AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782253142164
188 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1998)
3.88/5   52 notes
Résumé :
Une femme, Hélène Lange, a été étranglée à Vichy. Bien qu'elle y ait vécu neuf ans, personne ne sait rien d'elle. Ni d'où proviennent les coquettes sommes d'argent qu'elle recevait à intervalles réguliers. Séjournant là pour une cure thermale en compagnie de son épouse, Maigret s'intéresse entre deux promenades à l'enquête de son confrère et ami Lecœur. Ce dernier n'aura pas grand mal à arrêter l'assassin. Les petits secrets des sœurs Lange, en revanche, lui donnero... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
3,88

sur 52 notes
5
4 avis
4
4 avis
3
4 avis
2
0 avis
1
0 avis

Woland
  12 août 2015
Le commissaire divisionnaire Jules Maigret a cinquante-trois ans et quelques lourdeurs à l'estomac ou encore dans les jambes, quand il grimpe les sempiternels escaliers de la P. J. ou ceux des immeubles où crépitent les flashes de l'Identité judiciaire sur des cadavres en piteuses postures. Ce n'est pas très grave - oui, je sais que tout le monde, moi la première, se pose la question : "Mais Maigret ne serait-il pas un tantinet alcoolique ?" - mais son foie, bien qu'un peu gros, est en excellente forme . le reste aussi d'ailleurs mis à part que, que voulez-vous, on vieillit tous et Maigret aussi. Sur les conseils du Dr Pardon, et peut-être touché pour la première fois par la crainte de la Mort qu'il a vue pourtant si souvent et de si près, Maigret part pour Vichy avec une Louise Maigret ravie mais un peu inquiète de le voir si calme et plus préoccupé, pour une fois, de suivre strictement sa cure d'eaux ferrugineuses ou souffrées que de guetter un hypothétique rappel en urgence du 36.
En fait, dans un sens, Maigret est heureux. Un peu de repos, une petite routine sympa, pas de cure trop contraignante - ce goût de souffre, après tout, ce n'est pas la Mort ,o) - beaucoup de marche, tranquille et attentive à la nature, de temps à autre un concert que l'on écoute au kiosque de musique, vers les 21 heures, les trois croissants - trois,out de même ! - du petit-déjeuner traditionnel, un climat un peu lunatique, tantôt dégoulinant de pluie, tantôt très chaud, finalement, tout ça lui convient. Pour l'instant. Fidèle à ses habitudes cependant, il regarde à droite, il flaire à gauche, il cherche à deviner ce que font les promeneurs qu'ils croisent, à quel milieu social ils appartiennent, si ce sont des curistes ou des habitants de la ville, bref, il recourt à sa façon préférée de se distraire.
Il remarque notamment, très régulière au kiosque les soirs de concert, une dame mince, élégante, aux traits fins et qui a dû être jolie, avec cependant une certaine dureté dans l'ensemble, et toujours habillée très élégamment, comme dans une sorte de rituel, avec une pièce lilas dans ses habits : foulard, jupe, etc ... Alors, Maigret, il ne sait trop pouquoi, une sorte d'instinct peut-être, se met à fantasmer en quelque sorte sur cette femme : ce lilas qu'elle porte tout le temps, cette douceur apparente et cette dureté volontaire qu'il perçoit bien chez elle, cette grâce féminine et en même temps cette indifférence absolue et comme hautaine à ce qui l'entoure ...
... Et voilà que la dame en lilas, Melle Lange, Hélène de son prénom, est retrouvée assassinée, dans son salon . Pour une fois, le commissaire chargé de l'enquête, Lecoeur, est un ancien de l'équipe de Maigret qui l'a eu, tout jeune inspecteur, sous ses ordres, à la P. J. Lecoeur est évidemment ravi de l'aubaine, son ancien patron un peu moins. Mais un policier reste un policier et Maigret accepte de "donner un coup de main." Discret, bien sûr.
L'analyse psychologique est ici très poussée. Tout tourne autour de cette Hélène Lange, fille de paysans, et aussi autour de sa soeur, Francine. Malgré la dizaine d'années qui les séparaient, les deux soeurs étaient inextricablement liées par un secret très lourd dont la révélation est responsable du décès de l'aînée. Hélène et Francine, bien que toutes deux d'une beauté différente, ont profité de la vie lorsqu'elles sont montées à Paris. Et c'est là que tout s'est joué ...
