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EAN : 9782707317322
141 pages
Editions de Minuit (15/03/2001)
3.84/5   85 notes
Résumé :
Un tramway relie une ville de province à la plage voisine, distante d’une quinzaine de kilomètres. Aux heures matinales, il fait accessoirement office de ramassage scolaire. Ses allées et venues d'un terminus à l'autre entre les ondulations des vignes ponctuent le cours des vies, avec leurs menus ou cruels événements. Les lieux où se déroule l'action sont principalement le bord de mer, une maison de campagne, la ville qui peu à peu se modernise, un court de tennis. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Le Tramway... Est-ce un tramway nommé désir ? Je vous avouerai que j'allais ici pour mes premiers pas dans l'univers littéraire de Claude Simon avec autant d'appréhension que d'une curiosité totalement débridée.
J'ai aimé emprunter ce tramway au ton mélancolique, dans ces allers-retours quotidiens entre le centre d'une ville de bord de mer et les abords d'une plage mondaine. Cette ville en bord de mer est sans doute Perpignan, qui fut la ville d'enfance de Claude Simon.
À cette lecture envoûtante, j'ai aimé devenir ce petit garçon qui empruntait autrefois ce tramway pour aller le matin à l'école et en revenir le soir.
Sur un texte dont la première approche n'est pas toujours aisée, j'ai aimé son rythme singulier, au gré d'un trajet quotidien qui devient vite un voyage, j'ai aimé entrer peu à peu dans la sensation du texte, dans la phrase qui s'enroule et se déroule, presque ensorcelante, le devenant sans doute totalement à la fin de ma lecture, l'enchantement continuant de se poursuivre quelques temps après aussi.
La forme narrative peut dérouter, puis finit par rassurer, pour finir par envoûter...
En 2001, Claude Simon publie son dernier roman, le Tramway, c'est un cheminement, son dernier cheminement. Peut-être faut-il voir dans ce dernier récit un signe prophétique de sa part, sentant la mort qui approchait ?
C'est un regard d'indulgence et de lucidité porté vers l'humanité, celle que Claude Simon a traversé durant son existence.
C'est un récit que j'ai trouvé intelligent, à facettes, tantôt à hauteur d'un enfant, tantôt à hauteur d'un vieillard malade, hospitalisé, presque moribond, ce vieil homme qui se souvient qu'enfant, dans la période entre deux guerres, il empruntait ce tramway pour aller à l'école, il se souvient du cinéma tout près de la première station, des villas des quartiers très riches que longeait la ligne venant s'épuiser sur les derniers rails recouverts de sable, presque jusque devant la mer...
Ce vieil homme qui se souvient, c'est peut-être lui Claude Simon, mais ce sont tant d'autres personnes, peut-être nous, qui sait ?
Ce sont des allers-retours incessants où le paysage physique pourrait finir par devenir immuable, s'il ne finissait par ressembler peu à peu au paysage de la vie...
Cela ressemble à un parcours initiatique où le petit garçon s'apprête à faire ses pas dans un monde plus grand que lui, un monde encore étranger à lui, qui le restera à jamais peut-être tant ce monde est semé d'embûches, tant ce monde est chaotique, un monde sans pitié et déjà en déclin, la guerre va venir qui va broyer des vies, la maladie plus tard aussi, celle qui va emporter sa mère si chère à son coeur, un monde où la mort est sans cesse omniprésente... Et pourtant...
Pourtant, dans son esthétique réaliste, ce texte a quelque chose de radieux, de solaire, de chaleureux... Ce récit devient vivant, animé comme des scènes filmées, des personnages montent, descendent du tramway, certains vont au plus près du conducteur comme ces gosses aux rires potaches qui chahutent dans la cabine, d'autres personnages continuent d'exister dans la rue, marchant, se dépêchant vers leur travail, traînant un peu, parfois amoureux, enlacés, forment presque un mouvement cinématographique à la façon d'un travelling, tandis que le tramway continue son trajet.
