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EAN : 9782246828174
384 pages
Grasset (02/06/2021)
3.49/5   109 notes
Résumé :
« Je me suis longtemps refusée à imiter les confrères qui publient leurs Mémoires, persuadés que leur moi mérite exhibition et que les épisodes de leur vie personnelle et professionnelle suscite l’intérêt. Le journalisme est un métier comme un autre et la télévision n’est souvent qu’une usine à baudruches. A tous ceux qui m’interrogeaient à ce sujet, je n’ai cessé de déclarer qu’à ce petit jeu narcissique, on ne me prendrait pas. Publier cet ouvrage m’oblige à mang... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
3,49

sur 109 notes
"Avancer en âge invite parfois à se retourner sur soi : l'avenir se raccourcit, le passé est un refuge. Je n'échappe pas à la règle, après avoir prétendu l'ignorer ou l'avoir même moquée.
Je me suis longtemps refusée à imiter les confrères qui publient leurs Mémoires, persuadés que leur moi mérite exhibition et que les épisodes de leurs vies personnelle et professionnelle suscitent l'intérêt. le journalisme est un métier comme un autre et la télévision, qui gonfle les ego, n'est souvent qu'une usine à baudruches. À tous ceux qui m'interrogeaient à ce sujet, je n'ai cessé de déclarer urbi et orbi qu'à ce petit jeu narcissique, on ne me prendrait pas. Publier cet ouvrage m'oblige à manger mon chapeau. Me voici à mon tour piégée dans ce paradoxe : écrire comme tout le monde, en espérant intéresser tout le monde à une vie qui ne serait pas celle de tout le monde. Il faut assumer ses contradictions et ne pas avoir peur de se désavouer. C'est dit."
Ainsi, par ce prologue, s'ouvrent les Mémoires d'Anne Sinclair, qui sont loin d'approcher même de très loin, celles de feu Chateaubriand, et dont Jean d'Ormesson affirmait qu'elles étaient "un chef-d'oeuvre absolu".
Cela étant, toute époque gardée, Chateaubriand n'avait pas lui non plus l'intention d'écrire ses Mémoires, c'est le chant d'une grive qui, lors d'une promenade au parc de Montboissier, lui rappelle son enfance et le convainc d'entreprendre cet exercice littéraire "impudique".
Lui aussi mange son chapeau, mais lui enrichit le patrimoine littéraire universel là où la poussière du temps confondra les particules.
Un mot encore sur ce prologue "j'anticipe", "je-prends-les-devants", qui est une caractéristique récurrente de l'auteure de - Passé composé -.
Ce n'est pas le chant d'une grive qui a déclenché ce virage sur l'aile (trop tentant... sourire) d'Anne Sinclair, mais ce qui motive beaucoup de personnes, dont certains payent un professionnel pour écrire leur autobiographie... témoigner pour nos enfants et nos petits-enfants, et accessoirement un public qui, dans son ensemble, s'est toujours montré bienveillant à l'égard de celle qui a marqué le PAF ( paysage audiovisuel français ) pendant un règne sans partage de treize années sur TF1, et fut même aux yeux d'une très grande majorité de maires français la Marianne qui devait succéder à Bardot ou à Deneuve ; un phénomène bien de chez nous.
Donc, entre deux pincées livrées du bout des doigts à son clavier sur l'intime d'Anne Sinclair, ce livre, pour l'essentiel, est un livre de Mémoires sur ce qui précéda, fut, et suivit le parcours professionnel d'une très grande professionnelle.
Certes A.S nous avoue qu'elle est "fondamentalement craintive, pusillanime et timorée", qu'elle est "sensible à l'extrême, mélancolique souvent, angoissée fréquemment".
"Je ne m'estime pas assez pour être sûre de moi et mon ego mesuré me rend, je crois, plutôt plaisante à fréquenter car je ne me prends pas pour ce que je ne suis pas ; mais il est un handicap dans l'action et fatigue mes proches lassés d'avoir à me rassurer.
Je suis peu audacieuse... je suis paresseuse, mais je le cache ; gourmande et tout le monde le sait.
Enfin, j'aime la vie et j'aurai du mal à la quitter car elle a été douce pour moi et généreuse en bienfaits"... poursuit-elle dans un autoportrait qui écume une personnalité plus qu'il ne plonge dans ses abysses.
