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Henri Lewi (Traducteur)
EAN : 9782207257845
416 pages
Denoël (06/04/2006)
4.33/5   9 notes
Résumé :

Notre foyer était triste, et c'est pourquoi tout petit déjà je préférais vivre dans la rue plutôt que chez moi. Cette tristesse, c'était d'abord la Torah qui en était responsable : elle remplissait le moindre recoin de la maison et pesait lourdement sur l'humeur de torts. C'était plus une maison d'étude qu'un chez-soi : une maison de Dieu, plus qu'une maison d'hommes. D'un monde qui n'est plus évoque ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Blandine54
  27 février 2018
D'un monde qui n'est plus est l'autobiographie non achevée d'Israël Joshua Singer, auteur de littérature yiddish et frère aîné d'Isaac Bashevis Singer qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 1978.
L'auteur né dans une communauté juive hassidique en 1893 dans un shtetl (petit village/communauté) près de Varsovie nous offre un témoignage rare sur les communautés juives d'Europe de l'Est, avant que la politique hitlérienne ne décime cette population. Il est décédé en 1944 aux États-Unis où il s'est exilé dès 1934 pour échapper à la montée de l'antisémitisme.
Il nous raconte son enfance dans cette communauté assez pauvre, l'attente du messie, les fêtes, la difficile intégration de leur communauté, les pogroms du début du 20ème siècle,… En expliquant son éducation juive traditionnelle, sa place au kayder (l'école religieuse) dès l'âge de trois ans, il nous parle de la complexité d'être juif, de sa place de fils de rabbin.
Il évoque les différentes classes sociales, il ne faut pas qu'il joue avec les enfants « juifs ordinaires », il est fils de rabbin.
Il parle de sa mère tiraillée entre un père rabbin Juif ashkénaze résistant à l'hassidisme qui n'est guère convaincu pas son gendre et un mari rabbin Juif hassidique. On est amené à percevoir les différences entre les moments où il vit chez ses grands-parents maternels avec sa mère et les moments où il vit avec ses parents. Sa mère fille de rabbin est très cultivée et s'ennuie en tant que femme au foyer, j'ai d'ailleurs été surprise par la misogynie qui règne dans la communauté. En outre, le couple est sous tension car le père refuse d'apprendre le russe et n'est donc pas un rabbin officiel, ce qui lui pose problème pour trouver du travail et subvenir aux besoins de sa famille. En effet, la famille vit dans une province polonaise proche de Varsovie qui est sous occupation russe. Pour devenir rabbin, il fallait donc passer un examen officiel en russe, ce qu'avait refusé de faire son père.
En bref, une autobiographie qui m'a passionnée, qui m'a fait découvrir un monde jusque-là inconnu. Je lirai l'autobiographie de son frère Isaac Bashevis Singer (au tribunal de mon père) pour compléter cette lecture. En attendant, je lis les romans de ces deux frères bien talentueux.
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jazzman
  06 octobre 2022
C'est toujours avec autant d'enthousiasme et de délectation que je lis un ouvrage des frères et soeur Singer. Israël Joshua, frère aîné d'Isaac mais frère cadet d'Esther, raconte ici en détails sa jeunesse au tournant des XIXème et XXème siècle à Leoncin, shtetl situé au centre-est de la Pologne alors sous domination russe. Ce shtetl est un « trou », tels sont ces mots, dans lequel il ne se passe pas grand-chose. A part quelques rares chrétiens, la population y est essentiellement constituée de Juifs pour la plupart modestes. Les parents d'Israël Joshua sont assez mal assortis : sa mère est issue d'une longue lignée de rabbins orthodoxes plutôt rationalistes (mitnagdim) tandis que son père, qui fait office de rabbin, appartient à la communauté des mystiques Hassidim. Même si les uns sont les ennemis des autres, ses parents s'aiment et se respectent. Mais ça n'empêche pas les heurts : Basheva reproche à son mari de ne pas avoir passé l'examen de russe qui lui permettrait d'avoir le statut officiel de rabbin, d'être plus correctement rémunéré et d'offrir une vie meilleure à ses enfants. Oui mais voila : pour Pinchas Menahem le Hassid, la vie se résume en une phrase :  «  Avec l'aide de Dieu, tout ira bien ». Et c'est bien en effet autour de la religion et de son respect scrupuleux que tourne la vie du shtetl. Presque tout le monde applique au pied de la lettre les 613 mitsvot édictées par le Talmud. Disons au passage que même si elles sont nombreuses en Pologne où elles représentent 10 % de