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EAN : 9782707316097
377 pages
Editions de Minuit (19/09/1997)
4.12/5   26 notes
Résumé :
Le Jardin des Plantes, Claude Simon en connaît bien les allées, qu’il parcourt presque chaque jour lorsqu’il est à Paris. C’est aussi un lieu unique qui réunit, entre le Muséum, le jardin alpin et la ménagerie, des milliers de minéraux, de végétaux et d’animaux dans un spectacle différent pour chaque visiteur et à chaque visite.
Le livre, lui, amalgame les fragments apparemment épars d’une vie d’homme au long du siècle et aux quatre coins du monde. Mais qu’o... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  15 août 2020
Claude Simon revient dans le Jardin des Plantes sur un épisode qu'il a vécu et fréquemment évoqué, de la débâcle de mai 1940. Mais il évite tout effet lassant de répétition, car le style et la qualité du regard de ce roman de 1997 renouvellent les événements, qui ne paraissent jamais les mêmes d'un livre à l'autre. La splendeur et la minutie des descriptions révèlent le monde concret, infiniment varié, toujours foisonnant et surabondant. Donc Mai 1940, les séquences de la guerre d'Espagne, les rappels de Paris sous l'Occupation, etc, ne sont jamais les mêmes car le romancier les aborde toujours sous un angle différent.
Cette écriture proche de la peinture repose sur un procédé simple et puissant, qui consiste à éviter les noms propres, et à les remplacer par des périphrases descriptives. C'est particulièrement frappant dans les descriptions de villes, New-York, Rome, Delhi, Stockholm, ou les portraits de personnages historiques comme Churchill ou Gorbatchev. Eviter le nom, c'est donner libre cours à la variété descriptive des périphrases concrètes, qui nous aide à voir la ville ou le personnage comme si c'était la première fois, sans le filtre d'une connaissance préalable. Car le nom propre remplace la perception, la forme, la couleur, par l'idée préconçue et souvent banale. Ainsi Claude Simon rend-il au regard du lecteur toute son innocence, à l'école de Proust.
La composition du roman est, elle aussi, proche de la sensation. On évite le commentaire, la référence commune, ce qui déroute le lecteur, surtout dans les premières pages. Puis il comprend les relations qui se tissent entre les diverses parties, les divers blocs de texte, par analogies, "rimes narratives", reprises et échos. Pour prendre, entre mille, deux exemples de "rimes narratives", on peut citer l'usage que fait le romancier du nom du peintre Poussin (p. 287), qui permet d'associer le récit d'une visite à l'Ermitage et une citation de Proust qui ne parle en fait que du Temps. Ou encore, la description des premières îles de l'archipel japonais vues d'avion (p. 305), associée à la forme particulière des huîtres que l'on sert dans ce pays, rappelle la forme des seins de femmes peints par Gastone Novelli, peintre fictif présent dans le roman, lequel se souvient des seins des femmes d'une tribu amazonienne qui l'avait accueilli. Et si l'on poursuit encore l'enquête, de rime en rime, on se rend compte que le texte romanesque est marqué par une unité profonde, sous son apparent désordre. L'unité est celle des formes, des couleurs, des sensations, non des idées. C'est pictural.
Le roman de ce très grand artiste se distingue par des traits que je n'ai pas rencontrés jusque-là dans les autres (mais je n'ai pas tout lu) : d'abord, l'élargissement du cadre à la planète entière, du Kazakhstan à l'Inde et aux Etats-Unis. La prise en compte, ensuite, du Prix Nobel et des honneurs décernés ensuite à l'auteur : de nombreux colloques, voyages, cérémonies, interviews, sont présents dans le roman, sous la forme toujours neuve que son regard de peintre, attentif au concret, ironique, leur confère. Une présence plus nette des femmes et de la sexualité. Enfin, le débat littéraire sur le Nouveau Roman et la référence, est inclus dans le roman, qui réfléchit sur lui-même. Ce n'est pas la seule dette de Claude Simon envers Proust.
