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ISBN : 287495151X
Éditeur : André Versaille éditeur (24/08/2011)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 2 notes)
Résumé :

Le 24 avril, des soldats russes prennent le contrôle du quartier Wedding et découvrent un bâtiment à peu près intact abritant plusieurs centaines de personnes - médecins, infirmières, malades, personnel non médical, et un groupe d'individus hétérogène. Un homme s'avance : "Ceci est l'hôpital juif. Nous sommes juifs" Les Russes sont incrédules, persuadés que tous les Juifs d'Allemagne étaient morts.
C'est au cours d'un dîner mondain, à la fin des a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Madamedub
  25 septembre 2011
Le 24 avril 1945, les troupes soviétiques découvrent dans un Berlin en ruine un hôpital juif encore en fonction. « Vous êtes juifs? Ce n'est pas possible! », s'exclame le soldat russe dans sa langue avant de s'écrier dans un allemand écorché : ‘Nichts Juden, Juden Kaputt! ‘ ‘Vous ne pouvez pas être juifs. Les Juifs sont tous morts' « .
Ainsi s'ouvre l'enquête de Daniel B. Silver, docteur en anthropologie à Harvard.
Intrigué par cette « anomalie » de l'histoire, il s'est interrogé sur ce phénomène, à une époque où les Juifs allemand ont été majoritairement déporté. Suite à beaucoup d'entretiens et de recherches, il est parvenu à rétablir un certain éclairage sur ce qu'à pu être la vie dans cet hôpital.
Un refuge. Ce qui est sûr c'est que l'hôpital aura permit de sauver la vie de centaines de juifs. Mais ils n'étaient pas pour autant à l'abri de toute l'efficacité des lois antisémites nazis.
Page 102, Silver relate la visite d'un commandant nazi à l'hôpital: « Günther extrait du groupe une jeune fille blonde et la pousse sur le côté. Son seul crime apparemment est d'avoir l'air trop aryen. Ensuite il choisit quelques employés handicapés ou infirme et les expédie au même endroit (…) tout en faisant l'appel, Günther lance de fausses accusations: hier, dans la rue vous ne portiez pas votre étoile. » Et de conclure à l'attention du directeur des lieux, le docteur Lustig, lui-même juif : « Voilà comment faire: vous pouvez-vous vous occupez du reste? ».
Cette scène, particulièrement révélatrice de la cruauté et de l'arbitraire du fonctionnement nazi, n'est pas la seule à témoigner de l'importance de l'histoire de cet hôpital.
Chapitre 10, nous apprenons qu' Adolf Eichmann, le spécialiste de la question juive, qui avait été largement médiatisé lors de son procès à Jérusalem (suite à son kidnaping en Argentine), se serait rendu en personne à l'hôpital afin de donner des consignes sur les déportations. Silver s'explique: » le portrait d'Eichmann tel qu'il ressort de ce procès est celui d'un facilitateur bureaucratique, un homme qui gérait la logistique de la Solution finale et s'occupait de la paperasse, mais restait éloigné du destin concret des victimes individuelles ».
Cette thèse avait été largement développé par Hannah Arendt dans son livre « Eichmann à Jérusalem » et par sa théorie sur la « banalité du mal » qui pouvait faire d'un petit fonctionnaire un bourreau.
Les témoignages des gens présents dans ce lieu sous tendent qu' Eichmann décidait personnellement de déportations individuelles au contraire de l'image du fonctionnaire bureaucrate.
Le livre aborde un autre point important et délicat. Celui du rôle de la communauté juive. Inclue dans la politique et la citoyenneté allemande, cette communauté a dû essayer de protéger au maximum ses membres sans pour autant entrer dans une guerre ouverte et perdue d'avance contre les autorités.
