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EAN : 9782253129387
992 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (19/01/2011)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 54 notes)
Résumé :
" Comme Emile Zola, Upton Sinclair n'a rien d'un styliste extasié : il peint large, vite, puissant, il emporte le lecteur et l'incite à s'insurger : Sinclair n'aurait pas renié l'acception utilitaire de son travail. Pourtant Pétrole ! demeure un récit d'aventure. Tel Géant, livre qui fut lui aussi adapté au cinéma, ce roman se veut le roman du pétrole, volontiers scélérat, que Sinclair avait déjà affronté en manifestant contre les Rockefeller. On ne manquera pas d'ê... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
GeorgesSmiley
  07 novembre 2019
Pétrole ! Que voilà un beau titre pour illustrer le rêve américain, celui qui fait passer le personnage central du début, d'un statut de charretier à celui de magnat du pétrole. Papa, c'est ainsi que le narrateur le nomme, n'a pas réussi par hasard mais à force de travail, de travail bien fait (très bien fait, mieux que les autres), d'intuition et de jugement sûr. Bien sûr, il fait aussi preuve d'opportunisme, nullement freiné par les lourdeurs de l'administration qu'il règle (dans tous les sens du terme) à son avantage, tandis qu'il laisse beaucoup de monde au bord du chemin sans trop de scrupules.
Et quel est donc le rêve d'un Papa qui a réussi ? Eduquer, former et transmettre tout son savoir et son expérience à son fils, bien sûr ; un fils appelé à lui succéder et à continuer la saga en pérennisant l'oeuvre d'une vie. Ca tombe bien car le gentil « Bunny » est un bon fils, désireux d'écouter et de faire plaisir à son paternel. L'ennui c'est qu'avec ce genre de scénario bien lisse on fait rarement un bon roman. Alors, comme c'est un bon roman (évacuons ce suspens d'entrée), disons que le gentil fiston est tellement gentil et attentionné qu'il va s'intéresser également au sort des ouvriers de son père, allant jusqu'à se lier avec certains d'entre eux tout en fréquentant la très bonne société (entendre les gens riches) pétrolière et cinématographique de la cité des anges. Si on ajoute qu'un des ouvriers qu'il admire énormément adhère au jeune parti communiste puis devient l'un des leaders de la grève qui paralyse les puits de pétrole de Papounet, on comprend que le tiraillement qui s'empare du gentil Bunny va mettre du piquant dans le roman. On peut reprocher (c'est assez facile aujourd'hui) un certain angélisme (Sinclair était socialiste et militait y compris dans ses romans) vis-à-vis de la Troisième Internationale et de la naissante Union soviétique mais reconnaissons que le personnage de Papa le pétrolier est loin d'être caricatural. Ce n'est pas un salaud. Un cynique oui, mais quand son fils lui demande d'aider tel ou tel de ses employés ou d'en faire sortir un autre de prison, il s'exécute de bonne grâce. de nos jours, on dirait que c'est un bon père et un patron paternaliste. Ne lui en demandons pas plus.
Il n'en demeure pas moins que tous les aspects de ce roman, écrit il y a presque un siècle, restent d'une étonnante actualité. On y découvre, extrêmement bien décrites, les coulisses des débuts de l'exploitation pétrolière, celle des petits derricks couvrant une colline, des méthodes d'extraction, des accidents de chantier ou des méthodes employées par les exploitants pour racheter les terrains à leurs propriétaires, sans que soient omises les querelles et mesquineries avides de ces derniers. On découvre l'ampleur et tous les mécanismes de la corruption. Méthodes et justifications psychologiques à tous les niveaux, du plus modeste jusqu'à l'occupant de la Maison blanche, n'ont pas pris une ride. Même chose pour la critique en creux des universités, déjà à l'époque plus préoccupées de s'arracher par tous les moyens les meilleurs jeunes athlètes du pays que d'instruire réellement leurs étudiants. Quant à Hollywood, à travers son inculture, son microcosme et ses promotions canapés, sa description n'a nul besoin d'injection de Botox pour ressembler à celle d'aujourd'hui. Et que dire du personnage d'évangéliste autoproclamé, faiseur de miracles « arrangés » et de fortune dissimulée ? N'y aurait-il plus aujourd'hui, là-bas mais ici aussi, de ces prédicateurs prêchant l'amour ou la haine, mais toujours pour leur paroisse.
