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ISBN : 2253142123
Éditeur : Le Livre de Poche (30/11/-1)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 37 notes)
Résumé :

C'était en 1927 ou 1928. Je n'ai pas la mémoire des dates et je ne suis pas de ceux qui gardent soigneusement des traces écrites de leurs faits et gestes, chose fréquente dans notre métier, qui s'est avérée fort utile à quelques-uns et même parfois profitable. Et ce n'est que tout récemment que je me suis souvenu des cahiers où ma femme, longtemps à mon insu, voire en cachette, a collé les articles de journaux qui me concernaient.

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Woland
  23 décembre 2014
Maigret a bien raison : ses "Mémoires" n'en sont pas. Sorti pour les vingt ans de la création du personnage, le livre pose surtout, sous la forme d'un aimable règlement de comptes entre la créature et son créateur, l'éternelle question de la symbiose entre les deux. Qui est Simenon ? Qui est Maigret ? Maigret est-il Simenon et Simenon est-il Maigret ? Disons-le tout de suite, tous deux s'entendent comme larrons en foire pour faire croire au lecteur d'abord de bonne foi, puis de plus en plus suspicieux, que jamais leurs entités respectives ne se sont mêlées, mieux, qu'elles n'en ont jamais eu ni la pensée, ni la volonté. Rien n'est plus faux. Evidemment.
Le commissaire ouvre le récit en rappelant sa première rencontre, dans le bureau de Xavier Guichard, avec le jeune Georges Sim, lequel se définissait déjà non comme journaliste mais comme romancier et promettait, avec une candeur d'enfant de choeur liégeois, de ne jamais évoquer dans ses récits les affaires en cours. Promesse qu'il a tenue tout en la bafouant avec sérénité, ainsi que nous le fait clairement comprendre Maigret : désormais édité sous le nom de plume de Georges Simenon, le romancier entreprend de mélanger avec enthousiasme les dates, les affaires, les inspecteurs( avec leurs noms, leur âge et leur statut de célibataire ou d'homme marié), affuble distraitement du patronyme de "Torrence" un inspecteur qui trouve la mort dès le premier Maigret,"Pietr-le-Letton", tout ça pour s'apercevoir, plusieurs volumes plus tard, qu'il ne s'agissait en rien de Torrence (on admirera au passage l'habileté du rattrapage et le machiavélisme débonnaire de l'écrivain qui affirme à son commissaire, avec une innocence désarmante, que, de toutes façons, il ne se relit jamais), flanque Maigret à la retraite sans même lui demander son avis, simplement parce qu'il "aime bien l'ambiance de Meung-sur-Loire" et que "cela le changera - lui, Simenon - du Quai des Orfèvres", puis ressort son commissaire du placard pour le relancer dans la vie professionnelle sans autre forme de procès et, par la force des choses et avec le même naturel qu'il avait mis à en faire un retraité de l'Etat, en le rajeunissant au passage.
Simenon, de son côté, quand Maigret lui laisse la parole, explique qu'il faut toujours simplifier et qu'aucun lecteur ne croirait la vérité "toute crue." S'il a pris le véritable nom du commissaire, c'est parce que celui-ci était déjà dans sa tête et qu'il y était entré avec ce nom, voilà. Or, quand ce genre de choses lui arrivent, un écrivain n'y peut plus rien : il doit obéir. "A qui ?" est tenté de grogner Maigret. Mais Simenon, si génial qu'il est, n'a pas la réponse : c'est ainsi, pour lui comme pour tant de ses confrères en écriture. S'il n'obéissait pas, il lui deviendrait impossible d'écrire.
"Les Mémoires de Maigret", que l'on peut considérer comme une oeuvre mineure dans la geste maigretienne, n'en reste pas moins tout à la fois un formidable hommage à la Police et aux policiers, depuis l'agent en pèlerine qui existait encore à l'époque jusqu'au "Patron" suprême, dans son bureau du 36, et une tentative de réflexion et d'explication sur l'écriture. L'hommage, lui, est pratiquement complet. A se demander si Simenon n'a pas rêvé un jour de se faire policier ! ... ;o) La tentative, elle, reste une tentative car, si approfondie que puisse être la réflexion d'un écrivain, quel que soit son talent, voire son génie, sur la force qui le pousse, elle ne saurait jamais prétendre à