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ISBN : 2253142999
Éditeur : Le Livre de Poche (19/02/2003)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 59 notes)
Résumé :
Parti plein d’enthousiasme pour les colonies, Joseph Timar ressent, dès son arrivé au Gabon, un malaise indéfinissable qui n’est pas seulement dû à la moiteur accablante du climat. Il s’installe dans l’unique hôtel de la ville. Dès son arrivé, la patronne, Adèle, s’offre à lui.

4e de couverture
Avait-il une seule raison grave de s’inquiéter ? Non. Il ne s’était rien passé d’anormal. Aucune menace ne pesait sur lui. C’était ridicule de perdre s... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  06 mai 2015
Selon mes sources, car j'ignorais l'expression jusqu'à ce que je la découvrisse chez Simenon, le "coup de lune" serait comparable, sous les latitudes équatoriales, à ce que nous nommons ici "coup de blues", aggravé cependant par la tendance à la boisson qui caractérise le comportement des Blancs en Afrique et en Extrême-Orient ainsi que par les attaques éventuelles de maladies telles que la dengue, par exemple. Un "coup de lune" peut donc se révéler très grave pour ceux qui en sont atteint, d'autant que, paraît-il, il vous tombe dessus sans prévenir, avec une brutalité qui vous met hors service pour pas mal de temps - si ce n'est pour le reste de votre existence.
Ce "coup de lune" en tous cas n'a pas manqué sa cible en choisissant le héros du roman, Joseph Timar, jeune homme de bonne famille (néanmoins appauvrie) mais ayant conservé d'excellentes relations, comme cet oncle qui, bientôt, deviendra sénateur. C'est d'ailleurs celui-ci qui lui a procuré un poste au Gabon, alors colonie française, dans une société nommée la Sacova. Tout frétillant et des étoiles plein les yeux et la cervelle, notre jeune homme qui, en plus, n'est pas mal de sa personne, a fait directo ses bagages pour Libreville où il va se retrouver complètement à la masse bien avant, il faut le souligner, d'avoir subi l'assaut de la terrible Hécate.
S'il nous dresse un tableau saisissant de l'Afrique coloniale française, des moeurs des Noirs comme celles des Blancs (il faut distinguer en effet les Noirs des villes de ceux qui vivent en forêt et sont demeurés plus "nature"), tout cela sur fond de paysages faussement urbanisés (à Libreville) et tout bonnement inquiétants mais merveilleux pour la brousse, le but premier de Simenon est bien sûr d'aspirer son lecteur au plus profond de l'abîme tapi en Timar, qu'il ignorait jusque là mais que va faire s'ouvrir, de plus en plus béant, le drame qui se joue au coeur du bar-hôtel tenu par Eugène et Adèle Renaud, lesquels ont déjà quinze ans de Gabon derrière eux ...
... ainsi qu'un passé agité puisque, dans sa jeunesse et en métropole, Adèle a "travaillé" pour le bénéfice d'Eugène, qui était son souteneur avant de devenir son mari. le couple a déjà fait une première fortune dans les coupes de bois du Gabon, fortune qu'il a claquée de concert en quelques mois dès son retour en France. Philosophes et jouisseurs, ils ont ensuite repris le chemin de l'Afrique et se sont remis au travail. de son passé de prostituée, Adèle a conservé l'habitude de coucher avec les uns et les autres, mais surtout avec les notables du coin : procureur, commissaire de police, gouverneur. de temps à autre, elle s'offre, et c'est bien naturel, un petit plaisir. Et c'est ainsi qu'elle se permet une fantaisie avec Timar, le lendemain-même de son arrivée. (Reconnaissons cependant que le jeune homme lui force un peu la main, si vous voyez ce que je veux dire ... )
Adèle, sa chair encore jeune et plaisante, son impassibilité apparente, son air supérieurement blasé de femme qui en en a trop vu, tout cela va se muer, pour Timar, en une véritable obsession. Il aime Adèle sans parvenir à analyser ses sentiments, il ne peut détacher d'elle son regard lors de cette fête où Thomas, l'un des boys noirs, est assassiné par balle, il la soupçonne, il la soutient, il la console lors de la mort prématurée d'Eugène, enlevé par une hématurie galopante et puis, tout naturellement, il prend la place du mari dans le lit et dans le bar. le pire, c'est que, en même temps, il hait aussi Adèle et la méprise.
