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EAN : 9782266053006
220 pages
Éditeur : Pocket (01/03/1993)
3.56/5   32 notes
Résumé :

Huit heures du soir. Pour des millions d'humains, chacun dans sa case, dans le petit monde qu'il s'est créé ou qu'il subit, une journée bien déterminée s'achève, froide et brumeuse, celle du mercredi 3 février. Pour René Maugras, il n'y a pas d'heure ni de jour et ce n'est que plus tard que la question du temps écoulé le tracassera. Il est encore tout au fond d'un trou aussi obscur que les abysses des oc&#... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
dourvach
  18 mai 2019
Hervé-Lionel nous a offert déjà, en ces lieux, un formidable article sur ce monument romanesque de 1962.
"Les anneaux de Bicêtre" ou : aimez-vous souffrir ?
Car vous souffrirez bien : corps, âme et esprit fusionnés avec la conscience et les sens de René Maugras, ce grand patron de presse des années soixante (le biographe Pierre ASSOULINE - en son magnifique "Simenon" - y reconnaîtra, sans l'ombre d'un doute, la silhouette familière de Pierre Lazareff, patron du défunt "France-Soir", mais passons... Un détail).
Vous entrez dans le torrent de conscience d'un hémiplégique. Vous savez, après l'accident vasculaire cérébral.... Mais non, ça n'est pas douloureux. Simplement passionnant (bien réparti en 13 chapitres denses).
Les couches d'espace-temps s'y télescopent, comme le son des cloches, les bruits de la cour, le grondement lointain des poids-lourds redémarrant à la Porte d'Italie, "le doux chant de la pluie" (celui que chantait Jean FERRAT) sur les ardoises noires et brillantes du toit vu de la fenêtre , l'odeur de la soupe à l'Hôpital du Kremlin-Bicêtre, le passage incessant des autres malades - ceux de la salle commune - derrière la porte vitrée opaque de la chambre du "privilégié", l'enfance pauvre à Fécamp, le père veuf peu à peu abruti d'alcool, Lina l'épouse délaissée, elle aussi peu à peu alcoolique (on y reconnaît l'une des plus pénibles facettes de Denise, épouse Simenon des années cinquante... ), ces deux infirmières qui se relaient au chevet de l'hôte de la chambre particulière située dans le service du bon professeur Besson d'Argoulet (un ami et un habitué - comme René - du repas mensuel au Grand Véfour", le "Fouquet's" de l'époque)...
Il y a bien les deux faces de "La Femme" (selon Simenon). D'abord l'infirmière de jour, jeune et apprêtée : Mlle Blanche. Puis celle de nuit, Josépha, Alsacienne aux formes généreuses sous la blouse, à l'incroyable accent....
Mais ce tuyau d'aspiration qu'on vous enfonce soudain dans le larynx puis la trachée (juste pour vous éviter l'encombrement bronchique fatal) et il faut bien être trois pour tenir fermement le malade ("Pardonnez-moi mais nous allons être obligés de vous faire à nouveau des petites misères. C'est pour vous soulager"), le comprimé de Sintrom ou l'injection de de pénicilline, la nutrition veineuse, la fuite obligée dans son monde intérieur, ses souvenirs cruels ou dorés, le sentiment de gâchis sous l'apparente "réussite" sociale, une indifférence à la guérison, ce trop fort goût de cendres en bouche...
L'existentialisme simenonien à l'oeuvre... à l'un de ses sommets - et ils sont nombreux.
Avec l'instinct de l'absurde "camusien" (mille fois plus net, concis et ressenti que dans la "La Peste" [1947] si délayée, au moins égal à celui que l'on inhale dans "L'étranger" [1942] d'Albert CAMUS) qui nous ramène à l'étrangeté totale de "Les Gens d'en Face" [1933], de "Il pleut bergère..." [1941] ou de "La fenêtre des Rouet" [1945] de ce bon Georges SIMENON.
L'artisan ciseleur travaille sans à-coups, sans retouches possibles dans la chair vive.
Que d'expérience, que de "métier" aussi...
Comme tout cela respire (organiquement) bien !
Paragraphes après paragraphes, la musicalité sans failles, le rythme inimitable du phrasé simenonien.
Un chef d'oeuvre.
Lien : http://fleuvlitterature.cana..
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Herve-Lionel
  03 mai 2014
N°389– Janvier 2010.
LES ANNEAUX DE BICETRESimenon (1962).
