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ISBN : 2253143014
Éditeur : Le Livre de Poche (14/05/2003)

Note moyenne : 3.54/5 (sur 41 notes)
Résumé :

Gredel et Lena, les deux servantes si pareilles avec leurs cheveux ébouriffés et leur visage de poupée, dressaient les couverts sur six tables, les plus proches du comptoir, posaient sur la nappe à petits carreaux rouges les verres de couleur, à long pied, destinés au vin d’Alsace.Accoudée à la caisse, Mme Kellerchuchotait et son mari l’écoutait, debout, en se balançant un peu sur sa béq... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  10 avril 2015
ATTENTION : NOMBREUX SPOILERS !
En juillet 1931, sur son bateau "L'Ostrogoth", Georges Simenon entreprenait la rédaction de ce qui deviendra son premier "roman dur" : "Le Relais d'Alsace." Il se sentait l'âme non pas vide mais au contraire, toute débordante, et d'autres personnages, impérieux, demandaient à naître tout en refusant de s'intégrer à l'univers de Maigret. L'éditeur Fayard n'y croyait pas, il faut bien le signaler d'office - mais il avait tort. Les "romans durs" de Georges Simenon allaient connaître autant de succès que l'épopée ayant pour héros Jules Maigret et, sans battre le record d'adaptations cinématographiques et télévisuelles de cette dernière, entamer sur les écrans une carrière fort intéressante. Si vous avez vu "Les Fantômes du Chapelier" de Claude Chabrol, par exemple, vous savez ce dont je parle. Je vous citerai aussi "Le Chat" avec Gabin et Signoret, ou "L'Aîné des Ferchaux" de Melville mais il y en a bien d'autres, dont deux adaptations au moins des "Fiançailles de M. Hire", la première avec Michel Simon et la seconde avec Michel Blanc. Je m'arrête là : vous reconnaîtrez les vôtres. Wink
C'est la seconde fois, après "Les Fantômes du Chapelier", que je me lance dans les "romans durs" de l'auteur belge. Je les suspecte d'être encore plus noirs que certains "Maigret", lesquels ne sont pourtant pas mal dans leur genre. Et ce "Relais d'Alsace" confirme les soupçons qu'avaient pu m'inspirer "Les Fantômes du Chapelier" et la traque pluvieuse, terrifiée et masochiste qu'y mène, derrière le digne, terrifiant et sadique M. Labbé, le petit tailleur Kachoudas.
Tout s'ouvre cependant sur un paisible paysage de montagnes, à l'ancienne frontière franco-allemande avec l'Alsace, à La Schlucht très précisément, un petit hameau où vivent en bons termes, chacun ayant sa clientèle, trois hôtels-restaurants s'étageant du grand luxe (le "Grand-Hôtel") au relais pour randonneurs (le "Relais d'Alsace") en passant par le degré moyen et la clientèle petite-bourgeoise de l'"Hôtel des Cols." Attardons-nous un instant sur "Le Relais d'Alsace" puisque c'est tout de même cet établissement qui donne son titre au roman. Ses propriétaires sont les Keller : lui, Nic, malgré sa béquille, est un coureur fini, volontiers amateur de mineures ; elle, qui restera toujours pour le lecteur "Mme Keller", est une femme forte, intelligente, ayant la tête sur les épaules, qui supporte les écarts de son époux non parce qu'elle l'aime mais plus probablement parce que, ensemble, ils forment une équipe qui gagne. Ne vont-ils pas bientôt construire une annexe ? A leur service, tant pour la cuisine que pour l'entretien, deux jeunes servantes, deux soeurs : Gredel et Lena, mignonnes, couvertes de taches de son et pas très, très intelligentes bien que plutôt gentilles. Comme pensionnaires attitrés, l'ingénieur Herzfeld, quadragénaire qui en a encore pour quelque temps à travailler pour un chantier voisin, et aussi Serge Morrow, surnommé "M. Serge" parce qu'il est tout de même là depuis un certain temps et que, en dépit d'une distinction naturelle, il possède un physique et des manières bonhommes et aimables qui incitent à pareille familiarité.