la population, les communautés juives n'ont pas d'autre choix que de vivre repliées sur elles-mêmes car au-delà des pogroms perpétrés par les Goyim, le risque le plus certain est celui de l'assimilation. Israël Joshua nous explique que ceux qui se sont convertis à la foi des Gentils sont exclus sans ménagement de la communauté et qu'une honte durable pèse sur leur famille l… le carcan de la vie juive traditionnelle commence tôt : dès trois ans, Israël Joshua est inscrit au heder (école primaire juive en Europe de l'est avant la Shoah), où il commence à apprendre l'hébreu biblique à travers les textes sacrés. Lui et ses camarades sont nourris de Torah, de Mishna et de Guemara qui occupent une place démesurée dans leur vie d'enfant où le jeu est considéré comme une perte de temps. Israël Joshua profite d'ailleurs de la sieste des adultes le jour de Shabbat pour aller jouer dehors avec ceux de son âge. L'ancrage dans un mode de vie juif jusqu'au-boutiste est tel qu'à aucun moment il n'est fait mention de la fréquentation éventuelle d'une école publique polonaise par les enfants juifs ! Il y a fort à parier que celle ci ne soit pas obligatoire au tournant de ce siècle. Israël nous dit d'ailleurs que son père dont la famille est implantée en Pologne depuis de nombreuses générations, ne connaît que deux mots de polonais. le shtetl est un territoire étranger en Pologne et toute intrusion d'une vie profane et non juive semble y être soigneusement évitée. Dans cette société traditionnelle, la place accordée aux femmes est très variable. Leur éducation et leur instruction ne sont pas des priorités, leur rôle consiste essentiellement à mettre des enfants au monde, à s'occuper du foyer mais aussi à travailler pour pourvoir au besoin d'une famille dans laquelle le père se doit de se concentrer exclusivement à l'étude des textes sacrés ! La mère des enfants Singer ne correspond pas au schéma traditionnel : elle est instruite et tient tête à son mari. Peut-être est-ce du au fait qu'elle vient d'une plus grande ville,Bilgoraj, où se mêlent des communautés juives plus hétéroclites. C'est d'ailleurs toujours avec enthousiasme qu'Israël Joshua passe des vacances chez ses grands parents maternels ; certes il étudie, mais il mange bien aussi, se promène, observe, discute… bref mène la vie d'un enfant presque standard ! Israël Joshua ne peut d'ailleurs être que presque standard car il demeure un enfant du shtetl, prisonnier d'un dogme qui, si sordide soit-il, permet aux communautés juives de perdurer sans jamais céder à la tentation de l'assimilation. Les Juifs vivent mal et ont un besoin désespéré de croire en la venue du Messie, ce rédempteur qui arrivera sur un nuage gris pour les ramener vers le pays d'Israël. Et quand les nuages s'amoncellent, ils espèrent, ils sont sûrs mais… rien ne se passe ! Israël Joshua porte un regard très sceptique sur les croyances et pratiques de sa communauté et va même jusqu'à se révolter : comment ce Dieu d'Amour a-t'il pu laisser mourir ses deux petites soeurs de la scarlatine ? Comment ce Dieu d'Amour a-t'il pu laisser découper à la hache un couple de vieux Juifs exemplaires ? La révolte gronde chez ce fils de rabbin...Ce livre publié en 1946, soit deux ans après le décès de son auteur, est inachevé. Quel dommage ! Je sais pour l'avoir lu ailleurs qu'Israël Joshua a fini par couper ses papillotes et prendre de grandes distances par rapport à la religion. Mais j'aurais aimé le lire de sa propre plume … le texte allemand est beaucoup plus riche et très certainement plus fidèle au texte original en Yiddish que le texte français, ce qui est sans doute du au fait que cette langue est constituée de 80 % d'allemand. Chers lecteurs, si vous savez l'allemand, lisez ce livre en allemand ! Si ce n'est pas le cas, sachez que cet ouvrage est l'oeuvre d'un excellent conteur et lisez-le tout de même !
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Elinore
  03 février 2008
Israel Joshua Singer était le frère aîné d'Isaac Bashevis Singer. Il raconte ici son enfance dans un shtetl. Il ne s'agit pas d'un récit nostalgique du "temps béni de l'enfance", mais plutôt de la chronique d'une vie souvent triste, au sien d'une famille dans laquelle les démonstrations d'affection sont rares, les amusements mal vus, l'étude une fin en soi. Singer ne fait pas non plus le procès de ses parents ou de la société de l'époque mais dit simplement la vie telle qu'elle était, le monde tel qu'il était. Un monde qui n'est plus.
