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EAN : 9782707303530
Editions de Minuit (01/03/1967)
4.09/5   29 notes
Résumé :
Un homme, le narrateur, qu'on suppose au tournant de la cinquantaine, se retrouve dans la maison de famille où il a passé son enfance. Il y est revenu seul, en proie à des embarras d'argent qui le forcent à vendre quelque meuble et à hypothéquer quelque terre. C'est l'emploi d'une de ses journées, que seules privilégient ces opérations financières, qui va nous être conté. Trame banale s'il en fut, puisqu'on saisit le héros d'abord dans le demi-sommeil plein de pensé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Lazlo23
  20 mai 2017
Lire un roman de Claude Simon (1913-2005), c'est un peu comme gravir une montagne : à la fatigue et au découragement peuvent succéder de beaux moments de surprise, voire d'exaltation. Une fois le livre refermé, on a le sentiment, quoi qu'il arrive, d'avoir vécu une expérience hors du commun et d'être devenu meilleur lecteur.
Comme la plupart des romans de ce grand auteur, « Histoire » est une variation autour de son histoire familiale, ainsi qu'une exploration vertigineuse de toutes les significations possibles du mot histoire.
De retour dans la maison de son enfance, le narrateur y retrouve un acacia centenaire dont le bruissement fait renaître de très anciennes conversations, tandis que la découverte de vieilles cartes postales lui permet de reconstituer la brève idylle de ses parents, morts très jeunes. À partir de ce matériau poussiéreux, la mécanique de la mémoire se met en marche, faisant affluer les souvenirs, réels ou recomposés, authentiques ou imaginaires ; ce que Claude Simon décrit comme « le foisonnant et rigoureux désordre de la mémoire. »
Au début, ce déferlement de scènes et de dialogues qui s'entrecroisent, s'interrompant ici pour reprendre là, est un peu déroutant, et même étourdissant ; et puis, peu à peu, des fils se nouent, des motifs reviennent, et on finit par y voir plus clair.
Ceux qui connaissent un peu le monde de cet écrivain, retrouveront dans « Histoire » la plupart des grands thèmes simoniens.
D'abord la guerre, ou plutôt les guerres, car, comme les hommes de sa génération, C. Simon a été marqué dans sa chair par trois conflits majeurs, les deux guerres mondiales, et la guerre d'Espagne, qui tient une grande place dans ce livre-ci.
Autre thème important, la quête des origines : « Histoire » est en effet la tentative désespérée d'un homme qui cherche non seulement à retrouver la trace de ses parents, mais aussi à leur rendre, par l'écriture, l'existence dont ils ont été privés. D'où ces nombreux passages où, à partir de cartes postales ou de photographies jaunies, le narrateur imagine les circonstances dans lesquelles les personnages les ont prises ou écrites.
Enfin, plus encore que dans ses autres romans, Claude Simon se livre ici à une immense méditation sur le sens l'histoire, une histoire faite essentiellement de guerres et de destruction, dont l'aboutissement ultime serait selon lui la tuerie de Verdun.
On l'aura compris, « Histoire » est un livre sombre, pessimiste, violent, mais c'est aussi un brillant exercice de style entre fiction et autobiographie, entre prose et poésie.
À lire, si vous voulez découvrir d'autres manières d'écrire les romans.
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Henri-l-oiseleur
  20 juin 2022
Comme tout roman de Claude Simon, "Histoire" donne lieu à une infinité de commentaires, de remarques et d'études approfondies, qu'un simple billet de lecteur ne saurait égaler. Tout au plus se bornera-t-on à comparer ce roman incomparable à ceux qui l'ont précédé, "La route des Flandres" et "Le palace". Ces trois romans procèdent chacun de l'histoire familiale du personnage principal, narrateur ou héros. Mais si "La route des Flandres" et "Le palace" s'ouvrent à la grande Histoire, à la défaite de 1940 et à la Guerre d'Espagne, "Histoire", paradoxalement, le fait beaucoup moins et replie le propos (je n'ose pas dire le récit) sur la maison de famille et les archives photographiques, les affaires et les propriétés, des parents du personnage. Ce repli sur les plus modestes documents et sur l'histoire parentale, éclaire tout le paradoxe du titre, "Histoire" : une Histoire où il y en a si peu, et une chronique familiale là où les histoires, les événements, et les choses "dont on fait toute une histoire", sont privés et particuliers, ne concernent en rien l'histoire globale du pays et de la collectivité. Pour écrire son livre, Claude Simon est parti de toutes les significations possibles du mot "histoire" afin de les exploiter à fond dans son ouvrage. Pour se faire une idée de son travail, on pensera à l'étonnement et au scandale produits par "L'enterrement à Ornans" de Courbet : le peintre, représentant une cérémonie de village où chaque villageois pouvait se reconnaître, avait choisi le format du grand tableau d'Histoire héroïque, format réservé jusque-là aux batailles, aux couronnements et aux événements historiques comme on en trouve dans la Galerie des Batailles du château de Versailles.