Si tant est qu'on puisse vraiment se montrer familier envers M. Serge. Autant qu'il le veuille bien, seulement. On s'en rend compte, de temps à autre mais c'est assez rare. L'homme est simple, très instruit, polyglotte avec ça, s'entend avec tout le monde, paraît assez fortuné, fait de longues promenades dans le coin, s'est lié d'amitié - ou d'autre chose - avec Mme Meurice, la veuve du coin, qui s'entête à vivre dans un chalet dont elle ne pourra bientôt plus payer les loyers parce que sa fille souffre d'un "point humide" tuberculeux et que l'air des montagnes lui est instamment recommandé. M. Serge ne demande en fait rien à personne : il est, visiblement, partisan du "vivre et laisser vivre". Malheureusement, dans cette petite communauté, il est, à de rares exceptions près, le seul à penser ainsi. Les on-dit et la bien-pensance, le politiquement correct et la médiocrité ont établi leur tanière à La Schlucht avec autant de facilité et de naturel qu'ils l'eussent fait au sein de la plus décrépite société provinciale et l'originalité incontestable de M. Serge fait jaser. Que voulez-vous, il faut bien passer le temps ...
Depuis deux mois, M. Serge laisse traîner sa note. Mme Keller l'entreprend dès le premier chapitre sur cette épineuse question, ce qui ne semble guère le troubler. Il lui dit simplement que l'argent qu'il attendait par mandat n'est pas arrivé comme il le croyait et prend presque aussitôt le car pour Munster afin de régler la question. le lendemain-matin, à son retour, il règle d'ailleurs ses dettes et trouve le moyen de payer deux ou six mois d'avance - ma mémoire me lâche sur ce point, pardonnez-moi. Mais, à sa grande surprise, il constate que les traits figés de Mme Keller ne se défigent en rien, que Nic, son mari, est assez gêné, que les petites servantes n'osent plus le regarder en face et que, comble du comble, un policier veut lui parler. N'ayant, comme il l'affirme, rien à se reprocher, M. Serge invite le jeune inspecteur à sa table et apprend, non sans une certaine contrariété par ailleurs assez visible, que : 1) en son absence et dans la nuit, soixante-mille francs ont disparu au "Grand-Hôtel", dans la suite des van de Laer, tout juste arrivés de la veille et 2) qu'on l'aurait aperçu, lui, le matin même, dans le coin, du côté du chalet de Mme Meurice. Or, si le témoin est de bonne foi, on pourrait penser, n'est-ce pas, que M. Serge a seulement fait mine de s'absenter pour mieux voler les van de Laer ...
M. Serge hausse les épaules et déclare la chose absurde tout en refusant avec fermeté de livrer le nom du bijoutier auquel, à Munster, il a vendu la gourmette de platine qui lui a permis de trouver des fonds en urgence. Il refuse aussi de donner plus de renseignements sur lui-même. La police n'a qu'à faire son travail, puisqu'elle le soupçonne ! Et qu'elle l'arrête donc, si elle est si sûre de ce qu'elle avance ! ...
Mais les jours passent, Mme Keller a beau épier (la patronne du "Grand-Hôtel" aussi ) et le commissaire Labé (avec un seul "b" celui-là), au demeurant un homme plutôt sage et fort sympathique, se déplacer de Strasbourg, aucune arrestation n'a lieu. Labé suspecte bien M. Serge de ne faire qu'un avec un escroc de très haut vol, connu sous le nom du "Commodore" - il le lui annonce franco, dès leur première entrevue - mais il se trouve face à un problème de taille : ledit Commodore aurait eu le nez effleuré par une balle et il lui en serait resté une cicatrice. Infime, soit mais tout de même perceptible à un oeil exercé. Or, sur le nez de M. Serge, point de cicatrice. Ensuite, Labé reçoit un télégramme, bientôt suivi d'un deuxième, lui certifiant que le Commodore - et sa cicatrice - sont descendus dans un palace, à Venise. Alors ? Comment arrêter M. Serge et, plus simplement, comment savoir s'il est vraiment Serge Morrow ? Car il va de soi que tous ses papiers sont en règle.
