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EAN : 9782253143017
157 pages
Le Livre de Poche (14/05/2003)
3.61/5   66 notes
Résumé :

Gredel et Lena, les deux servantes si pareilles avec leurs cheveux ébouriffés et leur visage de poupée, dressaient les couverts sur six tables, les plus proches du comptoir, posaient sur la nappe à petits carreaux rouges les verres de couleur, à long pied, destinés au vin d’Alsace.Accoudée à la caisse, Mme Kellerchuchotait et son mari l’écoutait, debout, en se balançant un peu sur sa béq... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
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Woland
  10 avril 2015
ATTENTION : NOMBREUX SPOILERS !
En juillet 1931, sur son bateau "L'Ostrogoth", Georges Simenon entreprenait la rédaction de ce qui deviendra son premier "roman dur" : "Le Relais d'Alsace." Il se sentait l'âme non pas vide mais au contraire, toute débordante, et d'autres personnages, impérieux, demandaient à naître tout en refusant de s'intégrer à l'univers de Maigret. L'éditeur Fayard n'y croyait pas, il faut bien le signaler d'office - mais il avait tort. Les "romans durs" de Georges Simenon allaient connaître autant de succès que l'épopée ayant pour héros Jules Maigret et, sans battre le record d'adaptations cinématographiques et télévisuelles de cette dernière, entamer sur les écrans une carrière fort intéressante. Si vous avez vu "Les Fantômes du Chapelier" de Claude Chabrol, par exemple, vous savez ce dont je parle. Je vous citerai aussi "Le Chat" avec Gabin et Signoret, ou "L'Aîné des Ferchaux" de Melville mais il y en a bien d'autres, dont deux adaptations au moins des "Fiançailles de M. Hire", la première avec Michel Simon et la seconde avec Michel Blanc. Je m'arrête là : vous reconnaîtrez les vôtres. Wink
C'est la seconde fois, après "Les Fantômes du Chapelier", que je me lance dans les "romans durs" de l'auteur belge. Je les suspecte d'être encore plus noirs que certains "Maigret", lesquels ne sont pourtant pas mal dans leur genre. Et ce "Relais d'Alsace" confirme les soupçons qu'avaient pu m'inspirer "Les Fantômes du Chapelier" et la traque pluvieuse, terrifiée et masochiste qu'y mène, derrière le digne, terrifiant et sadique M. Labbé, le petit tailleur Kachoudas.
Tout s'ouvre cependant sur un paisible paysage de montagnes, à l'ancienne frontière franco-allemande avec l'Alsace, à La Schlucht très précisément, un petit hameau où vivent en bons termes, chacun ayant sa clientèle, trois hôtels-restaurants s'étageant du grand luxe (le "Grand-Hôtel") au relais pour randonneurs (le "Relais d'Alsace") en passant par le degré moyen et la clientèle petite-bourgeoise de l'"Hôtel des Cols." Attardons-nous un instant sur "Le Relais d'Alsace" puisque c'est tout de même cet établissement qui donne son titre au roman. Ses propriétaires sont les Keller : lui, Nic, malgré sa béquille, est un coureur fini, volontiers amateur de mineures ; elle, qui restera toujours pour le lecteur "Mme Keller", est une femme forte, intelligente, ayant la tête sur les épaules, qui supporte les écarts de son époux non parce qu'elle l'aime mais plus probablement parce que, ensemble, ils forment une équipe qui gagne. Ne vont-ils pas bientôt construire une annexe ? A leur service, tant pour la cuisine que pour l'entretien, deux jeunes servantes, deux soeurs : Gredel et Lena, mignonnes, couvertes de taches de son et pas très, très intelligentes bien que plutôt gentilles. Comme pensionnaires attitrés, l'ingénieur Herzfeld, quadragénaire qui en a encore pour quelque temps à travailler pour un chantier voisin, et aussi Serge Morrow, surnommé "M. Serge" parce qu'il est tout de même là depuis un certain temps et que, en dépit d'une distinction naturelle, il possède un physique et des manières bonhommes et aimables qui incitent à pareille familiarité.
