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EAN : 9782707310743
202 pages
Éditeur : Editions de Minuit (01/04/1986)

Note moyenne : 4.02/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Ce roman tourne autour des hésitations de Louise. Elle ne sait si elle doit quitter son mari pour son amant, si sa vielle tante va mourir, et les dilemmes qu'elle subit en font un personnage déchiré entre ces choix. Les dix jours d'agonie de Marie font prendre conscience à Louise de son incapacité à partir.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
cprevost
  28 juillet 2012
Lire « L'herbe » de Claude Simon c'est s'immerger dans un monde oublié de sensations, ressentir de la nostalgie pour une époque que l'on n'a pas connue. Il faut, pour jouir pleinement de cette lecture, ouvrir ses sens, consentir à se laisser submerger par des paragraphes sans fin, par de longues phrases à la syntaxe et à la grammaire savantes, savoir régler sa respiration au rythme saccadé d'une chronologie bousculée.
Le drame bourgeois, provincial de Louise, de sa belle-famille et l'agonie sans fin de la tante Marie pourrait sembler d'une absolue banalité. Il en est tout autrement. L'auteur, avec un indéniable souci de réalisme, restitue à la perfection l'expérience sensible et fragmentaire de Louise. Les évènements sont narrés à travers sa conscience. Nous sommes au plus proche d'elle, de ses impressions, de ses réminiscences, de ses perceptions . Les tranches de vie se déploient à tour de rôle sans aucun souci d'ordre et de logique. « … elle ne se souciait même plus d'être entendue et encore moins de ce minimum de cohérence qu'il est obligatoire de donner à ses paroles pour se faire comprendre, c'est-à-dire, en y réfléchissant, pour ne pas se faire comprendre, parce que c'est assez comique et même complètement absurde d'être obligé de s'exprimer de façon cohérente quand ce que l'on éprouve est incohérent … » le temps ici progresse imperceptiblement. Une photo, une lettre, un carnet font ressurgir le passé. Les actions sont transformées en images. le roman est en effet composé d'une succession de tableaux sur lesquels on s'arrête plus ou moins longuement, passant de l'un à l'autre de façon inattendue au gré des discontinuités de la mémoire de Louise. Ces très belles lignes nous renvoient de façon saisissante à notre propre existence, à son rapport à l'histoire et au temps.
L'auteur souvent délaisse les personnages pour se concentrer sur la nature et cela donne aussi de très belles pages. Les plus belles ? La folle végétation, l'envahissant concert des moineaux, l'odeur lancinante des fruits trop murs, la vie des insectes, la nature secrète, terrible font partie intégrante du récit. « L'herbe » est un très, très beau texte qui permet, me semble-t-il, une entrée facile et inoubliable dans l'oeuvre du prix Nobel de littérature.
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Alice94
  09 novembre 2013
L'Herbe, Claude Simon (1958) _ Oeuvre matrice du grand Simon, prix Nobel en 1985.

Ce roman est la chronique de la fin de vie de Marie, accompagnée durant ses derniers jours par son frère Pierre et sa femme Sabine et surtout par Louise, leur belle-fille.
Marie, ancienne institutrice issue d'une famille rurale du début du XXème siècle, a tout sacrifié pour élever Pierre et en faire un professeur.
Louise, belle-fille de Pierre et femme de Georges, quant à elle envisage de quitter son mari pour suivre son amant.
Durant ces quelques jours elle se rapproche de Marie qui, murée dans un mutisme d'agonie, lui révèle à sa manière ses secrets en lui transmettant une boîte à souvenirs. Dans cette boîte Louise va découvrir la vie simple et parfois cachée de Marie, des carnets de comptes et des photos souvenirs de cette époque où Marie, entourée de ses parents paysans, allait se marier. Mariage qui n'a jamais eu lieu, le seul homme de sa vie aura été Pierre.
L'histoire se déroule dans un cadre bucolique, le narrateur nous décrit les états d'âme des personnages et nous expose les photos du moment présent et du passé, les derniers rayons du soleil à travers le T des volets fermés de la maison juchée sur les hauteurs d'une colline verdoyante, le vagabondage des pensées et nombreuses interrogations de Louise devant sa glace ou allongée dans l'herbe du jardin, les crises de jalousie de Sabine souvent en prise avec l'alcool.
L'idée de fin est également très présente, la mort proche de Marie, la fin de l'été et les hectares de cultures de poiriers dont les fruits pourrissent au sol avant maturité, emportant les espoirs de fortune de Georges.
"L'Herbe "est une succession d'images de différentes époques s'entremêlant comme la vie des paysans de la fin du 19ème siècle ou l'exode en train en 1940.
Cette impression d'idées qui s'entrechoquent est matérialisée par l'insertion de longues phrases musicales interrompues par de nombreuses parenthèses qui nous renvoient vers d'autres pensées et nous font parfois perdre le cours du récit à l'image de la réalité instable, fragile et fragmentée. Cette sensation de désorientation éprouvée par le lecteur est également renforcée par des dialogues souvent coupés en plein milieu de conversation ou surgissant de façon impromptue.
Cette juxtaposition d'images, ce souffle puissant de la phrase ample et musicale mais saccadée font de ce récit un roman où le sentiment du temps qui passe est omniprésent et déstabilisant.