La population locale blanche s'amuse plus ou moins de la situation - on peut penser qu'il en est de même pour les Noirs que Simenon nous décrit pourvus d'un sens indéniable de l'humour - mais s'en inquiète aussi. Car c'est Adèle qui, parce qu'il la faisait chanter, a abattu Thomas. Cela, tout le monde le sait ou le soupçonne. Mais les autorités répugnent à accuser une femme avec qui elles ont pris régulièrement leur plaisir, la classe moyenne, comme celle des coupeurs de bois, estime énormément le caractère bien trempé d'Adèle - quant aux Noirs, ma foi, s'ils savent quelque chose - et tout se sait dans de si petites communautés - ils préfèrent détourner les yeux, à l'exception compréhensible de la famille du boy assassiné qui, elle, exige réparation.
Une affaire bien embarrassante ... Heureusement, Adèle, qui est loin d'être une sotte, liquide son bar-hôtel pour acheter une concession de bois précieux que l'oncle de Timar leur a permis d'obtenir sans trop de problèmes et ils prennent la route. C'est là que le jeune homme, devenu en quelques mois un parfait alcoolique comme la majeure partie des Blancs qui l'entourent, subit sa première "crise" de dengue - c'est là que le "coup de lune" s'abat sur lui ...
Que les âmes sensibles ne s'inquiètent pas trop pour Timar : celui-ci rentrera sain et sauf en France mais complètement démoli par une Afrique, des colons et des Noirs qu'il n'est pas parvenu à comprendre et qui ont, en conséquence, été dans l'impossibilité de l'intégrer. Si ni Adèle, ni ses amis et bien entendu pas un seul Noir, sauf le boy de service pour les bagages, ne l'ont accompagné sur le quai de Libreville où l'attendait un paquebot en route vers la métropole, le "coup de lune", lui, n'a pas eu de ces délicatesses : il a embarqué avec Joseph Timar, et se prélasse sur le pont-promenade en attendant de faire de même du côté de la Charente. Timar, assurément, qu'il épouse ou non sa cousine Blanche, de Cognac, et qu'il mène désormais - ou refuse de mener - la vie tranquille que l'on coule en province, Timar en a pour toute sa vie avec son "coup de lune." Ses ressorts sont brisés, il a laissé en Afrique une bonne partie de sa raison aux bénéfices d'un état paranoïaque qui le fait maintenant se parler tout seul, ou alors ricaner sinistrement, tandis que les passagers le considèrent avec, au choix, tristesse, affolement ou ironie mauvaise.
L'Afrique a "eu" Joseph Timar. Mais que les chantres de l'anti-colonialisme actuel ne triomphent pas trop vite Merci ;o) : quand j'écris l'Afrique, je veux dire que, à Libreville, ils s'y sont tous mis pour le faire trébucher, Blancs, Noirs, colons et colonisés, tout le monde était d'accord. Timar était trop différent : il n'était fait ni pour le pays, ni pour le continent, ni pour tous ces gens-là qui, eux, "savent", les uns parce qu'ils sont nés là-bas, les autres parce qu'ils ont fini par apprendre. Mauvais, très mauvais élève, Joseph Timar n'a rien voulu savoir et on l'a mis à la porte, avec ce "coup de lune" qui le rendait bien trop dangereux pour l'avenir de tous.
Mais, entre nous, un "coup de lune", ça vaut mieux qu'une balle de revolver, pas vrai ? ...
Un roman lucide, cynique, ironique, qui ne fait la part belle à personne. Simenon dénonce sans complaisance le comportement des Blancs mais, en parallèle, démontre qu'une conscience peut toujours s'acheter, même si elle vibre sous une peau noire. Ce n'est pas le colonialisme le responsable : c'est humain, voilà tout. Simenon ne donne pas de leçon - il a horreur de ça : il établit un constat. Désabusé, soit et qui ne plaira pas à tout le monde, mais d'un réalisme redoutable. ;o)
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morganex
  25 janvier 2019
Pour Joseph Timar, jeune français s'installant au Gabon colonial, tout va commencer et finir par un paquebot venu de la Métropole et y retournant quelques mois plus tard, le même à l'arrivée qu'au retour. Il ira de l'espoir à la démence, d'un rêve de soleil éternel à un "coup de lune" redoutable (lire de "blues" et de folie) qui va secouer sa vie:
"L'étrave écartait doucement la soie grise de la mer"
Jeune natif de la Rochelle, il débarque à Libreville en jeune aventurier ivre d'exotisme de carte postale. Il a derrière lui, pour réussir, le poids financier d'importance de son parrain. Mais rien ne se passera comme prévu. Il va se heurter à l'Afrique et aimer Adèle.
Dans ce Gabon encore colonie française où se côtoient le blanc hautain et le noir soumis, il se heurte vite au mur de la canicule omniprésente, à la moiteur ingérable des jours et des nuits, aux crises de paludisme qu'il convient de prévenir à grands coups de quinine, de subir ou d'en mourir. Il y a aussi ce manque du pays natal qui taraude et invite sans cesse le passé dans le présent; ce microcosme blanc autarcique aux rêves effondrés, évaporés dans l'alcool fort devenu nécessité vitale.
L'Afrique va le ronger, le récurer jusqu'à l'os de ses illusions, de sa santé physique et mentale. Un "coup de Lune" va passer et l'emporter au delà de la raison. le monde sous l'Equateur offre beaucoup à l'homme blanc mais ne tient que rarement ses promesses. Simenon va décrire cette lente déchéance.
Et l'Amour, le Grand Amour, celui irrationnel et hors normes va aider Timar à plonger de l'autre côté du miroir, celui qui masque la folie qui attend patiemment sa proie.
L'encore jeune Adèle, au corps nu sous la soie de sa robe noire, tient le Central, un hôtel, en compagnie d'Eugène son compagnon, un ancien et usé coupeur de bois (ébène, acajou et autres précieuses essences exotiques). Tous deux: une ex-prostituée et un ex-maquereau en tandem. Adèle est à Libreville la chair facile et gratuite du colon blanc d'importance, elle se pose ainsi en nécessité locale et sait en tirer avantage. Mais Timar, c'est différent: c'est la jeunesse, un avenir avec lequel peut-être renouer, la promesse d'un grand amour recommencé.Elle ne tarde pas à échouer dans son lit.
Adèle va miser sur le mauvais cheval.
Eugène décède brutalement d'une complication fatale et rapide du paludisme. Adéle voit en Timar le maillon qui lui manque pour abandonner le Central, relancer une concession de bois en amont du fleuve. Un large profit sera à la clé, de quoi faire longtemps la nouba en Métropole.
Un jeune noir est retrouvé assassiné à deux pas de l'hôtel... un employé d'Adèle.
La suite appartient au roman...
Je suis un tantinet déçu par ce "coup de lune". Simenon m'a emmené en Afrique et c'est là qu'il m'a perdu. L'auteur y est si loin de ses territoires habituels. Sa patte, sa manière, sa maîtrise des phrases simples, bien que toujours présentes, ne sont pas en cause. Elles n'ont pas suffis à un décor et une ambiance suffisamment crédible. Il y a toujours eu en arrière-plan de mon imagination de lecteur ce climat continental que Simenon décrit si bien. La cohabitation des deux est difficile à différencier. J'ai de même peiné à m'intégrer à l'univers du héros, il n'est pas foncièrement détestable ou répréhensible dans ses réactions, il est à la dérive, perdu, sans amarre, au coeur d'un milieu qu'il n'assimile pas assez vite, ballotté par un amour qu'Adèle croit maîtriser à son avantage. le milieu colonial blanc n'est pas suffisamment discrédité, le problème n'est effleuré que par la bande. Simenon n'a t'il pas vraiment osé ?
Si j'ai eu l'impression d'être resté à quai du récit il n'en est pas de même de l'ultime chapitre qui raconte le voyage de retour de Timar: c'est un chef d'oeuvre de nuances, d'impressions, de non-dits. Simenon et son lecteur font corps avec le mal-être du héros. On y entrevoit la vie qui l'attend et qui ne soignera jamais les plaies que l'Afrique a laissé en lui. Superbe épilogue. Il vaut peut-être à lui seul le détour des 210 pages qui le précèdent.
On retrouve ici, avec ce "coup de lune" le thème récurent en littérature et cinéma de l'homme blanc devenu corps étranger sous une latitude qui le détruit mais dont il espère tout. J'y ai revu Montand et Vanel dans le "Salaire de la peur", Gérard Philippe et Michelle Morgan dans les "Orgueilleux".