Si tant est qu'on puisse vraiment se montrer familier envers M. Serge. Autant qu'il le veuille bien, seulement. On s'en rend compte, de temps à autre mais c'est assez rare. L'homme est simple, très instruit, polyglotte avec ça, s'entend avec tout le monde, paraît assez fortuné, fait de longues promenades dans le coin, s'est lié d'amitié - ou d'autre chose - avec Mme Meurice, la veuve du coin, qui s'entête à vivre dans un chalet dont elle ne pourra bientôt plus payer les loyers parce que sa fille souffre d'un "point humide" tuberculeux et que l'air des montagnes lui est instamment recommandé. M. Serge ne demande en fait rien à personne : il est, visiblement, partisan du "vivre et laisser vivre". Malheureusement, dans cette petite communauté, il est, à de rares exceptions près, le seul à penser ainsi. Les on-dit et la bien-pensance, le politiquement correct et la médiocrité ont établi leur tanière à La Schlucht avec autant de facilité et de naturel qu'ils l'eussent fait au sein de la plus décrépite société provinciale et l'originalité incontestable de M. Serge fait jaser. Que voulez-vous, il faut bien passer le temps ...
Depuis deux mois, M. Serge laisse traîner sa note. Mme Keller l'entreprend dès le premier chapitre sur cette épineuse question, ce qui ne semble guère le troubler. Il lui dit simplement que l'argent qu'il attendait par mandat n'est pas arrivé comme il le croyait et prend presque aussitôt le car pour Munster afin de régler la question. le lendemain-matin, à son retour, il règle d'ailleurs ses dettes et trouve le moyen de payer deux ou six mois d'avance - ma mémoire me lâche sur ce point, pardonnez-moi. Mais, à sa grande surprise, il constate que les traits figés de Mme Keller ne se défigent en rien, que Nic, son mari, est assez gêné, que les petites servantes n'osent plus le regarder en face et que, comble du comble, un policier veut lui parler. N'ayant, comme il l'affirme, rien à se reprocher, M. Serge invite le jeune inspecteur à sa table et apprend, non sans une certaine contrariété par ailleurs assez visible, que : 1) en son absence et dans la nuit, soixante-mille francs ont disparu au "Grand-Hôtel", dans la suite des van de Laer, tout juste arrivés de la veille et 2) qu'on l'aurait aperçu, lui, le matin même, dans le coin, du côté du chalet de Mme Meurice. Or, si le témoin est de bonne foi, on pourrait penser, n'est-ce pas, que M. Serge a seulement fait mine de s'absenter pour mieux voler les van de Laer ...
M. Serge hausse les épaules et déclare la chose absurde tout en refusant avec fermeté de livrer le nom du bijoutier auquel, à Munster, il a vendu la gourmette de platine qui lui a permis de trouver des fonds en urgence. Il refuse aussi de donner plus de renseignements sur lui-même. La police n'a qu'à faire son travail, puisqu'elle le soupçonne ! Et qu'elle l'arrête donc, si elle est si sûre de ce qu'elle avance ! ...
Mais les jours passent, Mme Keller a beau épier (la patronne du "Grand-Hôtel" aussi ) et le commissaire Labé (avec un seul "b" celui-là), au demeurant un homme plutôt sage et fort sympathique, se déplacer de Strasbourg, aucune arrestation n'a lieu. Labé suspecte bien M. Serge de ne faire qu'un avec un escroc de très haut vol, connu sous le nom du "Commodore" - il le lui annonce franco, dès leur première entrevue - mais il se trouve face à un problème de taille : ledit Commodore aurait eu le nez effleuré par une balle et il lui en serait resté une cicatrice. Infime, soit mais tout de même perceptible à un oeil exercé. Or, sur le nez de M. Serge, point de cicatrice. Ensuite, Labé reçoit un télégramme, bientôt suivi d'un deuxième, lui certifiant que le Commodore - et sa cicatrice - sont descendus dans un palace, à Venise. Alors ? Comment arrêter M. Serge et, plus simplement, comment savoir s'il est vraiment Serge Morrow ? Car il va de soi que tous ses papiers sont en règle.
Pour rajouter à l'ambiance, les soixante-mille francs, froissés et recouverts çà et là d'une substance graisseuse alors que, au moment de leur disparition, ils étaient tout neufs et crissants, sont retrouvés ... dans le tiroir d'une table, chez les van de Laer. Jusque là, le tiroir était passé inaperçu parce que la nappe le dissimulait . Côté sentimental, ça ne s'arrange pas non plus : Mme Meurice, qui prend désormais M. Serge pour un voleur et non plus pour un homme suffisamment riche pour qu'on songe à le voler, lui (saisissez-vous la nuance ? ), ne veut plus le voir et se résigne à épouser son propriétaire, le répugnant mais très fortuné brasseur Kampf.
