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Marie-Pierre Bay (Traducteur)
ISBN : 2070420000
Éditeur : Gallimard (31/03/2002)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Rien ne sera plus comme avant pour ces survivants venus de Pologne qui se retrouvent à New York en 1947.

Alors ils sont saisis d'une folle envie d'agir, d'aimer, d'entreprendre, de réussir. D'aimer, surtout.

Au centre du roman, Grein, pris entre trois femmes : la sienne, sa maîtresse et Anna, fantasque et irrésistible.

Pour pouvoir vivre ensemble, Grein et Anna défient leur entourage, au risque de briser des vies et de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Josepha_Anh
  08 octobre 2013
En entamant ce roman, j'imaginais un roman "à la Balzac", c'est à dire grouillant de vie, une sorte de peinture réaliste d'un quartier juif de New-York... Mais il ne s'agit pas de cela. L'action se déroule en 1947 au sortir de la guerre. le milieu est celui de l'intelligentsia juive qui a fui l'Europe et ses massacres. L'action débute in medias res au cours d'un repas réunissant tous les proganistes du roman qui sont en vrac : un riche parvenu, sa fille, un avocat sans travail, un médecin, un philosophe et la figure centrale, le séduisant Grein qui gagne sa vie en boursicotant et qui sera partagé entre trois femmes tout au long du roman.
Nous suivons tous ces personnages dans leur errance mentale, leur déprime et leur chute. Ombres sur l'Hudson pose les questions bienvenues après la Shoah de l'existence de Dieu, sa bonté (et son bon sens : comment un Hitler ou un Staline ont-ils pu exister ?), la consistance de l'être humain et naturellement de l'identité juive et ce qui la compose (encore). New York est assez peu décrite et semble représenter la situation conflictuelle et labyrinthique de ces personnages coincés entre la vieille Europe perdue à jamais et ce nouveau monde qu'ils ne peuvent tout à fait faire leur.
Le bonheur semble s'échapper à tout instant pour ces rescapés que la culpabilité, le doute et le questionnement de soi étouffent à tout instant.
On soupire et on a parfois envie de les secouer. Car, je les ai trouvés tout autant irritant ces personnages que touchant.
Le roman est long mais la lecture est fluide, l'écriture et certains thèmes étonnament modernes. Ne pas être trop déprimé cependant avant de le commencer ! Non que le ton soit sentimental, larmoyant.. bien au contraire.. mais il y règne une sensation de fin du monde où les blessures béantes de chacun resteront telles quelles.

Challenge Nobel 2013/2014
3 / 15
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Marc-Sefaris
  02 avril 2018
New-York, ville d'accueil pour des milliers de juifs fuyant la montée du nazisme durant les années 30, ville de la deuxième chance pour ceux qui perdirent tout en Europe de l'Est. Singer fut l'un de ceux-là. Mais ce n'est pas la possibilité d'un élan nouveau qu'il dépeint dans Ombres sur l'Hudson, roman foisonnant publié dans un premier temps par épisodes en 1957, entièrement rédigé en yiddish, « la langue des martyrs et des saints, des rêveurs et des kabbalistes (…), la langue sage et humble de nous tous, la langue de l'humanité effrayée et pleine d'espoir », dira-t-il en recevant le prix Nobel de Littérature en 1978. Non, ce qu'il choisit de dépeindre, c'est l'agitation stérile d'une douzaine de personnages principaux au lendemain de la deuxième guerre mondiale, chacun incarnant une modalité de déréliction ou de déchéance.
Il y a ceux qui ont su faire fortune mais qui ne savent pas quoi en faire, écrasés par la honte de vivre dans une opulence sans joie alors que tant de parents ont été réduits en cendres, au point d'imaginer qu ' « on a assassiné les bons » et que tout survivant est douteux. Il y a ceux qui traînent leur désenchantement, à l'instar de Grein qui malgré son érudition et sa séduction se perçoit comme « un vieux cheval épuisé qui dort debout ». Ceux qui, artistes reconnus en Europe, renoncent à repartir de rien dans une monde moderne qui leur apparaît clinquant et plat, « à deux dimensions ». Ceux dont la foi vacille, ceux qui voient dans leur histoire entière « un vaste pogrom » dont se moque le Créateur, ceux dont le doute les amène à comparer Dieu à un « Hitler cosmique ». Ceux qui s'agrippent désespérément aux vieilles traditions des communautés juives dont ne veulent plus entendre parler les jeunes générations au contact de la matérialiste Amérique : « Ils avaient résisté à l'idolâtrie pendant trois mille ans et voilà que d'un seul coup ils devenaient des producteurs en vue à Hollywood, des directeurs de journaux connus, des dirigeants communistes radicaux ».