Pour rajouter à l'ambiance, les soixante-mille francs, froissés et recouverts çà et là d'une substance graisseuse alors que, au moment de leur disparition, ils étaient tout neufs et crissants, sont retrouvés ... dans le tiroir d'une table, chez les van de Laer. Jusque là, le tiroir était passé inaperçu parce que la nappe le dissimulait . Côté sentimental, ça ne s'arrange pas non plus : Mme Meurice, qui prend désormais M. Serge pour un voleur et non plus pour un homme suffisamment riche pour qu'on songe à le voler, lui (saisissez-vous la nuance ? ), ne veut plus le voir et se résigne à épouser son propriétaire, le répugnant mais très fortuné brasseur Kampf.
A se stade et depuis longtemps d'ailleurs, le lecteur sent bien qu'il y a, dans tout cela, beaucoup de choses qui ne tournent pas rond. Et ça le passionne - vous n'auriez pas parié le contraire tout de même, avec Simenon devant le clavier de la machine à écrire ? Et, dès le début, il est "pour" M. Serge. Il se doute bien que celui-ci n'est pas tout à fait "clair" mais n'empêche : M. Serge, il l'aime bien. En toute franchise, le commissaire Labé lui-même ne paraît pas non plus le détester même s'il continue à le suspecter non du vol des soixante-mille francs, on le comprend assez vite, mais de ne pas être qui il paraît.
Le final est un mélange de triomphe et de cynisme et l'on n'est pas loin de penser à Balzac et à son Vautrin, dont le credo voulait que, pour réussir dans la vie, pour y être admiré et respecté, pour y devenir intouchable, il fallait se montrer malhonnête et sans états d'âme. C'est en cela que "Le Relais d'Alsace" éclate de noirceur. Une noirceur franche et qui ne s'embarrasse pas de délicatesse, une noirceur qui sourd tout d'abord des personnages secondaires, tous ces gens qui épient et souhaitent voir arrêter un homme qui ne leur a jamais fait le moindre mal, bien au contraire, puis qui s'élève un peu dans le niveau social avec la lâcheté de Mme Meurice et de sa fille et qui rejoint enfin les suprêmes et glaciales altitudes du cynisme cultivé comme un animal blessé atteindrait un refuge. M. Serge a cru qu'il pouvait revenir en arrière dans le temps, au moins durant quelques mois, M. Serge a même rêvé à un nouveau départ mais M. Serge réalise - et avec quelle brutalité - qu'il est prisonnier à jamais : non de M. Serge et certainement pas de la Justice, simplement de la médiocrité humaine.
Celle-ci est partout, telle est la fatale conclusion à laquelle nous mène, avec une douceur toute relative, un Simenon qui, dans cet épilogue, se sent aussi bien que dans l'un de ses "Maigret". Il ne nous le clame pas, bien sûr, il nous le chuchote avec ironie : Vautrin avait raison hier et aujourd'hui, il a toujours raison. C'est parce qu'elle règne en maîtresse dans notre monde, cette bassesse démesurée de l'être humain, que l'on doit s'élever au-dessus d'elle pour qu'elle ne nous corrompe pas. Etre un escroc de haut vol, qui ne s'attaque qu'aux riches, ça sent encore un peu son Robin des Bois. Mais n'être qu'un sournois, un envieux et un falot sans aucune envergure et doué d'une connerie aussi haineuse que monumentale, cela fait de l'être une simple bouse tout juste bonne à engraisser le fumier - à moins qu'elle ne le pourrisse intégralement et le rende inutilisable. ;o)
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marlene50
  10 novembre 2019
Simenon m'a fait découvrir Maigret comme à beaucoup d'entre nous.
Mais, là, cette petite histoire où il n'y a pas de cadavre se déroule en Alsace. Simenon a d'ailleurs écrit plus de deux cents titres dont celui-ci qu'il nommera ses "romans-romans" ou ses "romans durs".
Un homme revient sur les lieux de son enfance, et a dans l'idée de rentrer dans le rang et de s'embourgeoiser ; lui qui est recherché par toutes les polices.
Mais c'est sans compter sur le regard et l'attitude de tous ces gens qui grappillent autour des trois hôtels qui se situent à la Schlucht à 1236 mètres d'altitude à une trentaine de kilomètres de Gérardmer et de Munster, où l'action se situe.
Une petite histoire assez simple en somme, mais qui laissera au "Commodore" un goût amer.
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LVI
  20 mars 2012
Fredel et Gredel !

