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ISBN : 2253142174
Éditeur : Le Livre de Poche (18/02/1998)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Antoine Batille a-t-il payé de sa vie - sept coups de couteau sa curieuse habitude d'enregistrer au magnétophone les conversations d'inconnus? De fait, l'écoute de la dernière bande livre très vite à la police une équipe de voleurs de tableaux. Mais pourquoi l'assassin n'a-t-il pas dérobé cet enregistrement compromettant? Et quel est l'inconnu qui téléphone à Maigret, indigné que les journaux accusent les trafiquants de ce meurtre? C'est chez lui, boulevard Richard-... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Woland
  21 septembre 2015
Le seul véritable tueur en série que l'on peut recenser jusqu'ici dans la série des "Maigret" est celui, à motifs sexuels d'ailleurs, de "Maigret Tend Un Piège" . Que ce fût l'époque qui le voulût ainsi ou tout simplement par goût naturel, Simenon s'est peu intéressé à ce type de meurtriers. Il faut dire que, pour analyser, sans trop risquer de se tromper, les motifs qui font agir un tueur en série, il faut vraiment creuser longuement, profondément, douloureusement ...
Dans "Maigret et le Tueur", l'auteur liégeois pose tout de même les bases d'une analyse de ce type. Un soir qu'il dîne avec sa femme chez les Pardon, la servante du médecin vient annoncer un client, "l'épicier italien", qui attend, tout affolé. le temps d'enfiler un manteau et les deux hommes suivent le malheureux Pagliati qui leur raconte que, revenant du cinéma avec sa femme, ils ont été témoin d'un homme à terre qui, sous une pluie battante, en poignardait sauvagement un autre, rue Popincourt. En les voyant arriver, l'agresseur a paru avoir le réflexe, bien normal, de fuir mais non, il est revenu pour "achever" sa victime de trois autres coups. Pagliati a laissé le corps à la garde de sa femme et couru carillonner chez le Dr Pardon, qui habite tout près. le médecin constate d'énormes dégâts mais, pour l'instant, la victime, un jeune homme relativement bien habillé, portant un mini-magnétophone à une chaîne autour du cou, est encore vivante.
Pas pour longtemps ...
A première vue, il n'y a vraiment rien à comprendre. Déjà, le portefeuille n'a pas été volé, ce qui permet d'identifier tout de suite le mort, Antoine Batille, fils de famille dont tout le monde racontera bientôt à Maigret et ses hommes qu'il n'avait qu'une seule passion : se promener dans le métro, dans la rue, dans les bars ... pour enregistrer, sans qu'ils s'en rendent compte, ce que disaient ceux qu'il croisait. Evidemment, l'on finit vite par penser qu'il a enregistré sans le vouloir des paroles prononcées dans un bar par quelques malfrats évoquant un "coup" futur ou achevé et déjà recelé. Mais si tel est le cas, pourquoi, alors que le tueur est revenu achever Batille, ne lui a-t-il pas arraché le magnétophone ? Ce que l'on cherche se trouve peut-être sur une autre bande ? Mais non : c'est bien la bande qu'utilisait ce soir-là le jeune homme qui donne la clef de l'énigme. En tous cas, qui semble la donner. Sans le vouloir, Batille avait bel et bien enregistré quelques phrases évoquant un cambriolage dans une villa recelant d'assez belles toiles. le chef du gang, Julien Vila, n'est pourtant pas du genre à tuer. Voler, oui. Tuer, non ... Très vite, Maigret sent que la piste Vila n'est pas la bonne ...
Dans ce cas, c'est qu'il y en a une autre, comme dirait M. de la Palice. Mais laquelle ?
Alors, au 36, sans se lasser, on passe et on se repasse, la, puis les bandes. Rien. Mais rien de rien.
Pour une fois, c'est la presse qui va faire avancer l'affaire. Elle publie en effet des entrefilets en première page sur la mort du jeune Batille, qui était le fils d'une célébrité et, d'article en article, finit par donner le nom de Vila et de sa bande. le résultat ne se fait pas attendre : le journal qui a titré la nouvelle reçoit une lettre, écrite à l'encre verte, et certifiant que Vila n'a rien à voir avec l'affaire de la rue Popencourt. L'auteur veut bien être un tueur mais il ne veut pas envoyer un innocent à la guillotine à sa place.
