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ISBN : 2253142514
Éditeur : Le Livre de Poche (01/04/2004)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Il était dix heures du soir. Les grilles du square étaient fermées, la place des Vosges déserte, avec les pistes luisantes des voitures tracées sur l’asphalte et le chant continu des fontaines, les arbres sans feuilles et la découpe monotone sur le ciel des toits tous pareils.

Sous les arcades, qui font une ceinture prodigieuse à la place, peu de lumières. A peine trois ou quatre boutiques.
Le commissaire Maigret vit une famille qui mangeait ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
Woland
  30 septembre 2014
"L'Ombre Chinoise" est l'une de ces tragédies qui peuplent l'univers simenonien. Une tragédie parfaite, achevée, machiavélique et hideuse. Elle aurait pu exister sans Maigret de même que "Les Fantômes du Chapelier" existent en-dehors du cercle, pourtant si étendu, de l'homme du 36, Quai des Orfèvres. le but ici n'est pas tant, pour Simenon, de raconter un assassinat que de peindre, sans concession, une tragédie humaine. Certes, le drame n'est jamais absent des aventures de Maigret mais d'habitude, l'auteur le maintient, en quelque sorte, à sa place : il en use mais le tient bien en laisse. Alors que, dans "L'Ombre Chinoise", le drame se libère très vite de sa muselière et s'en vatout de suite hurler à la pleine lune qui se lève. Si l'écrivain est trop grand pour perdre le contrôle, on perçoit bien la fièvre quasi malsaine qui le saisit et le pousse, consciemment ou non, c'est une autre affaire, à faire passer la tragédie qui le hante avant l'intrigue policière et les supputations de Maigret.
D'ailleurs, est-ce un hasard si Simenon replonge ici dans le roman populaire ? Jugez-en : un certain Couchet meurt, assassiné le soir, tard, dans son bureau ; cet homme n'a pas toujours été un gros ponte d'une société pharmaceutique ; pendant longtemps, il a tiré le Diable par la queue, harcelé et méprisé pendant tout ce temps par une femme qui a fini par le quitter pour épouser un fonctionnaire (sécurité de l'emploi, retraite, etc ...) ; puis cet homme est devenu riche et il a installé ses bureaux, sans le savoir, dans la cour de la maison où vivent sa première épouse et son fonctionnaire de mari ; de temps à autre, bien sûr, c'était inévitable, il croisait son ex, raide, gantée, digne ; et en plus, il avait eu un fils de cette femme, un fils qui venait le "taper" régulièrement pour s'acheter l'éther dans lequel il avait pris l'habitude d'engourdir sa vie et son cerveau ; et - encore plus fort ! - ce fils occupe, dans une petit hôtel bon marché, la chambre voisine de celle de la maîtresse de son père, Nine, une jeune danseuse de music-hall.
En matière de coïncidences, on peut difficilement faire mieux - ou pire. D'un autre côté, me direz-vous, la Vie vous révèle parfois des situations bien réelles auxquelles on refuserait de croire si un écrivain avait l'idée de les prendre pour thèmes.
C'est vrai et Simenon en joue en virtuose. Avec une dextérité et une innocence telles qu'il faut vraiment être au courant de ses débuts dans le journalisme et le roman populaire pour en conclure que, avec "L'Ombre Chinoise", il revient à ses sources. Il y revient mais dans ce roman, il les travaille avec une telle adresse, il leur insuffle tant de sincérité, tant d'émotion retenue et jamais gratuite, que, en quelque sorte, il les sacralise et bâtit avec elles un authentique chef-d'oeuvre qui ne déparerait pas dans une collection exclusivement réservée à ce que nous appelons "le roman noir."
Noire, l'ombre chinoise du cadavre abattu sur son bureau et bloquant la porte du coffre-fort. Noir, le ruban de soie que Mme Martin - l'ex-épouse - porte toujours au cou. Noir, le coin de cour où la concierge du bel immeuble du 21, place des Vosges - où habita un temps Simenon qui comptait d'ailleurs intituler son roman "21", puis "61 Place des Vosges" avant de se décider pour le titre, plus discret, que l'on connaît aujourd'hui - dissimule les honteuses mais si nécessaires "boîtes à ordures". Noirs ou, à tout le moins, bien gris, les étages de l'immeuble, à partir du second. Noire, l'obèse silhouette de Mathilde, la locataire qui rôde d'une porte à l'autre, pour écouter. Noires, et