Lien : https://laconvergenceparalle..
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hazzunah
  18 janvier 2019
Le "coup de lune"... D'après ce que j'ai lu, il s'agirait - de l'autre côté de l'équateur - de notre "coup de blues"... Un coup de blues démultiplié par la chaleur, la moiteur, l'alcool, la brûlure du soleil.
Car le héros de ce court roman, Joseph Timar, se retrouve au Congo grâce à un oncle influent, qui lui a promis une bonne place à la Sacova. En arrivant à Libreville, il va cependant découvrir que la société est en train de couler et qu'il ne peut pas accéder à son poste. Il va alors séjourner dans un bar/hôtel où, dès le premier soir, il commence une relation avec la patronne, Adèle. Or, quelques jours après son arrivée, Thomas, un "boy noir" est assassiné. Timar a de bonnes raisons de soupçonner Adèle, mais il semble bien trop envoûtée par cette femme pour dire quoi que ce soit. Son amour pour elle est d'ailleurs à double tranchant : elle semble l'obséder tout autant qu'il la hait.
Finalement, Joseph Timar va rentrer fou de voyage en Afrique. À cause de son "coup de lune", certainement, mais aussi parce qu'il n'a jamais réussi à comprendre le Gabon, pays où il s'est senti mal et étranger dès son arrivée...
Pour ma part, je crois que j'ai également eu du mal à trouver ma place dans ce roman. L'écriture de Simenon m'a laissé quelque peu indifférente... J'ai tout de suite trouvé le personnage principal assez détestable, et passer le roman en sa compagnie n'était donc pas vraiment une partie de plaisir. Mais ce roman est sans conteste efficace, car il dépeint avec brutalité l'Afrique coloniale, l'alcoolisme des hommes blancs, leur racisme envers les noirs - qui payent pour tous leurs crimes, même les plus ignobles. le tout est cynique, parfois ironique et toujours très réaliste.
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Sasha1979
  22 août 2016
Encore un Simenon @livredepoche... Pas un Maigret... Un livre brutal sur l'Afrique coloniale... Sur Libreville au Gabon... On y parle des Blancs tout puissants, des africains qu'on traité comme des moins que rien... D'une jeune français Joseph Timar qui part faire fortune et qui reviendra en France à moitié fou.... Des crimes commis par des Blancs restes impunis....De la métropole qui s'imagine l'Afrique comme un paradis exotique... Des coloniaux désabusés et alcooliques... Des couleurs de bois revenus de tout... C'est noir, c'est sombre... Peut être un peu raciste mais c'est aussi un témoignage de ce que fut l'Afrique coloniale... A lire !
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jimpee
  02 juin 2014
Coup de lune est un roman mineur de Simenon qui se passe en Afrique. Son intérêt est plutôt sur la description de monde des français expatriés dans un Libreville qui ressemble à un village.
Timar arrive au Gabon pour tenir un poste en forêt. Arrivé à Libreville, on lui annonce que son prédécesseur ne veut pas partir et que la société qui l'emploie bat de l'aile. Il reste tranquillement quelques jours, se lie avec les français sur place et picole pas mal.
Il est sidéré par Adèle, la patronne de l'hôtel où il loge. Adèle est bien connue de tous les hommes de la place mais il devient son amant à la mort du mari. Adèle est soupçonnée d'avoir tué un noir (Simenon parle de nègres) mais Timar s'allie à elle pour reprendre une exploitation. Quand il apprend qu'un noir est accusé du meurtre, il se décille, ne supporte pas qu'Adèle lui cache des choses et revient à Libreville pour assister au procès.
En route, il a eu un coup de chaud et il n'est pas bien accueilli à Libreville. Tout le monde est au courant de ce qui se trame, les magistrats sont prêts à couvrir Adèle qui les a bien récompensé mais Timar fait un scandale au procès. Simenon nous raconte sa dérive, la façon dont il s'enfonce doucement dans folie qui ne sera guérie qu'en revenant en France et en reprenant sa place dans son monde feutré de province.