Ah ! Là, Maigret, il le sent bien, tient enfin quelque chose. Entre deux bouffées de sa pipe, il s'empare de ce fil d'Ariane inespéré et il le déroule, tout doucement, nous guidant ainsi jusqu'au vrai et seul coupable et entreprenant, sans le savoir, une véritable analyse du tueur. Un tueur qui, lui-même, ne sait pas pourquoi il est "comme ça." Il sait seulement que, à certains moments, le désir monte en lui - le désir de tuer - et il doit lui obéir tout de suite. Aussi frappe-t-il au hasard, femme ou homme, peu importe. La notation sexuelle est discrètement sous-entendue dans la réponse du tueur à Maigret lorsque celui-ci lui demande pourquoi il est venu achever Batille : "Ce n'était pas pour l'achever," dit-il en substance. "Simplement, je n'avais pas encore atteint le moment de ma plénitude."
Signalons d'ailleurs qu'il avoue de bonne grâce avoir assassiné pour la première fois quand il avait quatorze ans. Il en a ressenti du plaisir mais aussi une terreur abominable. le tueur en série de Simenon , comme on le voit, n'est pas un banal. Ni intello, ni stupide, ça fait plus de trente ans qu'il cherche "pourquoi" et que, à sa façon, il souffre. Il ne plaide pas la folie mais il admet que, à ses yeux, quand il tue, il n'est plus lui-même. Tout en le restant. Comprendra qui pourra.
Analyse passionnante, patiente aussi, bien différente de ce que font les Américains dans le genre, et qui cherche à retrouver, au fond du monstre, la parcelle, si infime mais encore palpitante, d'humanité. le Tueur de Maigret est aussi passionnant à étudier, si j'ose dire, que celui qui le traque et que la traque elle-même. Dans ce genre de cas, et peut-être êtes-vous comme moi, je me dis toujours : "Et si, parmi mes proches, j'avais eu un parent de ce genre : cousin, frère, etc, etc ... Comment aurais-je réagi ? Aurais-je cherché à comprendre ? Aurais-je rompu tout net, trop horrifiée pour vouloir regarder la vérité en face ? ... Aurais-je pensé à la génétique ? ... Aurais-je ... ?"
En particulier, bien sûr, si le proche en question s'était montré bon père de famille, bon frère ou cousin, etc, etc ... Les tueurs en série ayant subi un ou plusieurs traumatismes dans leur enfance et ayant souvent été des enfants-martyrs, sont et restent à part. Mais ceux qui ont été aimés, choyés, etc ... justement, c'est encore plus difficile de les comprendre, non ?
Un excellent Maigret, solide, curieux, avec beaucoup de profondeur, qui ne se lit pas en une heure. Il faut revenir parfois en arrière, réfléchir par nous-même. C'est en bref un "Maigret" un peu à part - comme son Tueur. En tous cas, tel est mon avis. N'hésitez pas à venir nous en dire ce que vous, vous en aurez pensé, surtout ! ;o)
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dido600
  22 avril 2018
Publié en 1969.
L'intrigue se déroule à Paris, en France. Antoine Batille, qui vient d'être assassiné de sept coups de couteau rue Popincourt, avait la manie de collectionner des conversations à l'aide d'un magnétophone portatif, comme d'autres prennent des photos. L'a-t-on tué parce qu'il a surpris une conversation compromettante ? En tout cas, l'écoute de la dernière cassette enregistrée par le jeune homme met la police sur la piste d'une bande de voleurs de tableaux dont quatre membres sont arrêtés.
En perspective ce polar comporte deux intrigues puisque le meurtre du début entraîne la police vers une fausse piste qui est celle des voleurs de tableaux ; la deuxième partie, plus courte, s'attache à la peinture du cas pathologique du tueur et met l'accent sur la compréhension dont celui-ci a besoin.
Un très bon roman de la littérature classique policière et compatible a' la renommé de George Simenon.
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lehibook
  26 mai 2019
Une histoire de tueur en (petite) série chez ce bon vieux Georges . Voila qui permet une salutaire confrontation entre polar passé et présent ce livre étant paru en avril 1969 (perso j'étais toujours en dépression post 68) . Pas d'action ou presque , peu ou pas de « suspense » , la violence réduite au minimum ,le rythme pépère (il faut un chapitre à Simenon pour raconter 2 lignes d'Ellroy) . Mais une ambiance (Quai des brumes ou autre) , une profondeur psychologique (sans charabia psy) et une véritable attention à l'humain . le propos de Simenon de montrer qu'il n'y a au fond pas de monstre (ou qu'il y en a un potentiel en chacun de nous) me paraît plus juste que les tsunamis d'hémoglobine et les hyperboles sadiques des auteurs actuels.
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   22 septembre 2015
[...] ... L'homme était jeune. Il paraissait à peine vingt ans, portait un blouson de daim et ses cheveux étaient assez longs sur la nuque. Il était tombé en avant et le dos de son blouson était plaqué de sang ...