Et à bien y réfléchir, Bunny lui-même le gentil milliardaire de gauche, n'est-il pas l'archétype de nos bobos gauchistes et de notre « gauche caviar » faisant le grand écart entre ses « fêtes » et ses bonnes oeuvres ? Qui sont donc aujourd'hui les Harding et les Coolidge (respectivement les 29ème et 30ème présidents des USA) élus, selon Sinclair, par les milliardaires pour les servir ?
Il me semble bien que ce livre est toujours d'actualité. L'histoire est agréable à lire, le ton légèrement ironique est plaisant, alors faites le plein et foncez !
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Aaliz
  11 mai 2012
Upton Sinclair m'avait déjà impressionnée avec son autre roman La Jungle dans lequel il dénonce les conditions de travail effroyables des ouvriers de l'industrie agro-alimentaire américaine du début du XXème siècle. Basé sur du vécu ( Upton Sinclair était journaliste d'investigation et n'a pas hésité à endosser lui-même le rôle d'ouvrier avant d'écrire son roman), le roman a fait un tel scandale à sa sortie que les autorités n'ont pas eu d'autre choix que de légiférer afin d'améliorer le quotidien des travailleurs.
Cette fois-ci, c'est au secteur du pétrole que Sinclair s'attaque. Et je peux vous dire qu'après ça, cet auteur entre définitivement au panthéon des auteurs que j'admire le plus.
Pétrole ! est un roman d'apprentissage, celui de Bunny fils et héritier de Jim Arnold Ross grand magnat du pétrole. le père emmène le fiston partout avec lui pour lui transmettre son savoir et ses connaissances du métier. Bunny apprend toutes les « combines » et petit à petit développe un certain esprit critique qui l'amène à juger certaines des dites « combines » pas très honnêtes.
La rencontre de Bunny avec Paul va accélérer sa prise de distance avec son père. Jeune garçon rebelle à l'autorité paternelle, Paul amènera Bunny à réfléchir à la condition des ouvriers et à sympathiser avec les idées communistes.
Tiraillé entre son affection pour son père et son admiration pour Paul, Bunny se cherche entre deux mondes qui s'oppose : celui que l'on appelle « le monde » d'où est issu Bunny et qui regroupe toutes les grandes fortunes et celui des travailleurs.
Bien qu'il ait parfois des jugements assez tranchés et désagréables vis-à-vis de « la masse », le père de Bunny se révèle finalement être un patron soucieux de ses employés et qui n'hésite pas, lorsqu'il le peut, à céder aux désirs de son fils qui tente de l'infléchir dans sa direction.
Ce tiraillement entre les deux milieux transparaît également à travers la vie amoureuse de Bunny. Doit-il choisir celle qui partage son rang ou celle qui partage ses idées ?
Seulement voilà, lorsqu'on dirige une entreprise pétrolière, on ne peut pas faire tout ce qu'on veut.
Et Pétrole ! devient alors aussi un roman d'apprentissage pour le lecteur.
Nous sommes dans les années 1920 et l'industrie pétrolière en est à ses tout débuts. le roman nous apprend dans les moindres détails comment cette industrie s'est développée. A travers la figure du père de Bunny, self-made man symbolique de la réussite à l'américaine, on voit comment un simple muletier finit par arriver à la tête d'un empire pétrolier.
Sinclair ne laisse rien de côté, des détails techniques ( comment forer un puits) à la gestion, vous saurez tout sur le fonctionnement d'une entreprise pétrolière. Rassurez-vous, les détails techniques sont très rares, pas très faciles à comprendre sans internet mais on peut facilement sauter le passage pour ceux que ça n'intéresserait pas.
Le plus intéressant et c'est ce que dénonce Sinclair, ce sont les fameuses petites « combines » : propriétaires de terrains escroqués, corruption de simples fonctionnaires d'abord puis carrément achat des candidats aux présidentielles, achat des médias, des banques, les grands du pétrole ne reculent devant aucun moyen pour parvenir à leurs fins.
On assiste aussi à la guerre entre les gros exploitants et les plus petits. La rapacité des premiers est telle qu'ils font tout pour couler les petits : on les force à adhérer à un syndicat qui leur impose une certaine réglementation. Celui qui voudrait, pour éviter la grève de ses employés, modifier la dite réglementation, se verrait automatiquement fermer les vannes par les banques (à la solde des « gros »).