Oeuvre de Mémoire ancrée dans L Histoire.

Mon passage préféré pour sa "fraîcheur" apparente, _ sa poésie, sa musicalité, ses images et sa douceur atténuant quelque peu la noirceur de la mort qui pèse pourtant terriblement! On retrouve bien là le style de Claude Simon : phrase ample et musicale, ondulante, tournoyante, terriblement enivrante _ qui d'un souffle ou de langues vertes vous emporte !

"Toujours debout, l'herbe, les minces langues d'herbe le long de ses jambes nues mollement balancées, non pas la brise mais l'air tiède en paresseux remous, les hautes graminées, leurs têtes arachnéennes oscillant, flexibles, léchant ses chevilles, les multiples et vertes langues de la terre, et autour d'elle cette molle vibration de chaleur, s'apaisant par degrés, les contours des choses ondulant à la façon d'algues, toutes les feuilles des trembles frémissant sans trêve, oscillant, palpitant..."


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monsieurloic
  15 janvier 2020
Lire un roman de Claude Simon est toujours une expérience particulière. Pour ceux qui ont du mal avec Proust, ce n'est même la peine de le lire car non seulement les phrases sont plus longues mais à l'intérieur de ces phrases, l'auteur passe du passé au présent du point de vue d'un personnage à un autre et il y a plein de parenthèses à l'intérieur desquelles il se passe tant de choses mais non il se passe rien en fait, ce ne sont que des états d'âme ou des descriptions de trucs anecdotiques comme des objets ou de la flore si bien qu'on est surpris quand la parenthèse se referme alors qu'on avait oublié qu'elle s'était ouverte.
Dans ce flot d'images et ressentis l'histoire passe presque comme un faire-valoir mais il en faut une parce qu'il faut quand même un point d'appui, quelque chose de concret. Ici, donc, ça se passe en campagne dans une maison pas loin d'un chemin de fer. Louise est mariée avec Georges un type revenu à la terre après avoir été enseignant (? à verifier) au grand désespoir de Pierre son père dont la femme s'appelle Sabine. Pierre a deux soeurs, Eugénie qui est déjà morte et Marie qui est en train d'agoniser dans la grande maison sous le regard de Louise qui s'est pris d'affection pour elle. Louise trompe son mari Georges mais elle ne veut pas partir avant le décès de Marie. C'est à peu près ce que j'ai compris.
Figure essentielle du nouveau roman, on dirait que Claude Simon écrit d'un trait de plume et laisse sa pensée le guider sans faire de pause et c'est la raison pour laquelle, il y a très peu de points. Quand on pense dans son lit pour faire le bilan de sa journée, on ne s'arrête pas pour foutre un point.
C'est pourquoi le récit est complètement destructuré. L'auteur se défait de la chronologie et je pense que pour une lecture (presque) parfaite, il faut le lire d'un souffle. Ma liseuse qui est très intelligente m'a indiqué au début qu'il fallait quatre heures.
Lecture en janvier 2020
Sur Kindle, équivalent 235 pages
Éditions de Minuit
Date de parution : 1958
Note : 4/5
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brigetoun
  01 novembre 2009
Louise la jeune femme, les deux vieilles Sabine et Marie (sa probité rigide) retiennent parce qu'elles sont dans ce livre, avec cette chronologie perturbée par le cheminement des idées et les longues phrases, le glissement d'un personnage à l'autre, les descriptions précises et sensuelles comme ce triangle dessiné par l'entrebaillement des volets de la chambre, et les heures passant sur le jardin.
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VACHARDTUAPIED
  03 avril 2013