- "Vous avez averti la police ?"

Pardon, accroupi près du blessé, intervenait.

- "Qu'elle envoie une ambulance ..."

Cela signifiait que l'inconnu était vivant et Maigret se dirigea vers la lumière qu'il apercevait à cinquante mètres. On lisait, sur la devanture faiblement éclairée, les mots Chez Jules. Il poussa la porte vitrée tendue d'un rideau crème et pénétra dans une atmosphère si calme qu'elle en paraissait comme irréelle. On aurait pu croire à un tableau de genre.

C'était un bar à l'ancienne mode, avec de la sciure de bois sur le plancher et une forte odeur de vin et d'alcool. Quatre hommes d'un certain âge, dont trois gras et rougeauds, jouaient aux cartes.

- "Je peux téléphoner ? ..."

On le regardait avec stupeur se diriger vers l'appareil mural, près du comptoir d'étain et des rangées de bouteilles.

- "Allô ? ... Le commissariat du XIème ? ..."

Il était à deux places, la place Léon Blum, l'ancienne place Voltaire.

- "Allô ... Ici, Maigret ... Il y a un blessé rue Popincourt ... Vers la rue du Chemin-Vert ... Une ambulance est nécessaire ..."

Les quatre hommes s'animaient comme se seraient animés les personnages d'un tableau. Ils gardaient les cartes à la main.

- "Qu'est-ce que c'est ?" demanda celui qui était en manches de chemise et qui devait être le patron." Qui est blessé ?

- Un jeune homme ..."

Maigret déposait de la monnaie sur le comptoir, se dirigeait vers la porte.

- "Un grand maigre, en blouson de daim ?

- Oui ...

- Il était ici il y a un quart d'heure ...

- Seul ? ...

- Oui.

- Il paraissait nerveux ?"

Le patron, Jules vraisemblablement, interrogeait les autres du regard.

- "Non ... Pas spécialement ...

- Il est resté longtemps ?

- Une vingtaine de minutes ..." ... [...]
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WolandWoland   22 septembre 2015
[...] ... - "Vous savez qui est à l'appareil ?

- Oui ...

- Vous connaissez mon nom ?

- Votre nom n'a pas d'importance ...

- Vous n'allez pas essayer de découvrir d'où je vous téléphone ?"

Le ton était hésitant. L'homme manquait d'assurance et essayait de se donner du courage.

- "Non ...

- Pourquoi ?

- Parce que cela ne m'intéresse pas ...

- Vous ne me croyez pas ?

- Si ...

- Vous êtes persuadé que je suis l'homme de la rue Popincourt ?

- Oui ..."

Il y eut cette fois un assez long silence, puis la voix demanda, timide, inquiète :

- "Vous êtes toujours là ?

- Oui ... Je vous écoute ...

- On vous a déjà fait parvenir la lettre que j'ai envoyée au journal ?

- Non, on me l'a lue au téléphone.

- Avez-vous reçu la coupure avec la photo ?

- Oui ...

- Vous me croyez ? Vous ne me prenez pas pour un détraqué ?

- Je vous l'ai déjà dit ...

- Qu'est-ce que vous pensez de moi ? ... (...) [...]
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dido600dido600   20 avril 2018
Ce n’est pas une rue terrible, n’est-ce pas ?
— Qu’est-ce que vous appelez une rue terrible ?
— Une rue où les voyous se réunissent dans les bars, préparent leurs mauvais coups, je ne sais pas, moi…
— Non… C’est simplement une rue de petites gens…
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dido600dido600   19 avril 2018
on avait parlé de la cuisine provinciale, du cassoulet, de la potée lorraine, des tripes à la mode de Caen, de la bouillabaisse…
— Au fond, c’est de la nécessité que la plupart de ces recettes sont nées… Si les réfrigérateurs avaient existé dès le Moyen Âge…
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dido600dido600   19 avril 2018
Vous vous souvenez de la pluie qui tombait, de la tempête. Plusieurs fois, j’ai cru que le parapluie allait se retourner et il m’arrivait de le tenir devant nous comme un bouclier…
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Le polar et le livre-audio : quand le suspense s'écoute Avec 5% du marché, le livre audio est aujourd'hui en pleine progression et le polar n'échappe pas au phénomène ! Cela parle à Michel Bussi, l'un des écrivains les plus vendus en France, dont tous les romans sont adaptés en audio depuis ses ""Nymphéas noirs"". Il reviendra sur la mise en son de ses romans à succès dont il reconnaît à la fois la difficulté et la force. Comment vit-il ses mots dans la voix de quelqu'un d'autre ? Est-ce que cela modifie son rapport à l'écriture ? Face à lui, le comédien Antoine Duléry, qui livrait une performance inoubliable dans la série ""Les Petits Meurtres d'Agatha Christie"". Celui qui prête sa voix à la première aventure du commissaire Maigret à l'occasion des trente ans de la mort de Simenon établira le lien entre son expérience d'acteur et celle de lecteur professionnel lors de cette table ronde au festival Quais du Polar 2019. Retrouvez toutes les interviews de Quais du Polar : https://bit.ly/2UAHsed
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