Le contexte du roman, première guerre mondiale et années 1920, est important à prendre en considération. La première guerre a permis l'appropriation des ressources pétrolières par les vainqueurs, elle a surtout permis aux exploitants américains de s'implanter en dehors du territoire national.
Cette période de l'Histoire, c'est aussi les révolutions russes et l'éveil de la doctrine communiste. Sinclair dépeint alors les exactions dont étaient victimes les sympathisants bolcheviques aux Etats-Unis : une véritable chasse aux sorcières (le maccarthysme avant l'heure) dont Bunny et surtout Paul feront les frais.
Alors oui, Sinclair ne mâche pas ses mots parfois et le capitalisme dans tout ce qu'il comprend en prend pour son grade. On pourrait accuser et regarder d'un mauvais oeil la sympathie évidente de Sinclair pour le communisme qui transparaît à travers ce roman mais il ne faut pas oublier que Pétrole ! a été écrit en 1926 et que le communisme en Russie n'avait pas encore connu les dérives du stalinisme.
Il faut voir Pétrole ! avant tout comme le roman qui dénonce les conditions de travail difficiles qu'étaient celles des ouvriers du début du XXème siècle.
Alors voilà, j'ai évidemment adoré ce roman coup de poing. Je n'ai pas senti les 980 pages. Les personnages sont extrêmement bien campés et très attachants, surtout Bunny et son père torturés tous deux entre devoir et conscience. J'ai parfois détesté Bunny, sans cesse en train de réclamer de l'argent à son père pour sortir ses camarades de prison. Je l'ai trouvé un peu gonflé mais bon … lui-même était gêné de cette situation. Pour les autres personnages, on a la soeur de Bunny, détestable à souhait, la petite fille de riche par excellence qui ne pense qu'à l'argent, Vernon Roscoe, associé de J. Arnold Ross, figure même du grand patron sans scrupules, Paul l'idéaliste prêt à sacrifier sa vie pour ses idées, Viola l'actrice qui charmera Bunny, Rachel la militante etc…
Un roman riche, très vivant, au style simple et parfois ironique, qui est, par sa portée, probablement au pétrole ce que Germinal est à la mine. Romans classiques très célèbres aux Etats-Unis, Pétrole ! et La Jungle restent méconnus en France et c'est vraiment dommage ! Il ne tient plus qu'à vous d'y remédier.


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ClarenceM
  25 janvier 2018
Adapté au cinéma par PT Anderson dans There will be blood qui en a évacué toute la dimension politique (pourtant très bien décrite), ce roman volumineux accroche par son aspect picaresque. Un magnat du pétrole prospecte des terrains en compagnie de son unique fils afin d'y dresser des derricks et d'y extraire le précieux minerai. Les terres désertiques ne semblent exister que pour le développement de cette industrie. Les fermiers pionniers les ont déjà substituées aux Mojaves et il n'est donc pas choquant qu'ils se fassent eux-même déposséder à leur tour de leurs biens par les compagnies pétrolières. L'histoire qui se fonde sur l'exploitation de la multitude par un petit groupe d'hommes et la transformation des espaces naturels en décor artificiel n'est pas nouvelle. Mais elle retire ici un attrait supplémentaire pour la touche d'authenticité, l'histoire étant racontée par un américain. Ce pays a inventé l'histoire moderne en poussant jusqu'à l'excès la logique capitaliste dans laquelle le principe fondamental de gain noie toute tentative de considération humaniste.
Est-il pour autant aussi facile d'en tirer profit? Pas sûr. Car il faut compter sur la dangereuse duplicité des hommes politiques corrompus, le soulèvement d'une conscience collective menant à un nouvel ordre social, et sur l'organisation émergente d'une classe laborieuse révolutionnaire qui compte bien mener la vie dure aux entrepreneurs.
Cette lutte prend corps ici à travers les deux héros : Papa , un capitaliste endurci, et Bunny son fils, un privilégié aux idées radicales à tendance gauchiste.
Les deux figures vont s'opposer sans qu'il n'y ait pour autant de conflit majeur. Et là réside la force de ce roman, qui est de ne jamais montrer d'impasse à l'amour mutuel et au respect filial. le père et le fils, dans une recherche permanente de conciliation, vont suivre leurs chemins respectifs en acceptant leurs différences.