A ce stade, il est difficile pour le rapporteur du récit de se risquer plus loin, sous peine de déflorer une intrigue qui n'est peut-être pas l'une des plus connues dans la geste "Maigret" mais qui en est l'une des plus noires. Ajoutons simplement que les deux soeurs ont joué de malchance et, à l'idée de la manne qui s'éloignait d'elles, elles ont choisi la voie du mensonge. Vous savez bien, le Mensonge ? Celui qui arrive toujours en tête, dopé à bloc, tout coquet, tout élégant, avec un bagout monstre et qui fait croire n'importe quoi à n'importe qui pendant des années jusqu'à ce que se présente, haletante, bonne dernière et les pieds en sang, une Vérité certes épuisée mais aux révélations implacables, qu'elle étaie en plus de preuves à la fois si tristes et si crues que, parfois, celles-ci déchaînent des réactions brutales, inattendues, spontanées ... et criminelles.
Avec son kiosque à musique, ses concerts réguliers, l'intimité qui rapproche les Maigret et l'ironie douce qui existe entre eux, ce roman m'a fait souvent songer au "Bal des Voleurs" d'Anouilh. Pièce "rose", soit, à la fin optimiste mais fondée sur le mensonge, sur le quiproquo. Dans l'ouvrage de Simenon, il n'y a pas vraiment de quiproquo, rien qu'une supercherie énorme. Et le mensonge est omniprésent, faisant comme d'habitude son boulot de vantard et d'illusionniste extrêmement doué et conduisant à leur perte ceux qui se sont laissés un jour séduire par ses belles histoires et les horizons financiers sur lesquels elles ouvraient.
Mais l'argent n'est pas tout, dans la vie. Et puis, être obligé de se cacher pour en jouir ... le pire, sans doute, c'est quand le Destin reprend les dés et les fait rouler, créant l'incident, la rencontre qui n'aurait jamais dû avoir lieu et qui va transformer une histoire certes sordide mais sans plus en un crime particulièrement douloureux pour un assassin dont on espère bien, Maigret le tout premier, qu'il se verra acquitté.
Un bon "Maigret." Un peu paresseux, tranquille, qui pense beaucoup et donne tout autant à penser. Parfait pour le calme des vacances, que le soleil ait décidé de vous honorer ou, au contraire, de vous bouder. Ne l'oubliez pas : c'est un charmant petit détour, plus sérieux, plus glauque qu'on ne peut se l'imaginer au début, dans l'oeuvre de l'auteur liégeois. ;o)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
morganex
  18 septembre 2019
Maigret est en vacances. Ou plus exactement en cure thermale. A Vichy. Trop de bières montées au bureau du Quai des Orfèvres, trop de repas à la diététique incertaine, au cours d'enquêtes jusqu'au bout de la nuit.
"... ne vous inquiétez pas, juste une petite remise en forme. Trois semaines et il n'y paraîtra rien.."
Madame accompagne Monsieur. Maigret s'inquiète pour sa santé, n'en laisse fièrement rien paraître. Madame n'est pas dupe, elle connait son commissaire, sait ce qui le ronge. L'homme, la cinquantaine, se sent brutalement vieillir. Il se soumet, avec le fatalisme d'un 3ème age prématuré, au rituel de la cure, en suit le protocole à la lettre en homme qui ne se sent plus décisionnel de lui-même. Lui qui ne savait jamais comment allait se dérouler ses journées de commissaire, s'adonne en couple à de longues marches quotidiennes qui suivent inlassablement les mêmes itinéraires.
... et le lecteur de sourire de ce Maigret nouveau: fataliste, refermé sur lui-même, silencieux, bougon, courbé sur ses craintes, filant du mauvais coton; de cette Mme Maigret comme une ombre dans son sillage. Notre héros devient personnage de comédie, offusqué de ce chapeau de paille qui remplace son melon habituel, travaillé par la nécessité de résister à une bière fraîche tentatrice, résigné à l'eau thermale chaude qui stagne au fond de son verre de curiste.