Il n'est pas mauvais de se laisser dépasser un peu par un grand livre, dont le foisonnement se manifeste à la variété des études parues, qui n'en épuisent jamais la matière. Une littérature trop étroitement ciblée sur un public rare et culturellement pauvre, issu du désastre scolaire, se condamne au conformisme et à l'indigence. On s'habitue à ne trouver dans ces produits que ce qu'on attend, et l'on s'indigne d'être bousculé, dépassé, baladé vers d'autres horizons, par des livres plus grands, plus beaux et plus profonds, comme celui-ci.
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Bouteyalamer
  16 février 2018
Moins grandiose que les Géorgiques et sa prodigieuse ouverture, le Jardin des plantes est l'autobiographie d'un homme qui habitait place Monge et a vécu plusieurs vies : orphelin, peintre, combattant de la guerre d'Espagne, cavalier égaré et vaincu en mai 1940, amant, écrivain, prix Nobel voyageur. le livre offre au lecteur patient de grands bonheurs : l'ironie, la combinaison dans la phrase de descriptions minutieuses et de métaphores, l'alternance des phrases longues et des visions décisives (" On peut voir jaillir comme des flèches au-dessus des murs les hirondelles aux ailes noires et courbes pareilles à des poignards " p 55), le rejet du verbe ou de la clé du sens à la fin de la phrase qui impose et mérite l'attention : " Alors imaginez la calme fin d'une journée de printemps où tout semble comme verni, frais, émaillé, les rayons du soleil déclinant qui percent en oblique les feuillages des arbres bordant la côte que monte maintenant au pas l'escadron, et à part toujours le bruit des sabots c'est le silence, personne ne parle, vous regardez seulement les premiers groupes de réfugiés qui cheminent en sens inverse , et tout à coup, sans que rien ne se soit encore produit, sans raison apparente, vous les entendez crier, ou plutôt criailler, les piaillements aigus des femmes, trop aigus, presque indécents, au point que vous vous demandez avec une sorte de condescendance apitoyée Qu'est-ce qui leur prend, qu'est-ce qui leur prend ? en même temps que vous les voyez tous, femmes, hommes, enfants abandonner les chariots, les bicyclettes ou les poussettes qu'il traînaient et se jeter dans le fossé et alors, sans que vous ayez seulement entendu venir les trois avions qui volent haut, tout à coup cette espèce de buisson de poussière dans le champ, à quelques mètres de vous, crépitant d'étincelles dans un bruit ou plutôt un fracas assourdissant, et le souffle de la bombe qui vous frappe sur le côté comme des coups de poing, et alors, puisque c'est ça que vous me demandez, ça y est : la peur " (p 81-2).
Il n'y a pas ici de parenthèses emboîtées mais une présentation cubiste, une césure verticale ou oblique qui montre ensemble dans la page des souvenirs aussi fortement gravés, souvenirs d'enfance et souvenirs de guerre (voir p 73-4). On y trouve aussi des villes (Barcelone, Stockholm, Moscou), des terres (Jura, Kazakhstan, Sibérie), des hommes (Rommel, Churchill, Gorbatchev) (" À part ça pour un des deux hommes les plus puissants du monde il est très aimable très bien élevé En Suisse peut-être pendant que les autres s'expédiaient à coup de balles dans le nuque mais enfin s'il n'a pas lui-même expédié à l'aide d'un pistolet aucun de ses anciens associés il a tout de même dû en envoyer quelques-uns se congeler vivant du côté du cercle arctique ou de l'Asie centrale parce que dans leur pays on n'arrive pas à la place qu'il occupe sans marcher d'une façon ou d'une autre sur quelques cadavres " p 329), ailleurs des femmes anonymes, les misères du corps et, après Stockholm, le journaliste qui ne s'intéresse qu'à la peur et à la débâcle. Et encore des perceptions intimes : " L'air immobile a cette tiédeur pour ainsi dire intestinale, charnelle, caractéristique de l'Inde, chargé de ces imprécises senteurs à la fois végétales et animales qui, le matin, avant l'étouffante fournaise de l'après-midi, semblent suspendues comme de légères exhalaisons d'herbes, d'essences et d'espèces inconnues " (p 125).

