AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
>

Critique de Woland


Woland
  28 septembre 2014
C'est la lettre d'un ancien camarade d'école, devenu lui-même instituteur à Quimper, qui contraint le commissaire Maigret, prêt à partir en vacances en Alsace, comme d'habitude chaque année, à se poser d'abord à Fécamp. Mme Maigret n'est pas très, très enthousiaste mais elle suit le mouvement et tous deux descendent à l'Hôtel de la Plage. le fond de l'affaire ? Pierre le Clinche, ancien élève de Jorissen, l'ex-camarade de classe de Maigret, s'est embarqué en qualité de télégraphiste sur "L'Océan", un chalutier parti pêcher la morue trois mois à Terre-Neuve. A peine rentré au port et l'équipage débarqué dans sa quasi intégralité, on retrouve le commandant, le capitaine Fallut, noyé dans le bassin. Et il est clair qu'il n'y est pas tombé par hasard ... Tout porte à croire que le Clinche est l'assassin - ou, à tout le moins, qu'il est mêlé au crime d'une façon ou d'une autre. Son ancien professeur ne veut pas y croire, sa fiancée, Marie Léonnec, accourue en quatrième vitesse de Quimper, est dans le même cas, l'amour en plus et, de façon générale, il faut bien reconnaître que la réputation du jeune homme est bonne ...

Alors ? ...

C'est dans une atmosphère de bistrots empuantis par le rhum et les alcools forts, si chers au coeur des marins, surtout lorsqu'ils "font" Terre-Neuve, tout enfumés par les cigarettes brunes et les cigares de mauvaise qualité et sans cesse troublés par les bagarres des marins qui viennent boire leur solde toute neuve avant de repartir s'engager pour n'importe où et parfois, dans des conditions pires que les précédentes, en d'autres termes dans une atmosphère pesante, à couper au coupeau et où, dissimulé derrière sa pipe avec ses silences renfrognés, dubitatifs et même exaspérés, le commissaire a quelquefois bien du mal à distinguer les uns et les autres, que se déroule l'action. Cà et là, une échappée, au bord de la mer ou à l'Hôtel de la Plage, établissement plus classique et où clients difficiles et rixes d'ivrognes sont sévèrement proscrits. Hélas ! Ne voilà-t-il pas qu'y déboulent un beau jour - le Hasard, bien certainement - un certain Gaston Buzier, rentier-proxénète de son état ,et sa compagne, Adèle, née Noirhomme à Belleville. le Clinche, qu'on vient de libérer faute de preuves et qui déjeune, l'air absent et malheureux, avec sa fiancée et les Maigret, en profite pour se tirer un coup de pistolet dans le ventre.

Pour les marins du coin, qu'ils y aient embarqué ou pas, une seule explication est de mise : "L'Océan" avait la poisse. Et dès le début. La preuve : on n'avait pas encore retiré l'ancre qu'un homme tombait d'un mât et se brisait la jambe. Renvoyé illico dans ses foyers, la malheureux, encore bien content de s'en tirer à si bon compte ... Et puis, le deuxième ou le troisième jour après avoir pris la mer, voilà que le mousse du bord, Jean-Marie, est emporté par une lame ! Avec ça, l'équipage ne cesse d'évoquer le comportement de "fou" du capitaine, un homme pourtant posé d'habitude, que, à la stupeur de tous, on a vu ordonner de lancer les filets là où, de mémoire de Terre-Neuva, on n'avait jamais rencontré une seule morue. Un comportement qui avait déteint sur le Clinche et sur le chef mécanicien : dès le troisième jour de voyage, ils rôdaient les uns autour des autres - et essentiellement autour de la cabine du capitaine, que celui-ci fermait désormais à clef - et on les suspectait de ne pas se déplacer sans arme.

Oui, c'est comme ça, il y a des bateaux qui ont la poisse. Et tous, fatalistes, de hausser les épaules, attablés au zinc devant leur verre de rhum. Ca ne s'explique pas, la poisse, mais il faut s'en méfier. Même P'tit Louis, qui est né à Paris et n'a donc pas connu dans son enfance les contes et les histoires de matelot, partage l'avis des autochtones : la poisse, ça existe et il ne faut pas plaisanter avec elle. Fallut a plaisanté sans doute : il en est mort, l'imbécile.

Bien qu'il admette volontiers que la vie est loin d'être un beau rêve toujours ensoleillé, Maigret suspecte au moins autant cette "poisse" dont tout le monde parle mais que personne n'a vue, que l'équipage de "L'Océan" et pratiquement tous ceux qui s'intéressent, d'une façon ou d'une autre, à le Clinche. Mais il a beau faire et défaire les pièces du puzzle dont il dispose, il lui faudra un certain temps avant de comprendre. Et au lecteur aussi, d'ailleurs. Nous ne sommes pas ici en présence de l'une de ces aventures du commissaire où l'on devine très vite de l'identité de l'assassin. Là, c'est jusqu'au bout qu'on se pose des questions. Cela, ajouté à l'ambiance exceptionnelle et à la complexité certaine des personnages, m'incite à vous recommander tout particulièrement la lecture d'"Au Rendez-Vous des Terre-Neuvas." ;o)
Commenter  J’apprécie          133



Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Ont apprécié cette critique (9)voir plus