Il se détache ici un besoin d'altérité infini pour dire la manière d'affronter ce monde en proie au malheur.
Est-ce ce chaos apparent de l'écriture de Claude Simon qui permet de se raccorder au monde chaotique qu'il nous décrit dans ces flux de conscience qui viennent et reviennent comme le trajet d'un tramway entre un cinéma et une plage d'une ville de bord de mer ?
Il faut alors se laisser porter par la phrase, qui s'ouvre parfois sur des parenthèses comme si brusquement un endroit secret surgissait d'un chemin qu'on emprunte, il faut ne pas hésiter à aller plus loin, ressortir du trou percé par la parenthèse dans laquelle nous sommes tombé, en ressortir un peu sonné, continuer, lire à haute voix, il faut embrasser la phrase de Claude Simon à pleine bouche, façon french kiss. La façon d'écrire de Claude Simon m'a donné à voir qu'il revenait sur ses pas pour visiter cette phrase, l'ouvrir, la tailler puis la sculpter, y jeter d'autres mots, revenir comme un vieillard qui va mourir revient vers son enfance, l'école, le cinéma, sa mère qui le prenait dans ses bras, la plage au loin et le sable qui roulait sur les rails, notre vie est souvent cela, on ne sait jamais comment refermer la parenthèse qu'on a nous-mêmes ouvert dans nos propres existences avec ses failles, ses blessures et ses béances, on aime revenir à bord de ce tramway vers la plage de nos enfances, revenir en arrière, voir tous ses morts qui s'agglutinent sur le bas-côté, pour peu le tramway roulerait presque sur eux. Mais ils sont loin heureusement... Enfin, pas si loin que cela finalement...
Il y a quelque chose ici qui tient de l'entrelacement, de la dilatation du temps, de l'oscillation entre deux versants...
C'est un plaisir sensoriel, celui de la réminiscence, celui de la vision d'un paysage qui passe, que traverse un tramway parcourant nos vies.
Le temps qui passe, c'est aussi le temps qui reste, qu'il nous reste à vivre. le tramway n'en finit pas d'aller et venir entre cette ville et cette plage.
Le temps qu'il nous reste, c'est aussi le temps qu'il nous manque...
Jouir de cette littérature, exigeante oui, qui oblige forcément, pourquoi pas n'est-ce pas ? Sensuelle presque, puisqu'il s'agit de nous laisser entraîner par cette lecture et qu'il nous reste quelque chose après... Se laisser prendre, s'immerger dedans, c'est un texte qui parle plus à nos sens qu'à l'intelligence, je précise bien aux sens, tous les sens, les sensations qui nous permettent d'étreindre ce monde si impalpable à première vue.
Ces phrases longues qui succèdent à des phrases courtes, avec parfois des points de rupture, parfois juste avant la fin de la phrase, juste au bord du vide, cassant presque la syntaxe, ces phrases ne figurent rien d'autre que le tourment de l'existence... Bien sûr, cette langue particulière m'a rappelé l'écriture de William Faulkner, celle aussi d' António Lobo Antunes.
Cela oblige, cela déroute, cela peut agacer, cela embrase et ensorcèle.
Me prêtant à lire un ou deux extraits de ce récit à haute voix dans mon jardin, mais oui..., - j'ai quand même vérifié si les chats n'étaient pas aux alentours on ne sait jamais à propos de leurs réactions parfois imprévisibles -, j'ai découvert une mélodie de la phrase, une attention aux images aussi, au sens tactile, aux odeurs...
Ce tramway stoppé par le buttoir devant l'océan m'a donné une vision presque irréelle, magique, d'un tramway qui aurait pu un jour continuer son trajet sans jamais s'arrêter, aller s'engloutir dans les flots, continuer le voyage sous la forme d'un parcours en submersion, englouti, oubliant ce qui existait à la surface, peut-être offrir à cet enfant qui allait grandir la découverte d'autres mondes, s'échappant pour quelques instants ou pour toujours de celui qui déjà s'apprêtait à le happer, inexorablement.
