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Marie-Pierre Bay (Traducteur)
EAN : 9782253126676
402 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (14/10/2009)

Note moyenne : 4.32/5 (sur 56 notes)
Résumé :
"Dans notre maison de Varsovie, au 10, rue Krochmalna, vivait un couple âgé. […] Mais les voisins racontaient que, malgré leur âge avancé, ces deux-là étaient toujours amoureux l’un de l’autre… Or soudain, une rumeur se mit à circuler qui scandalisa tout le monde : les deux vieillards allaient divorcer ! La rue Krochmalna était sens dessus dessous…"

Isaac Bashevis Singer nous raconte ici ses souvenirs d’enfance dans la Varsovie juive d’autrefois. Son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Alzie
  26 avril 2015
Un des derniers grands écrivains de langue yiddish, Isaac Bashevis Singer a reçu le prix Nobel de littérature en 1978. Tout est autobiographique dans ce livre qui est pourtant un véritable roman : celui de son enfance en Pologne, que Singer – né à Leoncin en 1904, arrivé à Varsovie à l'âge de quatre ans après une étape à Radzymin – fait revivre ici, puisant aux sources de ses souvenirs ; roman surtout de la rue krochmalna et de la communauté juive hassidique de Varsovie, du début du XXe siècle jusqu'à la fin de la première guerre mondiale ; chronique d'une « justice de paix » (j'emprunte la formule, très juste, à Jeanparapluie) incroyablement vivante, souvent cocasse mais un brin corrosive également, restituée par la force candide d'un regard d'enfant voyant arbitrer son père, puis par celui plus averti d'un adolescent qui s'ouvre au monde et à la vie.
Comment ne pas s'attacher immédiatement à ce petit garçon timide en papillotes rousses et caftan rapiécé qui s'instruit autant en écoutant aux portes qu'en potassant la Mishnah et la Guemarah ? Que son édification religieuse destinait par tradition au rabbinat et que sa curiosité instinctive va conduire au-delà du Talmud vers d'autres lectures plus profanes et, peu à peu, à l'écriture. Tel est le fil conducteur tissé dans cette multitude de récits minuscules mais édifiants.
10, rue Krochmalna où la famille est installée, le rabbin, son père, homme d'études observateur scrupuleux de la Loi et arbitre d'une justice humaine au Beth Din, et la rebbetzin, sa mère, accueillent toutes les petites et grandes misères de leurs coreligionnaires et partagent tous leurs secrets. le rabbin traite conflits et querelles de la vie ordinaire comme les sujets plus graves et son fils est non seulement le témoin privilégié de tous les arrangements, de toutes les cérémonies, de tous les rituels religieux - de la naissance jusqu'à la mort - mais surtout le spectateur fasciné du théâtre de toutes les folies, extravagances, bontés ou mesquineries que l'humanité est capable d'inventer.
Mais où est Dieu s'inquiète l'enfant ? Il est omniprésent, jusque dans la moindre parcelle de poussière, lui répond son père... Dieu, patrie possible pour ceux que le sentiment d'exil habite depuis toujours ? Le rabbin s' oppose aux idées nouvelles (sionisme, socialisme) et s'irrite de la "corruption" qui ne cesse de gagner les esprits et les moeurs. Mais, acquis aux idées progressistes, son fils aîné, Israël Joshua, attiré d'abord par la peinture devient journaliste et va jouer un rôle important, voire décisif, dans l'évolution du jeune Isaac.
Pathos et nostalgie tenus à distance, l'humour et le talent de conteur de Singer, son style d'une belle et sobre simplicité, la qualité extraordinairement évocatrice du texte, suffisent à plonger le lecteur avec délectation dans cet univers rabbinique unique - une vraie découverte -, et celui, industrieux et modeste, des artisans et des boutiquiers d'une Varsovie entièrement disparue où se côtoient, en polonais, yiddish et russe, sans se fréquenter pour autant, les juifs et les chrétiens quand caracolent encore, à travers les rues, les cosaques du Tzar.
