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Critiques sur Maigret chez le coroner (6)
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Woland
  12 décembre 2014
Tel Mr Pyke, de Scotland Yard, venu, dans "Mon Ami Maigret", observer les "méthodes" du célèbre commissaire au 36, Quai des Orfèvres, ce dernier est ici en "voyage d'études" aux USA. Depuis le New-Jersey, où a commencé son périple, notre Maigret national a eu le temps de devenir deputy-sheriff dans plusieurs comtés d'Etats parmi lesquels on citera la Louisiane, la Virginie et l'Arizona. L'Arizona, justement, il y débarque à peine, sous le patronage de Harry Cole, agent du FBI fort occupé à traquer des trafiquants de marijuana faisant des allers et retours parfaitement illicites mais très lucratifs entre Tucson et le Mexique.

Tandis qu'il poursuit sa mission personnelle, Cole "abandonne" plus ou moins Maigret à lui-même, plus précisément dans un tribunal local où un jury de cinq personnes va décider si, oui ou non, le décès de Bessy Mitchell, dix-sept ans et donc mineure mais déjà mariée et divorcée, est dû à un simple accident ou bien si quelqu'un, passant près de la voie ferrée sur laquelle on a récupéré le corps déchiqueté de la malheureuse, aurait pu entendre, s'il y en a eu, ses appels au secours et, par conséquent, lui venir en aide. Troisième hypothèse, à laquelle tout le monde songe bien sûr mais sans l'exprimer de façon aussi brutale qu'on le ferait dans un tribunal français (le système judiciaire américain est fondé sur la procédure anglo-saxonne et radicalement différent du système français ou européen en général) : quelqu'un a laissé Bessy Mitchell, complètement ivre ou déjà morte, sur les rails, en espérant que le train achèverait la besogne.

D'abord un peu perdu en raison de son anglo-américain qui date du collège et qui n'est pas parfait-parfait, Maigret se passionne vite. Face à la présence invisible mais pour ainsi dire palpable de Bessy, toute jeune femme un peu trop libérée pour la petite ville où elle était née et qui aimait un peu trop les bars, les sorties et la gent masculine, cinq hommes : le sergent Ward, vraisemblablement amoureux d'elle et qui avait promis de divorcer pour l'épouser ; le sergent Mullins qui, lui, se posait en rival de Ward et qui offrait l'avantage d'être célibataire ; le caporal van Fleet et le sergent O'Neil qui étaient surtout de bons copains de Ward ; et enfin le caporal Wo Lee, d'origine chinoise, qui présente la particularité de ne boire que du coca et jamais d'alcool. Tous figurent sur le banc des prévenus. On peut déjà les inculper pour incitation à la débauche sur une mineure (la débauche signifiant ici, plus qu'autre chose, le fait de traîner de bar en bar et d'absorber de l'alcool.) de là à déterminer s'il y a, parmi eux, un ou plusieurs qui ont fait passer Bessy de vie à trépas, il y a tout de même un sacré fossé ...

L'action se situe en 1949, ce qui explique la réflexion poussée que fait ici Simenon sur le puritanisme américain, sur ses limites et ses déviances. On sent que la question l'intrigue et même le stupéfie. Ce viveur sans complexes est étonné d'une hypocrisie que, selon lui et bien qu'il ne l'exprime pas clairement, par une courtoisie d'autant plus naturelle qu'il vit alors aux Etats-Unis, on ne retrouve pas aussi complète en Europe. La description que l'écrivain belge donne des bars américains est en cela très révélatrice : tout d'abord, pas de terrasse car il fait si chaud que tout le monde se rue dans la salle climatisée ; puis les clients sont tous des hommes, peu bavards, l'oeil vague, à la recherche de quoi ? ... tout le monde le sait, ces hommes comme le lecteur européen mais ce dernier seul trouverait naturel de le dire ... ; quant aux femmes, si elles se risquent en ce lieu de perdition, c'est toujours accompagnées. Pas une seule tapineuse dans le secteur. Pourquoi y en aurait-il d'ailleurs puisque tous ces messieurs, au bar, sont heureux chez eux, en famille ? Ils ont tous (ou presque) femmes et enfants, avec une jolie maison, une belle automobile comme les Américains savaient en faire à cette époque de plénitude financière, et une situation qui leur assure non seulement le nécessaire mais aussi le superflu. Pourquoi sont-ils là, alors ? vous entêterez-vous à demander. Eh ! bien, parce que c'est l'usage, pour se délasser tout seul devant un verre (et en tout bien tout honneur) avant de rentrer retrouver l'épouse adorée et les enfants paisiblement endormis, pour se montrer un homme viril et solitaire, comme dans les bons vieux westerns de naguère, ne serait-ce que pendant une heure.

