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EAN : 9782707316097
377 pages
Éditeur : Editions de Minuit (19/09/1997)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 22 notes)
Résumé :
Le Jardin des Plantes, Claude Simon en connaît bien les allées, qu’il parcourt presque chaque jour lorsqu’il est à Paris. C’est aussi un lieu unique qui réunit, entre le Muséum, le jardin alpin et la ménagerie, des milliers de minéraux, de végétaux et d’animaux dans un spectacle différent pour chaque visiteur et à chaque visite.
Le livre, lui, amalgame les fragments apparemment épars d’une vie d’homme au long du siècle et aux quatre coins du monde. Mais qu’o... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Bouteyalamer
  16 février 2018
Moins grandiose que les Géorgiques et sa prodigieuse ouverture, le Jardin des plantes est l'autobiographie d'un homme qui habitait place Monge et a vécu plusieurs vies : orphelin, peintre, combattant de la guerre d'Espagne, cavalier égaré et vaincu en mai 1940, amant, écrivain, prix Nobel voyageur. le livre offre au lecteur patient de grands bonheurs : l'ironie, la combinaison dans la phrase de descriptions minutieuses et de métaphores, l'alternance des phrases longues et des visions décisives (" On peut voir jaillir comme des flèches au-dessus des murs les hirondelles aux ailes noires et courbes pareilles à des poignards " p 55), le rejet du verbe ou de la clé du sens à la fin de la phrase qui impose et mérite l'attention : " Alors imaginez la calme fin d'une journée de printemps où tout semble comme verni, frais, émaillé, les rayons du soleil déclinant qui percent en oblique les feuillages des arbres bordant la côte que monte maintenant au pas l'escadron, et à part toujours le bruit des sabots c'est le silence, personne ne parle, vous regardez seulement les premiers groupes de réfugiés qui cheminent en sens inverse , et tout à coup, sans que rien ne se soit encore produit, sans raison apparente, vous les entendez crier, ou plutôt criailler, les piaillements aigus des femmes, trop aigus, presque indécents, au point que vous vous demandez avec une sorte de condescendance apitoyée Qu'est-ce qui leur prend, qu'est-ce qui leur prend ? en même temps que vous les voyez tous, femmes, hommes, enfants abandonner les chariots, les bicyclettes ou les poussettes qu'il traînaient et se jeter dans le fossé et alors, sans que vous ayez seulement entendu venir les trois avions qui volent haut, tout à coup cette espèce de buisson de poussière dans le champ, à quelques mètres de vous, crépitant d'étincelles dans un bruit ou plutôt un fracas assourdissant, et le souffle de la bombe qui vous frappe sur le côté comme des coups de poing, et alors, puisque c'est ça que vous me demandez, ça y est : la peur " (p 81-2).
Il n'y a pas ici de parenthèses emboîtées mais une présentation cubiste, une césure verticale ou oblique qui montre ensemble dans la page des souvenirs aussi fortement gravés, souvenirs d'enfance et souvenirs de guerre (voir p 73-4). On y trouve aussi des villes (Barcelone, Stockholm, Moscou), des terres (Jura, Kazakhstan, Sibérie), des hommes (Rommel, Churchill, Gorbatchev) (" À part ça pour un des deux hommes les plus puissants du monde il est très aimable très bien élevé En Suisse peut-être pendant que les autres s'expédiaient à coup de balles dans le nuque mais enfin s'il n'a pas lui-même expédié à l'aide d'un pistolet aucun de ses anciens associés il a tout de même dû en envoyer quelques-uns se congeler vivant du côté du cercle arctique ou de l'Asie centrale parce que dans leur pays on n'arrive pas à la place qu'il occupe sans marcher d'une façon ou d'une autre sur quelques cadavres " p 329), ailleurs des femmes anonymes, les misères du corps et, après Stockholm, le journaliste qui ne s'intéresse qu'à la peur et à la débâcle. Et encore des perceptions intimes : " L'air immobile a cette tiédeur pour ainsi dire intestinale, charnelle, caractéristique de l'Inde, chargé de ces imprécises senteurs à la fois végétales et animales qui, le matin, avant l'étouffante fournaise de l'après-midi, semblent suspendues comme de légères exhalaisons d'herbes, d'essences et d'espèces inconnues " (p 125).

