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Critique de Pyjam


Pyjam
  13 décembre 2018
Par un tour du hasard (ou de la Providence), j'ai acheté le même jour mes deux meilleures lectures de 2018 : Terreur de Dans Simmons, et le Seigneur des ténèbres de Robert Silverberg, deux épais pavés de 1056 pages chacun (en poche, XXL). Ces deux livres sont des récits romancés d'histoires vraies se déroulant dans des contrées lointaines, peu connues, et inhospitalières : l'expédition de sir John Franklin à la recherche du passage du Nord-Ouest entre les terres glacées de l'Arctique en 1845 pour Terreur, et la capture et la déportation par les Portugais du marin anglais Andrew Battell en Angola autour de 1600 pour le Seigneur. Les deux livres ont encore un point (peu) commun : on y parle de cannibalisme !

Ironiquement, mais c'était mon choix, j'ai lu Terreur qui se passe dans les glaces en été, et le Seigneur en hiver. Moins 50°C dans un cas, plus 50°C dans l'autre cas. Mais de plus grandes différences marquent ces deux textes remarquables. La plus importante étant sans doute que les membres de l'expédition du Nord-Ouest sont partis de leur plein gré conduits par des hommes mus par l'ambition. Ils sont tous morts. Andrew Battell, en revanche, n'a presque jamais été maître de son destin pendant les 21 années qu'a duré son exil. Il en est pourtant revenu pour raconter son histoire.

Les circonstances étaient certes très différentes, mais on ne peut qu'être frappé par la rigidité de la conduite des explorateurs polaires, trop fiers pour s'adjoindre l'aide de la population locale. Comment des hommes civilisés pourraient-ils recevoir la moindre aide des sauvages ? Evidemment, ceux-ci ne sauraient leur prodiguer de bons conseils sur la manière de se vêtir ou de s'alimenter pour résister au froid, ou quelles routes suivre et lesquelles éviter. Que pourraient-ils bien connaître de la glace, eux qui ont vingt mots différents pour la désigner ?

À l'inverse, Andrew Battell doit sa survie à sa grande humilité et sa capacité d'adaptation exceptionnelle : à Rome, vis à la romaine, dit-on; alors chez les Portugais, apprends la langue et vis à la portugaise, et mieux (ou pire) encore : chez les Jaqqas, les terribles guerriers cannibales... vis à la Jaqqa !

Vous l'aurez deviné, les aventures d'Andrew Battell ne sont pas très catholiques, ni très protestantes non plus d'ailleurs, et le roman de Silverberg ne manque ni de détails crus ni de réflexions choquantes. Tout comme Terreur, c'est un roman qui nous immerge dans une ambiance riche de détails qui font vrai. Comme un tour que lui aurait fait le Seigneur, Andrew Battell, jamais maître de son destin, vit cependant une aventure mémorable qui traverse les siècles, riches en péripéties, en joies et en douleurs, en trahisons et en combats. Si votre coeur est bien accroché, c'est un roman à ne pas manquer, peut-être le meilleur de Silverberg.
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