La force de ce récit de Claude Simon me fait dire tout cela... Dans ce tramway nommé désir...
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Sens aller : Un homme qui se meurt dans un hôpital se remémore ses années d'enfance après-guerre traversées par un tramway allant de la ville à la mer.
Sens retour: un enfant attrape chaque jour le tramway au pied e son école qui le dépose au pied de la maison familiale, pendant qu'ailleurs on agonise à la ville.
Tout autre sens est hautement souhaitable.

Une vraie belle surprise sur ma route de découverte des Nobel: contre toute attente, je pense être (un peu) arrivée à entrer dans l'univers littéraire très particulier, peut-être emprunté qui se dégage de l'écriture de Claude Simon.

Les commentaires des uns et des autres, tantôt admiratifs tantôt plus que tièdes m'ayant laissée à équidistance entre envie et répulsion, il m'a semblé sage de commencer par un roman court, ce qui est le cas de ce Tramway.
Par ailleurs ce titre m'attirait, imaginant un moyen de locomotion qui entraîne le lecteur dans le monde de l'auteur : bingo, c'est un tramway magique dont le trajet lent et répété aide à se plonger dans les phrases sans fin, oublier les points et passages à la ligne, entrer en apnées régulières au creux des innombrables parenthèses, et donc par une sorte d'hypnose laisser se créer les images convoquées et reliées entre elles dans un rapport au temps déconstruit.

Sensation au final assez agréable de se couler dans les visions d'un autre, perception de réalités coexistant à travers des images imprimées au fond de la mémoire : expérience de lecture vraiment intéressante au final. Reste à trouver le moment adéquat pour une lecture plus longue comme La route des Flandres.
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Heureusement que ce livre est court car sa lecture est du genre rébarbative. Des phrases aussi longues que chez Proust mais sans l'ampleur et la mélodie. Au contraire la lecture est freinée par le nombre de parenthèses, ainsi parfois que par leur place dans la phrase. La ponctuation est parfois soudainement absente. Cela ne dessert pas forcément le propos de l'auteur, plaçant le lecteur dans le même brouillard que le narrateur qui depuis son lit d'hôpital se souvient du tramway de son enfance, mais c'est désagréable à lire, même le lire à haute voix n'aide pas. C'est plutôt du genre casse-tête, avec la nécessité de rechercher le début de la phrase, puis d'en faire l'analyse grammaticale, pour arriver à comprendre le sens de ce qu'on vient de lire. Par contre pour le fond, ce récit autobiographique est très intéressant. du fond de son lit d'hôpital un vieillard (l'auteur) légèrement désorienté se remémore son enfance à Perpignan (non nommée dans son récit), en particulier de ses trajets en tramway. Ce tramway dont la ligne allait du centre-ville où il allait à l'école jusqu'à la plage en passant par son domicile. Ce tramway sert de fil rouge entre les souvenirs d'enfance, et un portrait de la mère du narrateur qui ne s'en souvient pratiquement que triste voire dépressive (veuve de guerre) ou malade voire mourante. La façon dont l'auteur se sert aussi de ce tramway pour au passage dresser un portrait de la ville de Perpignan dans les années 20 est tout à fait remarquable. Mais malgré tout, une chose est à peu près sûre, je ne suis pas près de faire renter un autre livre de Claude Simon dans ma PAL !
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Ayant refermé le livre plutôt satisfaite et ne comprenant décidément pas pourquoi plus aucun souvenir ne m'était resté de ma lecture précédente, qui pourtant avait bien eu lieu puisqu'en témoignaient non seulement ces deux étoiles sur mon Babelio, mais encore ce volume que j'avais du acheter et qui figurait en bonne place sur la bibliothèque du salon, parmi les autres volumes du même auteur ; lecture que j'avais néanmoins oubliée au point d'emprunter un exemplaire en tout point identique à la bibliothèque universitaire, dans le but de combler ce que je pensais être une lacune de ma connaissance de cet auteur.