Mais impossible de fuir cette cité de l'enlisement, ce « tohu-bohu », ce « cloaque » protéiforme qui tantôt raconte « une histoire lumineuse, écrite à coups d'éclairage sur des rivières, des lacs, des bateaux », tantôt se laisse engloutir par la neige hivernale, comme « un vestige d'une civilisation déjà à moitié disparue ». Car New-York est surtout la ville de la facilité, « bâtie sur le principe de la récompense immédiate », ville des illusions et de la vénalité, où tout est objet de transactions, y compris la mort : « A New York on peut louer tout ce qu'on veut. Même quelqu'un pour observer les Sept Jours de deuil à votre place ». Les échappatoires seront des leurres, les incessants croisements amoureux révélant davantage l'inconstance des coeurs que leur vitalité. Une suite de chapitres à la fois hilarants et mélancoliques met en scène la fugue des amants scandaleux Grein et Anna en Floride, à Miami, nouvel Eden couvert d'oranges, liberté ensoleillée en dehors de toute convention. Mais passée la première euphorie, ils n'y trouveront que vulgarité et mesquinerie – et leur solitude fondamentale. Retour au point de départ.
L'auteur du Magicien de Lublin, conteur hors-pair fidèle à la ligne claire de ses récits et soucieux de donner la parole à tous les possibles de l'humain, suit avec attention ces consciences égarées, ombres dostoïevskiennes sur le mode mineur, suffisamment lucides pour ne rien ignorer de leur propre inadaptation à la vie, pas assez volontaires pour se dépêtrer de leurs contradictions que la bouillonnante New York exacerbe. On finit par se remarier sans amour, donner naissance à un fils inespéré – mais il sera attardé mental -, ou abdiquer sa judaïté, ou au contraire opter pour un retour rigoriste aux pratiques religieuses, non par élan mystique, mais pour « museler la bête humaine ». Idéal amer, sur la défensive – le seul qu'autorise la ville-monde dans un monde que ne reconnaissent plus les inconsolables déracinés.
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lozere
  25 janvier 2015
New York 1947, le roman s'ouvre sur une scène de dîner chez Boris Makaver, homme d'affaires âgé qui a fui le ghetto de Varsovie quelques années auparavant. Les convives autour de lui sont tous des proches ou des amis juifs exilés à New York, dont nous allons suivre à un moment donné la trajectoire.
Cette première soirée au terme de laquelle Anna Makaver quitte son mari Sebastien Luria pour une vieil ami de sa famille, Grein, lance l'un des fils conducteurs du récit, c'est-à-dire les liens qui se font et se défont entre la quinzaine de personnages, et toutes les réflexions qu'entrainent et déterminent les choix de chacun. Grein ne cessera ainsi d'hésiter entre trois femmes, Leah son épouse, Anna fille de son ami Makaver qu'il a connu enfant, et Esther, qui est sa maîtresse depuis douze ans. le docteur Malogrin hésite à reprendre sa femme et sa fille, parties vivre avec un officier nazi pendant la guerre...
Ombres sur l'Hudson peut faire penser à Manhattan Transfert de Dos Passos, notamment dans la construction du récit qui s'attache à une constellation de personnages qui entretiennent des liens plus ou moins étroits, qui disparaissent, ou réapparaissent au détour d'une conversation entre deux personnages. le moteur des personnages restent cependant leur rapport à la judaïté, et à la Shoah : comment et pourquoi vivre après les camps ? Les réponses comme les personnages sont multiples, souvent excessives, et toutes relatives, qu'il s'agisse de la religion, de la passion, du mensonge, de la perte de soi.
Ayant lu ce roman il y a près d'un an, le sentiment que j'en garde est celle d'une grande instabilité des trajectoires, de relativité des choix, qui changent à chaque instant (ce qui paraissait évident la veille parait saugrenu le lendemain), de passages également où l'on s'ennuie devant tant d'indécision qui ressemble parfois à du caprice. C'est sans doute ce qui en fait un grand roman où, comme les personnages, on s'accroche au moindre sursaut de vie, même si c'est encore une illusion.