Maigret s'ennuie de ce Vichy qui chaque jour montre les mêmes visages aux mêmes heures et aux mêmes endroits, s'invente un jeu pour s'égayer, celui de "profiler" certains curistes à distance. Maigret occupe son temps en s'accrochant ainsi à sa raison d'être, le policier reprend le dessus. Une femme en lilas devient sa cible privilégiée. Elle est entre deux ages, toujours seule, chaque soir sur la même chaise jaune face au kiosque à musique. Elle l'intrigue. Il ne parvient pas à la cerner. C'est rapidement, pour lui, un mystère qui vire à l'obsession.
Le problème prend une toute autre tournure quand la dame est retrouvée étranglée chez elle. Maigret se fera l'ombre silencieuse et attentive, parfois amusée et ironique face aux méthodes d'un de ses anciens subordonnés, désormais en charge de l'affaire. Maigret suit l'enquête en dilettante, coincé entre ses soins thermaux auxquels il ne veut pas se soustraire et sa passion d'une vie: comprendre les autres pour les démasquer ou les aider..
La personnalité de la victime ne va pas tarder a leur apporter du fil à retordre.
La suite appartient au roman...
Avec "Maigret à Vichy", Simenon a du changer ses habitudes d'écriture, sa mécanique d'auteur à l'oeuvre de la série. La méthode romanesque employée n'est pas celle d'ordinaire. Il y a du soleil dans les mots, y a du sourire dans les actes jusqu'à ce que l'épilogue recadre tout dans le drame . L'auteur livre ainsi un roman atypique dans sa production consacrée au Commissaire.
La raison de ce changement est simple, Simenon doit s'adapter à Vichy, à ce que la ville représente.
On connaissait sa récurrence d'utilisation d'un background hivernal, froid et pluvieux pour dramatiser les situations humaines disséquées. Avec "Maigret à Vichy", l'été se devait d'être là, bien à coeur. Cette saison est le temps béni des cures et des vacances associées. Il lui a fallu composer avec la chaleur, qu'il rendra bien entendu lourde et suffocante; le soleil, qu'il montrera omniprésent et brûlant. C'est pleine lumière, sous les ombrages des allées, près de l'Allier où rit la jeunesse en ski nautique, dans la chambre fraîche de l'hôtel derrière les persiennes fermées que se noue et se dénoue le drame en cours. Un orage du feu de Dieu ponctuera l'épilogue, le fracas du tonnerre en point d'orgue du drame qui couve. le calme reviendra dans la chaleur étouffante des habitations qui n'ont su profiter de la fraîcheur de l'orage. Maigret tournera la page du drame sur un espoir: la foudre ne doit pas frapper deux fois au même endroit.
L'été est là, loin du froid et de la pluie de maints autres épisodes.
Vichy montre ses riches atours, ses luxueux hôtels et sa population saisonnière aisée, ses permanents aux aguets de la manne financière que la ville offre. La description de la cité thermale est délicieuse de justesse sociale, le lecteur se sent au coeur d'un oasis privilégié que Maigret n'affronte pas car il a besoin de ses services.
Maigret se soumet aux rituels de cure, presque british d'attitude dans son respect des horaires et des convenances.
On se croirait dans un Agatha Christie. Maigret se fait Poirot d'une intrigue classique de déduction, près des curistes riches ostensiblement bien habillés et réservés.
Il n'y a pas d'antagonisme franc entre deux mondes sociaux opposés si ce n'est une opposition nette et tranchée entre l'aspect presque rieur des 9/10ème du roman et l'épouvante ressentie à l'épilogue. Maigret ne s'implique pas comme à l'ordinaire. Et quand le drame trouvera son épilogue, il abandonnera son habit de détective belge fier de ses déductions académiques pour reprendre celui d'un Maigret en prise directe avec un monde dur et sans pitié.
Parfait.
https://laconvergenceparalleles.blogspot.com/2019/09/blog-post.html
Lien : https://laconvergenceparalle..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          122
cmpf
  02 janvier 2015
Comment envoyer Maigret dans une ville de province où il participera à une enquête sans en faire vraiment partie ? En lui prescrivant une cure.