comme sombrement malveillantes, la dignité compassée et les exigences de bon ton de Mme Couchet - la seconde - et de sa famille ultra-bourgeoise lors des funérailles de notre mort, "ce sacré Couchet !" comme le surnomme parfois Maigret, mi-amusé, mi-exaspéré. Noires en dépit de leur invisibilité, les vapeurs toxiques de l'éther auxquelles s'adonne Roger Couchet, le fils du défunt. Noir, encore plus noir parce qu'inexplicable, son suicide : un saut par la fenêtre, une nuque et une échine brisées, c'est si vite fait ! ... Noir, les mots "argent", "fortune", "héritage" ... Noire, la Folie qui traîne, paresseuse et ricanante, dans leur sillage et qui s'abattra, inexorable, sans aucun état d'âme.
Noir. Noir. Noir.
Si "L'Affaire Saint-Fiacre", dont nous reparlerons bientôt, laisse, dans une intrigue aussi glauque, la part belle à la dignité, "L'Ombre Chinoise" ignore le mot comme la notion qu'il représente.
Ou presque : la petite Nine échappe, on ne sait trop par quel miracle, à ces ténèbres qui dévorent une à une les pages du livre. Nine et sa rectitude, sa tendresse pour Couchet aussi : le petit rayon tremblotant d'une étoile égarée dans une nuit absolue. Un petit coin qui scintille faiblement mais qui permet de respirer, de se dire que le Noir ne gagnera pas sur tous les tableaux. C'est peu mais ça réconforte.
Un grand Simenon. Ne le ratez pas ! ;o)
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HORUSFONCK
  11 janvier 2018
Voilà.
Il était temps.
J'ai terminé, hier-soir, mon premier Maigret.
Le roman est daté, certes... Il y a beau temps que les tramways ont disparus de Paris et que le chapeau-melon est passé de mode.
Il n'empêche...
Il y a cette incroyable ambiance parisienne que Simenon restitue avec un soin maniaque: Cette place des Vosges et ses arcades, la concierge et l'arrière-cour où le crime se commet.
Ce Paris, où le lecteur passe d'une chambre d'hôtel de Pigalle à un appartement cossu du boulevard Haussmann. dans lequel se côtoient des milieux qui ne se mélangent pas ou si peu.
...Et le commissaire Maigret... le commissaire "Tout le monde", doté d'une carrure qui prend toute la page et d'une humanité aussi placide que presque bourrue. Maigret, comme une araignée policière au milieu d'une toile où le criminel va se jeter... où Maigret allume sa célèbre pipe avec ce bruit si caractéristique.
Maigret écoute, observe, parle avec tout le monde et ne s'en laisse pas conter ni impressionner.
Et que peuvent les insectes affolés, tournant dans la cloche où ils se sont enfermés... Ce nid à rancoeurs dans lequel l'argent devient obsessionnel.
L'argent qui fait le malheur.
Eh bien! si les autresMaigret sont de ce tonneau...
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dido600
  15 mars 2013
• Raymond Couchet (quarante-cinq ans), un riche homme d'affaires, est abattu dans le bureau directorial de son entreprise — les Sérums du Docteur Rivière — au fond de la cour d'un immeuble de la place des Vosges (Paris, France). Une importante somme d'argent — quelque trois-cents mille francs représentant la paie du personnel — est dérobée de son coffre-fort, déjà ouvert au moment du crime.
Dans le même immeuble habite Juliette Martin (un peu plus de cinquante ans), la première femme de la victime. Elle s'est remariée avec Edgar-Emile Martin (cinquante-cinq ans), un modeste fonctionnaire à l'Enregistrement. le couple est en permanence espionné par une voisine de palier, Mathilde.
Non loin de là, à l'Hôtel Pigalle, demeurent côte à côte - mais sans se connaître - Nine Moinard, la jeune maîtresse du défunt directeur des Sérums du Docteur Rivière et Roger Couchet (vingt-cinq ans). Celui-ci n'est autre que le fils de Roger et de Juliette. Dans cet hôtel, Roger partage une modeste chambre avec Céline, une prostituée. Sans profession, il vivote, se drogue à l'éther et emprunte souvent de l'argent à son père.
Raymond Couchet logeait un appartement cossu du boulevard Haussmann, avec sa seconde épouse, Germaine, née Domoy. C'est une femme sans envergure, issue de la haute bourgeoisie, qui se moque totalement des fredaines de son mari, un joyeux viveur, dont elle n'a pas eu d'enfant.