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frandj
  27 avril 2015
C'est un gros roman d'Isaac Bashevis Singer, qui a maintenant peu de lecteurs ici. Cela peut se comprendre: a priori, le public français ne s'intéresse pas au milieu juif de New York, qui est le sujet principal du livre. L'action se passe peu de temps après la seconde guerre mondiale, donc après la Shoah. De nombreux personnages, vivant plus ou moins d'expédients, peuplent ce roman. Le principal s'appelle Grein. Séduisant, il n'arrive pas à choisir entre "ses" trois femmes dont Anna, qui a une forte personnalité. La liaison entre Anna et Grein est vue comme un défi dans leur communauté. Mais tous les protagonistes, brisés par les aléas de la vie, sont en proie au doute et s'interrogent sur leur identité culturelle et religieuse. J'ai été particulièrement intéressé par leurs questionnements au sujet de la pratique religieuse (judaïque) traditionnelle, en regard de la culture américaine "moderne" et matérialiste. Je ne regrette pas d'avoir lu ce roman assez particulier, qui m'ouvre des horizons méconnus.
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BayardB
  31 août 2017
Chef d'oeuvre! le Dostoievski juif ;-) New York, le sens de la vie, de la mort, de l'amour. Woody Allen 40 ans avant.
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
lozerelozere   25 janvier 2015
Il [Grein] était un incroyant contraint, en période de trouble ou alors face à une injustice ou à quelque chose de honteux, de lever les yeux en direction du ciel et de faire appel à ce Dieu dont il niait l'existence. Et ceci parce que, chez les Juifs, Dieu était une maladie, une obsession. Pour un Juif, l'idée que Dieu était bon et juste devenait la quintessence de la vie. Qu'il le voulût ou non, un Juif avait sans arrêt des comptes à régler avec le Tout-Puissant : soit il le louait, soit il blasphémait son nom. Il l'aimait ou le haïssait. Mais il ne s'en libérait jamais. S'il souffrait de certains complexes, celui concernant Dieu était inéluctable. Un Juif ne pouvait y échapper, pas plus qu'à sa propre peau, à son sang, à sa moelle. Quand il s'imaginait être en train de fuir Dieu, il se contentait en réalité de tourner en rond comme un âne autour d'une noria ou une caravane perdue dans le désert. En fait, cela était vrai de toute l'humanité.
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lozerelozere   25 janvier 2015
Cela voulait-il dire qu'il y avait place dans la nature pour des éléments dépourvus de toute signification ? Alors peut-être que rien n'en avait.
Toujours couché, le professeur suppliait qu'on lui envoyât une signe, une petite lumière, la révélation qu'au-delà de la matière il existait quelque chose, mais rien ne venait, que de la souffrance physique et des rêves creux. Quel choc se serait de constater que les matérialistes avaient raison ! Enfin, heureusement, la fin approchait. S'il n'y avait rien dans l'autre monde, tant pis. Au moins dans sa tombe, on serait tranquille. Mais comment était-il possible que rien n'existât au-delà de notre monde à nous ? Pouvait-on concevoir le cosmos comme résultant d'un pur hasard ? Ou imaginer sourdes et aveugles les puissances qui avaient fait exister Platon, Newton ou Pascal ? Si une peu de terre donnait vie à un rosier, si le ventre d'une femme portant un Dostoïevski, comment des millions, des milliards de mondes pouvaient-ils n'être faits que de matière inerte ? En tout cas, une chose était possible : que les êtres humains fussent aussi limités à l'avenir qu'ils l'étaient autrefois. Ils avaient tous un corps minuscule et une âme microscopique - le corps destiné à pourrir et l'âme à éclater comme une bulle de savon. (pp877-878)
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lozerelozere   25 janvier 2015
Tes livres sacrés parlent sans arrêt du libre arbitre. Moi je te dis qu'un être humain dispose du libre arbitre autant qu'une mite ou une pierre. Je prends des résolutions solennelles. Je jure par tout ce qu'il y a de sacré. Et aussitôt après, je renie tout. Nous sommes des machines, Borukh, des automates aveugles.
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