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EAN : 9782246824138
100 pages
Grasset (18/03/2020)
3.65/5   163 notes
Résumé :
La Rafle des notables revient sur un épisode de l’Occupation, peu connu du grand public, où le grand-père paternel d’Anne Sinclair s’est trouvé entraîné.
En décembre 1941, les Allemands arrêtent 743 Juifs français, chefs d’entreprise, avocats, écrivains, magistrats : une population privilégiée (d’où le surnom de « notables »). Ils y adjoignent 300 juifs étrangers déjà prisonniers à Drancy. Ils les enferment tous au camp de Compiègne, sous administration al... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
3,65

sur 163 notes

Eve-Yeshe
  02 juin 2020
La légende familiale disait que le grand-père d'Anne Sinclair avait été sauvé de manière presque rocambolesque par son épouse. En cherchant à en savoir plus, elle s'est rendue compte que c'était beaucoup plus complexe et a tenté de reconstituer les évènements malgré le peu de documents à sa disposition au départ. Ce qui nous donne ce récit captivant.
Le 12 décembre 1941 commence ce qu'on va appeler la rafle des notables. On a longtemps (Vichy) affirmé que les Juifs français avaient été pris pour cible à partir de la fin 1942, ce qui est faux : cette rafle est la première. Elle est composée de 743 notables et comme les SS exigeaient un compte rond : mille personnes, d'autres Juifs ont été arrêtés dans les rues. Il s'agissait de personnes ayant subi des pogroms depuis des générations, habitués à fuir, aux antipodes des notables qui étaient en France depuis très longtemps et n'avaient jamais subi de persécution.
Les notables sont arrêtés au petit matin, ils ont à peine le temps de s'habiller de prendre une petite valise et sont embarqués, interrogés, emmener d'un endroit à un autre dans Paris et pour finir le train pour les emmener à Compiègne qu'ils traverseront à pieds sur 5 km, sous les coups bien sûr : près de 24 heures se sont déroulées, sans manger ni boire et entasser dans un camp, dans un bloc spécial qu'on appellera le « camp des Juifs ». Dans d'autres blocs sont incarcérés des communistes ou des Russes arrêtés (offensive sur Moscou, car le pacte germano-soviétique a été rompu par Hitler en mai 1941).
Ils sont soumis à un régime spécial, visant à les faire mourir de faim (la soupe où trois navets se courent après, mais donnant parfois lieu à des conflits, tant ils sont affamés) une hygiène déplorable, avec les poux dans les paillasses… Tout est fait pour les humilier et les détruire, mais ils résistent autant qu'ils peuvent, les plus valides organisant des conférences dans leurs domaines respectifs : René Blum (le frère de Léon) sur Alphonse Allais par exemple, ou encore Louis Engelmann, le voisin de Léonce sur l'électricité…
En fait, ils auraient dû être envoyés dans les camps de l'Est (Auschwitz) mais, les trains étaient réquisitionnés pour les permissions de Noël des soldats allemands. On apprend aussi, au passage que René Blum sera jeté vivant dans les fours crématoires à son arrivée.
Je précise que Léonce Schwartz était commerçant dans la dentelle, d'origine alsacienne, et tentant de remonter dans l'historique de la famille, Anne Sinclair a pu retrouver un ancêtre aux alentours de 1600 en Alsace ! Donc Français depuis très longtemps. Pour lui, comme pour ses codétenus, il se considérait avant tout Français.
« Léonce Schwartz, en effet, n'est pas un intellectuel. Il vend de la dentelle en gros, qu'il fait tisser à Bruges…«
Serge Klarsfeld a fourni à Anne Sinclair, la liste exacte de ces notables et de leurs professions, certains étaient des officiers de l'armée, décorés pour leur bravoure pendant la première guerre mondiale. C'est impressionnant!