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brigetoun
  27 août 2011
tissage de tous les thèmes de Claude Simon - patchwork savant d'articles, de citations, de scènes re-écrites, de moments d'histoire, sensations, trivialités, idées, dans ce style impeccablement précis, sensible... un peu déroutant pour une découverte de Simon - une cantate qui réunit l'oeuvre passée
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   27 août 2011
D’avion, le Kazakhstan offre à perte de vue une surface ocre, sans relief apparent, sans une ville, sans un village, sans même une ferme, une route, un sentier. La seule manifestation d’activité humaine c’est, à un moment, une voie de chemin de fer qui s’étire, absolument droite, comme tracée à la règle, sans une courbe, sans même la plus légère inflexion, venant apparemment de nulle part et ne menant nulle part, comme le rêve absurde d’un ingénieur fou. Ici et là apparaissent des étangs (ou peut-être des lacs : comment savoir de si haut ?…), la plupart de forme à peu près circulaire. Lorsque les rayons du soleil se reflètent à leur surface elle est semblable à de l’étain, une taie sur un oeil d’aveugle (gelés?). Au dessus, à perte de vue également stagnent à intervalles réguliers des rangées de petits nuages, ronds aussi et de taille égale, alignés comme une armée en ordre de bataille. À leurs ombres fixes sur le sol où elles répètent la même formation militaire o, se rend compte qu’aucune dérive, qu’aucun vent ne les entraîne
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BouteyalamerBouteyalamer   14 février 2018
Alors imaginez la calme fin d'une journée de printemps où tout semble comme verni, frais, émaillé, les rayons du soleil déclinant qui percent en oblique les feuillages des arbres bordant la côte que monte maintenant au pas l'escadron, et à part toujours le bruit des sabots c'est le silence, personne ne parle, vous regardez seulement les premiers groupes de réfugiés qui cheminent en sens inverse , et tout à coup, sans que rien ne se soit encore produit, sans raison apparente, vous les entendez crier, ou plutôt criailler, les piaillements aigus des femmes, trop aigus, presque indécents, au point que vous vous demandez avec une sorte de condescendance apitoyée Qu'est-ce qui leur prend, qu'est-ce qui leur prend ? en même temps que vous les voyez tous, femmes, hommes, enfants abandonner les chariots, les bicyclettes ou les poussettes qu'il traînaient et se jeter dans le fossé et alors, sans que vous ayez seulement entendu venir les trois avions qui volent haut, tout à coup cette espèce de buisson de poussière dans le champ, à quelques mètres de vous, crépitant d'étincelles dans un bruit ou plutôt un fracas assourdissant, et le souffle de la bombe qui vous frappe sur le côté comme des coups de poing, et alors, puisque c'est ça que vous me demandez, ça y est : la peur (p 81-2)
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brigetounbrigetoun   07 décembre 2011
L'aube qui se lève sur la Sibérie colore de rose les pentes d'un moutonnement de collines basses qui se succèdent à perte de vue en une vague étendue bleuâtre. Pendant des heures, elles glissent lentement au-dessous de l'avion, monotones, pareilles et désertes, sans trace de vie humaine (route, chemin de fer, ville ou hameau) tandis que peu à peu la lumière précise leurs contours aplatis, citron bientôt sur les faces exposées au soleil, d'un bleu maintenant plutôt accusé dans les replis qui les séparent.
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brigetounbrigetoun   18 novembre 2011
silhouette à contre-jour dans l'encadrement du vantail ouvert de la porte de l'énorme femme appuyée sur ses béquilles. En arrière-plan étalages lumineux d'un marché.
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BouteyalamerBouteyalamer   16 février 2018
On peut voir jaillir comme des flèches au-dessus des murs les hirondelles aux ailes noires et courbes pareilles à des poignards
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Videos de Claude Simon (38) Voir plusAjouter une vidéo
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LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ !
Arno Bertina était heureux de venir parler de L'Âge de la première passe (Verticales), paru juste avant le confinement, sans doute son livre le plus personnel, ni fiction, ni essai, ni récit de voyage : « un livre sur les filles des rues que j'ai rencontrées à Pointe-Noire et Brazzaville, dont j'ai voulu décrire la force et les blessures.»
À Lire : Arno Bertina, L'Âge de la première passe, Verticales, 2020. Claude Simon, L'Herbe, Les éditions de Minuit, 1958.
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