L'auteur brosse ainsi un portrait en demi-teinte du Dr Lustig, le directeur de l'hôpital, qui procédait aux sélections comme nous l'avons vu plus haut. Néanmoins nul ne peut remettre en question que grâce à sa gestion, le lieu a pu rester ouvert, et sauver de nombres de vies. Entre les principes et les actions, beaucoup hésitent, à juste titre. le fait que le sort de Lustig reste une énigme en ajoute au côté obscur du personnage.
Ce livre n'aborde pas juste l'histoire d'un lieu au travers de la guerre.
Il est une réflexion bien plus approfondie sur de nombreuses questions et cristallise beaucoup d'aspects du totalitarisme.
Un livre dont on conseille la lecture.
Emma Breton
L'entretien :

Madamedub.com Il est étonnant que peu de chercheurs se soient penchés sur cette partie de l'histoire. Pensez-vous que certains historiens ne soient pas à l'aise avec cet évènement? Vous même avez vous eu des difficultés à traiter ce sujet ou bien l'avez vous considéré comme tout les autres évènements de cette partie de l'histoire?
Daniel B. Silver : C'est vrai que c'est un sujet qui n'était connu que de certains historiens de la Shoah. Il existait déjà deux petits livres en langue allemande, mais ils ne sont pas beaucoup diffusés, l'un d'eux est d'ailleurs publié par une association des amis de l'hôpital.
Pour moi le travail n'a pas été très difficile car les faits étaient déjà connus par ces livres, et chose qui m'a étonné, il existait encore des témoins vivants de cette période. Les faits étaient donc connus, mais pour moi ils ne répondaient pas à deux questions importantes: comment était-ce possible que cet hôpital juif ait pu traverser la guerre, et quelle avait pu être la qualité de vie dans une situation pareille. Grâce aux témoins j'ai pu répondre à ces questions.
Et enfin oui, pendant longtemps les gens ont été mal à l'aise avec cette histoire, ils pensaient – à tort – que c'était un lieu de collaboration. Ils n'étaient pas prêt à aller au delà d'une vision en blanc et noir, mais avec des nuances.
Madamedub.com Vous racontez entre autre une scène terrible, celle du choix totalement arbitraire des gens qui seront déportés. Page 102, vous écrivez « Günther extrait du groupe une jeune fille blonde et la pousse sur le côté. Son seul crime apparemment est d'avoir l'air trop aryen. Ensuite il choisit quelques employés handicapés ou infirme et les expédie au même endroit (…) tout en faisant l'appel, Günther lance de fausses accusations: hier, dans la rue vous ne portiez pas votre étoile. » L'hôpital demeurait donc un lieu dangereux, où les Juifs pouvaient être déportés. S'agissait-il au final d'un refuge ou d'une sorte de lieu de regroupement pour les juifs, où les juifs issus de mariages mixtes?
Daniel B. Silver : En effet personne n'était vraiment à l'abri. La Gestapo surveillait tout ce qu'il se passait dans l'hôpital, ce n'était pas un lieu clandestin. Beaucoup de gens sont morts après être passé par là. Néanmoins, pour les Juifs de Berlin, c'était un des rares endroits où ils pouvaient encore se retrouver. Pour ceux qui ont survécu, l'hôpital a été un refuge.
Madamedub.com Fait important, votre enquête révèle que des citoyens allemands se sont révoltés lorsque des juifs issus de mariages mixtes, ou les époux juifs d'aryens-aryennes se sont retrouvés prisonniers. Vous dites que c'est le seul cas de manifestation allemande connu face aux lois antisémites. Cette histoire est importante, pensez vous qu'elle nous apprenne qu' Hitler n'était pas qu'un dictateur, il était aussi un politicien sensible à sa popularité, et que des manifestations de plus grandes ampleurs contre les lois antisémites auraient pu éviter la création des camps? Que le peuple allemand connaissait bien plus la vérité sur le sort des juifs que ce qu'il en a été dit?