Tout en contemplant depuis le balcon la circulation des nombreuses voitures et des plus rares piétons et cyclistes, je cherchais dans ma mémoire dans quelles circonstances – sans doute troublées – j'avais pu lire une première fois ce livre, dans une fourchette temporelle se situant entre ma mutation à Perpignan (puisque c'était pour la description de la ville que j'avais voulu le lire) et une période plus proche mais suffisamment éloignée pour avoir eu le temps de s'effacer complètement de ma mémoire. La logique me suggérait deux hypothèses : d'une part une lecture à mon arrivée à Perpignan, qui ne m'aurait pas marquée parce que ne connaissant pas la ville ma pensée n'aurait pas relié à des images précises ce récit, cette période de ma vie étant en outre baignée dans le brouillard de la fatigue car je venais tout juste de commencer mon travail à la bibliothèque, et dans cet état de vide et d'isolement où me plongeait l'absence de Mathieu resté à Grenoble et qui ne devait me rejoindre qu'au bout d'un an ; d'autre part ma seconde hypothèse optant pour une lecture précédant ou succédant à ma grossesse, mes préoccupations étant alors entièrement tournées vers les bébés et ma fatigue touchant des sommets jamais atteints, bien que j'aie gardé des souvenirs d'autres lectures (profondes ou parfaitement futiles) de cette époque.
Le tramway me touchant désormais doublement, par l'évocation de cette ville qui était désormais la mienne et que je reconnaissais en même temps que je percevais les profonds changements qu'elle avait subi depuis les souvenirs décrits dans le livre, et en premier lieu la disparition du dit tramway, séparant durablement, malgré la voie rapide et la ligne de bus dont j'observais les allées et venues depuis mon balcon, la ville de la cote ; notre appartement donnant précisément sur le début de la route menant à la mer, peut-être sur le trajet même de l'ancien tramway ; me touchant aussi par l'expérience du séjour hospitalier du narrateur à laquelle, ayant passé plusieurs mois à l'hôpital avant et après la naissance des enfants, je pouvais désormais m'identifier, reconnaissant dans les attitudes des soignants et l'esprit flottant du patient comme quelque chose d'universel, n'ayant en tout cas guère évolué depuis la période de rédaction du livre.
Le tramway faisant pour moi comme pour Claude Simon la liaison entre une ville et une expérience traumatique, à cette différence près que le traumatisme a été pour moi une (double) naissance quand pour l'auteur il s'agissait d'une mort (celle de sa mère mais aussi en filigrane la sienne, ou en tout cas – c'était son dernier livre – une certaine déchéance de la vieillesse se rapprochant étrangement de mon état pendant la grossesse, notamment cette difficulté à respirer, cette faiblesse, le moindre geste demandant un effort inhumain, et cette médicalisation d'un état finalement naturel). A cette différence aussi que Perpignan incarnait pour l'écrivain la ville d'origine, familière et lointaine car l'ayant depuis quittée, quand pour moi elle était la ville d'arrivée, étrangère, et qui devient au fil du temps de plus en plus familière ; Simon témoignant d'un enlaidissement progressif qui m'a été donné à voir d'emblée, la ville ayant depuis passé à un degré supérieur de laideur, avec ses centres commerciaux qui rendent en comparaison plutôt excessive l'animosité de l'auteur envers les tuiles mécaniques, tandis que sont laissées à l'abandon les riches demeures de l'entre deux guerres. Et moi ayant eu d'emblée cette laideur sous les yeux (le HLM en face de notre balcon déployant ses fenêtres sans volets sur la place entièrement bétonnée que les trop rares pluies ne suffisent pas à laver des déjections canines, mais rendue tolérable voire agréable par la présence de trois jeunes mimosas fleurissant de jaune vif au coeur de l'hiver), je découvre progressivement les charmes cachés de Perpignan, apprenant à comprendre et à aimer les contrastes d'une ville qui ne cesse de se « renier » elle-même. le livre de Claude Simon constituant en quelque sorte le négatif, la parfaite symétrique, de ma propre expérience : mon arrivée à Perpignan et la naissance de mes enfants s'inscrivant en relief correspondant au creux de l'auteur retraçant la mort de sa mère et son départ de la ville, dans ces longues phrases d'une précision mathématique, avec ces participes présents, qui dès la lecture de la route des Flandres avaient sonné à mon oreille comme un parler familier, au point qu'après l'avoir lu je ne pouvais m'empêcher de penser dans ce style qui venait naturellement, comme une langue maternelle réactivée après une longue absence d'un pays qu'on aurait quitté.