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brigetoun
  27 août 2011
tissage de tous les thèmes de Claude Simon - patchwork savant d'articles, de citations, de scènes re-écrites, de moments d'histoire, sensations, trivialités, idées, dans ce style impeccablement précis, sensible... un peu déroutant pour une découverte de Simon - une cantate qui réunit l'oeuvre passée
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   13 août 2020
Je ne suis pas revenu à Rome depuis. Je ne sais si maintenant ils ont réussi à résoudre leurs problèmes de circulation mais à cette époque c'était quelque chose de totalement anarchique, assez effarant. Avec ses ruines colossales, sa profusion de palais, de coupoles et d'églises entre lesquels circulait (ou se trouvait coincé) le flot des voitures, ça faisait penser aux ossements de quelque monstre prédateur d'une espèce disparue depuis longtemps et dont une armée d'insectes à carapace s'acharnait à ronger ce qui pouvait encore rester de chair accrochée à ces falaises de pierre, ces arcades, ces thermes, ces dômes boursouflés et creux. Comme l'accumulation (les cyclopéens et ambitieux entassements d'architraves, de frontons, de corniches, de volutes, de trophées, de tombeaux, de baldaquins, de pietàs et d'angelots dorés) laissée derrière elle par de successives dynasties de personnages aux mêmes visages pensifs, glabres ou impitoyables sculptés dans le marbre, couronnés de lauriers, de tiares ou de chapeaux de cardinaux. Il a dit que ça n'avait pas changé, que c'était toujours le même genre de bandits sauf qu'aujourd'hui ils étaient illettrés, portaient des complets veston et que leur seule ambition était de se remplir les poches en construisant des merdes en ciment armé faites tout au plus pour durer une vingtaine d'années et juste bonnes ensuite à dynamiter.

pp. 117-119, colonne de gauche.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   13 août 2020
D'en haut, l'oeil découvre la scintillante débauche de lumières s'étendant jusqu'à l'horizon et où le rectangle de Central Park dessine un îlot de ténèbres aux contours géométriques, insolite, dépeuplé. Une brume d'un bleu pastel délicat stagne, accumulée au fond des vertigineuses tranchées qui s'ouvrent entre les parois verticales et parallèles des hautes façades, comme coupées au couteau dans une unique matière d'un brun noir. Elle enveloppe dans une transparence veloutée le flot docile des voitures semblable à quelque migration d'insectes. Précédées par les pinceaux de leurs phares, elles-mêmes veloutées, elles viennent s'accumuler aux croisements, s'immobilisent, repartent, s'égrènent, s'immobilisent de nouveau dans une sorte d'irréel silence, comme si le grondement qui s'élève de l'énorme ville, uniforme, étale pour ainsi dire, recouvrait ou plutôt absorbait indistinctement les millions de bruits confondus dans une unique et formidable rumeur, vaguement inquiétante, déchirée de loin en loin par le sporadique hululement de sirènes (police, ambulances, pompiers ?), croissant, s'exaspérant, strident, décroissant, mourant. Comme des cris de folles, d'oiseaux exotiques, ou les cornes de navires en perdition. Comme si la ville elle-même criait. Comme si, par intervalles, l'étincelant et orgueilleux amoncellement de cubes et de tours agonisait sans fin dans une sorte de diamantine apothéose, relançait de moment en moment vers le ciel opaque de longs signaux d'alarme, d'angoisse.