Elle confesse vivre dans l'aisance, mais loin d'être une milliardaire... lorsqu'on connaît la liste de son patrimoine mobilier et immobilier, de la fortune qui lui vient de son grand-père collectionneur d'oeuvres d'art( "Aujourd'hui, Anne et sa tante Elaine, âgée de 80 ans, sont donc les seules héritières d'une fortune estimée à plusieurs dizaines de millions d'euros. Ce qui n'a pas empêché Anne Sinclair de remettre sur le marché plusieurs chefs-d'oeuvre de la collection Rosenberg: en novembre 2003, elle a vendu chez Christie's un tableau qui fut longtemps accroché aux cimaises du Centre Pompidou, la Femme en rouge et vert de Fernand Léger, pour 22,4 millions de dollars, et, en novembre 2007, L'Odalisque, harmonie bleue de Matisse, pour 33,6 millions de dollars."), de ce que lui coûta une femme de chambre new-yorkaise du nom de Nafissatou Diallo... on se dit qu'employer le mot milliardaire n'eût choqué personne... en tout cas pas moi !
A.S est née dans cette ville américaine où elle n'a séjourné enfant que trois ans.
Fille unique, c'est, semble-t-il, une béance affective dont elle a souffert, elle a adoré son père trop tôt disparu, et a eu des rapports difficiles avec une mère qui ne s'est pas épanouie comme compagne domestique et comme mère au foyer.
Ses parents l'ont surprotégée, ce qui ne l'a pas empêché d'être, après un début de scolarité moyen, une dévoreuse de livres, une élève brillante à partir de la cinquième, surtout dans les matières littéraires.
De se découvrir, grâce à la guerre d'Algérie expliquée par sa mère, une vocation pour le journalisme.
Sciences Po en deux étapes, puis Europe numéro 1 ( comme on disait à l'époque ) vont être les jalons qui conduiront la brillante et volontaire Anne Sinclair jusqu'aux portes de TF1 nouvellement privatisée par Bouygues.
Enfin, la consécration avec cette émission 7 sur 7, diffusée tous les dimanches entre 19 et 20 heures... dont je fus un téléspectateur assidu.
A.S n'étant mon aînée que de cinq ans, nos époques de vie sont pour ainsi dire jumelles, et ce qu'elle retrace dans son livre copie-colle ce qui fut mon actualité.
Aussi, en dehors des cuisines dont j'avais un peu entendu parler, toutes ses émissions, tous ses invités ne sont qu'un exercice qui permet de rafraîchir ma mémoire mais ne m'a fondamentalement rien appris que je ne savais déjà.
Je passerai donc sur Delors ( un moment très fort de télévision ), Mitterrand, Rocard, Chirac, Giscard, Veil, Marchais, Gorbatchev... ou Montand, Signoret, Bedos, Devos, Bruel etc etc... j'ai eu l'impression de relire ce que j'avais déjà vu...
Pareil pour - Questions à domicile -, émission qui dura quatre ans et dont je n'ai rien oublié.
A.S se voit en mère imparfaite, en féministe de coeur mais pas de fait.
Oui, bon... et après !
Puis vient l'avant-dernier chapitre intitulé "Le chapitre impossible".
Là, nul n'est sensé ignoré que très à contrecoeur, l'auteure va nous parler de DSK "ce séisme qui a dévasté ma vie".
Les mots sont forts pour évoquer ce qui n'appartient pas à la presse de caniveau, au voyeurisme... mais à l'histoire de notre pays.
Et c'est là où il y a un hiatus entre le traitement que consent à en faire Anne Sinclair, qui vécut "l'affaire" plus près que n'importe lequel d'entre nous et qui rechigne à considérer que ce n'est pas qu'une sordide affaire de moeurs mais l'histoire qui s'est invitée à la table de chaque français le samedi 14 mai 2011.
C'est un peu comme si Marie-Antoinette ( à laquelle elle se compare en montant les marches du tribunal de New York comme on monte à l'échafaud ), disait à propos de Louis XVI... "Qui c'est celui-là... il a une drôle de tête (pardon ...) ce type-là ? ! "
Voir le patron français du FMI, ancien ministre des Finances, futur candidat socialiste à la présidentielle de 2012, menotté, entouré par une armada de flics américains, puis incarcéré au pénitencier de Rikers Island pour agression sexuelle... apprendre plus tard que l'homme est un véritable prédateur..., pour une ancienne étudiante de Sciences Po, refuser de voir et de mesurer l'impact politique, sociologique et psychologique que les méfaits de DSK ont causé à notre société depuis déjà longtemps sous l'emprise du doute et de la méfiance à l'égard du politique et de la politique, c'est de l'aveuglement...
Je ne suis investi, qu'à Dieu ne plaise, d'aucun droit qui me permette de juger de ce que furent les rapports de l'une et de l'autre dans ce couple pendant vingt ans.