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Un homme, gravement malade, est hospitalisé : au rythme des crues et décrues de sa fièvre, passent dans sa mémoire des souvenirs, suivant les allers-retours du tramway qui l'emmenait, enfant, à la ville et à l'école, pour revenir le soir vers la plage au bord de laquelle vivaient les riches et anciennes familles dans leurs belles villas.
Oui, ma phrase est longue, mais ça n'est rien à côté de celles de Claude Simon.
Et je n'ai pas ouvert de multiples parenthèses emboîtées, non plus.
Lui, si.
Le résultat est un roman court, mais absolument fascinant, impossible à quitter au risque de perdre le fil - et d'avoir à le repasser dans le chas de l'aiguille. Chas de l'aiguille au travers duquel l'auteur observe les lieux, les gens, les injustices sociales avec un talent absolument unique, une écriture qui ne peut être comparée à aucune autre. Comme c'est beau !
La lecture de Claude Simon m'a été recommandée 3 fois : la première en octobre 1985 par le jury du prix Nobel. La seconde une semaine plus tard par mon aimable belle-mère : "Tu ne connaissais pas Claude Simon ? J'en ai plein, si tu veux je t'en prête... mais je ne suis pas sûre que tu aimes." Et la gagnante est donc Allantvers, dont la critique du Tramway m'a convaincue que l'heure était venue...!
Challenge Nobel
Challenge Départements
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Soit qu'elle eût été choisie pour le rôle précisément en raison de sa vivacité et de ses manières garçonnières, soit que celui-ci (le rôle) ait influé sur son comportement, elle avait pris sur notre petit groupe un ascendant que je subissais avec une ferveur et un émerveillement muets mais non moins passionnés dans lesquels, étant donné mon âge (je devais alors avoir dans les cinq ou six ans), n'entrait naturellement aucune dimension sexuelle mais tellement violents que bien des années plus tard le souvenir de sa bruyante et salvatrice entrée sur scène jouait encore si vivement qu'il me semblait (me semble encore) entendre ce bruit du plancher à son atterrissage et que, par la suite, je plaquais cette image sur celle du saut à pieds joints d'Andrée, la jeune compagne d'Albertine, par-dessus le " pauv' vieux " assis sur la promenade de Balbec.
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Comme si quelque chose de plus que l'été n'en finissait pas d'agoniser dans l'étouffante immobilité de l'air où semblait toujours flotter ce voile en suspension qu'aucun souffle d'air ne chassait, s'affalant lentement, recouvrant d'un uniforme linceul les lauriers touffus, les gazons brûlés par le soleil, les iris fanés et le bassin d'eau croupie sous une impalpable couche de cendres, l'impalpable et protecteur brouillard de la mémoire.