Rien n'est évident donc dans un monde réaliste où les idéologies, aussi vertueuses soient elles, ne se montrent pas moins sauvages et violentes que les systèmes qu'elles ont l'intention de renverser (la scène d'émeute dans l'un des derniers chapitres est d'une brutalité spectaculaire). Un livre cathartique qui prône la tolérance comme un étendard inaltérable, dépassant par là même les limites de la finitude des choses (les séances de spiritismes en sont l'illustration).

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tolbiac
  08 mars 2013
Vous ne l'avez pas lu? Courrez! Allez dans la première petite librairie et commandez cette épopée, ce monstre à cinq pattes. C'est l'histoire fabuleusement bien conté d'un garçon fils d'un futur magma du pétrole, de la lutte des classes, du socialisme balbutiant aux Etats-unis. Sinclair le Zola Américain comme le nomme la presse hexagonale, écrit avec ces poings mais parle avec son coeur. du coup on a un livre qu'on dévore, qui raconte l'épopée du pétrole mais pas que... C'est avant tout l'éveil d'un homme ( le fils) vers ce que l'humanisme à de plus beau. Ce fils qui pourrait tout avoir, s'ouvre à la condition humaine, témoin des injustices il va prendre des chemins de justice... Mais point trop n'en dire comme disent les Deschiens... Faut lire cette masse puissante de vigueur, de vie...
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Hardiviller
  15 août 2017
" Pétrole " est une fiction politique dans l'histoire de laquelle nous découvrons la face sombre du capitalisme des pétroliers américains .
Ce titre est paru aux USA en 1926 sous le titre " Oil " . L'auteur , politiquement contestataire du capitalisme outrancier , déploie devant nos yeux , l'ascension fulgurante des magnats du pétrole ( à l'appétit insatiable ) , la concentration en peu de mains des richesses et la stagnation sociale des travailleurs ne possédant que leur force de travail ( se contentant des miettes , si il y en a ) . La vision futuriste de l'auteur oppose le communisme au capitalisme dans un proche avenir . Nous savons depuis qu'il y a peu de différence entre capitalisme privé et capitalisme d'état ( communisme ) , mais en 1926 , l'espoir était permis .
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   02 novembre 2019
Cette idole du public n'avait jamais su ce que c'était que de rester assise à lire un livre. Un journal ou un magazine, passe encore. Il y en avait d'éparpillés autour de vous, vous en preniez un au hasard et vous regardiez quelque chose, toujours prête à le planter là pour voir passer une toilette ou tendre l'oreille à un bout de commérage. Mais s'absorber dans une lecture et désirer qu'on ne vous interrompe pas, hum, cela ne semble pas bien poli, n'est-ce pas ? Quant à passer tout un après-midi ou une soirée à lire un livre, Vi n'avait tout bonnement jamais entendu parler d'une chose pareille. Elle ne le disait pas en ces propres termes, mais Bunny pouvait comprendre que c'était "purée", un livre. Pouvait qui voulait acheter un livre et s'asseoir dans un coin à l'écart, mais il n'était pas à la portée de tout le monde d'avoir au théâtre une loge offerte par la direction et d'y prendre place, constituant vous-même un spectacle presque aussi intéressant que la pièce.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   22 octobre 2019
Là, sur la route, il y avait un cadavre mutilé, celui d'un écureuil de terre qui avait voulu traverser et qu'une voiture avait écrabouillé ; d'autres voitures passeraient dessus jusqu'à ce qu'il soit réduit en une poussière que le vent emporterait. Ce n'était pas la peine de dire quoi que ce fût à Papa, il répondrait que les écureuils propagent la peste, ou tout au moins qu'ils ont des puces qui la propagent. De temps en temps il se produisait des cas de cette maladie et les journaux devaient passer cela sous silence car ç'aurait été mauvais pour la vente des terrains.
Mais le garçon songeait à la pauvre petite bribe de vie qui avait été anéantie si soudainement. Comme l'existence était cruelle et comme c'était bizarre que les choses poussent et aient le pouvoir de se faire elles-mêmes, de rien apparemment. Et Papa ne pouvait pas expliquer cela; il disait que personne ne le pouvait ; c'était ainsi, tout simplement. Puis vint au-devant d'eux un chariot de ferme, vieille machine délabrée chargée d'ustensiles de ménage. Pour Papa ce n'était rien qu'un obstacle, mais "Bunny" aperçut, juchés à l'arrière du chargement, deux gamins de son âge qui le considéraient avec de grands yeux mornes et indifférents. Ils étaient pâles et semblaient ne pas avoir mangé à leur faim. C'était là un autre sujet de réflexion : pourquoi y avait-il des pauvres et personne pour leur venir en aide ? En ce bas monde, expliquait Papa, il fallait s'aider soi-même.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   23 octobre 2019
_ Coin ! Coin ! Dégagez la route ! Papa attend !