Que l'on vive vingt années auprès d'un homme et se retrouver "brutalement" à côté d'un "inconnu (?)" ... "la révélation d'arrangements nauséabonds ; soirées scabreuses ; prostituées cornaquées par un mac au surnom poisseux ; textes de SMS crasseux échangés entre mon mari et... la crevasse devenait abîme...", c'est effectivement un mystère aux allures énigmatiques...
Version "moderne" de Jekyll et Hyde.
Les preuves, les faits sont accablants, mais l'intéressée qui se qualifie de "femme aveugle et bornée", va vivre encore deux années auprès d'un homme violent violeur probable...
"On m'a reproché, non sans raison (je-prends-les-devants), d'être restée. J'aurais pu (dû), cette fois, partir. Trois fois, je l'ai tenté, sans y parvenir... jusqu'au moment où j'ai senti que j'allais sombrer. Notre histoire se terminait dans un cloaque".
Et de conclure de manière troublante et déconcertante à propos de cette et ces affaires : " Nous n'avons jamais eu d'explications de fond. Je suis partie, le laissant à ses mystères, m'en allant avec mes questions".
"J'ai donc raconté les épisodes qui me concernent seule ( ? )... je n'y reviendrai pas, je préfère les enfouir dans l'oubli."
C'est votre choix, chère Anne Sinclair.
Au regard de l'histoire, il pèsera d'un poids que vous mésestimez.
Ces Mémoires se concluent sur la renaissance, la paix retrouvée grâce, professionnellement, à la belle aventure du Huffingtonpost et sentimentalement à l'amour retrouvé avec Pierre Nora.
J'aime la femme qui se définit dans cet ordre comme Française, juive, de gauche.
J'aime ces trois femmes et je les respecte.
J'aime Anne Sinclair, dont j'ai toujours été un admirateur.
Nous sommes cancer tous les deux ( je ne crois pas à ces sornettes... quoique...), et nous partageons beaucoup de visions et de combats communs... pas mal de divisions aussi.
Des Mémoires écrites par une journaliste qui a une belle plume de journaliste.
Des Mémoires qui m'ont un peu appris... si peu...
Des Mémoires dont je regrette que les vingt ans de vie commune passés auprès d'un homme qui entrera noirci de l'encre d'immoralité dans les manuels d'histoire, d'un homme qui aura entaché sa vie, sa carrière politique et dans une mesure non négligeable la France, occupent au final moins de place dans lesdites Mémoires que treize ans passés à commenter une actualité devant laquelle Anne Sinclair journaliste ne se serait pas dérobée si DSK n'avait pas été son mari...

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Merci aux éditions Grasset et à NetGalley pour cette lecture.
Le début de 7 sur 7 marquait la fin du week-end. Anne Sinclair, ses yeux bleus piscine (Desproges), son stylo à la main et ses invités prestigieux. L'émission au cours de laquelle Jacques Delors, donné favori aux élections présidentielles de 1995, annonce qu'il ne se présentera pas. L'émission qui offre aussi un rapide tour d'horizon de l'actualité hebdomadaire.
Anne Sinclair évoque sa carrière, les invités qu'elle a reçus à 7 sur 7, hommes politiques ou artistes. Elle brosse le portrait de certains d'entre eux.
En quelques pages pleines de pudeur, elle revient sur l'impact que l'affaire DSK a eu sur sa vie.
Une excellente autobiographie.

Lien : https://dequoilire.com/passe..
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J'admire cette femme depuis longtemps et comme beaucoup je me suis demandé comment une personne aussi brillante, intelligente, cultivée et riche avait pu se retrouver prise dans ce mauvais roman de gare il y a dix ans. Surtout pourquoi être restée si longtemps après le scandale. Je connais plusieurs personnes qui acceptent un mariage bancal car elles ont l'impression de ne pas avoir le choix, n'ayant ni diplôme ni travail, mais Anne Sinclair n'avait pas ce problème.