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[hôpital}
... sous les regards toujours inexpressifs, identiques, dans les masques figés, comme absents, des malades en attente, comme frappés d'une sorte d'hébétude, comme si ce qui les unissait dans ce moment n'était pas tellement la souffrance physique presque oubliée, reléguée au second plan par une souffrance d'un autre ordre, comme s'ils avaient accédé à une sorte d'état second à la suite de la commune expérience que chacun d'eux venait de vivre, c'est-à-dire d'avoir été brutalement arrachés ou plutôt extirpés du monde familier, rassurant et multiple où ils avaient vécu jusque-là pour être véhiculés à toute vitesse, couchés les bras le long du corps et les pieds vers l'arrière dans une ambulance (une sorte de boîte) à l'extérieur de laquelle ils pouvaient voir s'enfuir vertigineusement dans la grisaille du crépuscule la succession confuse des façades, des carrefours, de feux rouges, de devantures et de cafés illuminés, tout comme aspiré, surgissant de cet inconnu vers lequel ils étaient emportés, basculant, s'enfuyant et disparaissant dans une sorte d'entonnoir, d'insondable et noire perspective.
p. 28
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p.98/Entouré de tous côtés par l'anarchique tissu urbain au sourd grondement, l'hôpital, avec ses pavillons identiques, sauf deux ou trois plus récents d'un modernisme cru, ses cours monacales et silencieuses, constituait une espèce d'îlot noyé au milieu du tumultueux et fragile désordre comme une sorte d'entité en soi, d'univers en réduction, fermé sur lui-même, ripoliné et fini, du service d'obstétrique à la morgue, offrant comme en raccourci (ou en condensé) les successifs états de la machine humaine de la naissance à l'agonie en passant par toutes les déviations et anomalies possibles jusqu'à sa définitive corruption.
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Epoque où après la deuxième guerre mondiale une certaine évolution culturelle des conseillers municipaux (ou des conseillers des conseillers) et des patrons de café les poussa à renier leur premier reniement au profit d'une réhabilitation de ce qu'ils savaient maintenant (ou pensaient savoir) être les vraies valeurs artistiques de la ville (c'est-à-dire les monuments ou simplement les maisons, que leurs prédécesseurs n'avaient pas encore eu le temps de détruire: remparts, palais, vieilles façades), respectant (sans doute en raison de la dépense) le tribunal corinthien et l'homme de bronze (entouré maintenant, à la mode des stations balnéaires, de banquettes de fleurs et de palmiers) mais, par contre, impitoyables à l'égard de l'arachnéenne rotonde de fer et de verre aux gracieuses marquises de libellules [...]
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Mathieu Lindon Une archive - éditions P.O.L où Mathieu Lindon tente de dire de quoi et comment est composé son livre "Une archive", et où il est notamment question de son père Jérôme Lindon et des éditions de Minuit, des relations entre un père et un fils et entre un fils et un père, de Samuel Beckett, Alain Robbe-Grillet, Claude Simon, Marguerite Duras et de Robert Pinget, de vie familiale et de vie professionnelle, de l'engagement de Jérôme Lindon et de ses combats, de la Résistance, de la guerre d'Algérie et des Palestiniens, du Prix Unique du livre, des éditeurs et des libraires, d'être seul contre tous parfois, du Nouveau Roman et de Nathalie Sarraute, d'Hervé Guibert et d'Eugène Savitzkaya, de Jean Echenoz et de Jean-Phillipe Toussaint, de Pierre-Sébastien Heudaux et de la revue Minuit, d'Irène Lindon et de André Lindon, d'écrire et de publier, de Paul Otchakovsky-Laurens et des éditions P.O.L, à l'occasion de la parution de "Une archive", de Mathieu Lindon aux éditions P.O.L, à Paris le 12 janvier 2023.

"Je voudrais raconter les éditions de Minuit telles que je les voyais enfant. Et aussi mon père, Jérôme Lindon, comme je le voyais et l'aimais. Y a-t-il des archives pour ça ? Et comment être une archive de l'enfant que j'ai été ?"
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