Le style du romancier, toujours proche de l'expérience la plus concrète des sens, s'apparente par sa luxuriance au courant de conscience, où images et mots s'appellent et s'associent d'un paragraphe à l'autre. On est tenté de renoncer à suivre une histoire telle qu'il s'en trouve dans les romans traditionnels, où le récit suit une logique préétablie depuis Aristote sans "s'égarer" dans les sensations, les associations d'idées, les échos de mots et de thèmes. C'est ce qui a donné à Claude Simon cette réputation d'auteur difficile, ce qui le désolait, alors qu'il essaie de reproduire au plus près, le plus fidèlement possible, le fonctionnement de la conscience humaine sans les béquilles de la rhétorique reçue. Comme sa technique kaléidoscopique, au plus près de la sensation, nous empêche de "suivre l'histoire", on peut supposer qu'il y a quelque ironie dans le titre.
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Bouteyalamer
  30 juillet 2021
Simon affine dans ce livre sa technique caléidoscopique, ses thèmes et ses ruptures, sa façon d'approcher le réel jusqu'à l'aveuglement, une écriture qui atteindra son sommet dans les Géorgiques. Dans l'Histoire (ici la guerre d'Espagne) ou l'anecdote (la mince, douloureuse et décevante histoire de ses parents, de l'oncle, d'un cousin et de quelques proches), il ressuscite un destin à partir de cartes postales en vrac dans un tiroir ou construit un personnage au travers d'un cliché, avec la précision captivante d'Antonioni dans Blow-up. Simon est un détecteur sensible, créateur de l'extrême attention, dont la richesse sensorielle rend la lecture fascinante : couleurs, sons, odeurs, mouvements, plaisir, douleur et peur :
« Comment ? Peur ? Si j'avais… Je ne sais pas. Peut-être est-ce comme cela que ça s'appelle : Une sensation de nausée
ou plutôt comme quand on a un étourdissement ou qu'on a trop bu c'est-à-dire quand le monde visible se sépare en quelque sorte de vous perdant ce visage familier et rassurant qu'il a (parce qu'en réalité on ne le regarde pas), prenant soudain un aspect inconnu vaguement effrayant, les objets cessant de s'identifier avec les symboles verbaux par quoi nous les possédons, les faisons nous, pensant Qu'est-ce que c'est ?, pensant Mais qu'est-ce qui m'arrive qu'est-ce qui se passe ? » (p 177).
Pas seulement la tension des sens, aussi des éclats de pensée aussi fortuits en apparence et pénétrants que les sensations :
« l'esprit (ou plutôt : encore l'oeil, mais plus seulement l'oeil, et pas encore l'esprit : cette partie de notre cerveau où passe l'espèce de couture, le hâtif et grossier faufilage qui relie l'innommable au nommé) non pas disant mais sentant » (p 274).
Pour lire Simon : prendre le rythme dans l'attention soutenue, la prosodie se découvre dans la continuité comme en poésie, comme la houle dans le désordre des vagues.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Lazlo23Lazlo23   20 mai 2017
… et alors tous ressurgissant monstrueux gigantesques ils seront là s'agitant parlant tous à la fois avec leurs orbites vides un trou noir à la place du nez leurs bouches édentées leurs mentons aigus cous de poulets noués d'un chiffon sanglant leurs combinaisons tabac flottant sur leurs squelettes leurs bras brandissant leurs armes rouillées farouches frustrés puis ils sombreront de nouveau s'enfonceront continuant encore un moment à gesticuler comme les passagers d'un navire lentement submergé disparaissant peu à peu dans les épaisseurs du temps et moi impuissant les regardant s'engloutir lentement s'effacer conservant l'image d'un dernier visage d'une dernière bouche ouverte sur un dernier cri un dernier geste un dernier bras s'agitant non pour saluer ou appeler au secours mais pour maudire et moi tout seul maintenant pensant comment ça devait être au même moment là-bas à Capri ou à Sorrente...