A se stade et depuis longtemps d'ailleurs, le lecteur sent bien qu'il y a, dans tout cela, beaucoup de choses qui ne tournent pas rond. Et ça le passionne - vous n'auriez pas parié le contraire tout de même, avec Simenon devant le clavier de la machine à écrire ? Et, dès le début, il est "pour" M. Serge. Il se doute bien que celui-ci n'est pas tout à fait "clair" mais n'empêche : M. Serge, il l'aime bien. En toute franchise, le commissaire Labé lui-même ne paraît pas non plus le détester même s'il continue à le suspecter non du vol des soixante-mille francs, on le comprend assez vite, mais de ne pas être qui il paraît.
Le final est un mélange de triomphe et de cynisme et l'on n'est pas loin de penser à Balzac et à son Vautrin, dont le credo voulait que, pour réussir dans la vie, pour y être admiré et respecté, pour y devenir intouchable, il fallait se montrer malhonnête et sans états d'âme. C'est en cela que "Le Relais d'Alsace" éclate de noirceur. Une noirceur franche et qui ne s'embarrasse pas de délicatesse, une noirceur qui sourd tout d'abord des personnages secondaires, tous ces gens qui épient et souhaitent voir arrêter un homme qui ne leur a jamais fait le moindre mal, bien au contraire, puis qui s'élève un peu dans le niveau social avec la lâcheté de Mme Meurice et de sa fille et qui rejoint enfin les suprêmes et glaciales altitudes du cynisme cultivé comme un animal blessé atteindrait un refuge. M. Serge a cru qu'il pouvait revenir en arrière dans le temps, au moins durant quelques mois, M. Serge a même rêvé à un nouveau départ mais M. Serge réalise - et avec quelle brutalité - qu'il est prisonnier à jamais : non de M. Serge et certainement pas de la Justice, simplement de la médiocrité humaine.
Celle-ci est partout, telle est la fatale conclusion à laquelle nous mène, avec une douceur toute relative, un Simenon qui, dans cet épilogue, se sent aussi bien que dans l'un de ses "Maigret". Il ne nous le clame pas, bien sûr, il nous le chuchote avec ironie : Vautrin avait raison hier et aujourd'hui, il a toujours raison. C'est parce qu'elle règne en maîtresse dans notre monde, cette bassesse démesurée de l'être humain, que l'on doit s'élever au-dessus d'elle pour qu'elle ne nous corrompe pas. Etre un escroc de haut vol, qui ne s'attaque qu'aux riches, ça sent encore un peu son Robin des Bois. Mais n'être qu'un sournois, un envieux et un falot sans aucune envergure et doué d'une connerie aussi haineuse que monumentale, cela fait de l'être une simple bouse tout juste bonne à engraisser le fumier - à moins qu'elle ne le pourrisse intégralement et le rende inutilisable. ;o)
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beauscoop
  29 juin 2021
Un début d'histoire du style mystère de chambre close , mais qui s'explique assez rapidement par des informations dévoilées plus tard. Beaucoup de mystères d'ailleurs sont progressivement expliqués au fil du récit, enlevant ainsi beaucoup d'intérêt et de suspense. le mystérieux personnage principal se dédouble d'un sosie de façon tirée par les cheveux. La construction erratique du roman ne permet pas de bien l'apprécier, explicable pour un premier roman. Il reste malgré cela les scènes descriptives d'atmosphère intéressantes, que l'on retrouvera souvent dans les prochains romans.
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marlene50
  10 novembre 2019
Simenon m'a fait découvrir Maigret comme à beaucoup d'entre nous.
Mais, là, cette petite histoire où il n'y a pas de cadavre se déroule en Alsace. Simenon a d'ailleurs écrit plus de deux cents titres dont celui-ci qu'il nommera ses "romans-romans" ou ses "romans durs".
Un homme revient sur les lieux de son enfance, et a dans l'idée de rentrer dans le rang et de s'embourgeoiser ; lui qui est recherché par toutes les polices.
Mais c'est sans compter sur le regard et l'attitude de tous ces gens qui grappillent autour des trois hôtels qui se situent à la Schlucht à 1236 mètres d'altitude à une trentaine de kilomètres de Gérardmer et de Munster, où l'action se situe.
Une petite histoire assez simple en somme, mais qui laissera au "Commodore" un goût amer.
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LVI
  20 mars 2012
Fredel et Gredel !