Anne Sinclair étaye son récit, citant les travaux de Klarsfeld, mais aussi les témoignages de compagnons d'internement de son grand-père, elle ne laisse rien dans l'ombre car elle savait peu de choses sur lui, qui a réussi à être sauvé de la déportation car il était trop mal en point, il est mort quelques jours après l'armistice, en ayant pu revoir son fils Résistant engagé auprès du Général de Gaulle.
J'ai beaucoup apprécié ce livre, récit détaillé sans concession de l'enfer qu'ont vécu ces hommes, dans un camp tenu par des Allemands. Je connaissais très peu choses au sujet de ce camp de Royallieu (vestige de la Royauté comme son nom l'indique) situé près de Compiègne, et pas loin du fameux wagon de Rotondes… et Anne Sinclair m'a profondément touchée et donné l'envie d'en savoir plus et d'aller fouiller pour trouver les témoignages qu'elle cite dans son livre.
En refermant ce livre qui est un uppercut, je me suis rendue compte qu'il y avait encore beaucoup de choses que je connaissais mal, alors que j'ai lu énormément d'ouvrages sur la seconde guerre mondiale, le nazisme, la barbarie du troisième Reich mais devant la montée des intégrismes, des populismes, ce que l'on pensait à jamais dans les oubliettes peut refaire surface…
J'ai très envie de lire l'ouvrage que l'auteure a consacré à sa famille maternelle : « 21, rue de la Boétie »
Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m'ont permis de découvrir ce livre.
#Larafledesnotables #NetGalleyFrance
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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Annette55
  10 janvier 2021
«  Se résigner c'est abandonner sa dignité » .
«  Cette histoire me hante depuis l'enfance » .
«  Pourquoi ces êtres français ont- ils été livrés par l'état français sans aucune apparence de résistance?
Et encore « Primo-Levi déporté à Auschwitz emploie ces mots tels que «  Loques , Larves , Damnés » cités par l'auteure .
Trois extraits significatifs de ce témoignage poignant pour , comme l'écrit la célèbre journaliste : Redonner un peu de chair aux disparus, mettre une peu de lumière sur l'histoire du camp de Compiègne administré par les Allemands , fait historique peu connu et peu abordé par les historiens .
Son grand - Père paternel , Léonce Schwarz, faisait partie de ces 743 juifs français, magistrats , chefs d'entreprise , écrivains .....
L'écrivaine et journaliste a réalisé un travail d'enquêtrice , d'Historienne , a effectué des recherches..
J'ajoute que son métier de journaliste lui a évidemment permis de se rė- approprier la vie de Léonce et celle de ses compagnons d'infortune confrontés au froid , à la saleté , à la longueur des appels , les stations innommables , pieds nus, mais surtout à la famine qui devint , au fil des jours la troisième arme aux mains du sadisme des allemands .
La nourriture devint très vite une obsession cruelle. ..
Son enquête familiale nous fait connaître dans le détail, aidée bien sûr par Serge-Klarsfeld, , Laurent Joly Karine Taïeb, et d'autres ,les détails historiques, qui servent de fil rouge à un récit très personnel , à la fois intime et universel , aidant à la mise en oeuvre de la mémoire collective .
Elle relate les faits, les retrace clairement avec beaucoup d'objectivité, faisant référence aussi à la vie et à la descente aux enfers de prisonniers , qui passaient leur temps à redouter des départs vers l'Est sans trop savoir ce que cela signifiait .
Ces questions torturaient ces hommes , pour la plupart «  Protégés par la vie jusqu'ici » projetés brutalement dans un ailleurs sordide , qui végétaient dans des baraques glacées où ils crevaient de faim.
Ce camp des juifs va devenir , à partir du 12 décembre 1941 «  le camp de Douleur des Juifs » ...
On referme ce petit livre documentaire , trop court ......
Une lecture témoignage en hommage à ceux , très , très nombreux qui ne sont pas revenus ——à propos du destin énigmatique de Léonce ——avec douleur et respect :
Un ajout de plus écrit avec retenue, pudeur, émotion contenue, exactitude ..