Même si je suis peu attirée par la télévision, j'ai eu l'occasion de regarder 7 sur 7 et Questions à domicile à plusieurs reprises et je suis admirative de sa manière de gérer l'émission. Elle incarne à mes yeux une femme qui a su s'imposer et briller dans un milieu d'hommes, ce que j'admire et j'avais très envie de lire ses mémoires. Elle nous parle de sa vie de manière pudique et intéressante, se présentant comme une personne peu sûre d'elle-même, vite angoissée, ce qui ne m'avait jamais sauté aux yeux. Elle a une très belle plume, très agréable à lire. L'essentiel du livre parle des treize années passées à TF1 à animer son émission phare. Elle explique sa conception du journalisme, l'importance de l'éthique et de l'objectivité dans ce métier, tout comme sa responsabilité. Elle se refuse à la complaisance envers ses invités lorsqu'il s'agit d'hommes politiques mais veut leur permettre de s'exprimer clairement, d'expliquer leur vision du monde. Elle tient aussi à se montrer objective vis à vis d'eux, même s'ils n'appartiennent pas à son camp, ce que tous reconnaissent. Elle refuse toutefois de tendre son micro à des personnes qui se situent, selon elle, en dehors du champ de la démocratie. A cette époque, il s'agit avant tout de J.M . le Pen, mais aujourd'hui cela inclurait des dirigeants comme Trump, Poutine et Erdogan. Elle parle de ses rencontres avec ses différents invités et donne quelques anecdotes, mais aucune révélation fracassante, ce n'est pas le genre de la maison. Elle a aussi invité des artistes ou des penseurs, mais s'est montrée plus clémente avec eux, qui n'ont pas de compte à rendre à la nation. Certains invités se sont révélés insipides comme Madonna ou Mc Cartney, tandis que d'autres ont été peu appréciés par les dirigeants de la chaîne, intéressés par la seule audience au détriment de la qualité.

Si cette émission occupe la place centrale du livre, elle nous parle de toute sa vie, de son enfance protégée à sa renaissance professionnelle et personnelle après 2011. Quant à la fameuse affaire DSK, elle l'évoque sous le titre le chapitre impossible. Elle y raconte avec pudeur son ressenti et sa souffrance face à cette tempête qui ravage sa vie, elle ne donne pas d'explication sur le fond, disant qu'ils n'en ont jamais parlé et se sont quittés en emportant chacun ses mystères ou ses questions. Elle se dit aveuglée par l'amour et n'ayant jamais rien vu venir, même si ça paraît incroyable, soulignant que son ex-mari n'a jamais été violent avec elle même si elle était sous son emprise affective. Il n'a pas hésité à utiliser le chantage affectif pour l'obliger à déménager à Washington et a trouvé tout naturel qu'elle abandonne son émission pour ses beaux yeux, ce qui est quand même une forme de violence. Toutefois je pense qu'elle n'a pas saisi l'importance de ce tsunami sur la vie politique française.

J'ai trouvé très intéressante son analyse de la banalisation progressive de l'extrême-droite en France (et aussi dans le reste de l'Europe !) des années 1980 à nos jours, car même si elle a gommé ses aspects les plus répugnants, son fond de commerce est resté le même. J'ai aussi beaucoup aimé voir cette rétrospective des années soixante à nos jours, avec notamment l'évolution de la place des femmes dans la société et la vie professionnelle. Ses rapports avec sa famille, surtout sa mère, ainsi que son identité juive m'ont également largement interpellée.

J'ai beaucoup aimé ce livre à la fois pudique et passionnant, très bien écrit et abordant de nombreux thèmes. La rafle des notables figure aussi dans ma Pal et je vais le lire très prochainement. Même si je ne comprends toujours pas que l'amour puisse rendre aveugle à ce point, mon admiration pour cette journaliste et femme de qualité s'est confirmée. Un grand merci à Netgalley et aux Editions Grasset pour cette belle lecture.

#passécomposé #NetGalleyFrance
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Anne Sinclair et « Passé composé » comme un vrai coup de coeur

Critique de "Passé composé" d'Anne Sinclair (Grasset 2021) : dès les premières pages, je décèle l'honnêteté avec laquelle elle évoque ses parents et ses relations assez compliquées avec sa mère.
Ecolière incomprise pour un surcroît d'imagination, Anne relate la guerre d'Algérie vécue à la radio et notamment sur Europe n° 1 où d'ailleurs elle fera des débuts mais aussi brefs que discrets. Et pourtant la radio est son média préféré.
Et puis avec simplicité et une douce nostalgie, elle revient sur son enfance telle qu'elle l'a vécue à Paris, New York et à la campagne les week-ends, évoquant sa scolarité un peu trop confinée, les vacances familiales, l'hiver à New York, l'été dans le midi. Ses « copains » aussi comme la virtuose mais très médiocre élève Véronique Sanson quand elle-même abandonna toute prétention à jouer du piano, préférant écouter ses compositeurs préférés jusqu'à devenir une vraie mélomane.
