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ISBN : 2253143146
Éditeur : Le Livre de Poche (01/10/2005)

Note moyenne : 3.48/5 (sur 20 notes)
Résumé :
Un navire qui descendait la Loire lança deux coups de sirène pour annoncer qu'il évoluait sur tribord et le cargo qui montait répondit par deux coups lointains qu'il était d'accord. Au même moment le marchand de poisson passait dans la rue en criant et en poussant sa charrette qui sautait sur les pavés.

Avant d'ouvrir les yeux, Jean Cholet eut encore une. autre sensation : celle d'un vide ou d'un changement. Ce qui manquait, c'était le crépitement ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Woland
  03 juin 2015
Pharyngite aidant, le hasard a voulu que, sortant à peine de "Maigret & le Client du Samedi", livre qui brosse le portrait d'un homme qui n'est peut-être pas si lavette qu'il en a l'air, je passe à "L'Âne Rouge", roman "dur" de Simenon, entièrement consacré pour sa part au parcours de l'un de ces hommes qui, jusque dans leur cercueil, refuseront d'endosser n'importe quelle responsabilité. J'ai nommé Jean Cholet, ce narcissique absolu, ce fils de petits bourgeois un peu sots mais honnêtes et scrupuleux, et qui, pour sa part, est prêt à tout pour vivre une existence bien moins rance, bien plus brillante, bien plus éclatante - un miroir en somme où il aura le loisir de s'admirer tous les jours non tel qu'il est mais tel qu'il s'imagine être.
Le déclic, ce fut une soirée à "L'Âne Rouge", un cabaret assez miteux et qui n'a pas très bonne presse auprès des autorités locales. Layard, son propriétaire, y accueille çà et là une faune pour le moins douteuse. D'ailleurs, c'est sur un représentant de cette faune, le producteur de tournées théâtrales Speelman, que notre Jean Cholet est tombé un soir. A ses yeux extasiés, Speelman restera longtemps "l'homme en habit" - avec un plastron garni de deux ou trois diamants, vous imaginez la classe ? ... Ah ! entre les bouteilles de champagne, les tournées et les re-tournées, les "artistes" qui participaient à la ribote, dont la petite Lulu, une chanteuse adorable mais aux jambes si menues et qui se révèlera souffrir soit d'une maladie vénérienne, soit de tuberculose (je n'ai pas très bien saisi : mon état fiévreux devait y être pour quelque chose ), Cholet a passé une soirée inoubliable. Et, désormais, il entend bien n'aller que de soirée inoubliable en soirée inoubliable.
Le problème, c'est que, bien qu'il ait un petit travail dans le journal local, il ne gagne pas assez pour avoir son appartement et encore moins pour mener la vie à grandes guides. N'importe. Comme tous les narcissiques de ce type, il est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Il tape ses collègues de travail, le caissier de sa boîte, son père, bien sûr, un vieux monsieur charmant mais qui, n'ayant pas eu la chance, lui, de vivre une jeunesse digne de ce nom, se montre un peu trop indulgent envers son fils. Il taperait bien sa mère mais celle-ci, c'est le genre mère ultra-possessive et pleurnicharde qui ne sait que lui répéter, en serrant ses lèvres minces, qu'il "sent la Femme." (Le personnage maternel peut d'ailleurs expliquer en partie la fascination de Cholet pour des gens comme Speelman par une tendance refoulée à se trouver un autre père ... et à aller voir du côté de l'homosexualité. Mais ça reste très discret et peut-être n'est-ce qu'un effet de mon imagination. )
Pourtant, force est de le reconnaître, à compter de cette soirée merveilleuse à "L'Âne Rouge", Cholet se rue dans une hétérosexualité débridée. Mais, comment exprimer la chose sans choquer le lecteur qui passe ? ... Les femmes, il les prend et les jette comme des Kleenex. Si l'on excepte la satisfaction physique, "bête et brutale" comme l'eût chanté Brel en appuyant bien sur l'accent, pour notre ami Cholet, en amour, pas question de sentiments. Pas de sentiments non plus quand un certain Gybal, un ami de Speelman qui passait bien entendu par hasard au cabaret , lui demande un petit service contre la somme de trois mille francs : en allant chercher les bulletins de naissance et de décès à la Mairie, ainsi que le requièrent ses fonctions à son journal, dérober, mine de rien, plusieurs avis de naissance portant déjà le tampon de la ville. Pour qui ? Dans quel but ? Peu importe. Bien qu'il sente l'escroquerie se profiler à l'horizon et qu'il n'apprécie guère Gybal, Cholet fait ce qu'on lui demande. Avec l'argent obtenu, il s'offre une belle montre en or. C'est-y pas dénué de tout égoïsme filial, ça ?
Mais comment cacher une montre en or à une mère ultra-possessive qui fouille partout dans vos affaires en espérant tomber sur la preuve que "vous sentez la Femme" ? Scène énorme et grotesque quoique, au fond du compte, justement fondée. Plus indulgent, le père sermonne à peine son fils et tout recommence. Mais tant va la cruche à l'eau ...