La mise à jour de cette inhumanité , ces persécutions et exactions commises de sinistre mémoire .
Pourquoi La Croix Rouge ne put jamais entrer «  Dans le camp des Juifs » ?
«  Pour les Juifs ,pas de pitié ! Nous étions bien les plus mal partagés des animaux , n'ayant même pas pour veiller sur notre sort , la Société Protectrice des Animaux » écrit Roger-Gompel.
«  C'était un acheminement implacable vers la mort , pour humilier, avilir ,abrutir , épuiser, sorte de pogrom à froid » .
Merci à l'auteure de nous avoir fait connaître le destin de son grand - Père paternel .
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oran
  29 mai 2020
Anne Sinclair a déjà fait revivre le souvenir de son grand-père maternel Paul Rosenberg, célèbre marchand d'art, dont la galerie se trouvait 21 rue La Boétie. Dans « La rafle des notables » elle poursuit son devoir de mémoire en évoquant son grand-père paternel, Léonce Schwartz, qui fut arrêté à l'aube du 12 décembre 1941, comme ces 743 autres juifs français arrêtés ce jour-là, - des médecins, des avocats, des militaires - conduits au camp de Compiègne « le camp de la mort lente ». Pour raconter cette douloureuse histoire, la journaliste disposait de peu d'éléments recueillis au niveau familial, « une légende familiale, une évasion rocambolesque » plus de témoins directs… Alors Anne Sinclair va se rendre sur les lieux du drame, enquêter, consulter les archives, les monographies, les témoignages poignants d'autres internés en bénéficiant de l'appui de Serge Klarsfeld.
Elle a pu ainsi mettre en exergue les abominables conditions de détention : le froid, la faim, la promiscuité…mais aussi, la solidarité d'autres détenus
Léonce va tomber gravement malade, il pourra alors être admis au Val-de-Grâce, en février 1942, libéré dans des conditions énigmatiques , bénéficiant peut être de la complicité de l'équipe médicale, échappant ainsi au transfert vers le camp d'Auschwitz le 27 mars 42. Pourtant, il ne survivra que peu de temps à cette libération, il décédera en mai 45.
Ce livre « pour redonner un peu de chair aux disparus » constitue un vibrant hommage à ce grand-père qu'elle n'a pas connu, et apporte un témoignage complémentaire à cette sombre page de notre Histoire.

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lolols28
  10 juin 2020
un petit livre, court, trop court. Malgré ses recherches, elle le sait ...il y a peu de traces de la fuite de son grand-père. un livre presque intimiste, qui laisse sur sa faim. Je déplore un peu le manque de développement des personnages cités, chacun aurait mérité largement plus. Mais ce livre a le mérite de parler de cette rafle et de ce camp si peu connus.
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Cigale17
  05 février 2022
J'ai lu ce livre parce que ma bibliothèque va le rendre à la BDP qui le réclame, alors que j'aurais voulu une lecture plus… légère, je dirais. Mais dès les quelques pages d'introduction, j'ai compris que, avec le type d'infox historiques que certain(s) s'attache(nt) à faire courir ces temps-ci, une enquête comme celle-ci prend une importance toute particulière. Anne Sinclair revient sur le passé de sa famille paternelle, des commerçants de confession juive installés en Alsace au début du XVIIe siècle. La période qui l'intéresse, c'est la Deuxième Guerre mondiale, ce n'est pas une surprise. Elle s'attarde donc sur ses grands-parents paternels, Léonce et Marguerite Schwartz, sur lesquels courent certaines légendes. Anne, jeune fille, n'y a pas prêté assez d'attention, pas plus qu'elle n'a tenté d'interroger sa grand-mère pendant qu'elle le pouvait encore pour trier le vrai du faux. Elle le regrette aujourd'hui et, par ce livre, tente de découvrir la vérité.