l'exhaustivité. Il y a un mystère dans l'écriture, pas seulement dans le "style" que l'on se crée ou dans l'univers qu'on imagine, mais aussi dans l'interpénétration qui s'effectue entre le créateur et ses créatures. Si Balzac est Rastignac, il est aussi Vautrin comme il est Mme de Mortsauf ou le Père Goriot. Et, avec tout ça, il est aussi et avant tout ... Balzac. de même pour Simenon, qui est Maigret mais aussi l'impossible Valentine Besson, la douce Mme Maigret, le charretier meurtrier de "La Providence" ou Pietr-le-Letton et même Maria, ce "fauve" à qui il fait placer des fleurs dans sa chambre d'accouchée bien qu'elle ait pris son plaisir à torturer et à tuer.
Ce mystère-là, Maigret lui-même ne saurait le résoudre. Simenon encore moins. C'est une force qui va, qui rêve, qui s'impose, qui vous tourmente, qui vous fait la tête alors que vous êtes innocent de tout crime envers elle, qui vous submerge et qui va jusqu'à faire semblant, parfois, comme ça, pour rire ou, qui sait ? par pur sadisme, de vous abandonner. Voilà : elle a disparu. Vous êtes soulagé, n'est-ce pas ? ... Non. Justement. Vous n'êtes plus vous-même. Vous êtes un écrivain : vous êtes cette force et cette force, c'est vous. Si elle disparaît, vous disparaissez.
"Les Mémoires de Maigret" sont donc, selon nous, à lire surtout sous cet angle double : la réflexion sur la vocation de policier - et sur celle d'écrivain. Dans les deux cas, pour les vrais, pour les enragés, deux sacerdoces. On entre dans la Police comme on entrerait dans les ordres ... ou comme on entre en écriture. Simenon en avait certainement conscience mais, auteur à succès, qui écrivait sans se relire et que La Pléiade attendit longtemps, peut-être trouvait-il un peu ridicule de l'exposer aussi nettement. Il se contente donc de nous le laisser entendre dans ce récit bourré d'anecdotes et plein d'humour. A lire tranquillement, mais n'oubliez pas : il n'y a ici aucune intrigue policière, rien que deux questions non résolues à ce jour : pourquoi l'écrivain écrit-il et pourquoi diable ses personnages finissent-ils, un jour ou l'autre, par lui réclamer de prendre la parole tout seuls, comme des grands ? (Si vous trouvez la solution, vous nous prévenez, hein ? on compte sur vous !) ;o)
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dourvach
  28 septembre 2014
Etrange livre... Jules Maigret se souvient... Comment le pauvre a dû finalement, en désespoir de cause, "entrer dans la police"... (alors qu'il aurait dû "faire docteur" !)... comment il a travaillé d'abord - comme stagiaire - "sur la voie publique"... puis dans les gares (Ah, la Gare du Nord !)... puis aux "Garnis"... puis à la "Brigade Spéciale" (promotion à plus haut risque létal...)... Sa rencontre avec le jeune journaliste Simenon (une vraie tête-à-claques !)... Mia surtout comment il a rencontré la future Louise Maigret (qui n'a rien d'une Louise de Rênal, comme on sait !)... et comment sa belle-famille regrettait que Louise n'ait pas rencontré un ingénieur des Ponts & Chaussées... Aussi, ce qu'était ce Paris des voitures de police tirées par les chevaux, aux sabots résonnant très fort dans les rues pavées arpentées par l'alors si jeune (et fluet) Maigret...
Comment Maigret a "épaissi" (physiologiquement et professionnellement), aussi !
Grâce à son narrateur ( ' ttention, c'est Jules Maigret qui raconte...), Simenon décrit son propre pesonnage comme un sacré c... horripilant, pas mal frimeur et imbu de lui-même (mais que Mme Maigret tolère et finalement aime bien...), sorte de gandin parasitant la vie du pauvre commissaire, et truffant volontiers ses "récits" d'inexactitudes ! C'est que Jules Maigret aime plutôt l'exactitude (L'a raison !!!). Savoureux jeu de miroirs. J'aime cette (rare) modestie simenonienne...
Pas mal de nostalgie.... Franchement, c'est attachant ! Plein de sève, de "petits détails vrais", d'humour...
Ecrit en 1 à 2 semaines en 1950 (mention finale : "Meung-sur-Loire, le 27 septembre 1950").
Point de méchant criminel (en général, toujours "plein aux as") à traquer, pour cette fois-ci... Juste de jolies tranches de vie d'un obscur fonctionnaire du 36 Quai des Orfèvres, à déguster, page après page...

Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Polars_urbains
  16 février 2018
Maigret raconte sa vie dans un livre, où, comme il l'écrit dès le premier chapitre « je ne suis pas fâché de l'occasion qui se présente de m'expliquer enfin sur mes accointances avec le nommé Simenon ». Les relations et les échanges entre le créateur et son personnage fétiche (j'ai du mal à dure « héros » pour Maigret) font que Les mémoires de Maigret n'est pas un roman comme les autres dans la série des enquêtes du commissaire. D'ailleurs, d'enquête, il n'y en a pas vraiment, si ce n'est à travers quelques bribes d'anecdotes. C'est toutefois un livre intéressant (bien qu'un peu complaisant) qui vaut surtout pour des précisions – ou des rappels - sur les origines familiales de Maigret (Cf. L'affaire Saint Fiacre), ses débuts de dans la police (déjà évoqués dans La première enquête de Maigret), sa rencontre avec Louise, le boulevard Richard Lenoir…
Mais les divers postes occupés par Maigret lui permettent également d'évoquer Paris, dont il connaît « ses rues, ses grands magasins, ses gares, ses apaches, ses prostituées, ses garnis miteux renfermant un univers cosmopolite ». Et aussi de parler de la méthode Maigret, plutôt la non-méthode, fondée sur l'imprégnation dans le milieu, le lien entre le policier et celui qu'il traque, la compréhension des autres en fait.
Pas le plus passionnant des Maigret sans doute, mais un livre récréatif et finalement utile à ceux qui souhaitent faire le point sur le commissaire et les personnes qui l'entourent. Je suis toutefois assez surpris que les éditeurs de Simenon dans la bibliothèque de la Pléiade l'aient fait figurer dans leur sélection.
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Beffroi
  20 août 2019
Ecrit en 1950.
Un Maigret différent. Il n'est pas question d'enquête ici mais de plutôt de confidences. Simenon imagine une rencontre entre le commissaire et le romancier…Maigret tient à préciser certains éléments biographiques, certains traits de caractère…Il insiste beaucoup sur ses années d'apprentissage où il a travaillé dans tous les services de la police, lui permettant de bien connaître Paris et tous les milieux. Il résume sa méthode « Dans tous les cas, ou à peu près, le processus est le même. Il s'agit de connaître. Connaître le milieu où un crime a été commis, connaître le genre de vie, les habitants, les moeurs, les réactions des gens qu'y sont mêlés, victimes, coupables et simples témoins ».
Il nous raconte aussi sa rencontre avec Louise, la future »Mme Maigret »à qui il rend hommage.
Un livre qui m'a beaucoup plu. A réserver aux lecteurs qui désirent en apprendre plus sur le commissaire et sur les rapports entre Simenon et son héros récurent.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   26 décembre 2014
[...] ... Il s'agit de connaître.

Connaître le milieu où un crime est commis, connaître le genre de vie, les habitudes, les moeurs, les réactions des gens qui y sont mêlés, victimes, coupables et simples témoins.

Entrer dans leur monde sans étonnement, de plain-pied, et en parler naturellement le langage.

C'est aussi vrai s'il s'agit d'un bistrot de La Villette ou de la Porte d'Italie, des Arabes de la Zone, des Polonais ou des Italiens, des entraîneuses de Pigalle ou des mauvais garçons des Ternes.

C'est encore vrai s'il s'agit du monde des courses ou de celui des cercles de jeu, des spécialistes des coffres-forts ou des vols de bijoux.

Voilà pourquoi nous ne perdons pas notre temps quand, pendant des années, nous arpentons les trottoirs, montons des étages ou guettons les voleuses des grands magasins.

Comme le cordonnier, comme le pâtissier, ce sont les années d'apprentissage, à la différence qu'elles durent à peu près toute notre vie, parce que le nombre des milieux est pratiquement infini.

Les filles, les voleurs à la tire, les joueurs de bonneteau, les spécialistes du vol à l'américaine ou du lavage de chèques se reconnaissent entre eux.