Un soir, lassé de devoir de l'argent à tout le monde, lassé d'une vie qu'il considère avec un dédain croissant, lassé de sa mère qui n'arrête pas d'avoir les yeux rouges, comme à plaisir, lassé aussi par la santé de son père qui vient de lui infliger une première crise cardiaque (c'est vrai, quoi, à quoi ça sert, un père, si ça a tout le temps des crises cardiaques ? ), Cholet suit Lulu, qui a perdu son emploi, à Paris. Dans la capitale, il vivote de ce qu'il lui reste des trois mille francs mais ne fait pas une seule démarche pour se procurer du travail. Quand il ne peut plus payer l'hôtel, il se fait héberger par Lulu qui, elle, vit chez sa tante et qui risque de se retrouver à la porte si ladite tante apprend qu'elle ramène un homme chez elle. Et puis, lassé aussi de Lulu - qu'il ne trouve plus à son goût - il décide de ne plus la revoir. Bien sûr, Jean ne rompt pas officiellement. Il s'en va, elle ne le verra plus, c'est tout. Et tant pis si elle pleure : un Kleenex, c'est fait pour ça, non ?
Que serait devenu Cholet si, ce jour-là, à la place du mandat télégraphique que son père lui avait promis, il n'avait reçu, de sa mère, un télégramme lui annonçant justement le décès de son géniteur ? On ne le saura jamais. Mais, là encore, Cholet, increvable de culot, trouve le moyen de taper un cabaretier qui le trouve - on ne sait pourquoi - sympathique et repart dare-dare à Nantes. Aux obsèques, il s'effondre comme une vraie lavette sur la vaste poitrine de son ancien patron - qu'il a quitté sans le prévenir ou pratiquement. M. Dehourceau, homme responsable et énergique, lui, le réconforte et lui garantit qu'il le reprendra au journal. D'ailleurs, on le plaint un peu car, bien qu'on n'en ait évidemment rien dit à Mme Cholet, Cholet Père n'est pas mort en fait dans son bureau ... mais dans la chambre d'une fille entretenue avec laquelle il passait parfois quelques heures de détente.
Est-ce cette idée que son père, lui aussi, entretenait une vie occulte, ou alors la pensée - encore plus terrifiante pour ce narcissique qu'est Jean - qu'il conservait pour ce faire un argent que, en bon père, en père responsable, il eût dû lui faire parvenir à lui, esseulé à Paris - oui, qu'est-ce qui fait déborder la cruche, à votre avis ? Toujours est-il que notre sémillant jeune homme se procure une arme et s'en va faire une peur de tous les diables à "L'Âne Rouge." Car, bien sûr, pour Jean Cholet, lui-même n'a aucune responsabilité dans tout ce qui vient de lui arriver : ce sont les Layard, les Speelman, les Lulu (qui l'a pourtant aidé au-delà de ses possibilité), sa mère quasi-hystérique, son père défunt même ... bref, "les Autres", ces Autres qui complotent contre lui depuis le début, les seuls responsables : responsables de son retour forcé au bercail, responsables des trois francs-six sous qu'il y trouve, responsables de son mal-être, responsables de ses erreurs, responsables ...
... de TOUT !
Âmes sensibles, rassurez-vous : "L'Âne Rouge" ne restera rouge que de nom. La lavette, le parasite-né, le lâche qu'est Jean Cholet rempochera son arme pour retourner docilement chez Maman. Maman qu'il abandonnera sans doute sans remords très bientôt pour se remettre en quête de "la grande vie." D'accord, j'admets que Maman n'est pas très sympathique mais n'est-ce pas parce que, tout compte fait, elle a légué beaucoup de ses faiblesses à son cher fils ?
Non, Jean Cholet ne deviendra jamais un homme responsable, un homme digne de ce nom. Il traînera, il louvoiera, il fera n'importe quoi pour avoir de l'argent, il escroquera, il tuera peut-être ... Simenon ne nous le dit pas, ce serait trop simple : il se contente de nous le suggérer entre les lignes.
Si, comme moi, vous avez croisé trop d'"irresponsables professionnels" au cours de votre vie, ce roman est fait pour vous. Car, si Jean Cholet ne rit pas tous les jours et ne fait certainement pas rire son entourage, nous, les "responsables", nous, qui avons appris, souvent très jeunes, à endosser les responsabilités pour les autres ... nous, on qu'est-ce qu'on rigole !
Méchante, moi ? Non : responsable. C'est tout. ;o)
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isa120268
  17 février 2015
Grande lectrice de Georges Simenon, j'apprécie plus particulièrement les aventures du Commissaire Maigret.
Ce n'est certes pas de la grande littérature mais j'aime beaucoup le ton de l'écrivain, la facilité de la lecture, les intrigues qui nous tiennent souvent en haleine jusqu'au dernier moment.
Jules Maigret est un personnage très sympathique, très attachant, avec lequel j'ai passé une bonne partie de mon adolescence, fascinée que j'étais pas la lecture de ses enquêtes. Je me suis souvent prise au jeu et j'ai mené l'enquête avec lui...
L'âne rouge est des ouvrages que j'ai appréciés.
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jimpee
  14 avril 2014
Roman sur l'acoolisme un peu decevant.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
WolandWoland   04 juin 2015
[...] ... Il fit demi-tour, car il venait de dépasser la vitrine d'un armurier. Il y avait un hibou empaillé à l'étalage, des fusils, des revolvers. Il entra.

