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Patrick Longuet (Auteur de la postface, du colophon, etc.)
EAN : 9782707318510
400 pages
Editions de Minuit (02/01/2004)
4.17/5   95 notes
Résumé :
En refermant l'Acacia, le lecteur a la sensation d'avoir personnellement chevauché dans les clairières de l'Est en 1940, les yeux brûlés d'insomnie; d'avoir reçu une balle en 1914 au coin d'un bois, tel un parfait poilu de l'Illustration ; mais aussi d'avoir servi aux Colonies avant 14; d'avoir hanté les villes d'eaux de la Belle Epoque ; d'avoir ouvert un télégramme avec des sanglots de veuve dans la gorge ; d'avoir visionné des bribes d' " Actualités " d'avant l'a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
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Henri-l-oiseleur
  30 janvier 2020
"L'Acacia" appartient à la seconde époque de la création romanesque de Claude Simon : après une période expérimentale, "formaliste", à l'école du Nouveau Roman, son oeuvre assume et dépasse les théories pour voler de ses propres ailes et manifester le génie de l'auteur par delà colloques et manifestes, pour lesquels il avait peu de goût. En même temps, l'auteur d'avant-garde qu'il est s'autorise une relation pacifiée avec la tradition, comme on le voyait déjà aux "Géorgiques" de 1981. "L'Acacia" rappelle "A la Recherche du Temps Perdu", car dans les deux romans un écrivain émerge dans le temps absurde et cyclique de l'Histoire et de la Nature (à savoir naissance, maturité, déclin et mort). Si le temps perdu proustien était celui des mondanités, des amours et des amitiés stériles, le temps perdu dans "L'Acacia" est celui des grands cataclysmes du XX°s inscrits dans l'histoire familiale du romancier, cataclysmes décrits avec la minutie artisanale, le sens merveilleux du détail et de la couleur de Brueghel ou de Jérôme Bosch. Ce temps perdu et destructeur devient la matière de l'art littéraire : la guerre, dont on sait qu'elle est, dans sa réalité, le Mal même, est devenue le beau matériau littéraire des grands poèmes de Claude Simon dans "L'Acacia", aux échos d'Iliade et d'Enéide. On trouvera aussi une forme de chronique familiale et d'autobiographie (sans "je") dans "L'Acacia" : l'histoire des ancêtres, les sinuosités des alliances et des familles, font immanquablement penser au "Labyrinthe du Monde" de Marguerite Yourcenar, à ceci près que Claude Simon brouille les limites entre le fictif et le réel avec sa palette de grand peintre réaliste et social. En nos temps de misère littéraire, de haine ignorante et de ressentiment contre la belle langue et le beau style, la lecture des longues phrases de Claude Simon est une volupté de chaque instant. En temps de moralisme et de dictature des ratés vertueux, la jouissance innocente de lire et de voir, d'oublier le Bien et ses sermons, console de tous les chagrins que nous cause "l'actu".
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AnnaCan
  25 mars 2022
Quand j'ai lu L'Acacia pour la première fois, c'est à peine si j'avais entendu parler de son auteur. Je ne savais pas s'il était vivant ou mort, j'ignorais complètement qu'il avait reçu le Nobel. En revanche, j'avais appris, je ne sais trop comment, qu'il vouait une grande admiration à l'oeuvre de Proust. Et c'est ça qui m'a donné envie de le lire.
Subjuguée dès les toutes premières lignes, je me souviens m'être dit : ‘Je n'ai jamais rien lu de pareil'. Je faisais l'expérience d'une immersion totale, j'étais dans la boue au milieu d'un paysage détrempé, ravagé par la guerre, en compagnie de deux femmes et d'un enfant dont je ne savais rien sinon que le malheur les avait frappés. Et ce que j'ai compris ou plutôt senti, c'est que l'auteur avait réussi là quelque chose d'inouï : restituer en quelques lignes et en une unique phrase une simultanéité de sensations, de perceptions, d'émotions et de souvenirs. Je pense que d'une façon ou d'une autre, tout auteur court après ce rêve : nous faire sentir et ressentir et voir et percevoir dans un condensé d'écriture la vie même… mais infiniment peu y parviennent avec tant de grâce et, j'ose le mot, avec tant d'efficacité.