René Maugras est ce qu'on appelle un grand patron de presse, un homme qui parle avec les ministres et les responsables politiques, quelqu'un d'important, de décoré, un notable... Au cours d'un déjeuner pris avec des avocats et des médecins, des académiciens, il est victime d'une attaque et repose maintenant sur un lit d'hôpital à Bicêtre et il ne peut plus ni parler ni bouger.
Lui qui était puissant, respecté, considéré, craint même, n'est à présent plus qu'une masse inerte, un hémiplégique. Il voit le monde depuis la position allongée et ne le domine plus comme avant, il le perçoit différemment. Bizarrement, il n'en est pas mécontent et c'est pour lui une prise de conscience, à cinquante cinq ans, de ce qu'est véritablement le décor qui l'entoure et que sa position sociale lui avait peu à peu masqué. Il rencontre certes les médecins qui l'entourent, qui sont ses amis et qui donc vont tout faire pour le guérir, mais aussi les soignants du service, simples agents anonymes qui s'occupent de lui, aperçoit, même s'il en est séparé par les cloisons de sa chambre particulière, les autres malades. Maintenant, il ne reste plus rien du grand personnage qu'il était auparavant. Il parvient même à porter de l'attention, voire des idées quasi-charnelles pour l'infirmière de nuit qui dort à côté de son lit.
On ne réussi pas comme il l'a fait, dans cette société, sans compromissions ni trahisons. Son immobilité et peut-être l'éventualité de sa mort prochaine, font qu'il repense à ses amis disparus, qu'il repasse sa vie, se remémore ce qu'elle a été, laborieuse, hasardeuse mais finalement réussie, du moins au sens des critères sociaux et mondains. Il a peut-être eu de la chance! Ses origines modestes, ses deux mariages, sa fille infirme, née d'une première union et dont il ne s'est que très peu occupé, ses débuts dans l'existence, le fantôme de toutes les femmes qu'il a croisées... Ce séjour à l'hôpital l'amène à renouer avec sa deuxième épouse, Lina, qu'il avait entraînée dans une vie mondaine et artificielle, au service de sa réussite personnelle et qu'il n'a jamais fait l'effort de comprendre. Avec lui, elle n'est pas vraiment à sa place, à cause sans doute de ses origines populaires et a trouvé dans l'alcoolisme une compensation. C'est aussi l'occasion pour lui d'une introspection au terme de laquelle il reprend goût à la vie, à travers des mots jetés sur un petit agenda, la tentation de la solitude, une sorte de seconde naissance et il recouvre petit à petit l'usage de ses membres et de la parole.
Les anneaux, c'est comme des cercles concentriques que fait dans l'air le son des cloches (titre originel du livre). C'est bien l'idée de la mort qui plane sur ce livre.
Cet ouvrage retrace une affection dont a été victime l'auteur lui-même. Il tire donc de son expérience personnelle le sujet de ce livre. le temps exceptionnellement long que Simenon a pris pour l'écrire, ce qui est rare pour lui, indique sans doute qu'il s'est lui-même beaucoup impliqué dans cette rédaction.
J'ai eu quelques difficultés à entrer dans cet univers. J'en garde une impression mitigée.
©Hervé GAUTIER – Janvier 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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MarcelP
  21 février 2021
"(...) La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
(...) Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
– Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?"
Brillant patron de presse, René Maugras se réveille à Bicêtre** après avoir subi un A.V.C. Privé de l'usage de la parole et de la mobilité de ses membres, cet homme de pouvoir se retrouve à la merci de soignants. Larguant les amarres d'un quotidien sclérosant, il se laisse alors flotter au gré des courants de sa conscience. Il interroge son enfance grise, ses amours médiocres, ses désirs brutaux, son éblouissante réussite, ses prestigieuses amitiés, ses insatisfactions latentes... A l'instar de Verlaine dans sa geôle de Mons, Maugras est prisonnier mais de son corps : petit à petit, il se déprend, par la pensée, de ce qui l'encombrait, ce suif gélifié (Maugras = mauvais gras) qui opacifiait son horizon et engourdissait ses émotions.
Adoptant le style indirect libre, Simenon plonge dans la psyché d'un homme écartelé par son hémiplégie. Paralysé à droite (la raison, la règle, la force), Maugras fouaille, à senestre (l'instinct, l'abandon, la fragilité) son coeur laissé à nu. Cette introspection fortuite durera le temps d'une courte convalescence, l'échappée belle d'une dizaine de jours d'un homme stupéfié. Les deux derniers chapitres, courts et rapides, exposent froidement le ressaisissement d'une destinée par une dextre triomphante bien qu'amoindrie. A cet égard, l'explicit est troublant qui fait d'une simple virgule basculer le roman vers l'espoir ou l'accablement (le romancier, divinité autocrate !).