Au col de la Schlucht, dans les Vosges, entre Gérardmer et Munster, au Relais d'Alsace, en face du Grand-Hôtel, Mr. Serge, un quinquagénaire cultivé et distingué sème le trouble chez ces dames. Il est là depuis cinq mois, a du mal à payer sa facture, passe son temps à se promener dans les environs, va même se faire renvoyer du Relais quand brusquement, alors que le soir d'avant il n'en avait pas, il a de l'argent au matin, alors qu'un vol a été commis au Grand-Hôtel durant la nuit. L'inspecteur Mercier d'abord et le commissaire Labbé ensuite enquêtent. Et si Mr. Serge était le ‘Commodore' recherché par toutes les polices du monde ?

Premier roman de Georges Simenon paru sous son nom (il avait écrit des ‘romans de gare' pendant dix ans avant que de faire paraître à partir de 1931 sous son véritable nom ses premiers ‘Maigret') -en juillet 1931- qui ne soit pas un ‘Maigret' (mais cela ne change strictement rien à l'affaire), ‘Le Relais d'Alsace' bien que concentré dans un lieu unique où ne vivent que peu de personnes (en fait une constante chez Simenon), est empreint d'un fort mystère. Mr. Serge, bien que démuni sur le plan matériel, est tellement au-dessus de Mme et Mr. Keller, les rudes propriétaires du Relais d'Alsace, de Gredel et Lena, leurs deux jeunes naïves employées, de Fredel, le retors pompiste du Grand-Hôtel, et si proche de la mystérieuse Dame du chalet et de son éthérée fille, que tout le pays se pose des questions…

Comme toujours chez Simenon, les personnages priment sur l'intrigue et la densité de ceux-ci sur l'action : il a toujours su traquer les failles chez les êtres humains, quel qu'ils fussent et quelle que fut leur carapace ; et c'est ce qui rend ses nouvelles et romans aussi prenants aujourd'hui qu'hier : ils sont indémodables : ils parlent de l'être humain qui, même si le décor autour de lui -progrès oblige- change, ne change lui pas d'un poil, englué qu'il est dans sa propre histoire, son propre caractère, son âme pas toujours propre. Et si vous alliez passer un petit week-end dans les Vosges ?
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CAZAUX
  24 septembre 2022
L'auteur nous fait prendre un bol d'air frais dans le massif des Vosges, au pied du col de la Schlucht menant au sommet du Hohneck. Dans ce roman très court, l'intrigue se met progressivement en place dès les premières pages, imprimant un rythme lent, saccadé, presque monotone à la narration. Fidèle à ses pratiques de fin psychologue, Georges Simenon s'attachera à décrypter, avec une précision d'orfèvre, toutes les facettes de la personnalité des personnages de ce livre qui se lit très facilement, d'une seule traite. J'ai particulièrement apprécié la manière très habile dont le romancier a façonné la tournure de son récit, soulignant le caractère fourbe du principal protagoniste de l'histoire : un escroc sans scrupule qui usera de tous les stratagèmes, des plus astucieux jusqu'aux plus farfelus, pour se défier de son entourage y compris de la police afin de parvenir à ses fins.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
WolandWoland   12 avril 2015
[...] ... M. Serge, vêtu d'un caban de montagne, son feutre vert sur la tête, sa canne à la main, descendait du car et poussait la porte, reniflait l'air, lançait gaiement :

- "Jeudi ! Soupe aux choux ! Je l'avais oublié ! ..."