Il y a plus : l'empathie qui s'établit spontanément avec l'enfant, met presque le lecteur dans la position de complice, l'oreille collée derrière la porte en sa compagnie pour surprendre ou tenter de deviner, avec lui, les secrets des adultes. Un art de l'auteur à faire resurgir des réminiscences lointaines appartenant sans doute au fonds commun de l'enfance. Devenu porteur d'échos au fil des pages, Isaac Singer se fait ainsi le messager plus universel des quêtes de tous ceux qui, pour prendre leur envol, doivent s'affranchir un jour d'une forte tradition. Le vent de l'histoire rend ce livre encore plus bouleversant dans son dernier quart, lorsque le coup de feu anarchiste tiré à sarajevo, le 28 juin 1914, annonce manifestement la fin d'une époque pour toute une communauté alors que débute dans la vie un jeune écrivain exceptionnel. Magnifique.
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jeanparapluie
  11 mars 2013
Un petit chef-d'oeuvre d'observation, de finesse, d'humanisme et d'écriture? Chaque phrase est un joyau. Non seulement nous pénétrons dans l'univers d'abord du petit village de Pologne, puis de la petite rue du quartier juif de Varsovie, où le père exerce le métier de rabbin, c'est-à-dire de confident et de juge de paix, non seulement, donc, nous découvrons l'univers et la culture des juifs polonais pauvres de l'avant-guerre, mais aussi les coins et les recoins de l'âme humaine, les trésors des petites gens, grandeurs et mesquineries comprises, et l'étrange rapport que les Juifs entretiennent, grâce à l'humour, avec un Dieu qui en est totalement dépourvu.
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bgbg
  19 juillet 2014
Au tribunal de mon père, par Isaac Bashevis Singer. Souvenirs d'enfance de l'écrivain juif polonais qui a écrit la plupart de ses livres en yiddish, pourtant une langue essentiellement orale. le jeune narrateur habite au 10, rue Krochmalna à Varsovie, au début du XXe siècle. Troisième d'une fratrie de quatre enfants, il a huit ou dix ans au début, quand il témoigne de l'activité de son père, douze ans quand la Première Guerre éclate et quatorze-quinze ans quand la famille quitte Varsovie occupée par les Allemands et où l'on a faim, pour Bilgoray en zone occupée par les Autrichiens et où reside sa nombreuse famille maternelle.
Ses parents et une bonne part de la Varsovie juive sont des Juifs orthodoxes, des hassidim, extrêmement pieux et traditionnels dans leur coutumes, le caftan de laine ou de soie jusqu'au bas des jambes, les bas blancs qui remontent haut, le chapeau à larges bords, la barbe non taillée, pour les hommes, la perruque et la maison pour les femmes. Ceux qui raccourcissent le caftan ou taillent leur barbe sont des Juifs modernisés, gagnés par des idées socialistes ou des idéaux sionistes. Des étrangers pour le hassid ! Pour lui, seule compte la maison d'études talmudiques.
Le père du narrateur est un rabbin, responsible d'un tribunal rabbinique (un Beth Din) : ce n'est pas là qu'est rendue la justice civile, mais c'est là que l'on vient s'assurer de la confirmité de ses actes, manger, épouser, divorcer, hériter, ou de ses pensées avec la religion, moyennant quelques pièces qui font vivre la famille. le père est un érudit, il connaît les Textes, les étudie et les commente en permanence.
Un exemple parmi des dizaines d'autres, un fiancé convoque sa fiancé devant le rabbin. Elle vient avec son père. le jeune homme, à qui il est reproché d'être un coureur et un flambeur, veut rompre les fiançailles car sa fiancée n'en veut qu'à son argent, et son père encore plus. Pére et fille acceptent la rupture mais ne veulent pas rendre les cadeaux offerts à la fiancée. le rabbin doit trouver une solution à cette situation inédite : les fiançailles seront rompues, les bijoux ne seront pas rendus, les deux parties s'engageront par écrit à demander pardon. La jeune fille semble pourtant encore amoureuse.