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   19 mai 2022
visage [...] commençant déjà à prendre, avec ses pommettes saillantes avivées de rouge par une suprême coquetterie ou plutôt un suprême et orgueilleux défi, cette consistance de matière insensible ou plutôt rendue insensible à force de souffrance : quelque chose comme du cuir ou encore ce carton bouilli des masques de carnaval, Polichinelle à l'aspect terrifiant et risible sous le coup d'un irrémédiable outrage, d'une irrémédiable blessure, et elle - ou ce qui restait d'elle - retranchée derrière comme ce

type que je devais voir plus tard promené d'une baraque de prisonniers à l'autre tenu en laisse par deux nègres une brique pendue à l'aide de fils de fer sur sa poitrine avec l'écriteau J'ai volé le pain de mes camarades, et non pas un visage humain mais une chose : ce même masque grotesque fardé de violentes couleurs par les coups gluant de crachats impassible au-delà de toute souffrance et de toute humiliation lui marchant pour ainsi dire derrière la protection de ce visage qui ne lui appartenait plus non pas même ahuri comme ceux illuminés de rouge des clowns ou des ivrognes mais somnambulique parfaitement figé vidé ou plutôt déserté par toute vie, ce qui avait été au départ peur humiliation et honte n'ayant cessé peu à peu de s'amenuiser depuis le premier crachat la première gifle jusqu'au point sans doute où il faut choisir entre la fuite et la folie, et en apparence donc (le visage) aussi insensible que du bois (et sans doute pour les mains qui le frappaient d'un contact aussi décevant) mais lui en réalité provisoirement (ou définitivement) mort ou fou

pp. 64-65
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   20 mai 2022
et encore cette photographie d'un champ de bataille prise d'avion (pas la terre, le damier des prés, des labours, des bois : une étendue croûteuse, pustuleuse, comme une maladie du sol même, une lèpre, sous l'effet de laquelle les reliefs, les ravins, les tracés rectilignes des anciennes constructions auraient été pour ainsi dire gommés ou plutôt déglutis, attaqués par quelque acide, quelque suintement purulent) et qui illustrait une des dernières pages du manuel d'Histoire, comme si celle-ci (l'Histoire) s'arrêtait là, comme si la suite des chapitres avec leurs résumés en caractères gras à apprendre par coeur, la longue suite des images qui les illustraient (le bas-relief sur lequel on pouvait voir ce roi en robe longue, coiffé de son bonnet géométrique, barbu et méticuleux, crever de sa lance les yeux des captifs agenouillés, et la reconstitution des trirèmes romaines, et les Très Riches Heures du Duc de Berry, et le portrait de ce roi soupçonneux et fou apparaissant sous son chapeau de loutre entre deux rideaux, avec son nez pendant, ses sourcils glabres, ses yeux de pigeon cerclés de rose, et les marquis en bas de soie noire et perruque prêtant serment, et le tsar sur les quais de Toulon parmi les claquements de drapeaux, les messieurs à gibus et les salves jaune et rouge des canons) n'avaient été écrites, sculptées, peintes, gravées, qu'en vue de cette seule fin, ce seul aboutissement, cette apothéose : les étendues grisâtres, mornes, informes, sans traces humaines (même pas de cadavres, même pas l'évocation du cliquetis des armes, des galops, des charges, des éclats, des cuirasses) à la contemplation desquelles me ramenait une sorte de fascination vaguement honteuse, vaguement coupable, comme si elles détenaient la réponse à quelque secret capital du même ordre que celui des mots crus et anatomiques cherchés en cachette dans le dictionnaire, les lectures défendues, clandestines et décevantes

pp. 111-112
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oliviersavignatoliviersavignat   26 juillet 2020
Les ombres sur la vitre dépolie s'agitant cette fois d'une façon différente, le volume des voix à l'intérieur du bureau augmentant en même temps mais maintenant (quoiqu'il fût toujours impossible de saisir les paroles) se détendant pour ainsi dire, les deux interlocuteurs échangent sans doute à présent de ces banales formules qui terminent un entretien et les voix en profitant pour en quelque sorte se dégourdir un peu, s'ébrouer, s'ébattre, (...)
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BouteyalamerBouteyalamer   30 juillet 2021
et une autre (photographie) prise d’en haut (d’une fenêtre, d’un toit ?), représentant une place, un carrefour, le croisement de deux avenues aux proportions monumentales et, au milieu du carrefour, comme un amas grumeleux et confus de petits bâtonnets noirs couchés sur le sol, tous dans le même sens et disposés en éventail (c’est-à-dire chaque bâtonnet orienté vers un même point invisible (à gauche et en dehors du champ de la photographie, où se trouvait — disait la légende — une mitrailleuse en train de tirer),
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Poursuivant cette (brève) incursion dans la littérature du XXe siècle pour honorer le pouvoir des mots et l'art du langage, il s'agira ici de reparcourir La Route des Flandres, de Claude Simon, en nous intéressant notamment à la liste des lieux dits, située au milieu de la IIIe partie du roman.
Suivre la bibliothèque : SITE http://www.bpi.fr/bpi BALISES http://balises.bpi.fr FACEBOOK https://www.facebook.com/bpi.pompidou TWITTER https://twitter.com/bpi_pompidou
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