- "Donnez-moi un browning.

- Un vrai browning de Herstal ?"

Il avait tout l'argent de la maison dans sa poche, maintenant qu'il était le maître !

- "Chargez-le."

Et il sourit de l'effroi de l'armurier. Dans la rue, il grommelait des syllabes à voix haute. Il passa encore une fois devant La Gazette, où l'on devait savoir la vérité. Ils étaient venus à l'enterrement quand même !

Plus loin, il s'arrêta net au bord du trottoir, comme si son élan eût été coupé, ou son souffle trop court. Les gens passaient dans sa tête comme des fourmis, sans but, sans raison.

Heureusement qu'il y avait un bistro !

- "Un cognac, un grand !"

Il voyait le Trianon, les affiches, Speelman qui escortait le corbillard, Layard qui, lui, était vraiment derrière, avec sa veste de velours, sa lavallière, sa gueule fatiguée.

- "Encore un !"

Il toussa, laissa tomber une liasse de billets et faillit tomber lui-même en se baissant pour les ramasser.

- "Bonsoir, fils !"

Il avait mal partout. Il sortit du bar sans savoir comment et presque sans transition il se trouva devant L'Âne Rouge dont il poussa la porte du pied et de la main. La patronne, qui faisait des comptes, releva la tête.

- "Vous ! ..."

Elle du comprendre du premier coup d'oeil, car elle eut peur.

- "Qu'est-ce que vous prenez ? Attendez ..."

Il entendait des voix à côté, dans la cuisine où on mangeait. Il reconnaissait celle de Speelman. Mais, pour le rejoindre, il devait faire un détour, lever la planche mobile du bar.

Avait-il l'air d'un fou ? Comme la patronne pénétrait en courant dans la cuisine, il tira son revolver de sa poche tandis que Layard se montrait, essayait de sourire.