Mais plus souvent, il s'agit d'histoires centrées sur le rituel, l'observance : peut-on manger une viande tombée par mégarde dans une casserole où bout du lait (selon la Loi, on ne doit pas faire cuire l'agneau dans le lait de sa mere, soit ne pas mélanger viande et laitage dans le même repas) ? Comment une mere peut-elle accepter que son fils qui s'est suicidé soit enterré de façon indigne et non comme tout le monde ? Que faire face à une femme qui prête serment sur les rouleaux de la Torah (suprême blasphème en soi, déjà), et prétend dire la vérité alors qu'elle finit par avouer qu'elle ment et voudrait se repentir ? Un homme qui vit misérablement dans une cave, peut-il dormir à côté de sa femme morte, pour ne pas coucher à terre au milieu des rats, l'inhumation ayant lieu le lendemain ? Est-il permis d'épouser une prostituée si on l'aime ? Voilà le genre de questions auxquelles le rabbin doit trouver des réponses inspirées par sa grande connaissance des textes sacrés.
La plupart des livres d'Isaac Bashevis Singer ont été écrits en Yiddish, qui est d'abord une langue orale. Dans quelle langue, celui-là, traduit de l'anglais, a-t-il été écrit dans sa version originale ? Quoi qu'il en soit, il est “écrit” et parfaitement bien écrit. Singer est un conteur, il excelle dans la nouvelle, et ce livre a l'apparence d'un recueil de nouvelles, mais c'est seulement une apprence. Il y a une grande continuité, il s'étale dans le temps et nous, invités dans toutes les règles de l'art, nous sommes happés, nous nous sentons là comme entrés par effraction, malgré toute cette humanité ainsi déployée. Ce livre est surtout un régal en termes d'observation subtile d'un monde à la fois archaïque et riche de sa culture, où les références au Livre côtoient des croyances païennes, aux dybbouk (démons), au Mal, aux cataclysmes, et où chacun se livre avec passion et souvent dans la démesure.
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Seddouqiya
  23 décembre 2017
(Critique rédigée à l'origine le 22/12/2015)
Isaac Singer décrit dans ce livre les épisodes pittoresques de son enfance dans le quartier juif où il a grandi, en Pologne. Son père, un rabbin respecté, était descendant de rabbin lui-même, sa mère était également fille de rabbins.
Les tranches de vie rapportées par I. Singer suscitent tantôt le rire, tantôt l'attendrissement, l'émotion, parfois tout en même temps. Il s'agit de l'histoire de gens simples, plutôt pieux en général, attachés à leur culture et qui ne demandent qu'à vivre paisiblement dans le respect de la Thora, ce qui ne se fait pas sans difficultés compte tenu des contradictions humaines et des problèmes cornéliens qui surviennent au quotidien ...
Quelques allusions sont faites à certains des bouleversements ou drames connus par la communauté juive d'alors : la précarité de la vie dans les shtetl, la guerre, l'antisémitisme, et aussi la montée en puissance des grandes idéologies qui suscitent parfois de vives controverses : la sionisme, l'assimilation, l'attente du Messie, l'éloignement du judaïsme de la part d'une certaine frange de la jeunesse juive.
Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre, c'est aussi cette façon de décrire la mentalité, le schéma de pensée de cette communauté juive "traditionnelle", de façon simple, sans jugement d'aucune sorte. Intéressant pour ceux qui souhaitent réellement s'ouvrir à un mode de vie différent.
Je laisserai le mot de la fin à l'auteur :
"Il y'a des gens sur Terre qui sont tous simplement nés bons. C'était le cas de Reb Asher le laitier. (...) Ce Juif simple qui avait bien du mal à étudier jusqu'au bout un chapitre de la Mishnah vivait sa vie toute entière au plus haut niveau moral. Ce que d'autres prêchaient, lui le pratiquait. (...)
Mais ce sont des Juifs comme lui qui ont été traînés dans les camps de la mort. Puisse ce livre de souvenirs lui servir de monument, à lui et à ses semblables, qui vécurent saintement et moururent en martyrs."
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KRISS45
  27 février 2017
Immersion totale dans l'univers d'une famille de rabbin, à Varsovie, au début du 20e siècle.