Sur le haut des appareils de forage étaient perchés de jeunes gars dont les combinaisons bleues et kaki offraient la preuve surabondante que le dernier puits n'était pas un trou sec, mais qu'il avait livré sa juste portion d'onctueux trésors. Toutefois, ils avaient la figure propre, et ils accueillaient le paysage ensoleillé avec des sourires non moins ensoleillés. Ils chantaient des chansons,échangeaient des gaudrioles avec les voitures qu'ils croisaient, envoyaient des baisers aux filles des ranchs et des postes d'essence, des débits d'orangeade et des baraques de "cuisine surfine". Le voyage leur prenait deux jours, et, pendant ce temps, ils n'avaient pas un souci au monde ; ils étaient les hommes du Vieux Ross et c'était son affaire à lui d'avoir les soucis. Avant tout il veillait à ce qu'ils eussent leurs enveloppes de paye le samedi soir de chaque quinzaine et que ces enveloppes continssent un dollar de plus par jour que n'en gagnait qui que ce fût dans le voisinage. En outre, vous receviez cette paye non seulement lorsque vous foriez, mais également pendant que vous étiez assis sur le haut d'un chargement d'outillage, filant à 50km/h au travers d'un paradis d'orangers, en chantant des chansons où il était question de la fille qui vous attend à la ville où vous allez. Oh ! comme joyeusement va le monde lorsque le coeur est jeune !
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   31 octobre 2019
Tout cet été et cet automne, Papa et M. Roscoe avaient dû s'atteler à une lourde tâche, celle de préparer l'opinion américaine. La campagne pour l'élection du président battait son plein, et puisque les pétroliers avaient eu l'audace de choisir le candidat, il leur restait à parachever leur oeuvre en persuadant les électeurs qu'il était un grand homme d'Etat et un noble caractère. Il leur fallait aussi payer leur part des frais, qui, ainsi que Bunny l'apprit par ce qu'il entendit à Paradise et au Monastère, approcheraient de cinquante millions de dollars. (..)
Il était nécessaire de convaincre le peuple américain que le gouvernement démocrate, ignare et infatué de lui-même, s'était, au cours des huit dernières années, livré au gaspillage et à la concussion. Et ce n'était pas bien difficile. Mais il était non moins indispensable de le convaincre qu'un gouvernement à la tête duquel serait le sénateur Harding se montrerait vraisemblablement plus capable. Et cela, ce n'était pas aussi commode.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   29 octobre 2019
_ Un collège ouvrier ? fit Papa. Voilà du nouveau.
_ C'est pour instruire les jeunes ouvriers.
_ Mais pourquoi n'iraient-ils pas aux écoles ordinaires, qui sont gratuites ?
_ On ne leur enseigne rien sur la question ouvrière. Ou, tout au moins, rien qui soit conforme à la vérité. C'est pourquoi le Parti ouvrier crée des centres où des garçons intelligents puissent être rendus aptes à jouer leur rôle dans la lutte sociale.
Papa réfléchit.
_ C'est-à-dire, fiston, que c'est un endroit où une bande de vos rouges enseignerait le socialisme et des machines comme ça.
_ Non, ce n'est pas cela, papa, nous ne nous proposons d'enseigner aucune doctrine. Nous voulons ouvrir des intelligences, cela a toujours été l'idée de M. Irving. Il veut que les milieux ouvriers pensent par eux-mêmes...
Mais ça ne prit pas un seul instant auprès de Papa.
_ Ils auront tourné au rouge avant d'en être sortis, dit-il. Ecoute-moi, Bunny. Ca m'est égal que tu donnes cinq cents dollars à M. Irving, mais c'est tout de même un peu violent que je passe ma vie à gagner de l'argent pour que tu le dépenses à apprendre aux jeunes gens que cet argent je n'y ai aucun droit !
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Vidéo de Upton Sinclair

"La jungle" de Upton Sinclair par Julie du Furet du Nord de Lille (59).
Julie Gonéra, libraire au Furet du Nord de Lille, nous présente l'un de ses coups de coeur : "La jungle" de Upton Sinclair (http://www.livredepoche.com/la-ju...
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