Au col de la Schlucht, dans les Vosges, entre Gérardmer et Munster, au Relais d'Alsace, en face du Grand-Hôtel, Mr. Serge, un quinquagénaire cultivé et distingué sème le trouble chez ces dames. Il est là depuis cinq mois, a du mal à payer sa facture, passe son temps à se promener dans les environs, va même se faire renvoyer du Relais quand brusquement, alors que le soir d'avant il n'en avait pas, il a de l'argent au matin, alors qu'un vol a été commis au Grand-Hôtel durant la nuit. L'inspecteur Mercier d'abord et le commissaire Labbé ensuite enquêtent. Et si Mr. Serge était le ‘Commodore' recherché par toutes les polices du monde ?

Premier roman de Georges Simenon paru sous son nom (il avait écrit des ‘romans de gare' pendant dix ans avant que de faire paraître à partir de 1931 sous son véritable nom ses premiers ‘Maigret') -en juillet 1931- qui ne soit pas un ‘Maigret' (mais cela ne change strictement rien à l'affaire), ‘Le Relais d'Alsace' bien que concentré dans un lieu unique où ne vivent que peu de personnes (en fait une constante chez Simenon), est empreint d'un fort mystère. Mr. Serge, bien que démuni sur le plan matériel, est tellement au-dessus de Mme et Mr. Keller, les rudes propriétaires du Relais d'Alsace, de Gredel et Lena, leurs deux jeunes naïves employées, de Fredel, le retors pompiste du Grand-Hôtel, et si proche de la mystérieuse Dame du chalet et de son éthérée fille, que tout le pays se pose des questions…

Comme toujours chez Simenon, les personnages priment sur l'intrigue et la densité de ceux-ci sur l'action : il a toujours su traquer les failles chez les êtres humains, quel qu'ils fussent et quelle que fut leur carapace ; et c'est ce qui rend ses nouvelles et romans aussi prenants aujourd'hui qu'hier : ils sont indémodables : ils parlent de l'être humain qui, même si le décor autour de lui -progrès oblige- change, ne change lui pas d'un poil, englué qu'il est dans sa propre histoire, son propre caractère, son âme pas toujours propre. Et si vous alliez passer un petit week-end dans les Vosges ?
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andras
  28 août 2016
Dans ce roman publié en 1931 qui inaugure ce qu'on appelé les "romans durs", Georges Simenon nous entraîne en Alsace, au Col de la Schlucht plus précisément, où passe la route qui va de Colmar à Gérardmer. Le col est fréquenté à la belle saison par des touristes qui s'y arrêtent pour admirer le paysage qui s'étend sur la plaine d'Alsace et jusqu'à la Forêt Noire, et boire une bière. Deux hôtels s'y font face, l'un populaire, le Relais d'Alsace, où va se dérouler la majeure partie du roman, et l'autre, réservé à une clientèle plus huppée, le Grand Hôtel. A quelques centaines de mètres de là, en direction du sommet du Hohneck, un chalet où vivent une femme et sa fille. Toute l'action du livre se déroulera dans ce triangle-là et tournera autour d'un personnage mystérieux, débarqué là depuis quelques mois et qui a pris ses quartiers au Relais d'Alsace : Monsieur Serge. J'ai bien aimé le décor et l'atmosphère de ce livre, j'en aime un peu moins le style que je trouve un peu sec, ou froid ou même les deux à la fois. La fin est à mon avis parfaitement amorale mais je ne suis pas sûr que cela soit l'avis de l'auteur qui me semble avoir un point de vue plutôt cynique sur l'existence. Avis mitigé, donc.
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som
  25 juillet 2016
Drôle de roman noir, aux accents régionalistes, sous la plume du prolixe Georges Simenon.
Dans les 3 hôtels du col de la Schlucht, qui marque la frontière entre l'Alsace et la Lorraine, résident d'étranges pensionnaires. le vol de quelques milliers de francs dans la chambre de Mme van de Laer va rebattre les cartes de cette charmante société. L'insaisissable Commodore se cache-t-il derrière le placide Mr Serge ? Que se trame-t-il dans le chalet des Pins voisin ? Un commissaire dépêché de Strasbourg, aidé d'un confrère des Renseignements généraux, tentent de démêler les fils de de cette intrigue vintage. Bien ficelé, ce policier prend forcément un peu plus de saveur lorsqu'on connait les lieux.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
WolandWoland   12 avril 2015
[...] ... M. Serge, vêtu d'un caban de montagne, son feutre vert sur la tête, sa canne à la main, descendait du car et poussait la porte, reniflait l'air, lançait gaiement :

- "Jeudi ! Soupe aux choux ! Je l'avais oublié ! ..."