Le chapitre I (1919) s'ouvre sur cette phrase :
« Elles allaient d'un village à l'autre, et dans chacun (ou du moins ce qu'il en restait) d'une maison à l'autre, parfois une ferme en plein champ qu'on leur indiquait, qu'elles gagnaient en se tordant les pieds dans les mauvais chemins, leurs chaussures de ville souillées d'une boue jaune que l'une des deux soeurs parfois essuyait maladroitement à l'aide d'une touffe d'herbe, tenant de l'autre main son gant noir, penchée comme une servante, parlant d'une voix grondeuse à la veuve qui posait avec impatience son pied sur une pierre ou une borne, la laissant faire tandis qu'elle continuait à scruter avidement des yeux le paysage, les prés détrempés, les champs que depuis cinq ans aucune charrue n'avait retournés, les bois où subsistait ici et là une tache de vert, parfois un arbre seul, parfois seulement une branche sur laquelle avaient repoussé quelques rameaux crevant l'écorce déchiquetée. »
Claude Simon était, paraît-il, un grand amateur de musique. Il a puisé dans son histoire familiale et dans celle des deux guerres mondiales les éléments d'une symphonie en douze chapitres qui bousculent la chronologie et notre rapport au temps. Parfois concentrés sur une seule journée (27 août 1914), une année (1940) ou s'étirant au contraire sur plusieurs décennies (1914-1982), nous y empruntons le cours sinueux d'un récit au croisement de l'intime et de l'Histoire, un récit fragmenté comme la mémoire qui le sous-tend, avec ses focales et ses ellipses.
L'auteur reste constamment à hauteur d'homme, il ne surplombe pas les choses, mais les donne à voir dans toute leur fragilité et dans toute leur absurdité. La guerre n'est pas une chose désincarnée ou abstraite, un événement édifiant ou tragique, la guerre c'est ça :
« (...) tous, les uns après les autres, déversés, engloutis, disparus sans laisser de traces, rayés des tableaux d'effectifs sans même que ce qui se passait (ce qu'ils (les cavaliers) étaient en train de vivre) ressemblât de près ou de loin à quelque chose comme une guerre, ou du moins à ce qu'ils s'imaginaient confusément que devait être la guerre : même pas un décor, le minimum de mise en scène, de solennité (ou même de sérieux) qui leur eût tout au moins permis de croire qu'on les avait envoyés là pour se battre et non pas simplement pour être tués (...) »
De même, l'amour, le désir, le sexe sont-ils restitués dans leur réalité la plus intime et la plus sensible, sans voyeurisme ni fausse pudeur :
« (...) elle dont probablement aucun homme n'avait jamais baisé ni même effleuré les lèvres, tout à coup arrachée à sa bienséante et végétale existence, projetée ou plutôt catapultée, précipitée au plein de sa vorace trentaine dans une sorte de vertigineux maelström qui avait pour centre le bas de son ventre d'où déferlait en vagues sauvages quelque chose qui était aux plaisirs qu'elle avait connus jusque-là comme un verre d'alcool à du sirop d'orgeat, ne s'arrêtait même pas aux limites de son corps, se prolongeait encore au-dehors, si tant est qu'elle fût encore capable de distinguer entre dedans et dehors lorsque, abritée de son ombrelle, encore pantelante et moite, de nouveau appuyée à ce bras dont à travers le léger tissu de toile elle pouvait sentir les muscles, épuisée (ou plutôt rassasiée, repue, hébétée), elle descendait la passerelle, allait flâner aux escales (ou plutôt mollement flotter, comme dans un état second, somnambulique) le long des étalages de souks ou de marchés indigènes, percevant comme dans un permanent orgasme ces ports, ces villes, ces pyramides, ces chameaux, ces foules barbares et loqueteuses (…) »
Je dirais pour finir que le ton de Claude Simon est à la fois lyrique et âpre, bienveillant et ironique, que son regard à la fois exalte le monde et le transperce comme une lame. Et si, dans sa quête effrénée de restituer en quelques pages la vie même, il perd parfois son lecteur, c'est pour mieux le rattraper par la suite, le prendre dans les rets de ses phrases enchanteresses.
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Isacom
  11 mai 2022
Un homme, un militaire issu de la paysannerie, a gravi les échelons pour enfin avoir "accès à l'inaccessible princesse", descendante d'un général d'Empire. Un enfant naît de ce mariage.