Sociale-démocratique authentique, Anne Sinclair évoque aussi ses coups de coeur politique, tels qu'ils sont nés dans sa jeunesse, et en tout premier lieu Pierre Mendès-France et ensuite François Mitterrand que dans les pages de cette autobiographie, elle montre sous un jour somme toute favorable et même sympathique lorsqu'elle et Ivan Levaï l'accompagnent dans sa victoire présidentielle de 1981. La suite lui échappe et elle la laisse lui échapper au lieu d'exploiter les travers et les mystères de cet homme qu'elle a pu admirer, elle la femme profondément de gauche. Comparant l'un à l'autre, on sent sa nette préférence pour Mendès-France l'idéaliste même si elle admire Mitterrand le réaliste parce qu'il a apporté la victoire de la gauche grâce à l'union avec le PC de Georges Marchais, offert l'alternance alors que la droite était au pouvoir depuis vingt-trois ans. Ce que n'imaginait pas Mendès décédé en 1982 comme si le pouvoir mitterrandiste ne l'intéressait pas, ne le concernait pas non plus. Revenant sur François Mitterrand et révélant une naïveté désarmante, Anne exprime sa stupeur en apprenant son passé révélé par Pierre Péan dans une « Jeunesse française ». Les socialistes d'alors avaient foi en l'homme du 21 mai et tels des enfants de choeur, voulant croire en sa pureté totale alors qu'il était tout en ambiguïtés et de par sa vie personnelle, vivait dans un mensonge permanent. La déception d'Anne concerne également les valeurs du socialisme qui peu à peu ont été oubliées (délaissées) au profit d'autres valeurs où elle se reconnaît un peu moins. Revenant à sa carrière de journaliste, elle évoque ses débuts sur TF1 qui se passent très bien au point de refuser une offre plus qu'alléchante de l'Italien Berlusconi de rejoindre la Cinq. Anne s'y refuse de manière aimable et a raison puisqu'à l'occasion du départ de Jean Lanzi, elle récupère à elle seule l'émission Sept sur Sept diffusée le dimanche soir avant le JT de 20 heures et qui devient l'une des plus célèbres du PAF. Comme d'habitude, Anne n'en tire aucun orgueil. Elle est comme ça. Elle en explique la naissance et après être revenue sur les sujets qui ont marqué l'émission comme l'affaire Grégory, l'émergence du FN et des crises sociales et culturelles qui perdurent jusqu'à aujourd'hui, elle offre une galerie de portraits de ses invités dont Jacques Delors, Valéry Giscard, Jacques Chirac, ponctués d'anecdotes inédites. Ce sont de « bons clients » et Anne reconnaît les avoir un peu trop fait venir pour faire plaisir à ses patrons. Certes ils avaient une envergure importante mais d'autres qui firent également le succès de l'émission passent à la trappe comme Bernard Kouchner présenté comme « agile et chaleureux » mais de « peu de poids politique ». Dommage car on aurait espérer en savoir davantage à son sujet et quelques autres oubliés par l'autrice. Arrive alors le tour de Nicolas Sarkozy et alors, Anne ne peut cacher son antipathie pour celui pourtant qui a pu parfois l'attendrir. Mais elle n'aime pas ses façons et son manque de convictions politiques. C'est son droit le plus strict et on peut la comprendre. Et puis elle évoque ceux pour qui elle a une réelle préférence et qui sont Alain Juppé, un réel timide se cachant derrière une assurance factice, Lionel Jospin, François Hollande, Michel Rocard qu'elle admire autant que Mendès France et qui ont pour point commun de n'être pas des « hommes d'Etat » à l'inverse de Mitterrand ou de Chirac. Et puis arrive le temps des femmes mais surtout celui de Simone Veil, l'îcone comme le rappelle si bien Anne qui aimait tant cette très grande dame revenue de l'enfer à quinze ans pour s'offrir un destin hors du commun. Par contre, jamais elle n'a invité Jean-Marie le Pen et cette position était à l'époque pour le moins rare et courageuse.