Il s'étonnait un peu. Lena ne venait pas lui prendre son manteau comme d'habitude. Mme Keller regardait ailleurs. Nic mangeait à grand bruit, la tête penchée sur son assiette, et l'ingénieur de la scierie se plongeait dans la lecture d'une revue.

Seul l'inconnu le regardait.

- "Mon déjeuner, Lena ! ... Je n'ai rien pris depuis ce matin !"

Est-ce que, dans l'attitude générale, il n'y avait pas une hostilité voulue ? Le coq de bruyère était à sa place. Et l'aigle des Vosges.

Il y avait eu de l'orage, la nuit. La température avait considérablement baissé. On avait allumé du feu dans le poêle alsacien en majolique. M. Serge s'y chauffa les mains, regarda l'inconnu, sourcilla, redressa les épaules.

Son sourire eut l'air de dire : "Ils ne croient pas que j'apporte l'argent ..."

Alors, haussant le ton pour y mettre quelque désinvolture, il s'approcha de Mme Keller.

- "J'ai quelque chose pour vous ... D'abord ceci ..."

Et il tira de sa poche une broche en or, représentant un aigle dont l'oeil était un tout petit rubis, et qui pouvait valoir deux-cents francs.

L'hôtelière se troubla, ne sut où poser le regard.

- "Puis ceci ..."

Dans un portefeuille, il prit des billets de mille francs.

- "Un ... deux ... trois ... quatre ... cinq ... Je vous paie deux mois d'avance ..."

L'inconnu ne mangeait plus. Il tenait la tête levée, tournée vers M. Serge.

Nic Keller laçait et délaçait sa chaussure en poussant de grands soupirs.

- "Hum ! ... Hum ! ..." faisait l'ingénieur.

Alors Mme Keller, sans toucher à la broche, ni aux billets de banque :

- "Je crois que monsieur voudrait vous parler ..."

Lena tournait obstinément le dos, feignant d'être très occupée à dresser des macarons sur une assiette.

M. Serge regarda l'inconnu.

- "A moi ? ..." s'étonna-t-il.

Et l'autre, debout, embarrassé :

- "Excusez-moi ... Je désirerais vous poser quelques questions ... Inspecteur Mercier, de la Brigade mobile de Strasbourg ... Mais vous avez le temps de déjeuner ..."

On n'entendait aucun bruit, aucun ! Et pourtant chacun mangeait.

- "Ah ! ... " dit M. Serge de sa voix la plus naturelle.

Il se tourna vers Lena.

- "Mettez mon couvert à la table de M. Mercier, mon petit ..." ... [...]
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WolandWoland   12 avril 2015
[...] ... - "Vous devriez nous laisser un moment, votre maman et moi, Hélène ..." dit-il simplement.

Elle hésita. Elle regarda sa mère qui murmura sans montrer son visage :

- "Hélène n'est pas de trop ..."

La voix était lasse, un peu rauque. Il y restait des traces de sanglots.

Il s'écoula peut-être une demi-minute, mais elle fut pénible, à cause du silence, des respirations qu'on percevait.

- "L'acte de vente est signé ?" questionna enfin M. Serge, qui ne trouvait pas de phrase moins brutale.

Il n'avait même pas besoin de réponse. Sur la table, parmi les couverts sales, il y avait un gros portefeuille usé qui devait contenir les papiers de famille, les documents officiels, sans doute aussi la petite fortune des Meurice.

- "J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire ..." répliqua la jeune femme qui n'hésita plus à monter ses yeux rougis, ses pommettes fiévreuses.

Alors il s'emporta. Il n'éleva pas la voix. Il ne fit pas un geste. Mais le débit fut rapide, haché. Et il regardait fixement le sol en parlant.

- "A cet homme ! ... Ainsi, pendant des semaines, vous n'avez pas eu assez de confiance en moi pour me mettre franchement au courant de la situation ! ... Tandis que lui, un individu vulgaire, plein d'arrière-pensées ...

- Je vous en prie !

- Je suis arrivé trop tard ... Ce matin, quand j'ai téléphoné au notaire ...

- Démarche que vous n'auriez pas dû vous permettre ... Vous ne comprenez donc pas que c'était le meilleur moyen pour me compromettre ? ... Que croyez-vous qu'ils aient pensé ? ..." ... [...]
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