- "C'est vous ? Dites donc ! j'y étais, hier, et ...

- Où est Speelman ?"

L'escalier était tout près, séparé de la salle par une cloison et on entendait des pas pressés. Jean souleva la planche. Layard n'ose pas intervenir, se contenta de crier :

- "Dis donc ..."

Ses yeux n'avaient jamais été aussi plombés.

La maison puait les choux.

Dans l'escalier, Jean hurla :

- "Speelman !"

Il l'imaginait, en habit, fuyant devant lui, et il riait silencieusement. Une porte s'ouvrit et se ferma dans la pénombre du couloir. Jean se mit à courir.

- "Speelman !"

Sa tête brûlait. Il secoua la porte.

- "Speelman, nom de Dieu !" ... [...]
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WolandWoland   04 juin 2015
[...] ... Cholet ne connaissait personne et tout le monde l'appelait par son nom. Layard, le patron, se précipitait vers la porte, car il avait entendu marcher sur le trottoir. Des gens entraient, trois hommes cette fois, qui venaient de bien dîner.

- "Mes seigneurs et mes seigneuses, vous allez avoir le plaisir d'entendre notre bon camarade Doyen, des principaux cabarets de Montmartre, dans ses éblouissantes créations."

Le vieux chanta, d'une voix sépulcrale. Jean Cholet s'était installé à la table de Lulu, qui collait l'enveloppe de sa lettre et qui lui lançait à la dérobée des regards curieux.

- "Une menthe verte ? demanda la patronne.

- J'aimerais mieux autre chose.

- Un petit cherry ?"

Il faisait très chaud. Des clients entrèrent. Layard pilotait chaque nouveau venu en débitant des plaisanteries sur son compte et, quand il revenait à sa place, il adressait à Cholet une oeillade complice. Ainsi le jeune homme qui, la veille, avait mis pour la première fois les pieds à L'Âne Rouge, était déjà considéré comme un vieil ami de la maison. Il était assis à la table des artistes. On l'appelait par son nom. Après le tour de chant de Doyen, le pianiste s'approcha à son tour, tendit la main.

- "Ca va ? J'ai rapporté la gabardine."

Il avait le visage blafard, les yeux cernés, les lèvres décolorées et, du haut de l'estrade, quand ses doigts couraient sur les touches, il regardait les clients avec une hautaine indifférence.

- "Quart Vichy !" commanda-t-il.

Il n'avait pas fallu plus d'une demi-heure pour remplir la salle. Les gens parlaient fort. Les femmes riaient. Le piano reprenait ses ritournelles.

- "Notre gracieuse divette, Lulu d'Artois, va nous dire ... Au fait, que vas-tu nous dire, petite ?"

Elle n'était pas jolie, mais elle avait un air gentil, timide, un peu morose. Contre toute attente, le cherry avait fait disparaître les dernières traces du malaise de Cholet qui en commanda un autre, pour s'aider à trouver ce qu'il était venu chercher, car il était déçu. L'atmosphère était la même que la veille. De la soie rose tamisait les lumières et la salle baignait dans une pénombre moelleuse. Le cherry était sur la table, avec ses pailles blondes. Lulu quittait l'estrade au milieu des applaudissements et venait se rasseoir près de lui.

- "Vous connaissez Speelman ? lui demanda-t-il.

- Bien sûr. J'ai travaillé avec lui pendant deux ans." ... [...]
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BernardbreBernardbre   04 octobre 2012
Dans les rues, on sentait encore la fraîcheur humide des pluies de la veille. À l’ombre, les pavés gardaient des traces de mouillé et toute cette buée à moitié transparente qui montait dans le soleil intensifiait les bruits, surtout ceux des tramways et des grues du port.
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BernardbreBernardbre   04 octobre 2012
Vous viendrez ce soir ? questionna la patronne.Vous étiez trop soûl pour entendre les artistes. Vous verrez Lulu et vous m’en direz des nouvelles. Elle a été à la Cigale...
— Je rapporterai l’imperméable, dit-il.
— C’est cela. Encore un peu de menthe ?
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