Anne Sinclair évoque également quelques invités non politiques c'est-à-dire des artistes et des écrivains et revient sur sa déception causée par la prestation médiocre de Madonna, et puis le stress de Delon, sans oublier le bonheur de vivre de Bébel… Jeanne Moreau passe aussi dans ce Passé Composé, Yves Montand mais pour un épilogue un peu triste pour Anne, Simone Signoret qui aurait pu être une grande intellectuelle mais qui le fut quelque part tandis que Montand ne put être personne d'autre que Montand avec ses qualités et ses défauts... Parmi les Américains, Anne a également retenu Sharon Stone, la star intelligente, et puis Woody Allen, qui serait aujourd'hui interdit d'antenne… Et puis en revenant chez les Français, Patrick Bruel, résolument engagé contre le FN et qui n'eut pas peur de le dire, Guy Bedos l'incontournable qui provoqua un fou-rire mémorable à cause de l'âne castré de Brigitte Bardot. Elle n'oublie pas non plus ses rendez-vous avec les grands dirigeants de ce monde, comme Gorbatchev à Moscou, Helmut Kohl à Bonn et Hassan II à Rabat, tour à tour Bill et Hillary Clinton à Washington, Petre Roman à Bucarest. Mais Anne a ses limites voire ses blocages et refusa d'inviter le dictateur Saddam Hussein à 7 sur 7, ce « dictateur menteur » en résumant le fond de sa pensée très sainement manichéenne entre la démocratie et la dictature qu'il représenta donc objectivement. Et puis il y a ceux qu'elle appelle les « inclassables » dont Bernard Tapie pour lequel Anne éprouve quelque tendresse surtout pour sa lutte contre la maladie et la mort finalement. Les intellectuels étaient mal vus à TF1, ce qui n'est pas nouveau, mais Anne réussit tout de même à imposer des écrivains comme Umberto Eco à la grande fureur de Patrick le Lay, trop grand public pour aimer la culture. Même Alain Minc n'aurait pas dû venir, c'est dire le degré de bêtise du patron d'Anne et sa peur de déplaire aux téléspectateurs… Jean d'Ormesson et Régis Debray purent venir s'exprimer dans l'émission, et puis François Furet et Jean-Noël Jeanneney, Bernard-Henri Levy en compagnie de Salman Rushdie, l'écrivain britannique traqué par le Hezbollah iranien et objet d'une fatwa pour avoir osé écrire « Les Versets sataniques » en 1989. Sans oublier le cardinal Lustiger, le violoniste Yehudi Menuhin, le professeur Jean Bernard, le musicien Pierre Boulez. Et puis l'intellectuel Alain Finkielkraut, résolument opposé à le Pen quand il traita les malades du sida de « sidaïques » pour les comparer aux juifs « hébraïques » probablement… Certains n'ont pas laissé un souvenir impérissable à la présentatrice de 7 sur 7 mais d'autres si.
Laissant les souvenirs de sa célèbre émission télévisée, Anne Sinclair évoque son inquiétude concernant l'évolution politique française et de l'acceptation d'idées hier jugées sulfureuses et diffusées par le Rassemblement National de Marine le Pen mais aussi par des intellectuels comme Eric Zemmour. Elle craint qu'un jour en France, la « révolution nationale » prenne ainsi le pouvoir. On peut comprendre cette inquiétude.
Ensuite, Anne Sinclair justifie sa position parfois incomprise de ses confères, celle d'avoir refusé de recevoir Jean-Marie le Pen à 7 sur 7, position unique par rapport à ses confrères certes moins regardant et plus soucieux qu'elle des résultats de l'audimat, du moins est-ce son opinion à leur sujet. Mais aujourd'hui, la journaliste inviterait sur son plateau Vladimir Poutine par exemple car, comme elle l'écrit, « le monde est moins binaire » tout en se reprochant une « incohérence » par rapport à sa position initiale lorsqu'en fermant la porte aux dictateurs en tous genres, quelque part elle voulait défendre l'esprit démocratique et refusait d'être leur complice même involontaire. Anne rappelle aussi qu'elle a souvent été l'objet d'antisémitisme de la part des partisans de le Pen et bien sûr, ça ne s'oublie pas et explique ce refus qui ressemble même à un engagement, une vraie résistance. Ce qui est normal pour une fille de résistant gaulliste et la petite-fille d'un homme qui sera interné au camp de Compiègne pour mourir des séquelles du traitement subi durant plusieurs mois.
Ayant renoncé à présenter 7 sur 7 après la nomination de DSK au ministère de l'Economie et des Finances en 1997, le renvoi redouté de la chaîne TF1 intervint en juin 2001. Mais Anne sut vite se ressaisir et s'occupa bientôt du développement du site internet de la même chaîne, malgré les réticences affichées. Devenue à son corps défendant chef d'entreprise, Anne est mal dans sa peau et le cynisme du grand patron Patrice le Lay qui parle de « bouseux » pour les fidèles de TF1 n'est pas sans la choquer. La dépression la rattrape au point de s'arrêter plusieurs semaines. Elle rencontre Etienne Mougeotte, qu'elle aime bien, pour évoquer avec lui une nouvelle émission, la télé lui manquant même sur TF1… Mais Patrick le Lay l'atrabilaire n'est pas d'accord et au terme d'une scène très violente et à dessous antisémite, Anne est licenciée sans préavis et sans indemnités, ce qui sera réparé devant les Prudhommes, heureusement pour elle.