C'est ainsi qu'accompagné de Mme Maigret il déambule dans la ville et entre deux verres d'eau observe les habitants et les autres curistes. Justement l'une des personnes qui avaient attiré son regard, une femme d'une cinquantaine d'années est assassinée.
Une enquête qui vaut par le dépaysement, la présence de Mme Maigret et le charme des promenades répétitives du couple.
Commenter  J’apprécie          120
dido600
  05 mai 2016
Ecrit en 1968
Maigret, en compagnie de sa femme, fait une cure à Vichy, quand a lieu dans cette ville l'assassinat d'Hélène Lange, une dame toujours habillée de mauve, que le couple Maigret avait repérée lors de ses déambulations dans la ville. Un ancien inspecteur de Maigret, devenu commissaire à Clermont-Ferrand, Lecoeur, dirige l'enquête à laquelle Maigret s'intéresse, tout en poursuivant sa cure et ses promenades avec son épouse.
le roman montre un Maigret qui se sent vieillir, se soucie de sa santé et regarde d'un oeil souvent sérieux, mais aussi parfois détaché et amusé, les façons de procéder d'un de ses anciens collaborateurs. de plus, Maigret étant en cure et en dehors du territoire dans lequel il peut exercer ses fonctions, l'enquête est suivie de l'extérieur et l'atmosphère de vacances passées en compagnie de Mme Maigret tient une place considérable qui s'affirme dès le premier chapitre.
Plein de rebondissements nous tient en haleine jusqu'au dernier chapitre
Un roman divertissant et agréable a' parcourir
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Polars_urbains
  02 décembre 2019
Bien qu'il ne soit pas officiellement impliqué, nous sommes ici dans la dernière enquête en province de Maigret. En cure à Vichy avec sa femme, c'est aussi pour le commissaire un retour au pays, dans l'Allier où il est né. Alors que le temps s'écoule calmement pour le couple, entre promenades, passages aux fontaines et dîners légers à l'hôtel, l'assassinat d'une femme apparemment sans histoire, qui loue des chambres aux curistes, va intriguer Maigret qui suivra de l'extérieur l'enquête que mène le commissaire Lecoeur, un de ses anciens inspecteurs à la PJ.
Dans Maigret à Vichy, la naïveté d'un homme s'oppose au machiavélisme de deux êtres sans scrupules. Une fois de plus, derrière la modestie et la respectabilité se cache une sordide affaire de chantage et de manipulation. Mais, au-delà de l'enquête, le roman est surtout centré sur un Maigret vieillissant, un peu usé par les abus et qui a finalement décidé de se prendre en main, de ne pas mettre en péril les années qui sont devant lui. Comme l'écrit très justement Michel Carly : « A-t-il le sentiment d'avoir oublié de vivre à force d'entrer dans l'existence des autres ? »
Maigret à Vichy aussi un roman du couple Maigret, qui déambule dans les rues et les parcs de la ville thermale, souvent sans but précis, et qui donne dès le premier chapitre l'impression de complicité et de tendresse déjà rencontrée dans Maigret s'amuse. Mais ici aussi, l'oisiveté pèse à Maigret, ce qui le conduira à tenter de percer la personnalité de la victime et à s'intéresser de près à la façon de procéder de l'un de ses anciens collaborateurs.
Roman « à l'eau de Vichy », comme il y a des romans « au calvados » ou « au vin blanc », Maigret à Vichy clôt brillamment les « scènes de la vie de Province » de Simenon, qui écrivit le roman très vite après un séjour en famille dans la ville thermale…
Enfin, c'est à ma connaissance l'un des rares romans (le seul ?) de la série comportant des allusions directes à la littérature :
« Sa dernière lecture a été Lucien Leuwen, De Stendhal.
Stendhal était sa plus récente découverte… Elle a lu auparavant tout Chateaubriand, Alfred de Vigny, Jules Sandeau, Benjamin Constant, Musset, George Sand… Toujours les romantiques… Un jour, elle a emporté un Balzac, je ne sais plus lequel, et elle est venue le rendre le lendemain… Je lui ai demandé si cela lui avait déplu et elle a répondu quelque chose comme :» — C'est trop brutal…
Balzac, brutal ! »