La découverte du testament de Couchet n'est pas sans surprises : il lègue ses millions, en trois parts égales, à ses trois femmes, Juliette, Germaine et Nine. Une bonne farce, songe le commissaire Maigret qui, dans un premier temps, soupçonne Roger d'avoir tué son père, puis de l'avoir volé en raison de sa situation matérielle précaire. Mais, inexplicablement, le jeune homme se suicide.
Dans l'intervalle, Juliette Martin, insatisfaite de sa part, veut attaquer le testament de Couchet, tandis que Germaine défend farouchement ses droits d'épouse légitime et que Nine n'a pas les moyens de protéger les siens… Les dernières volontés de la victime ont mis le feu à la poudrière !
Qui a tué Couchet ? L'une des deux épouses ? Sa maîtresse ? Maigret met rapidement hors de cause Nine Moinard, inoffensive, et Germaine, qui n'avait aucun intérêt à supprimer son mari dont elle n'était même pas jalouse. Ne reste dès lors plus que Juliette… Ce d'autant que Mathilde, l'espionne révèle à Maigret que chaque jour, elle insulte Edgar-Emile et lui reproche de ne pas avoir les millions de son premier mari.
En fouillant le passé de Juliette, Maigret apprend qu'elle a connu Roger Couchet alors qu'il n'était qu'un aventurier sans le sou, ratant tout ce qu'il entreprenait. C'est donc parce qu'il est pauvre qu'elle le quitte pour un fonctionnaire de modeste condition qui lui, au moins, aura une retraite et ne la laisserait pas dans la misère s'il venait à mourir. Or, ironie du sort, sitôt lâché par Juliette, Couchet fait fortune !
Lorsqu'elle comprend qu'elle a raté la bonne affaire, Juliette — aigrie et frustrée — accable Edgar-Emile et l'oblige à voler son premier mari. Depuis la fenêtre de l'appartement des Martin, Maigret constate qu'on voit très bien le bureau de Couchet. On aperçoit aussi le coffre-fort et on sait s'il est ouvert ou fermé. le jour du meurtre, Juliette envoie son mari voler la paie du personnel. Bien que mort de peur, celui-ci réussit son coup mais oublie sur place un indice compromettant et… bien reconnaissable. Il s'agit d'un gant de Juliette, que celle-ci s'empresse d'aller récupérer. Une fois dans le bureau de son ancien mari, elle se trouve nez à nez avec lui. Raymond comprend instantanément ce qui vient de se passer et Juliette joue son va-tout. Elle voit l'arme de Couchet, s'en saisit et tire.
Elle soulage ainsi sa rage et sa rancoeur. Mais son geste se révélera bien inutile puisque, rongé de remords et paniqué à l'idée que Maigret est sur le point de tout découvrir, Edgar-Emile se débarrasse de l'argent en le jetant dans la Seine.
Maigret arrête Juliette et lui apprend le sort que son mari à réservé aux trois-cents mille francs de Couchet. Devant cet acte qu'elle juge insensé, elle sombre dans la folie et sera internée non en prison, mais à l'asile. En dépit du testament de la victime, Germaine sera sans doute la seule héritière des millions de Couchet…
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RChris
  25 mars 2017
J'ai procédé au tri de vieux polars remisés au grenier. J'ai constitué une caisse de Simenon pour la boîte à livres... Non, peut-être en revisiter un avant en choisissant un roman de petite taille, plébiscité par les Babeliotes...
Que nenni ! cette enquête fait la part belle aux pensées des protagonistes formulées par l'inspecteur placide. Elle est résolument désuète avec ses personnages veules.
Non, ces livres n'iront pas rejoindre ma bibliothèque. Je vais peut-être essayer un autre roman de cet auteur qui ne soit pas un Maigret parce que les ambiances et les personnages sont cependant bien campés.
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Chrystaalle
  29 janvier 2014
Quel talent Simenon a pour arriver à créer une athmosphère, à faire vivre des personnages et à les rendre vivants, présents, incarnés avec si peu de descritpions A peine le livre ouvert, à peine les premières pages tournées je me suis retrouvée dans l'histoire, dans l'immeuble, à voir vivre les gens, à voir réfléchir Maigret et à sentir l'odeur de sa pipe.
Une excellente intrigue policière, à la fois très simple, très évidente ( une fois arrivée à la fin du livre) et très finement et subtilement construite.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   01 octobre 2014
[...] ... [Mme Martin] sortait toute vivante d'un album de famille. Physiquement, elle s'assortissait aussi bien que possible au fonctionnaire à l'Enregistrement qu'elle avait épousé.