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Riolet
  01 mars 2017
Dans une écriture simple, nous est decrit le quotidien pittoresque d'un jeune gamin dans un shtetl paysan de Pologne. J'ai beaucoup aimé ce livre qui est un témoignage vivant, c'est tendre et parfois brutal, c'est souvent drôle, et émouvant. La torah n'est jamais loin au grand désespoir de ce jeune garçon qui préférerait courir dans les champs plutôt que de l'étudier...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
OverTheMoonWithBooksOverTheMoonWithBooks   05 mars 2014
Je jetais un oeil dans les livres de morale, qui ne parlaient que de la vanité des choses de ce monde, et c'est pourquoi je les haïssais. Ce qui m'attirait, c'étaient les jeux, la liberté des champs, le soleil, le vent et l'eau, les gamins. Le monde n'était pas vain, mais d'une beauté inouïe et plein de joie.
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Blandine54Blandine54   18 février 2018
Ce qui m'attirait, c'étaient les jeux, la liberté des champs, le soleil, le vent et l'eau, les gamins. Le monde n'était pas vain, mais d'une beauté inouïe et plein de joie. Chaque arbre, chaque cheval paissant sur le pré, chaque poulain, chaque tas de foin, chaque cigogne, chaque oie avec ses oisons m'appelaient, me remplissaient de joie, de vie et de désir. J'attendais la première minute où mes père et mère seraient endormis, et comme un voleur je me faufilais hors de la prison de la Torah, de la piété et du judaïsme.
Vite, pour que père et mère ne se réveillent pas et ne m'arrêtent pas, je courais au monde de la liberté, ouvert et baigné de lumière, que tous les Justes avais juré de rendre méprisable à mes yeux ; mais il n'en était que plus beau et plus attirant.
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Blandine54Blandine54   18 février 2018
A chaque nouvelle période scolaire, pour les jours ouvrables de Souccot ou ceux de Pessah, je reprenais confiance, car on m'enlevait à un melamed pour louer les services d'un autre, dans l'idée que le nouveau serait meilleur que l'ancien. Chaque fois j'étais déçu dans mes espérances. Les nouveaux n'étaient pas la plupart du temps pas meilleurs que les anciens. Les premiers jours chacun d'eux était bon, pour respecter apparemment le principe qu'un balai neuf balaie bien. Mais passé les premiers jours, ils montraient leur vraie nature.
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OverTheMoonWithBooksOverTheMoonWithBooks   05 mars 2014
Tout était péché. Péché de dire de Méir le melamed que c'était un fou, péché d'attraper des mouches le jour du shabbat ; courir était un péché, parce qu'un Juif ne court pas, mais un jeune goy oui ; dormir sans calotte, même par une chaude nuit d'été nuit d'été, c'était un péché, comme peindre de petits bonshommes. Tout ce qu'on pouvait faire était un péché. Aller sans rien faire était évidemment un péché.
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OverTheMoonWithBooksOverTheMoonWithBooks   01 mars 2014
[incipit]

Etonnant, incompréhensible est le cerveau humain, qi accueille des images souvent sans importance qu'il conserve toujours, et en rejette d'autres souvent très importantes dont il ne veut pas.
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Erri de Luca La Fabrique de l'ombre
Erri de Luca --La Fabrique de l'ombre -- Où Erri de Luca, après la projection du film de Robert Bober : "A Mi-Mots : Erri de Luca", parle de son histoire avec Naples -"je dois t'apprendre, après je dois te perdre"-, des arbres qui fabriquent de l'ombre, de la surface, de la profondeur et de Hofmannsthal, de la compagnie des livres, de l'écriture et de la lecture, des langues, le Grec et le Latin, le Français, de l'Anglais et de Harry de Luca, de l'Hébreu ancien et du Yiddish, de Israël Joshua Singer et du Russe, à l'occasion de "Paris en Toutes lettres", au Centquatre à Paris - 7 mai 2011 - Erri de Luca -La Fabbrica dell'ombra - Dove Erri de Luca, dopo la proiezione del film di Robert Bober: "A Mi-Mots : Erri de Luca", parla della sua storia con Napoli, degli alberi che fabbricano dell'ombra, della superficie, della profondità e di Hofmannsthal, della compagnia dei libri, della scrittura e della lettura, delle lingue, del Greco e del Latino, del Francese, del Inglese e di Harry de Luca, del Ebraico antico e del Yiddish, di Israele Joshua Singe e del Russo, in occasione di "Paris en Toutes Lettres", al Centquatre a Parigi - 7 maggio 2011
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