p. 225
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   10 août 2020
Le "Comandante"
... tandis que je lui expliquais de quoi il s'agissait, épiant à la dérobée (debout il me dépassait presque de la tête) à la lueur des rares réverbères et à demi caché par l'ombre de ce chapeau à bord roulé comme en portaient à l'époque les diplomates le visage entrevu dans la salle de restaurant et qui était quelque chose comme le contraire de ce à quoi je m'étais attendu, c'est-à-dire, avec des traits réguliers à peine empâtés par la cinquantaine, ses poches sous les yeux (ces yeux dont, par la suite, je devais connaître la permanente humidité, comme un larmoiement continu qui atténuait leur dureté de métal), sa couperose et ses bajoues naissantes, quelque chose qui faisait plutôt penser à celui d'un Irlandais que d'un Italien, composant, avec les vêtements de bonne coupe, le pantalon au pli impeccable, les souliers impeccablement cirés, les ongles manucurés et la chevalière d'or (là-dessus il ne pouvait y avoir aucun doute ; ce n'était pas du simili) un ensemble dont émanait une impression à la fois de faste, de violence et d'incurable désolation, comme on peut en voir à ces riches et oisifs voyageurs qui traînent dans les halls des hôtels de luxe, entourés de cette aura de respectabilité gourmée, neurasthénique et hautaine d'anciens élèves d'Eton ou de Cambridge conservant de leur éducation une raideur puritaine en même temps que cette bestialité qui trouve son échappatoire dans la boue des terrains de sport - ou plutôt de pugilats.
p. 46
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brigetounbrigetoun   27 août 2011
D’avion, le Kazakhstan offre à perte de vue une surface ocre, sans relief apparent, sans une ville, sans un village, sans même une ferme, une route, un sentier. La seule manifestation d’activité humaine c’est, à un moment, une voie de chemin de fer qui s’étire, absolument droite, comme tracée à la règle, sans une courbe, sans même la plus légère inflexion, venant apparemment de nulle part et ne menant nulle part, comme le rêve absurde d’un ingénieur fou. Ici et là apparaissent des étangs (ou peut-être des lacs : comment savoir de si haut ?…), la plupart de forme à peu près circulaire. Lorsque les rayons du soleil se reflètent à leur surface elle est semblable à de l’étain, une taie sur un oeil d’aveugle (gelés?). Au dessus, à perte de vue également stagnent à intervalles réguliers des rangées de petits nuages, ronds aussi et de taille égale, alignés comme une armée en ordre de bataille. À leurs ombres fixes sur le sol où elles répètent la même formation militaire o, se rend compte qu’aucune dérive, qu’aucun vent ne les entraîne
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BouteyalamerBouteyalamer   14 février 2018
Alors imaginez la calme fin d'une journée de printemps où tout semble comme verni, frais, émaillé, les rayons du soleil déclinant qui percent en oblique les feuillages des arbres bordant la côte que monte maintenant au pas l'escadron, et à part toujours le bruit des sabots c'est le silence, personne ne parle, vous regardez seulement les premiers groupes de réfugiés qui cheminent en sens inverse , et tout à coup, sans que rien ne se soit encore produit, sans raison apparente, vous les entendez crier, ou plutôt criailler, les piaillements aigus des femmes, trop aigus, presque indécents, au point que vous vous demandez avec une sorte de condescendance apitoyée Qu'est-ce qui leur prend, qu'est-ce qui leur prend ? en même temps que vous les voyez tous, femmes, hommes, enfants abandonner les chariots, les bicyclettes ou les poussettes qu'il traînaient et se jeter dans le fossé et alors, sans que vous ayez seulement entendu venir les trois avions qui volent haut, tout à coup cette espèce de buisson de poussière dans le champ, à quelques mètres de vous, crépitant d'étincelles dans un bruit ou plutôt un fracas assourdissant, et le souffle de la bombe qui vous frappe sur le côté comme des coups de poing, et alors, puisque c'est ça que vous me demandez, ça y est : la peur (p 81-2)
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Poursuivant cette (brève) incursion dans la littérature du XXe siècle pour honorer le pouvoir des mots et l'art du langage, il s'agira ici de reparcourir La Route des Flandres, de Claude Simon, en nous intéressant notamment à la liste des lieux dits, située au milieu de la IIIe partie du roman.
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