On les imaginait sans peine, le dimanche après-midi, montant par exemple les Champs-Elysées : le dos noir et nerveux de Mme Martin, son chapeau toujours en travers à cause du chignon, sa démarche précipitée de femme active et ce mouvement du menton soulignant des paroles catégoriques ... Et le pardessus mastic de Martin, ses gants de peau, sa canne, sa démarche assurée, paisible, ses tentatives de flânerie et d'arrêt aux étalages ...

- "Vous aviez des vêtements de deuil chez vous ?" murmura insidieusement Maigret en exhalant une grosse bouffée de fumée.

- "Ma soeur est morte il y a trois ans ... Je veux dire ma soeur de Blois ... Celle qui a épousé un commissaire de police ... Vous voyez bien que ...

- Que ? ..."

Rien ! Elle le mettait en garde ! Il était temps de lui faire sentir qu'elle n'était pas n'importe qui !

Elle devenait d'ailleurs nerveuse parce que tout le discours, qu'elle avait préparé ne servait de rien, par la faute de cet épais commissaire.

- "Quand avez-vous appris la mort de votre premier mari ?

- Mais ... ce matin, comme tout le monde ! C'est la concierge qui m'a dit que vous vous occupiez de cette affaire et, comme ma situation est assez délicate ... Vous ne pouvez comprendre.

- Mais si ! A propos, votre fils ne vous a pas rendu visite hier après-midi ?

- Que voulez-vous insinuer ?

- Rien ! Une simple question.

- La concierge vous dira qu'il y a au moins trois semaines qu'il n'est pas venu me voir ..."

Elle parlait sèchement. Son regard était plus agressif. Est-ce que Maigret n'avait pas eu tort de ne pas lui laisser prononcer son discours ?

- "Je suis heureux de votre démarche, car elle prouve votre délicatesse et ..."

Le seul mot "délicatesse" changea quelque chose dans les yeux gris de la femme, qui inclina la tête en guise de remerciement.

- "Il y a des situations très pénibles !" dit-elle. "Tout le monde ne le comprend pas. Même mon mari qui me conseillait de ne pas porter le deuil ! Remarquez que je le porte sans le porter. Pas de voile ! Pas de crêpe ! Simplement des vêtements noirs ..." ... [...]
+ Lire la suite
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WolandWoland   01 octobre 2014
[...] ... [Mme Martin] sortait toute vivante d'un album de famille. Physiquement, elle s'assortissait aussi bien que possible au fonctionnaire à l'Enregistrement qu'elle avait épousé.

On les imaginait sans peine, le dimanche après-midi, montant par exemple les Champs-Elysées : le dos noir et nerveux de Mme Martin, son chapeau toujours en travers à cause du chignon, sa démarche précipitée de femme active et ce mouvement du menton soulignant des paroles catégoriques ... Et le pardessus mastic de Martin, ses gants de peau, sa canne, sa démarche assurée, paisible, ses tentatives de flânerie et d'arrêt aux étalages ...

- "Vous aviez des vêtements de deuil chez vous ?" murmura insidieusement Maigret en exhalant une grosse bouffée de fumée.

- "Ma soeur est morte il y a trois ans ... Je veux dire ma soeur de Blois ... Celle qui a épousé un commissaire de police ... Vous voyez bien que ...

- Que ? ..."

Rien ! Elle le mettait en garde ! Il était temps de lui faire sentir qu'elle n'était pas n'importe qui !

Elle devenait d'ailleurs nerveuse parce que tout le discours, qu'elle avait préparé ne servait de rien, par la faute de cet épais commissaire.

- "Quand avez-vous appris la mort de votre premier mari ?

- Mais ... ce matin, comme tout le monde ! C'est la concierge qui m'a dit que vous vous occupiez de cette affaire et, comme ma situation est assez délicate ... Vous ne pouvez comprendre.

- Mais si ! A propos, votre fils ne vous a pas rendu visite hier après-midi ?

- Que voulez-vous insinuer ?

- Rien ! Une simple question.

- La concierge vous dira qu'il y a au moins trois semaines qu'il n'est pas venu me voir ..."

Elle parlait sèchement. Son regard était plus agressif. Est-ce que Maigret n'avait pas eu tort de ne pas lui laisser prononcer son discours ?