Elle ouvre un nouveau chapitre pour revenir sur ses débuts à l'écran et constater ce que sont devenus par exemple les JT des grandes chaînes, avec des contenus très « village » qui ont exclu depuis longtemps le reste du monde. Si l'on veut en savoir davantage sur ce qui se passe sur la planète, il faut se brancher sur Arte ou France 24 par exemple… Elle évoque aussi la peur de raccrocher pour tomber dans l'oubli, une drôle de maladie dont elle-même paraît avoir été atteinte… Son débat avec la notoriété ne semble pas trouver de réponse… Et puis elle cite les noms de journalistes qu'elle admire sans toujours les aimer : PPDA qu'elle ne soutiendra pas pour son faux interview de Fidel Castro, Claire Chazal pour laquelle elle éprouve de la tendresse mais qui aurait dû partir pour ne pas être chassée de TF1 comme elle le fut elle-même, Christine Ockrent, la reine Christine, qui ne répondit pas à ses appels d'amitié mais avec qui aujourd'hui les rapports semblent apaisés, telles deux anciennes combattantes revenues de leurs guerres, (donc amitié loupée mais par la faute de Christine qui l'a refusée, préférant à ce noble sentiment et à la solidarité qui l'accompagne la concurrence professionnelle, ce qu'Anne-la-généreuse a su néanmoins pardonner). Et puis Bernard Pivot pour lequel Anne ne tarit pas d'éloges… Ensuite Anne aborde des sujets cruciaux : le féminisme et ses excès, la maternité aussi, considérant n'avoir pas été « une mère idéale », le judaïsme et elle revendique même le fait d'être « une Française juive », l'Europe, la Shoah… Et puis elle énumère ses qualités et ses défauts avant d'encenser Ivan Levaï, le père de ses deux fils, dont elle divorça, l'éloignement kilométrique en provoquant un autre. Mais Anne aime Ivan comme un frère aujourd'hui, ce qui peut paraître étrange. Mais c'est ainsi. Elle parle aussi de l'argent, ce n'est pas un sujet tabou pour elle. Et se justifie sur le fait que même appartenant à « la gauche loden » selon l'expression des détracteurs des socialistes des années quatre-vingt et quatre-vingt dix, elle a le droit de ne pas se positionner à droite. Ce qui se comprend car les idées de gauche ne sont pas forcément des idées d'argent : abolition de la peine de mort, défense des homosexuels, etc, etc… telles que les défendait Mitterrand dès son élection en 1981. Et puis fatidiquement, puisque tous ses lecteurs et lectrices potentiels sont censés l'attendre, le chapitre interdit, celui concernant DSK et les déceptions qu'il lui causa au bout de vingt ans d'union. Ce passage est pénible, poignant, embarrassant et on n'en demandait pas tant. Mais Anne avait besoin de s'exprimer à ce sujet sinon se justifier et au fond, elle a raison. Mais c'est aussi un retour sur une période très difficile en forme de mise au point nécessaire aussi bien à elle qui l'évoque qu'à ceux qui veulent bien la lire. Anne a traversé une tempête et c'est cela qu'elle raconte dans « L'impossible chapitre ». Anne en termine avec sa reconstruction salvatrice qui passe par l'écriture de deux livres consacrés aux membres de sa famille et puis par la rencontre de l'intellectuel Pierre Nora.



Réellement passionnant, ce « Passé composé » a presque valeur de confession mais de révélation aussi, du moins pour moi et alors que j'avais déjà lu d'Anne : Une Année particulière (Fayard, 1982), 21 rue La Boétie (Grasset, 2012) et La Rafle des notables (Grasset, 2020) qui sont aussi de nature personnelle. Un bémol, qu'Anne Sinclair soit aussi modeste au point de se sous-estimer.
Conclusion : après la lecture de Passé composé, on ne peut qu'éprouver de la tendresse pour son autrice, enfin pour Anne Sinclair.
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Cela se lit très bien. On se jette sur l'affaire du Sofitel, pas forcément pour lire du croustillant ou de l'inédit, mais pour voir les mots que la journaliste aura posés sur cette période, sachant qu'elle veut en dire très peu. On mesure ce que ça a dû être d'être épiée à ce point, y compris pour des actes anodins (comme aller acheter de la vaisselle, car il n'y en avait pas dans la maison louée en catastrophe - pas facile à trouver car personne ne voulait que son bien soit investi par les paparazzi, immeubles attenants compris, loués à prix d'or car ils donnaient sur la maison du couple -). On apprend aussi que Sarko et sa clique avaient déjà un dossier sur l'affaire du Carlton, qu'ils prévoyaient de dégainer dès que DSK aurait été investi par le PS. C'est sournois les hommes politiques ! A lire aussi pour découvrir les grosses colères, assez surréalistes, de Patrick le Lay, obnubilé par le cours de l'action TF1.