On pourrait en dire autant des policiers après un certain nombre d'années de métier. ... [...]
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dourvachdourvach   28 septembre 2014
Quand on parle du flair d'un policier, ou de ses méthodes, de son intuition, j'ai toujours envie de riposter :
-- Et le flair de votre cordonnier, votre pâtissier ?
L'un et l'autre ont passé par des années d'apprentissage. Chacun connaît son métier, tout ce qui touche à son métier.
Il n'en est pas autrement d'un homme du quai des Orfèvres. Et voilà pourquoi tous les récits que j'ai lus, y compris ceux de mon ami Simenon, sont plus ou moins inexacts.
Nous sommes dans notre bureau, à rédiger des rapports. Car ceci aussi, on l'oublie trop souvent, fait partie de la profession. Je dirais même que nous passons beaucoup plus de temps en paperasseries administratives qu'en enquêtes proprement dites.
On vient annoncer un monsieur d'un certain âge qui attend dans l'antichambre et qui paraît très nerveux, qui veut parler tout de suite au directeur. Inutile de dire que le directeur n'a pas le temps de recevoir tous les gens qui se présentent et qui, tous, tiennent à s'adresser à lui personnellement, car à leurs yeux leur petite affaire est la seule importante.
Il y a un mot qui revient si souvent que c'est une ritournelle, que le garçon récite comme une litanie : " C'est une question de vie ou de mort. "
-- Tu le reçois, Maigret ?

Georges SIMENON, "Les Mémoires de Maigret", Presses de la Cité (réédition Le Livre de Poche) 1950, chapitre 7.
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WolandWoland   26 décembre 2014
[...] ... Je fus désigné aux gares. Plus exactement je fus affecté à certain bâtiment sombre et sinistre qu'on appelle la gare du Nord.

Comme pour les grands magasins, il y avait l'avantage d'être à l'abri de la pluie. Pas du froid ni du vent, car il n'y a sans doute nulle part au monde autant de courants d'air que dans un hall de gare, que dans le hall de la gare du Nord, et, pendant des mois, j'ai fait, pour les rhumes, concurrence au vieux Lagrume.

Qu'on n'imagine surtout pas que je me plaigne et que je brosse avec une complaisance vengeresse l'envers du décor.

J'étais parfaitement heureux. J'étais heureux quand j'arpentais les rues et je ne l'étais pas moins quand je surveillais les soi-disant kleptomanes dans les grands magasins.

J'avais l'impression d'avancer chaque fois d'un cran, d'apprendre un métier dont la complexité m'apparaissait chaque jour davantage.

En voyant la gare de l'Est, par exemple, je ne peux jamais m'empêcher de m'assombrir, parce qu'elle évoque pour moi des mobilisations. La gare de Lyon, au contraire, tout comme la gare Montparnasse, me fait penser aux vacances.

La gare du Nord, elle, la plus froide, la plus affairée de toutes, évoque à mes yeux une lutte âpre et amer pour le pain quotidien. Est-ce parce qu'elle conduit vers les régions de mines et d'usines ?

Le matin, les premiers trains de nuit, qui s'en viennent de Belgique et d'Allemagne, contiennent généralement quelques fraudeurs, quelques trafiquants au visage dur comme le jour vu derrière les verrières.

Ce n'est pas toujours de la petite fraude. Il y a les professionnels des trafics internationaux, avec leurs agents, leurs hommes de paille, leurs hommes de main, des gens qui jouent gros jeu et sont prêts à se défendre par tous les moyens.

Cette foule-là s'est à peine écoulée que c'est le tour des trains de banlieue, qui ne viennent pas de villages riants comme dans l'Ouest ou dans le Sud, mais d'agglomérations noires et malsaines.

En sens inverse, c'est vers la Belgique, la plus proche frontière, qu'essaient de s'envoler tous ceux qui fuient pour les raisons les plus diverses. ... [...]
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rkhettaouirkhettaoui   03 septembre 2014
Pour moi, un homme sans passé n’est pas tout à fait un homme. Au cours de certaines enquêtes, il m’est arrivé de consacrer plus de temps à la famille et à l’entourage d’un suspect qu’au suspect lui-même, et c’est souvent ainsi que j’ai découvert la clé de ce qui aurait pu rester un mystère.
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rkhettaouirkhettaoui   03 septembre 2014
La vérité ne paraît jamais vraie. Je ne parle pas seulement en littérature ou en peinture. Je ne vous citerai pas non plus le cas des colonnes doriques dont les lignes nous semblent rigoureusement perpendiculaires et qui ne donnent cette impression que parce qu’elles sont légèrement courbes. C’est si elles étaient droites que notre œil les verrait renflées, comprenez-vous ?
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