- "Je suis heureux de votre démarche, car elle prouve votre délicatesse et ..."

Le seul mot "délicatesse" changea quelque chose dans les yeux gris de la femme, qui inclina la tête en guise de remerciement.

- "Il y a des situations très pénibles !" dit-elle. "Tout le monde ne le comprend pas. Même mon mari qui me conseillait de ne pas porter le deuil ! Remarquez que je le porte sans le porter. Pas de voile ! Pas de crêpe ! Simplement des vêtements noirs ..." ... [...]
+ Lire la suite
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WolandWoland   01 octobre 2014
[...] ... Un bureau banal. Des meubles clairs. Un papier peint uni.

Et un homme de quarante-cinq ans, assis dans un fauteuil, la tête sur les papiers épars devant lui. Il avait reçu une balle en pleine poitrine.

Maigret tendit l'oreille : la concierge était toujours dehors, à l'attendre, et M. de Saint-Marc [= locataire, ancien ambassadeur, dont la jeune femme accouche au même moment] continuait à arpenter la cour. De temps en temps, un autobus passait sur la place et son vacarme rendait plus absolu le silence qui suivait.

Le commissaire ne toucha à rien. Il s'assura seulement que l'arme n'était pas restée dans le bureau, resta trois ou quatre minutes à regarder autour de lui en tirant de petites bouffées de sa pipe, puis il sortit, l'air buté.

- "Eh bien ?"

La concierge était toujours là. Elle parlait bas.

- "Rien ! Il est mort !

- On vient d'appeler M. de Saint-Marc là-haut ..."

Il y avait un remue-ménage dans l'appartement. Des portes claquaient. Quelqu'un courait.

- "Elle est si fragile !

- Ouais !" grogna Maigret en se grattant la nuque. "Seulement ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Est-ce que vous avez une idée de la personne qui peut avoir pénétré dans le bureau ?

- Moi ? ... Comment ? ...

- Pardon ! de votre loge, vous devez voir passer les locataires.

- Je devrais ! Si le propriétaire me donnait une loge convenable et ne regardait pas à l'éclairage ... C'est tout juste si j'entends des pas et si, le soir, j'aperçois des ombres ... Il y a des pas que je reconnais ...

- Vous n'avez remarqué rien d'anormal depuis six heures ?

- Rien ! Presque tous les locataires sont venus vider leur poubelle ... C'est ici, à gauche de ma loge ... Vous voyez les trois boîtes à ordures ? ... Ils n'ont pas le droit de venir avant sept heures du soir ...

- Et personne n'est entré par la voûte ?

- Comment voulez-vous que je sache ? ... On voit que vous ne connaissez pas l'immeuble ... Il y a vingt-huit locataires ... Sans compter la maison Couchet, où c'est un va-et-vient continuel ..." ... [...]
+ Lire la suite
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HORUSFONCKHORUSFONCK   11 janvier 2018
Et il y avait une femme qui rôdait dans la maison, collant son oreille à toutes les portes, traînant ses savates dans le couloir.
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Sasha1979Sasha1979   29 août 2016
C'était triste ! Triste à vous décourager d'être un homme, de vivre sur une terre où pourtant le soleil brille plusieurs heures par jour et où il y a de vrais oiseaux en liberté !
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Vidéo de Georges Simenon
Le polar et le livre-audio : quand le suspense s'écoute Avec 5% du marché, le livre audio est aujourd'hui en pleine progression et le polar n'échappe pas au phénomène ! Cela parle à Michel Bussi, l'un des écrivains les plus vendus en France, dont tous les romans sont adaptés en audio depuis ses ""Nymphéas noirs"". Il reviendra sur la mise en son de ses romans à succès dont il reconnaît à la fois la difficulté et la force. Comment vit-il ses mots dans la voix de quelqu'un d'autre ? Est-ce que cela modifie son rapport à l'écriture ? Face à lui, le comédien Antoine Duléry, qui livrait une performance inoubliable dans la série ""Les Petits Meurtres d'Agatha Christie"". Celui qui prête sa voix à la première aventure du commissaire Maigret à l'occasion des trente ans de la mort de Simenon établira le lien entre son expérience d'acteur et celle de lecteur professionnel lors de cette table ronde au festival Quais du Polar 2019. Retrouvez toutes les interviews de Quais du Polar : https://bit.ly/2UAHsed
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