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critiques presse (2)
SudOuestPresse
07 juin 2021
Dans « Passé composé », elle revient sur son enfance, son parcours de journaliste politique et livre son ressenti sur l’affaire DSK.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
OuestFrance
07 juin 2021
Son enfance, les liens avec sa mère, treize ans de 7 sur 7, l’affaire DSK… À 72 ans, Anne Sinclair publie ses mémoires. Un livre intime, sincère mais sans voyeurisme, ni esprit de vengeance.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
(Yves Montand et Simone Signoret) avaient un tout petit appartement place Dauphine, qu'ils appelaient la Roulotte... J'y ai croisé... Coosta-Gavras dit Costa, l'immense réalisateur de "L'Aveu" ou "Z", et son double, le magnifique Jorge Semprun qui fut un de mes amis chers. Non seulement le scénariste inoubliable de la plupart des films de Costa, mais un grand écrivain...
Venu à "7 sur 7", alors que la démocratie avait été rétablie en Espagne après la mort de Franco et qu'il y était devenu - revanche sur le destin - ministre de la Culture de Felipe Gonzales, il m'avait décrit son nouveau bureau. De sa fenêtre, il voyait l'ancien appartement qu'il avait dû quitter un jour de 1936, alors qu’il avait une quinzaine d’années, avec ses parents qui étaient recherchés par les phalanges fascistes espagnoles. Ironie de l’histoire, clin d’oeil passé-présent…
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Commence alors la soirée historique archicélèbre, où bientôt, à 20 heures, son portrait s’affiche sur les écrans de la France entière. Un portrait hachuré en bleu-blanc-rouge apparaît progressivement derrière les commentateurs effarés par ce bouleversement politique.
Le papier pour rédiger son discours arrive, celui qu’on utilise dans les fermes pour envelopper le beurre… Mitterrand tente de se concentrer, repose son stylo toutes les minutes pour commenter le résultat, saisi lui-même par la révolution politique qui s’annonce. 
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Mais la plus belle anecdote que Kohl me rapporte nous ramène à ce jour de novembre 1989 où le mur de Berlin tomba sous les coupes de ceux qui ne voulaient plus de cette division d'après-guerre. On se souvient de l'ambiance festive, intense, heureuse de cet évènements historique, incroyable pour ma génération qui n'avait connu que la guerre froide.
Dans l'après-midi de ce 9 novembre, Gorbatchev appela le chancelier : "Mes services me disent qu'il y a des morts, des violences et qu'il va falloir que l'Armée Rouge intervienne.
- Je vous supplie, monsieur le président de me croire, répliqua Helmut Kohl. L'atmosphère est d'une grande gaieté, d'une forte émotion, de beaucoup de joies partagées et il n'y a pas le moindre incident."
Ce fut un miracle que le président soviétique donne plus de crédit à la parole du chancelier qu'à celle de ses officiers du KGB, qui voulaient reprendre le contrôle de l'Europe de l'Est. On n’ose imaginer ce qui serait advenu si Kohl n'avait pas été persuasif et si Gorbatchev n'avait pas été un homme d'état. p.219
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Je me sens profondément juive par appartenance à une histoire, une culture, un peuple et son malheur.
La Shoah me hante jusque dans mes rêves. Plus j'avance en âge, plus je la trouve lourde à porter. Comme un moment de plus en plus incompréhensible, incommunicable. Ma famille a, pour l'essentiel, été épargnée, à part mon grand-père paternel dont j'ai raconté la rafle en 1941. Mais je n'arrive pas à m'extraire des lectures obsédantes, d'images et de faits que je n'ai pas vécus, et j'ai parfois le sentiment qu'ils font partie de ma vie.
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A Europe n° 1, j'ai côtoyé quelques personnages singuliers. "Monsieur Larousse" comptait parmi ceux-là, peu s'en souviennent. Il était le spécialiste des définitions, des expressions méconnues et avait pour tâche d'en donner au micro l'origine et la signification.
Monsieur Larousse s'appelait en fait Lucien Combelle...
Il avait été secrétaire d'André Gide avant la guerre, mais avait pris le parti de la collaboration dès l'armistice. Maurras avait été sa nourriture intellectuelle, et la revue "Révolution nationale" son antre. Sous l'Occupation, il avait été le directeur de ce journal qui fut aussi celui de Brasillach et de Céline...*

* Voir évidemment le beau livre que lui a consacré Pierre Assouline, "Le Fleuve Combelle". Calmann-Lévy 1997.
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