Daniel B. Silver : Cette manifestation est célèbre, il a été fait d'autres livres et même un film dessus. Mais c'est une histoire controversé. Des historiens allemands, non-juifs, prétendent que la Gestapo ne prévoyait pas la déportation en camp de ces gens, qu'ils devaient juste être regroupés, et que cette manifestation n'a rien changé. Personnellement je ne crois pas en cette version, si on fait des recherches on découvre que des gens dans cette situation avaient déjà été déporté à Auschwitz avant.
La gestapo attendait la déportation, et l'hôpital servait aussi à cette fin, mais ce n'était pas son seul but.
Madamedub.com le cas du docteur Lustig soulève beaucoup de débat. Juif lui-même, directeur d'un établissement sous l'autorité nazi, il était contraint à se soumettre à leur lois et donc de participer à leur sadisme (les sélections par exemple). Votre livre évoque différents dilemmes pour la communauté juive, prise entre le besoin de rester soudée face à la menace et celui de faire des choix concrets pour éviter un pire mal. Quel éclairage pensez-vous que livre apporte sur la difficulté de la situation de cette communauté?
Daniel B. Silver : La communauté juive n'était pas prête à analyser la question de la Shoah autrement que par l'histoire des camps et avec manichéisme, surtout aux Etats-Unis. Maintenant les gens sont un peu plus ouverts à la multitude des histoires de cette époque. Il y a eu beaucoup de réactions et de comportements divers parmi la communauté juive, l'histoire de l'hôpital est un de ceux là.
Madamedub.com Votre livre relate des témoignages importants: Eichmann, le nazi spécialiste de la question juive, célèbre notamment pour son procès à Jérusalem, se serait rendu en personne à l'hôpital, aurait participé aux sélections des déportés et se serait rendu coupable de violences nombreuses à l'encontre des Juifs présents. On sait par le médiatique procès de Jérusalem que la défense de l'accusé était qu'il n'était qu'un administratif, un rouage de la machine, et ne traitait pas de cas d'êtres humains mais faisait de la paperasse. Votre livre est donc à ce titre très important. On s'étonne que ces témoignages n'aient pas plus influencés le procès. Quel regard portez vous sur le livre de la philosophe allemande Hannah Arendt « Eichmann à Jérusalem » et sa thèse sur la « banalité du mal »? Comment confronter cette image de l'homme de masse qu'a laissé Eichmann à ces témoignages?
Daniel B. Silver : Je me suis demandé pourquoi les israéliens n'avaient pas parlé de cette histoire au procès. Mais je crois que c'est avant tout parce que celui ci était trop médiatique, c'était une « pièce de théâtre », destinée à montrer aux Juifs et surtout aux plus jeunes combien leur peuple avait été détruit. Ils ne voulaient pas introduire de notions ambiguës dans ce qu'ils présentaient, et raconter l'histoire de l'hôpital aurait apporté cette nuance. Eichmann non plus n'avait pas intérêt à en parler. Ainsi je pense que pendant longtemps les gens ont voulu méconnaître cette histoire et ceux qui y étaient passé.
Madamedub.com Quelques questions sur l'écriture maintenant. Votre livre est souvent tenté par une narration de type roman: des descriptions minutieuses, de récits de vie, etc… Avez-vous été tenté de faire de cet essai historique un roman? de règle générale est ce que l'idée d'un « roman historique » vous plairait?
Daniel B. Silver : Il est vrai qu'au début j'avais pensé à faire de cette histoire une pièce de théâtre, qui aurait retracé le procès de Lustig (qui n'a pas eu lieu). L'histoire de l'hôpital se prêterait très bien à un roman ou même à un film.
Madamedub.com Avez-vous pour projet de faire un nouveau livre? Comment ce livre a t-il était accueilli parmi les spécialistes et parmi tous vos lecteurs?
Daniel B. Silver : Ce livre a reçu un accueil assez favorable. Les critiques ont été favorables. J'ai attaqué des recherches pour un prochain livre, mais je n'en suis encore qu'au début.

Lien : http://madamedub.com/WordPre..
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