Lien : http://maigret-paris.fr/2019..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          32

Citations et extraits (52) Voir plus Ajouter une citation
dido600dido600   03 mai 2016
J’oubliais un détail qui vous amusera peut-être. Je m’étais étonné de trouver des livres annotés au crayon. Des phrases ou des mots étaient soulignés. Parfois il n’y avait qu’une croix en marge. Je me suis demandé quel client avait cette manie et j’ai fini par découvrir que c’était elle…
— Vous lui en avez parlé ?
— Il le fallait bien… Mon commis ne pouvait passer son temps à gommer ces marques…
— Quelle a été sa réaction ?
— L’air pincé, elle a dit :
» — Je vous demande bien pardon… Lorsque je lis, j’oublie que les livres ne sont pas à moi…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
WolandWoland   12 août 2015
[...] ... - "Je suppose que c'est bien de votre soeur qu'il s'agit ?"

Elle fit oui de la tête, sans émotion.

- "Vous ne préférez pas vous asseoir ?

- Merci. Je peux fumer ?"

Elle regardait la fumée qui s'échappait de la pipe de Maigret avec l'air de dire : "Si celui-là peut tirer sur sa bouffarde, j'ai bien le droit de griller une cigarette ..."

- "Je vous en prie ... Je suppose que ce crime vous surprend autant que nous ?

- Bien sûr que je ne m'y attendais pas ...

- Vous ne connaissiez pas d'ennemis à votre soeur ?

- Pourquoi Hélène aurait-elle eu des ennemis ?

- Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois ?

- Il y a six ou sept ans, je ne sais pas au juste ... Je me rappelle que c'était en hiver et qu'il y avait une tempête ... Elle ne m'avait pas prévenue de sa visite et j'ai été surprise en la voyant entrer tranquillement dans mon salon de coiffure ...

- Vous vous entendiez bien avec elle ?

- Comme on s'entend entre soeurs ... Je ne l'ai pas tellement connue, à cause de la différence d'âge ... Elle sortait de l'école alors que j'y entrais ... Puis elle suivait des cours à La Rochelle bien avant que je n'y devienne manucure ... Ensuite, elle a quitté la ville ...

- A quel âge ?

- Attendez ... Il y avait un an que j'étais en apprentissage ... J'avais donc seize ans ... Ajoutez sept ... Elle avait vingt-trois ans ...

- Vous lui écriviez ?

- Rarement ... Dans notre famille, ce n'est pas le genre ... (...) ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
WolandWoland   12 août 2015
[...] ... Quand il poussa une exclamation, Mme Maigret surgit de la salle de bains, en peignoir à fleurs bleues, sa brosse à dents à la main.

- "Qu'est-ce qu'il y a ?

- Regarde ..."

Sur la première page consacrée à Vichy, une photographie, celle de la dame en lilas. Elle devait être plus jeune de quelques années et elle avait fait l'effort pour le photographe, d'amener un mince sourire à ses lèvres.

- "Que lui est-il arrivé ?

- Elle a été assassinée ...

- La nuit dernière ?

- Si cela s'était passé la nuit dernière, le journal ne pourrait en parler ce matin ... La nuit d'avant ...

- Nous l'avons vue au kiosque ...

- Vers neuf heures, oui ... Elle est rentrée chez elle, à deux rues d'ici, rue du Bourbonnais ... Je ne me doutais pas que nous étions presque voisins ... Elle a eu le temps de retirer son châle, son chapeau, d'entrer dans le salon, à gauche du corridor ...