Ce roman ne cesse de monter et descendre l'échelle de la mémoire de cette famille : la première guerre mondiale, le communisme en URSS, le nazisme en Allemagne, la seconde guerre mondiale... il n'y a pas d'entre-deux-guerres dans L'acacia, mais un douloureux continuum de destins fracassés.
Claude Simon peut écrire un long paragraphe sur une chose aussi anodine qu'une carte postale, une boîte de cirage... sans un mot de trop. On pourrait parler d'écriture "minutieuse". Mais il raconte la mobilisation générale en 1939, au travers de l'instant du départ à la gare de Perpignan, et ces trois pages sont magistrales, exceptionnelles. de la même façon hallucinante, il relate la rencontre entre un cavalier ayant perdu son régiment, et un groupe de trois blindés, et ça vous laisse sans voix.
Challenge Nobel
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MrLambda
  28 juillet 2021
Ils ont tout cassé, tout détruit, la structure romanesque, finit... L'intrigue, les personnages, c'était avant. Désormais avec le Nouveau Roman, vous allez vous coltiner un narrateur omniscient qui ne nomme aucun personnage et avec comme seul repère des dates. de plus, un rythme lent qui souhaite capter une forme d'unicité du temps avec un vocabulaire d'une richesse et d'une diversité à couper le souffle. de la branlette intellectuelle, de la vraie... Un amas de pensée, de détails, de micro-récits, d'anecdotes, un foisonnement d'images scrutant avec avidité le monde matériel à la recherche d'un sens qui reste toujours hors de portée.
Cette recherche menée en parallèle de celle du temps, d'un passé fragmentaire, empli de coïncidences bien grandes et d'un hasard puissant, mais qui, dans sa plénitude sensorielle semble revivre. Mais on ne peut non plus dire que cette oeuvre est autobiographique pour autant, elle met plutôt tout en place pour montrer l'irréalité d'expériences extrêmes. L'individu est ici écrasé par l'histoire meurtrière du 20eme siècle, celle de deux guerres qui ont vidé du monde, le sens de la vie.
C'est un monde morne, apathique, fatigué, froid, frappé d'hébétude, ou la faillite des idéologies règne en maître: Communisme, christianisme, républicanisme, anarchisme, aristocratie ou bourgeoisie libérale, tous ont failli et ont fait de l'Europe, un gigantesque circuit de trains à bestiaux, ou se sont entassé des millions d'hommes, qui par la suite, ont eu le privilège de voir un chaos sans aucun sens, et peut être eu l'honneur de faire la rencontre bien triste d'un magnifique morceau de métal si bien taillé.
C'est le récit d'une convergence, celle de sa propre histoire et de celle de son père. Tout cela le pousse à considérer sa vie comme la conclusion de celle de son père, le cycle d'anéantissement qui semble en effet vouloir se répéter. Un ouvrage clivant, plutôt ardu à lire, par moment ennuyant, une expérience étrange et très certainement assez unique...
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cicou45
  11 juin 2011
L'histoire se déroule dans une ferme du Midi de la France bien que le livre, dans son intégralité, lui, couvre en réalité plus d'un siècle d'histoire et plus d'un quart de la Planète.
La ferme qui nous intéresse est une vieille demeure qui a vu le suicide d''un ancêtre, le mariage d'une vieille fille qui a fini par épouser, plus par convenance que par un officier qu'elle verra partir pour la guerre de 14-18 avant de voir son propre fils partir pour celle de 39 mais de laquelle il reviendra après le désastre de 1940. Près de la vieille demeure est planté un acacia qui a vu se succéder les générations et continuera encore à en voir passer, a survécu aux deux guerre mondiales et à bien d'autres fléaux encore. Je dirais donc que le protagoniste de ce livre n'est pas le fils, revenu de la guerre, qui décide de se mettre à écrire pour coucher sur papier toutes les horreurs dont il a été le témoin, mais l'acacia lui-même. le message de l'auteur est que malgré toutes les folies des hommes et leur auto-destruction, la nature, elle, et donc la vie, elles perdurent et finissent toujours par trouver un chemin.