Chaque chapitre se lit comme une nouvelle racontant un souvenir ou une anecdote drôle ou tragique, parfois consternante, jamais banale, en rapport avec l'activité du père d'Isaac Bashevis Singer, homme pieux, entièrement dévoué au service de sa communauté, entre accompagnement spirituel et arbitrage des conflits qui se règlent au foyer et dont l'auteur enfant est un témoin curieux et étonné.
Beaucoup d'archaïsme dans cette vie étriquée toute entière soumise aux rituels et à la prière.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
LindaB2ALindaB2A   09 avril 2012
Vêtus de leurs habits du shabbat, les hommes buvaient du thé au citron et discutaient d'affaires hassidiques, ainsi que des évènements survenus dans le monde. La maison était imprégnée de l'odeur de la cire chaude, des épices bénies par mon père, ainsi que d'une atmosphère d'émerveillement et de miracle. Mon père, qui était un grand fumeur, attendait calmement, mais ardemment quand même, depuis le début du shabbat, le moment où il pourrait allumer une cigarette ou sa pipe. Ce soir-là, de la neige fraîche était tombée et le sol dehors paraissait anormalement brillant. Sur les vitres s'épanouissaient des fleurs et des palmes de givre qui me faisaient penser à la terre d'Israël. (Extrait de "Une histoire macabre).
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LindaB2ALindaB2A   13 avril 2012
Les manières de l'"intelligentsia" me devenait de plus en plus familières. Je voyais que ces gens ne priaient pas, n'étudiaient pas dans des livres sacrés et ne récitaient pas les bénédictions. Ils mangeaient et de la viande et des plats au lait à un même repas et commettaient toutes sortes d'autres transgressions. Les filles posaient nues sans plus de gêne que si elles se déshabillaient dans leur chambre. En fait, cet atelier, c'était le jardin d'Eden, avant qu'Adam et Ève aient goûté au fruit défendu.
Cela représentait pour moi une immense différence avec le bureau de mon père. Dans mes livres, il n'y a qu'un pas à franchir entre la maison d'étude et la sexualité, et vice versa. Ces deux phases de l'existence humaine n'ont jamais cessé de m'intéresser. (Extrait de "L'atelier")
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Alice_Alice_   01 mai 2018
Mes pensées, qui n'étaient pas celles des autres petits garçons, me rendaient à la fois fier et solitaire. Et toujours restaient les questions fondamentales : Qu'est-ce qui était juste ? Que devais-je faire ? Pourquoi Dieu restait-il silencieux au Septième Ciel ? Un jour, un homme s'approcha de moi et me demanda : "Qu'est-ce qui t'arrive ? A quoi réfléchis-tu si fort ? Tu as peur que le ciel te tombe sur la tête ?" (Un jeune philosophe)
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LindaB2ALindaB2A   09 avril 2012
En dépit de notre misère à la maison et de l'insécurité de la situation de mon père, les choses n'allaient pas mal pour moi. La jeune rebbetzin me donnait tout le temps des cadeaux. Je jouais dans la cour de notre maison et dans le verger tout proche, au milieu des groseilliers, des framboisiers et des cerisiers. De là, je contemplais l'horizon. Était-ce la fin du monde? Que s'y passait-il et qu'y avait-il au-delà? Qu'étaient donc le jour et la nuit? Pourquoi les oiseaux volaient-ils tandis que les vers rampaient? Je tourmentais ma mère avec mes questions. Mon père répondait toujours:
"C'est comme ça que Dieu l'a fait.
- Où est-il?
- Au ciel.
- Montre-le-moi.
- Ne sois pas stupide. Personne ne peut voir Dieu. " (Extrait de "De Radzymin à Varsovie).
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LindaB2ALindaB2A   13 avril 2012
La nuit, le froid était épouvantable. Nous n'étions jamais assez couverts. Le vent qui sifflait à travers l'appartement me faisait penser à des lutins malfaisants. Blotti dans mon lit, j'essayais d'imaginer des trésors, des incantations, de la magie noire, qui m'aurait permis d'aider mes parents et tous ceux qui souffraient tant. Je m'imaginais devenant le prophète Elie, le Messie, que sais-je encore. Tel Joseph, je remplissais le grenier de provisions que je distribuais pendant les sept années de famine. (Extrait de "La faim")
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