Vraiment trop ardu pour moi..........
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
brigetounbrigetoun   17 mai 2011
Elle ne répondit pas, bougeant, s’appuyant sur un coude pour atteindre le cendrier, écraser la cigarette, en prendre une autre dans le paquet sur la table de chevet, puis resta là, le bras levé, les doigts vides, encore dans la position de tenir la cigarette, la main revenue à la place où elle se trouvait quand il l’avait frappée – pas très fort – le bras ayant cédé sous le coup, reculé et repris la même position comme ramené par un ressort, la cigarette roulant par terre sur le tapis et s’arrêtant. La main bougea de nouveau, revint jusqu’au parquet sur la table, le secoua pour en faire glisser les cigarettes (l’autre bras replié sous elle soutenant toujours le buste soulevé), en prit l’une, la mit entre les lèvres, le coeur cognant toujours violemment dans sa poitrine…
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isabelledesageisabelledesage   18 octobre 2018
Donc : la vieille femme - le vieux, le fragile amas d'ossements, de peau, d'organes exténués, aspirant au repos, au néant originel, gisant - soulevant à peine le drap - au sein, au centre de la maison, régnant, invisible et omniprésente, non seulement sur toutes les pièces (présidant - sans qu'il soit besoin de nul benedicite - au repas, à la rupture en commun du pain dans le familier, tintement des couverts heurtant les assiettes, au jacassement absurde de l'autre vieille femme), mais encore les débordant, étendant sa présence, son royaume au-delà des murs, au delà même du râle, comme si celui-ci n'avait même pas besoin d'être perçu par l'oreille pour être entendu jusqu'à la colline, et même plus loin, maintenant, dans la nuit silencieuse, la nocturne paix du jardin.
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cprevostcprevost   15 juillet 2012
«(... ) elle ne se souciait même plus d’être entendue et encore moins de ce minimum de cohérence qu’il est obligatoire de donner à ses paroles pour se faire comprendre, c'est-à-dire, en y réfléchissant, pour ne pas se faire comprendre, parce que c’est tout de même assez comique et même complètement absurde d’être obligé de s’exprimer de façon cohérente quand ce que l’on éprouve est incohérent ( …) »
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brigetounbrigetoun   18 novembre 2011
parce qu'elle n'a jamais rien demandé aux autres, pas même qu'ils l'aiment, pas même la permission de les aimer, pas plus qu'elle ne s'est permis de le leur dire ou de leur manifester autrement que par la seule façon qu'elle pût imaginer, c'est-à-dire en donnant.
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brigetounbrigetoun   01 novembre 2009
...comme si celui-ci n'avait pas besoin d'être perçu par l'oreille pour être entendu jusqu'au bas de la colline, et même plus loin, maintenant, dans la nuit silencieuse, la nocturne paix du jardin des frondaisons et des oiseaux endormis..



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LE FESTIVAL AUQUEL VOUS AVEZ [HÉLAS] ÉCHAPPÉ !
Arno Bertina était heureux de venir parler de L'Âge de la première passe (Verticales), paru juste avant le confinement, sans doute son livre le plus personnel, ni fiction, ni essai, ni récit de voyage : « un livre sur les filles des rues que j'ai rencontrées à Pointe-Noire et Brazzaville, dont j'ai voulu décrire la force et les blessures.»
À Lire : Arno Bertina, L'Âge de la première passe, Verticales, 2020. Claude Simon, L'Herbe, Les éditions de Minuit, 1958.
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