J'ai plus apprécié cet ouvrage que le dernier de Claude Simon que j'avais lu en raison du message et des émotions que l'auteur veut nous transmettre. En revanche, j'ai encore eu autant de mal avec l'écriture qui est composée (pas intégralement heureusement) de phrases terriblement longues et que l'auteur n'allège même pas de temps à autre en incluant des dialogues dans son texte.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
IsacomIsacom   11 mai 2022
C'était l'Histoire qui était en train de les dévorer, d'engloutir tout vivants et pêle-mêle chevaux et cavaliers, sans compter les harnachements, les selles, les armes, les éperons même, dans son insensible et imperforable estomac d'autruche où les sucs digestifs et la rouille se chargeraient de tout réduire, y compris les molettes aux dents aigües des éperons, en un magma gluant et jaunâtre de la couleur même de leurs uniformes, peu à peu assimilés et rejetés à la fin par son anus ridé de vieille ogresse sous forme d'excréments.
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IsacomIsacom   11 mai 2022
... un passage à Saumur où, comme ailleurs, il s'était contenté d'attendre passivement, comme ces gamins que l'on voit assis dans les salons d'attente des dentistes (avec cette différence qu'il était assis sur un cheval et qu'au lieu de feuilleter des revues écornées il offrait le champagne à ses camarades)
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IsacomIsacom   11 mai 2022
La guerre avait toujours été quelque chose de lointain, vaguement exotique, réservée aux populations malchanceuses de provinces faites exprès pour ça, comme les Flandres, l'Artois ou la Moselle.
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patrick75patrick75   27 mai 2012
Il avait avec le même égal et docile étonnement, sans bien comprendre, vu d'abord la femme toujours vêtue de sombre qui était sa mère fondre peu à peu, se résorber, échanger son visage bourbonien contre celui d'un échassier, puis d'une momie, puis ( grâce aux bistouris qui taillaient et retaillaient dans le corps) même plus une momie: quelque chose comme un bistouri lui-même, une lame de couteau, une sorte d'épouvantail vivant, la tête d'oiseau décharné émergeant de châles qui recouvraient quelque chose de plat d'abord étendu sur des liseuses, puis des divans, puis dans un lit, de plus en plus plat, soulevant à peine le drap, puis disparaissant tout à fait, ne laissant plus rien d'elle qu'une boite de chêne verni sous un amoncellement de fleurs au violent parfum mêlé à l'odeur des cierges, et rien d'autre.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   30 janvier 2020
... cet hiver-là [1909-1910] toutes les rivières et les fleuves débordèrent, de sorte qu'elles durent attendre dans des gares humides et parcourues de courants d'air que l'on autorisât à partir les trains qui avançaient au milieu d'étendues semblables à de l'étain dont émergeaient en pointillés des lignes d'arbres et des clôtures, comme s'il fallait qu'avant même d'être célébré ce mariage qui ne devait durer que quatre ans, dont l'acteur principal (l'homme à la barbe carrée, au visage marqué par de terribles climats) et plusieurs des insouciants invités aux épaulettes dorées ou aux cigares également bagués d'or n'avaient plus que quatre ans à vivre, devait s'annoncer prémonitoirement par un désastre naturel (si tant est que celui qui allait se produire quatre ans plus tard ne fût pas d'essence aussi naturelle que la pluie, la sécheresse, les épidémies ou le gel), de même que trente ans plus tard, comme si rien ne devait subsister, ni les corps (celui que la veuve chercha en vain à travers des étendues de terres ravagées) ni les lieux, un torrent sorti d'une montagne des Pyrénées (ou plutôt ce qui, de tout temps, n'avait jamais été qu'un paisible ruisseau) soudain furieux, inexplicablement grossi aux dimensions d'une cataracte, ne devait laisser subsister qu'un désert de pierres semblable à quelque champ d'ossements à l'endroit où s'élevait l'hôtel placé sous l'invocation de l'Egyptien (ou du Turc, ou du Levantin) coiffé d'un fez et amateur de baccara, au milieu des pelouses, des banquettes de fleurs et du parc aux frais ombrages sous lesquels l'épousée d'à peine quatre ans promenait dans un landau poussé par la négresse un enfant déjà sans père.

p. 306
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Poursuivant cette (brève) incursion dans la littérature du XXe siècle pour honorer le pouvoir des mots et l'art du langage, il s'agira ici de reparcourir La Route des Flandres, de Claude Simon, en nous intéressant notamment à la liste des lieux dits, située au milieu de la IIIe partie du roman.
Suivre la bibliothèque : SITE http://www.bpi.fr/bpi BALISES http://balises.bpi.fr FACEBOOK https://www.facebook.com/bpi.pompidou TWITTER https://twitter.com/bpi_pompidou
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