Maigret observe, aussi. Mieux, il apprend que, outre ces bars "grand public", il existe des "clubs privés", un peu à la mode anglaise, où l'on mange très bien, où l'on boit des alcools rares mais où, jamais, au grand jamais, on ne verra un membre rouler sous la table. S'il veut le faire, il doit retourner au bar "public." Cela aussi, c'est la tradition. Bien entendu, entre ces différents clubs, se pratique une sorte de "ségrégation" sociale et même raciale. Si l'Union locale des Charpentiers a son club par exemple, on n'y accepte pas les maçons. de même, les descendants d'immigrés mexicains tout à fait américanisés ne sauraient tolérer en leur club personnel que l'un des leurs parle ... espagnol.

On comprend que Maigret finisse par regretter ses demi-sels et ses caïds de Pigalle, sa Brasserie Dauphine et les bonnes bières fraîches qu'il prend en terrasse, dans un Paris qui s'éveille au printemps, en compagnie de l'un ou l'autre de ses inspecteurs, voire de l'un de ses suspects éventuels. En outre, au tribunal, il se rend vite compte que le juge semble "oublier" de poser des questions que lui, Maigret, aurait fait passer "à la chansonnette" depuis belle lurette. Evidemment, c'est là encore l'usage et cela n'empêchera pas la partie civile, symbolisée ici par Mike O'Rourke, le quasi-homologue de Maigret dans le coin, aussi rond et aussi gourmet que lui d'ailleurs, d'avoir gain de cause. Cela n'empêchera pas non plus le commissaire de deviner l'identité de l'assassin. Mais, du verdict, il ne saura rien car on le prie de faire ses bagages avant la fin du procès afin d'aller "étudier" un crime en Californie, du côté de Hollywood.

Et pourtant, malgré les frustrations ressenties, aussi bien par le commissaire qui ne peut intervenir, n'étant ici qu'un simple invité sans aucun pouvoir réel, que par le lecteur à qui manquent beaucoup certaines habitudes, certaines façons de procéder typiques du Simenon classique, "Maigret Chez le Coroner" est un excellent roman. Bien décidé à ne pas retomber dans les ornières qui indisposent de manière si regrettable le lecteur de "Maigret à New-York", Simenon prend le parti d'un récit, somme toute assez statique, dans le genre de n'importe quel grand film de prétoire comme "Autopsie d'un Meurtre" de Preminger, avec James Stewart, ou encore "Le Procès Paradine" d'Hitchock. Les amateurs de séries américaines plus récentes, dont le célèbre "Law & Order", verront tout aussi bien ce que je veux dire. Mais, bien entendu, c'est du prétoire américain à la Simenon car le héros n'est ni le juge, ni l'attorney, certainement pas les avocats (nous n'en sommes pas encore à ce point dans le procès) et pas même les inculpés, mais bel et bien Maigret, que l'inaction forcée fait cogiter et méditer encore plus que d'habitude et qui, de son banc, au milieu du public, mène l'enquête pour nous, fort de cette certitude que, partout, l'homme est toujours le même. Il peut y avoir quelques détails qui diffèrent, c'est entendu, mais le fond, lui, reste le même : jalousie, désir, avidité, alcoolisme, frustration, jouissance des mains qui se referment autour d'un cou pour étrangler - américaines ou européennes, ces émotions-là ne changent pas.

Simenon nous le prouve bien dans "Maigret Chez le Coroner. Ne manquez pas la démonstration : elle est superbe.
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dido600
  18 avril 2016
Ecrit en 1949

Il avait maintenant l'air d'un boxeur qui s'est fait salement sonner au cours des rounds précédents et qui s'avance vers son adversaire pour le knock-out, de sorte qu'on le suivait des yeux avec une certaine pitié.
De quelle façon est clamecé Bessy une jeune de 17ans ex divorcé dont le corps a été découvert mutilé sur une voie de chemin de fer proche de Tucson proche de l'Arizona
Le commissaire Maigret En mission d'étude auprès de ses collègues du FBI, il n'est que le témoin, souvent surpris, quelquefois réprobateur, des méthodes américaines en matière d'investigation criminelle.
Cinq suspects - de jeunes soldats de la base militaire voisine, avec lesquels la jeune fille a passé sa dernière soirée - vont témoigner devant le coroner, en présence d'un public nombreux et passionné. La vérité éclatera-t-elle avant que Maigret ne parte pour Los Angeles, prochaine étape de son voyage ?
Observateur attentif de son époque, Georges Simenon brosse ici un tableau captivant et toujours actuel des moeurs judiciaires américaines. Une peinture de l'Amérique des états unis autrement dit
On assiste a' un Maigret un peu déconcerté par les méthodes de la justice américaine
Enfin un harmonieux roman de la littérature classique policière a' ne pas regretté.
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Yumiko
  27 janvier 2013
Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Simenon est l'auteur avec lequel j'ai découvert les polars étant enfant. Nous possédions plusieurs exemplaires des aventures de Maigret chez nous et je les ai dévoré en à peine une semaine, tellement j'ai aimé cet univers. Pouvoir retrouver ce commissaire attachant et ce style que j'aime tant fut un pur plaisir!