Il s'étonnait un peu. Lena ne venait pas lui prendre son manteau comme d'habitude. Mme Keller regardait ailleurs. Nic mangeait à grand bruit, la tête penchée sur son assiette, et l'ingénieur de la scierie se plongeait dans la lecture d'une revue.

Seul l'inconnu le regardait.

- "Mon déjeuner, Lena ! ... Je n'ai rien pris depuis ce matin !"

Est-ce que, dans l'attitude générale, il n'y avait pas une hostilité voulue ? Le coq de bruyère était à sa place. Et l'aigle des Vosges.

Il y avait eu de l'orage, la nuit. La température avait considérablement baissé. On avait allumé du feu dans le poêle alsacien en majolique. M. Serge s'y chauffa les mains, regarda l'inconnu, sourcilla, redressa les épaules.

Son sourire eut l'air de dire : "Ils ne croient pas que j'apporte l'argent ..."

Alors, haussant le ton pour y mettre quelque désinvolture, il s'approcha de Mme Keller.

- "J'ai quelque chose pour vous ... D'abord ceci ..."

Et il tira de sa poche une broche en or, représentant un aigle dont l'oeil était un tout petit rubis, et qui pouvait valoir deux-cents francs.

L'hôtelière se troubla, ne sut où poser le regard.

- "Puis ceci ..."

Dans un portefeuille, il prit des billets de mille francs.

- "Un ... deux ... trois ... quatre ... cinq ... Je vous paie deux mois d'avance ..."

L'inconnu ne mangeait plus. Il tenait la tête levée, tournée vers M. Serge.

Nic Keller laçait et délaçait sa chaussure en poussant de grands soupirs.

- "Hum ! ... Hum ! ..." faisait l'ingénieur.

Alors Mme Keller, sans toucher à la broche, ni aux billets de banque :

- "Je crois que monsieur voudrait vous parler ..."

Lena tournait obstinément le dos, feignant d'être très occupée à dresser des macarons sur une assiette.

M. Serge regarda l'inconnu.

- "A moi ? ..." s'étonna-t-il.

Et l'autre, debout, embarrassé :

- "Excusez-moi ... Je désirerais vous poser quelques questions ... Inspecteur Mercier, de la Brigade mobile de Strasbourg ... Mais vous avez le temps de déjeuner ..."

On n'entendait aucun bruit, aucun ! Et pourtant chacun mangeait.

- "Ah ! ... " dit M. Serge de sa voix la plus naturelle.

Il se tourna vers Lena.

- "Mettez mon couvert à la table de M. Mercier, mon petit ..." ... [...]
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WolandWoland   12 avril 2015
[...] ... - "Vous devriez nous laisser un moment, votre maman et moi, Hélène ..." dit-il simplement.

Elle hésita. Elle regarda sa mère qui murmura sans montrer son visage :

- "Hélène n'est pas de trop ..."

La voix était lasse, un peu rauque. Il y restait des traces de sanglots.

Il s'écoula peut-être une demi-minute, mais elle fut pénible, à cause du silence, des respirations qu'on percevait.

- "L'acte de vente est signé ?" questionna enfin M. Serge, qui ne trouvait pas de phrase moins brutale.

Il n'avait même pas besoin de réponse. Sur la table, parmi les couverts sales, il y avait un gros portefeuille usé qui devait contenir les papiers de famille, les documents officiels, sans doute aussi la petite fortune des Meurice.

- "J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire ..." répliqua la jeune femme qui n'hésita plus à monter ses yeux rougis, ses pommettes fiévreuses.

Alors il s'emporta. Il n'éleva pas la voix. Il ne fit pas un geste. Mais le débit fut rapide, haché. Et il regardait fixement le sol en parlant.