Tenu de bout en bout, le roman a la capillarité grise de ses frères. L'angoisse qui sourd du récit, sa claustrophobie prégnante (la réclusion du héros dans son corps, dans sa chambre à l'horizon restreint et dans ses souvenirs étouffants) et le style continent de l'auteur entraînent le lecteur dans une valse triste et vaguement anxiogène. Celle des bilans de mi-parcours et des soldes de tout compte.
Disturbant.
* Les anneaux métaphorisent les ondes sonores des cloches d'une église qui ponctuent la journée des malades de leur carillon
Lien : http://lavieerrante.over-blo..
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Bibliorium
  30 juillet 2021
Un des grands mystères de ma vie de lectrice: trouvé par hasard dans la bibliothèque de mes parents à l'âge de 12 ans, ce long monologue interne d'un quinquagénaire, Parisien de la haute, aphasique et cloué dans un lit d'hôpital suite à une attaque cérébrale avait raisonné en moi. Curieuse de voir si la magie opère (opérer, hôpital: j'adore l'humour, hu, hu) toujours, je l'ai relu. C'était encore mieux (avec un degré supérieur de compréhension, vu mes 25 ans d'expérience de vie supplémentaires). le génie de faire tenir tout un roman dans un seul lieu, que dis-je, dans une seule tête, pour en faire ressortir une vérité humaine universelle. le génie introspectif du retour sur lui-même du personnage et sa lente métamorphose. du génie, rien que du génie, voilà le mot.
Lien : https://tsllangues.wordpress..
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Fuelyod
  23 août 2011
Jamais déçue avec Simenon.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
dourvachdourvach   19 septembre 2015
Lorsqu'il était enfant, il avait l'habitude d'écouter les cloches de l'église Saint-Etienne et montrant gravement le bleu du ciel, il disait :
- Les nanneaux...
Il ne savait pas encore prononcer le mot anneaux qui devenait dans sa bouche des nanneaux et il désignait ainsi les cloches à cause des cercles concentriques qu'elles lancent dans l'espace...

[Georges SIMENON, "Les Anneaux de Bicêtre", Presses de la Cité, 1963]
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MacabeaMacabea   17 septembre 2019
Que m’ont-ils dit jusqu'ici ? Que je ne mourrais pas. Que je guérirais. Que je ne resterais pas impotent. Que, dans quelques semaines ou quelques mois au plus, je reprendrais ma place parmi les humains qui continuent leur existence agitée au-delà de la fenêtre. Mais puisque cela m’est égal !
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Vidéo de Georges Simenon
Faire littérature à partir de faits divers constitue un genre en soi, popularisé notamment par Capote, Carrère ou Jablonka. Lien entre travail journalistique et écriture au long cours, dimension romanesque, importance des aspects sociologiques : on brûle d'entendre Florence Aubenas, autrice du grand succès le Quai de Ouistreham (2010, L'Olivier) et Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du Prix Première 2021, sur ces sujets. Née à Bruxelles, Florence Aubenas adore Simenon. de permanence au Monde, journal où elle écrit aujourd'hui, un coup de fil lui inspire le sujet de L'inconnu de la poste (L'Olivier). Qui a sauvagement assassiné Catherine Burgod, employée de la poste à Montréal-la-Cluse, dans l'Ain ? On soupçonne Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1990, marginal qui n'a jamais coupé les ponts avec le milieu du cinéma. Aubenas refait l'enquête, rencontre l'acteur qui finit par disparaître subitement et livre cet ouvrage captivant, tendu, construit comme un roman, bel exemple de littérature du réel. Journaliste et chroniqueur judiciaire, Dimitri Rouchon-Borie, a fait sensation en janvier avec le démon de la colline aux loups (Le Tripode). Dans ce texte très fort, qui semble avoir été écrit comme en apnée, à la ponctuation presque absente, il donne la parole à Duke, enfant sacrifié devenu adulte violent. de façon très troublante, son éveil à la conscience nous fait le considérer tour à tour en victime ou en coupable.
Une rencontre diffusée dans le cadre de la Foire du Livre de Bruxelles 2021.
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