- Avec quoi l'a-t-on tuée ?

- Elle a été étranglée ... Hier matin, ses locataires se sont étonnés de ne pas entendre du bruit au rez-de-chaussée ...

- Ce n'est pas une curiste ?

- Elle habite Vichy toute l'année ... Elle est propriétaire de la maison dont elle loue, meublées, les chambres du premier étage ..."

Maigret restait assis et sa femme savait au prix de quel effort.

- "Tu crois que c'est un crime crapuleux ?

- Le meurtrier a tout fouillé mais semble n'avoir rien emporté ... On a retrouvé quelques bijoux et une certaine somme d'argent dans un tiroir qui a cependant été ouvert ...

- Elle n'a pas été ...

- Violée ? Non ..."

Il regarda la fenêtre en silence.

- "Sais-tu qui dirige l'enquête ?

- Evidemment non.

- Lecoeur, qui a été un de mes inspecteurs, et qui est à présent chef de la Police judiciaire, à Clermont-Ferrand ... Il est ici ... Il ne se doute pas que j'y suis aussi ...

- Tu comptes aller le voir ?"

Il ne répondit pas tout de suite. ... [...]
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
dido600dido600   02 mai 2016
Plutôt mourir jeune qu’entrer en « état de maladie » …
Il appelait « état de maladie » cette partie de l’existence pendant laquelle on écoute son cœur, on est attentif à son estomac, à son foie ou à ses reins, avec, à intervalles plus ou moins réguliers, l’exhibition de son corps nu au médecin.
Il n’avait plus envie de mourir jeune, mais il repoussait le moment d’entrer en maladie.
Commenter  J’apprécie          70
dido600dido600   04 mai 2016
— À quoi penses-tu ?
La question de tous les couples, de tous ceux qui vivent côte à côte pendant des années, qui se regardent vivre l’un l’autre et qui, se butant devant le mur du visage, le mur du regard, ne peuvent s’empêcher de murmurer timidement :
— À quoi penses-tu ?
Commenter  J’apprécie          50

Videos de Georges Simenon (117) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Simenon
Faire littérature à partir de faits divers constitue un genre en soi, popularisé notamment par Capote, Carrère ou Jablonka. Lien entre travail journalistique et écriture au long cours, dimension romanesque, importance des aspects sociologiques : on brûle d'entendre Florence Aubenas, autrice du grand succès le Quai de Ouistreham (2010, L'Olivier) et Dimitri Rouchon-Borie, lauréat du Prix Première 2021, sur ces sujets. Née à Bruxelles, Florence Aubenas adore Simenon. de permanence au Monde, journal où elle écrit aujourd'hui, un coup de fil lui inspire le sujet de L'inconnu de la poste (L'Olivier). Qui a sauvagement assassiné Catherine Burgod, employée de la poste à Montréal-la-Cluse, dans l'Ain ? On soupçonne Gérald Thomassin, acteur césarisé en 1990, marginal qui n'a jamais coupé les ponts avec le milieu du cinéma. Aubenas refait l'enquête, rencontre l'acteur qui finit par disparaître subitement et livre cet ouvrage captivant, tendu, construit comme un roman, bel exemple de littérature du réel. Journaliste et chroniqueur judiciaire, Dimitri Rouchon-Borie, a fait sensation en janvier avec le démon de la colline aux loups (Le Tripode). Dans ce texte très fort, qui semble avoir été écrit comme en apnée, à la ponctuation presque absente, il donne la parole à Duke, enfant sacrifié devenu adulte violent. de façon très troublante, son éveil à la conscience nous fait le considérer tour à tour en victime ou en coupable.
Une rencontre diffusée dans le cadre de la Foire du Livre de Bruxelles 2021.
+ Lire la suite
autres livres classés : vichyVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Le commissaire Maigret

Quel est le prénom du commissaire Maigret ?

Hercule
Édouard
Jules
Nestor

12 questions
216 lecteurs ont répondu
Thème : Georges SimenonCréer un quiz sur ce livre