- "A cet homme ! ... Ainsi, pendant des semaines, vous n'avez pas eu assez de confiance en moi pour me mettre franchement au courant de la situation ! ... Tandis que lui, un individu vulgaire, plein d'arrière-pensées ...

- Je vous en prie !

- Je suis arrivé trop tard ... Ce matin, quand j'ai téléphoné au notaire ...

- Démarche que vous n'auriez pas dû vous permettre ... Vous ne comprenez donc pas que c'était le meilleur moyen pour me compromettre ? ... Que croyez-vous qu'ils aient pensé ? ..." ... [...]
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IoannesLudovicusIoannesLudovicus   18 juillet 2022
Il y avait cinq mois que M. Serge s’était installé au Relais d’Alsace, cinq mois qu’il vivait là sans rien faire que se promener dans la montagne, lire les journaux, tantôt à une table, tantôt à l’autre.
Au point que, quand il n’y avait plus de bière au comptoir, il allait lui-même en chercher à la cave ! Et que parfois, si un client entrait alors qu’il n’y avait personne, il le servait !
Gredel et Lena le prenaient pour confident, lui racontaient leurs petites histoires de gamines. Et le dimanche, quand les touristes étaient trop entreprenants avec elles, il intervenait, discret mais ferme:
-Vous ne voyez pas que ce sont des petites filles ?
Il faisait partie de la maison. L’ingénieur qui travaillait à la scierie et qui prenait pension à l’hôtel lui demandait des conseils. Le brasseur de Munster ne manquait jamais de lui serrer la main. Le facteur l’appelait M. Serge, comme tout le monde.
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CAZAUXCAZAUX   24 septembre 2022
Le commissaire avait parlé d'une voix égale. Il leva ses yeux clairs vers son interlocuteur.
- Si c'était lui !... murmura l'inspecteur, tout frémissant déjà de l'orgueil d'une telle capture.
Une silhouette se détachait sur la route. M. Serge, avec sa cape verdâtre, sa canne noueuse à la main, descendait du Hohneck, s'arrêtait un instant devant la Packard qu'il admirait, se dirigeait enfin vers le Relais d'Alsace.
Gredel essuyait les tables. Lena dressait les couverts pour le déjeuner. Nic Keller était à la cuisine, en train de plaisanter avec le chef.
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CAZAUXCAZAUX   24 septembre 2022
Vous n'avez pas de mandat d'arrêt, n'est-ce pas ? Au surplus, cela ne servirait de rien. Il n'y a aucune plainte contre moi. Cent personnes haut placées se porteront garantes de l'honorabilité de M. Serge Morrow. Vous tombez bien ! Mais si !... Vous êtes un brave bonhomme, commissaire !... Un brave petit bonhomme que l'Etat paie deux mille six cents francs par mois et qui lui en donne pour beaucoup plus que cet argent...
Et cette condescendance, ce ton protecteur n'avaient rien de choquant, tant il y avait soudain de différence entre les deux hommes.
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Vidéo de Georges Simenon
En 1979, une romancière a été nommée présidente du jury. Une première dans l'histoire du Festival de Cannes qui convie les littéraires à siéger dans ce comité exclusivement composé d'hommes et de femmes de cinéma. Françoise Sagan ouvre le bal des délibérations. Pourquoi inviter des romanciers à présider ? Une cérémonie particulièrement symbolique qui a sacré deux films arrivés ex aequo avec "Apocalypse Now" et "Le Tambour" adapté du roman de Günter Grass, grâce à Françoise Sagan. Laurent Delmas et Christine Masson nous révèlent quelques anecdotes peu reluisantes de cette 32ème édition du Festival, théâtre d'une polémique entre la romancière et l'institution du cinéma. 
Georges Simenon, le père des "Maigret", Henry Miller, l'auteur américain le plus impertinents et insolents qui soit… Qui sont ces membres du jury qui ont marqué le Festival de Cannes ? 
François Busnel et ses invités remontent le temps, quand les écrivains et grands noms de la littérature se sont retrouvés au Festival de Cannes.

Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/
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