Dans ce tome, Maigret se trouve aux Etats-Unis et suit certains de ses homologues américains dans leurs enquêtes pour découvrir leurs techniques d'investigation. Il va ainsi assister à une enquête concernant la mort d'une jeune femme déchiquetée par un train. le jury doit décider si les personnes qui l'accompagnaient y sont pour quelque chose ou si c'était uniquement un accident. La façon de procéder du coroner et des enquêteurs ne laissera pas Maigret indifférent, surtout qu'il aura bien envie d'intervenir plus d'une fois.

Durant le récit, nous suivons autant les séances du coroner que des échanges entre Maigret et des protagonistes de l'affaire. J'ai beaucoup aimé tout ce qui touchait à cette enquête et ressentir l'impatience du commissaire face à la manière un peu brouillonne de procéder des américains, du moins de son point de vue. du coup, j'ai moins aimé les passages qui ne concernaient pas ce fait divers, comme les rencontres avec son collègue, qui a mon goût n'amène rien au récit et nous éloigne au contraire de l'enquête qui nous tient en haleine.

Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, car le récit est très court et je n'aimerais pas vous faire découvrir par mégarde des points essentiels du récit. Mais sachez que jusqu'au bout le doute plane et qu'on peine à savoir où l'auteur va nous emmener.

Pour ceux qui sont intéressés par la comparaison entre les systèmes pénaux français et américain de l'époque, ce livre est parfait. Il nous montre bien les différences à travers les yeux de Maigret et nous amène à penser les faits de différentes manières, ce qui est instructif. du coup, les séances chez le coroner sont vraiment palpitantes et les pages se tournent très vite.

En bref, j'ai passé un excellent moment avec ce livre, même si les passages hors enquête m'ont moins plu. Il plaira à ceux qui aiment les polars plus classiques, loin des thrillers d'aujourd'hui, et je leur conseille vraiment de découvrir le style accrocheur de Simenon, si ce n'est pas déjà fait.
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Florellia
  17 septembre 2020
Maigret au Far West. Bien sûr, ce n'est pas lui qui court après les gangsters, il est en voyage d'études. Mais il assiste à l'enquête - pour le moins déroutante - d'un confrère américain sur la mort d'une jeune femme. Déroutante, car l'enquête ne se déroule pas du tout, mais alors pas du tout, comme il en a l'habitude. Maigret est d'autant plus déconcerté que, même s'il comprend la langue, il ne comprend tout d'abord ni les gestes ni les points de vue des protagonistes, aussi bien les témoins que ses confrères policiers.
Écrit en 1949, une description de l'Amérique « en noir et blanc » comme un western d'époque.
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Polars_urbains
  10 juillet 2018
Maigret chez le coroner n'est pas vraiment une enquête. Maigret en, voyage d'étude aux USA à l'invitation du FBI, assiste comme témoin aux investigations publiques d'un coroner de l'Arizona suite à la mort d'une jeune femme, sortie s'amuser avec des amis de la base militaire locale. le commissaire manifeste ainsi (en silence puisqu'il ne peut évidemment pas intervenir) un intérêt « ethnographique » devant cette enquête par interrogatoire des suspects et des témoins par le juge et questions des jurés.

C'est donc un roman (un reportage) tout en dialogues dans lequel Maigret réagit plusieurs fois aux méthodes de la justice américaine. Pour pas grand-chose en fait puisqu'il n'aura pas le temps d'attendre la fin des débats et ne connaîtra donc jamais le verdict, même si l'identité du coupable ne fait pas de doute pour lui. Mais ces jeunes gens - de « sales gamins » mais certainement pas du même acabit que les « sales gamins » de Mon ami Maigret – sont-ils vraiment responsables ? Un voyage d'étude finalement pour rien : « Qu'est-ce-qu'il faisait là ? ».
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Beffroi
  28 décembre 2019
Maigret, en « voyage d'étude » aux USA, se passionne pour une affaire judiciaire. Bessy, une jeune fille, a été retrouvée percutée par un train. Avait-elle été assassinée auparavant ou est-ce un accident ? Les 4 soldats qui l'ont amenée à cet endroit proche de la frontière mexicaine sont-ils coupables ou innocents ?
La justice américaine s'avère très différente de la justice française. Il n'y a pas de juge d'instruction. Des jurés sont convoqués dès le lendemain de la découverte de Bessy et doivent déterminer s'il s'agit d'un accident ou d'un meurtre ; dans ce cas, une enquête se met en place …
Un Maigret qui m'a dérouté. Comme pour le commissaire « l'appartement du boulevard Richard-Lenoir et le petit café du coin qui sent le calvados »m'a manqué. Ici, c'est très statique, comme dans les nombreux films américains où l'on reste très longtemps enfermés dans un tribunal (style Philadelphia mais il y a en des dizaines…). Et je me suis un peu perdu entre les 4 soldats … L'intérêt principal, c'est de découvrir la justice américaine…
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