui-même, qui enquête sur le meurtre d'un millier de femmes sur une longue période, l'ouvrage compile une chronologie de ce pays fictif, des articles de journaux, des pages wikipédia, des liens internet, des témoignages des différents protagonistes de cette enquête. Un véritable mille-feuilles narratif qui peut vite donner une sensation de vertige mais qui se révèle également extrêmement addictif.
L'univers imaginé par l'auteur se révèle au fil de la lecture. On apprend à connaître ce pays autoritaire, son histoire sanglante et sordide. Une véritable mythologie se bâtit au fil des pages et ce qui devait être une simple enquête sur un fait divers se révèle être beaucoup plus.
Il faut évidemment être happé par cet univers où règnent la mort, la corruption et la misère la plus crasse possible. L'auteur est parvenu à bâtir un univers cohérent, glauque et malsain de manière magistrale, un univers où la réalité dépasse la fiction à moins que cela ne soit le contraire.
Car Feminicid est aussi un ouvrage poreux nourri à la source de notre réalité, qui peut être tout aussi violente que n'importe quel monde fictif inventé par un auteur. Deux faits divers ont inspiré l'auteur lors de la rédaction de l'ouvrage, ainsi qu'un événement historique et bien sûr tout le folklore slave, la chasse sauvage entre autres, et certains mystères antiques qui feraient mieux de rester sceller à jamais.
Feminicid est une lecture qui prend aux tripes, une atmosphère malsaine qui dérange et une mise en oeuvre passionnante. Un univers mature, qui ne demande qu'à être exploré par des âmes averties.

Lien : https://culturevsnews.com/
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critiques presse (2)
SciFiUniverse   07 septembre 2021
Feminicid est le nouvel opus de Christophe Siebert dans l'univers soviet cyberpunk des Chroniques de Mertvecgorod. Autonome, il présente le dossier d'enquête d'un journaliste retrouvé assassiné sur des dizaines de disparitions et meurtres de femmes dans la mégalopole glauque et sauvage de Mertvecgorod. Une nouvelle galerie de portraits décoiffants, de scènes anthologiques pour une ambiance unique !
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Syfantasy   10 août 2021
En retrouvant certains personnages et en détaillant des événements qui avaient marqué à la lecture des Chroniques de Mertvecgorod, Feminicid de Christophe Siébert signe un univers de plus en plus cohérent, où chaque nouvelle et chaque terrible histoire se répondent. L’auteur signe avec Feminicid un récit haletant, insoutenable et fascinant. Bravo à lui !
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
StelphiqueStelphique   04 octobre 2021
Dans la vie faut prendre des risques, sinon à quoi bon?
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LskyLsky   11 septembre 2021
A "Moscou" [quartier pauvre de la ville] le taux d'homicide est quatre fois supérieur au reste de la ville et la mortalité générale six fois plus importante, avec une espérance de vie réduite de moitié. Mais ce n'est pas le plus étonnant. Le plus étonnant reste que malgré tout on y commerce, on y tombe amoureux, on y fonde des familles, on y mène des existences humaines autant que possible et pas seulement des vies de cloportes.
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JustAWordJustAWord   26 juin 2021
Était-ce en eux le parvenu qui trahissait le crevard en le méprisant, ou le crevard qui trahissait le parvenu en s'obstinant à lui gâcher le plaisir, à lui rappeler le coût de tout ça, la misère sur laquelle leur luxe se bâtissait, alors qu'il aurait mieux fait, au lieu de jouer au professeur de morale, d'en profiter et fermer sa gueule ?
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   30 août 2021
Quand on vous accorde une grâce, on vous transmet aussi l'obligation de vous en servir.
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Video de Christophe Siébert (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Christophe Siébert
La rentrée de printemps des auteurs d'Auvergne-Rhône-Alpes 2020 / Entretien avec Christophe Siébert
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