***
Ce que la journaliste raconte dans ce trop bref ouvrage « vient infirmer la thèse élaborée par Vichy dès la Libération et reprise aujourd'hui par des polémistes révisionnistes – toutefois démentis par tous les historiens – selon laquelle le gouvernement du Maréchal aurait servi de bouclier aux Juifs français ! » Les Français juifs n'ont pas commencé à être arrêtés fin 42, en représailles au débarquement en Afrique du Nord, comme on l'entend souvent, mais dès août 41. La rafle dans laquelle le grand-père d'Anne Sinclair sera pris a eu lieu le 12 décembre 1941. Ce jour-là, 743 Français juifs seront entassés dans le camp de Compiègne-Royallieu et, sur la demande des autorités allemandes, 300 juifs étrangers les y rejoindront. Beaucoup d'entre eux seront déportés dans des camps où la plupart mourront dans les conditions que l'on sait. Anne Sinclair s'appuie sur des sources familiales et amicales (peu), mais surtout sur des ouvrages de spécialistes, des journaux intimes de certains prisonniers, et les travaux de Serge Klarsfeld (voir la bibliographie en fin de texte). Je suis contente d'avoir découvert ce livre intéressant et nécessaire.
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   08 mai 2020
[L’avocat Pierre Masse et son frère, le colonel Roger Masse,] ont laissé aux autres détenus le souvenir de grandes figures. Ils étaient issus d’une famille où « tous partageaient au plus haut degré le culte de la France et l’amour de la République », écrivit Robert Badinter dans un émouvant hommage. Pierre Masse s’était déjà signalé lors de la promulgation du statut des juifs en octobre 1940, qui leur interdisait notamment d’être officiers. Dans une lettre fameuse au maréchal Pétain, il avait alors écrit : “Je vous serais obligé de me faire dire si je dois aller retirer leurs galons (…) à mon gendre, sous-lieutenant au 14e régiment de dragons, tué en Belgique en mai 1940, à mon neveu J.-P. Masse, lieutenant au 23e colonial, tué à Rethel en mai 1940 ? Puis-je laisser à mon frère la médaille militaire, gagnée à Neuville St Vaast, avec laquelle je l’ai ­enseveli ?”
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Eve-YesheEve-Yeshe   03 juin 2020
J’ajoute que ce chapitre si lourd du XXe siècle me ronge, et plus l’âge avance, plus il me semble obscur. Face à l’antisémitisme renaissant, l’extrémisme et le populisme se développant en Europe et en France comme on ne l’aurait jamais imaginé dans ma jeunesse, j’ai été de plus en plus habitée par les années d’Occupation et le trou noir de la Shoah qui semble toujours inatteignable à la raison.
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SeriallectriceSVSeriallectriceSV   08 juin 2020
La faim lancinante entraînait des vertiges, de l'hébétude, des dégradations physiques qui, « par degrés, réduisent l'homme au rang de la bête », écrit Roger Gompel, qui ajoute, lucide lui aussi, que c'était « un acheminement implacable vers la mort selon une méthode pour humilier, avilir, abrutir, épuiser, jusqu'à la complète extinction de toute personnalité humaine [...] une sorte de pogrom à froid » . L'image est glaçante, mais illustre bien la lente agonie des internés ou déportés.
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Eve-YesheEve-Yeshe   02 juin 2020
J’ai pleuré aux récits des rescapés, de Primo Levi à Imre Kertesz ou Marceline Loridan, mais à Auschwitz, je n’ai pas été submergée par l’émotion à laquelle je m’attendais. Compiègne non plus ne m’évoqua rien, sinon une incroyable proximité avec Paris, par la nationale qui passe en bordure du camp, aujourd’hui avenue des Martyrs de la Liberté, hier, simplement route de Paris à Saint Quentin.
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Annette55Annette55   09 janvier 2021
«  Cette histoire me hante depuis l’enfance. Et pourtant , si les sagas familiales interpellent ceux qui avancent en âge , la mienne ne m’a d’abord intéressée que de loin, l’immédiateté ayant eu longtemps , dans ma vie de journaliste , plus d’attrait que les histoires du passé » ....
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