Lien : http://jimpee.free.fr/index...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   06 mai 2015
[...] ... Il reconnut les rais d'ombre et de lumière, la table où l'on servait le whisky. Il était assis sur une chaise et le commissaire, debout, le regardait d'une façon particulière, qui étonna Timar au point qu'en se passant une main sur le front il balbutia :

- "Je vous demande pardon. Je ne sais pas bien ce qui m'est arrivé. Ils m'en voulaient."

Et il esquissa un sourire poli. Le commissaire ne souriait pas, continuait à l'observer avec une curiosité froide.

- "Vous voulez boire ?"

Il eût parlé de même à un nègre ou à un chien, et il ne lui servit que de l'eau, recommença à faire les cent pas dans la pièce.

Timar voulut se lever.

- "Restez !

- Qu'est-ce que nous attendons ?"

C'était encore un peu flou. Il n'en eût pas fallu beaucoup plus pour que cela fût tout à fait irréel.

- "Asseyez-vous !"

On ne se donnait pas la peine de répondre à sa question et à nouveau l'effleura l'idée d'un complot ourdi contre lui.

- "Entrez, docteur ! Vous allez bien ? Vous savez ce qui s'est passé ?"

Le commissaire désigna Timar d'un coup d'oeil. Le médecin parla à mi-voix :

- "Que va-t-on faire ?

- Il faudra bien l'arrêter. Après un tel scandale ..." ... [...]
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WolandWoland   06 mai 2015
[...] ... - "Les Renaud, dont vous parliez tout à l'heure, qu'est-ce que c'est ?

- On ne vous l'a pas dit ? Il y a quinze ans qu'Eugène Renaud est interdit de séjour. Traite des blanches, surtout, mais, sans doute, quelques peccadilles par surcroît. Ils sont quelques uns dans le même cas à Libreville.

- Et sa femme ?

- C'est sa femme ! Tout ce qu'il y a de plus régulier. Elle était déjà avec lui à cette époque-là. Ils travaillaient surtout dans le quartier des Ternes. Videz votre verre !"

Timar le vida par trois fois, peut-être quatre. Le commissaire en fit autant et finit par être très bavard. Sans un coup de téléphone du procureur, qui l'appelait d'urgence, la conversation eût duré longtemps.

Quand Timar sortit, le soleil tombait d'aplomb, si lourd qu'après une centaine de mètres il eut peur. Sa nuque brûlait. Il ne digérait pas le whisky et il pensait à l'hématurie d'Eugène Renaud, à d'autres histoires qu'il venait d'entendre.

Il pensait surtout à Adèle qui, alors que lui-même avait sept ans, aidait déjà Renaud à racoler des filles pour l'Amérique du Sud. Elle l'avait suivie au Gabon, à une époque où il n'y avait sur la côte que des bicoques de planches ! Ils s'étaient enfoncés dans la forêt et, seuls blancs à des journées et des journées de pirogue, ils avaient entrepris de couper du bois et de lui faire descendre la rivière ! ... [...]
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moraviamoravia   06 avril 2013
Des gens se retournaient encore sur son passage. Or, il était si calme, il enchaînait les idées, si nettement, avec un tel sang-froid qu'il éprouva le besoin de les brouiller un peu, ne fût-ce que pour la galerie, et qu'il dit à voix haute, en guettant les visages de ses yeux fiévreux et ironiques :
- L'Afrique, ça n'existe pas !
Pendant un quart d'heure encore, il répéta en arpentant le pont consciencieusement :
- L'Afrique, ça n'existe pas ! L'Afrique...
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Sasha1979Sasha1979   22 août 2016
L'entretien dura un quart d'heure. On ne dit pas un mot du nègre tué, ni de l'enquête. Une fois de plus, avant le déjeuner, Timar avait la tête alourdie par l'alcool et il trouva cet état agréable, car ses pensées avaient un flottement qui rendait insensibles les angles désagréables.
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Sasha1979Sasha1979   22 août 2016
En même temps, naissait en lui un désir aigu et les choses les plus étrangères à ce désir ne faisaient que le renforcer, comme ces raies de lumière et d'ombre, comme la moiteur animale du lit et jusqu'à ce sommeil agité qu'il avait eu, entrecoupé de frayeurs inconscientes et de tâtonnements dans le noir.
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